Chapitre vingt-sept

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Le moins que puisse dire Gwen, c’est qu’Étienne essayait, vraiment. Et que petit à petit, Clément se détendait. C’était triste de voir qu’ils ne savaient pas interagir l’un avec l’autre, les deux frangins. Heureusement, Mathieu et Chris étaient des amours. Et Clément une bonne poire, il ne voyait pas que le gamin l’entortillait bien comme il faut. Ok, il avait l’air tout mignon mais Gwen était sûr qu’il n’était pas si innocent qu’il en avait l’air.

Mathieu réussit à faire sortir à Clément un vieux jeu de société et à lancer une partie après le café, tout heureux d’avoir des adultes autour de lui qui lui prêtaient de l’attention.

« Put… naise, c’est quoi des francs ? demanda le gamin. Je croyais que ça avait disparu lors de la révolution française.

— T’as envie de rencontrer son prof d’histoire, hein ? se moqua Gwen.

— A partir de combien de mois de relation on peut envoyer le beau-papa pour la rencontre parents-profs ? Y’a un minimum de délai ou pas ? demanda Christen très sérieusement. »

Étienne regarda son beau-fils avec horreur, celui-ci eut la même réaction.

« Le pauvre, lâcha Clément.

— Merci de compatir, murmura Étienne, assez étonné.

— Je pensais au professeur… pas à toi… ah euh…désolé. Je voulais pas dire que tu étais…

— Terminatoresque ? proposa Mathieu. »

Clément se mordit les lèvres pour pas sourire. Etienne gronda le gamin d’un froncement de sourcil. Chris cacha son hilarité derrière sa main.

« Terminatoresque ? explosa Gwen, en se fichant bien que tous essayent de ne pas éclater de rire.

— C’est maman qui dit ça. »

Gwen ne put que rire davantage. Le petit le disait avec un air de bébé panda, à qui on aurait fait des câlins. Foutu petit con, tiens. Et le pire, c’est que ça avait l’air de marcher.

« Mais je le dis avec beaucoup d’affection, ça compte quand même, se justifia Chris en faisant les gros yeux à son fils. »

Elle leva la main pour caresser la barbe d’Etienne qui esquissa un tout petit sourire.

Clément détourna le regard. À quel moment il avait vu son frère heureux ainsi ? Quand s’était-il intéressé un tant soit peu à son petit frère ces dernières années ? Il pouvait prétendre que Thierry râlait à chaque fois qu’il s’absentait pour passer un peu de temps avec Étienne mais il aurait pu… Il aurait pu s’opposer. A l’idée, tout son corps se tendit. Il aurait pu si seulement il avait un minimum de courage, de personnalité, s’il n’était pas terrorisé et honteux de l’être à chaque fois. S’il n’avait pas été complètement sous emprise…

Gwen observa Clément se décomposer puis reprendre possession des traits de son visage et les réarranger pour paraître bien. Il devinait maintenant les moments où quelque chose de sombre se glissait dans sa tête. C’était presque imperceptible quand on ne connaissait pas les signes. Il avait envie d’attraper sa main et de la serrer très fort. Il avait envie de le prendre entièrement dans ses bras et de le serrer à l’en étouffer. Et ce ne fut que la première envie d’une longue série.

Ils étaient sur le point de partir, Mathieu sautait sur place, semblant impatient, il ne fallait sans doute pas pousser, l’adolescent devait avoir depuis longtemps atteint ses limites dans la sociabilisation avec le troisième âge, pensa Clément. Mais ça avait l’air d’être un brave gamin. Le petit s’arrêta d’ailleurs devant lui.

« Merci pour l’aprèm, fit Mathieu.

— De rien.

— C’était trop cool de pouvoir se déplacer dans une maison sans tomber sur deux gars en train de se rouler des pelles. C’est rassurant de voir qu’avec l’âge, y’a plus de retenue, j’ai bon espoir pour mon frère en vous voyant Gwen et toi.

— Math ! s’écria Chris.

— Ben quoi ? se récria l’adolescent. C’est vrai, quoi, Jo et Ethan passent leur temps à chercher leurs amygdales respectives.

— On apprécie la précision. Désolée, Clément… »

Clément chercha des yeux un portail spatio-temporel dans lequel sauter ou une météorite sous laquelle se glisser. Il leva les yeux et tomba sur Gwen qui commençait à ricaner et n’était absolument pas aidant. Si même un gamin de douze ans en était à leur faire des remarques.

Chris calma Mathieu et l’écarta un peu, se dirigeant vers la porte d’entrée en embarquant Gwen. Elle échangea un regard avec Étienne. Ce devait être un signal car ce dernier s’arrêta devant Clément et le fixa.

« C’était bien de passer du temps ensemble, dit son petit frère, ça faisait longtemps. »

Clément baissa les yeux, encore mal à l’aise de la scène.

« Ah oui, en effet… Désolé.

— Ce n’était pas un reproche, Clém. Je suis content de te retrouver, murmura Étienne.

— Moi aussi. »

Étienne prit une subite inspiration et regarda son grand frère. Clément le devina très hésitant tout d’un coup. Son frère avait deux modes de dialogue : on et off, pas d’entre-deux, normalement du moins.

« Étienne ?

— C’est bête, je pensais qu’on était brouillés depuis tout ce temps, annonça le plus jeune sans détour.

— Quoi ?

— Tu rejetais mes appels parfois alors..., commença le plus jeune. Tu ne répondais pas à mes mails non plus…

— Je ne... »

Clément s'arrêta. Toutes ces fois où il avait cru entendre son téléphone sonner et où Thierry l'avait détrompé. Ces fois où il avait trouvé des mails qu’il ne se rappelait pas avoir ouverts… Et quand il posait la question, la responsabilité lui en était retournée, comme si vouloir un minimum de vie privée signifiait qu’il avait quelque chose à cacher.

« Désolé, s'excusa-t-il. Ce n’était pas… je ne voulais pas.

— Et chaque fois que je t’invitais, que je te proposais quelque chose, tu avais toujours mieux à faire. J’en ai tiré les conclusions qui s’imposaient. »

Étienne le dévisagea, ce regard pouvait être si difficile à supporter.

« Je suis désolé, répéta encore Clément. Vraiment.

— Pourquoi ? demanda Étienne sans détour. »

Clément grimaça.

« C’est compliqué.

— Tu pensais que je ne pourrais pas accepter que tu aimes les hommes ? Parce que tu aimes les hommes, n’est-ce pas, Math a raison ? »

Mode berserk activé, pensa Clément furtivement. Avant de sentir quelque chose à l’intérieur de lui disparaître pour y laisser un vide profond. Il hocha la tête pour acquiescer. Son frère avait deviné, bien entendu, rien n’échappait au regard noir. Était-ce pour cela qu’il l’avait évité, par peur de se trahir et de déclencher la colère de Thierry ?

« Je ne dis pas, continua Étienne. Peut-être que quelques années en arrière, je n’avais pas l’air si ouvert d’esprit.

— Ce ne sont pas des choses dont on parlait dans la famille.

— On parlait de rien, résuma Étienne. »

Clément eut un sourire amer. Ils ne savaient pas faire, en effet. Lui et Étienne avaient grandi dans l’idée qu’une discussion sur ce que l’on pouvait ressentir n’avait pas lieu d’être.

« Désolé, fit Clément. Ce n’est pas de ta faute, c’est la mienne. Je suis désolé de t’avoir éloigné. »

Étienne eut un micro-sourire.

« On va peut-être commencer doucement sur le partage des sentiments fraternels, on n’a pas l’habitude. »

Clément sourit, se rapprocha et ouvrit les bras à son petit frère. Ce dernier se laissa glisser contre lui, presque comme un enfant. Clément resserra ses bras sur les épaules d’Étienne, se sentant pour une fois légitime dans son rôle de grand frère.

« Ton Gwen a l’air d’un mec bien, chuchota Étienne en se reculant.

— Oui, il paraît que c’est une clause non négligeable, sourit Clément tout en pensant à la formulation de Wookies. »

Clément jeta un œil vers Gwen. Oui, Gwen était un mec bien mais Clément doutait de plus en plus de l’être.

« Bravo pour le côté « pieds dans le plat », félicita Gwen.

— J’aime bien le suspense, répondit Mathieu, mais à ce stade, c’est mortel.

— Désolée, s’excusa encore Chris pour son fils, il est parfois maladroit. »

Gwen capta un petit sourire sur les lèvres du gamin avant qu’il ne prenne une bouille adorable faite pour vendre des billets de tombola aux grands-mères.

« Maladroit, mon cul, pensa Gwen. »

Il était persuadé que Mathieu savait parfaitement ce qu’il faisait et se délectait de la suite de la situation. D’ailleurs, les frangins avaient l’air de s’être un peu décoincés.

Le brun observa le sourire qui s’étala sur les lèvres de Clément alors qu’il donnait une accolade à son jeune frère. Il semblait un peu apaisé, heureux presque. Le cœur de Gwen marqua un battement supplémentaire.

« Fichu, fichu, fichu, pensa Gwen. Il ne me plait pas seulement, je l’aime vraiment. Deux minutes-là, je viens de penser quoi ? Et bordel, pourquoi j’ai pas un poster qui me parle quand j’en ai besoin ? »

Une main se posa sur son bras.

« Tu as l’air en plein dilemme intérieur, lui murmura Chris. Ah, c’est l’effet des frangins avec gros manque de communication, je reconnais ! Je compatis mais lâche l’affaire. C’est comme dans les films d’horreur, quand t’entends la musique, c’est déjà trop tard. T’es fait comme un rat, mon pauvre.

— Ouais et selon la règle, faut demeurer vierge pour pas se faire avoir.

— Laisse-moi deviner, t’es mal barré ?

— Je suis le gars qui meurt au tout début à ce stade. »

Chris éclata de rire et le serra contre lui.

« Vous savez que je suis encore super innocent et que ce genre de dialogue…, commença Math.

— Bien sûr, mon chéri, aussi innocent que ton historique de navigation dont on va reparler d’ici peu.

— Un conseil, jusqu’au bout : Nie, conseilla Gwen en riant. Le doute profite toujours à l’accusé. »

L’adolescent eut une petite grimace. Gwen se tourna vers Clément qui les observait d’un air songeur. Et encore une fois, Gwen ressentit cette petite manifestation physique au niveau du cœur. Elle devenait de plus en plus familière.

« Ton frère est sympa, commença Gwen une fois la porte refermée et le calme revenu. »

Sans Mathieu pour glapir toutes les trois secondes, c’était le paradis. Gwen pensait naïvement que les ados étaient moins bruyants et moins complexes que les minis. Grossière erreur, il souhaitait bien du courage à ses amis avec Mila et Lou, surtout Lou qui présentait un bon potentiel de chiantisme à seulement deux ans.

« Je crois, oui, répondit Clément.

— Tu crois ? »

Gwen haussa les sourcils puis comprit.

« Tu ne le connais pas vraiment, ton frère, je me trompe ?

— Je ne le connais plus… Il… Thierry avait tendance à faire le vide autour de moi.

— Assez classique comme technique. »

Clément soupira. Il était juste épuisé. Il n’avait rien dormi de la nuit. Voir son frère avec sa nouvelle compagne l’avait fait naviguer entre joie et tristesse. Le gamin était adorable et Clément trouvait déjà magnifique la relation qui se nouait entre son frère et l’enfant. Il aurait voulu être plus proche de son frère, ne pas avoir l’impression qu’il n’était qu’un inconnu, un inconnu qu’il aimait quand même. Il avait tout raté, tout.

« Oui, je dois cocher allègrement toutes les cases de la victime idéale, marmonna-t-il.

— Il n’y a pas de victime idéale, j’ai jamais dit ça, Clément, calma Gwen, surpris par le ton.

— Mais moi, je le dis. »

Le châtain serra les poings.

« Je découvre mon frère pour la première fois depuis tant de temps. Je croyais connaître un homme austère, fermé et je tombe sur un gars… Oui, bon, il est toujours austère. »

Gwen éclata de rire.

« Il est monastique ! J’ai cru un moment qu’il avait fait vœu de silence, un truc comme ça…

— Petit con.

— Peut-être mais c’est ça qui te plait. »

Gwen eut un instant d’hésitation.

« Ça te plait, hein ?

—Tu veux vraiment que ce soit ça qui me plaise chez toi ? »

Le châtain détourna la tête, un peu embarrassé de sa pique.

« Non mais c’est que tu me cherches ! s’esclaffa Gwen.

— Désolé, répondit Clément avec un demi-sourire.

— Nan mais tu l’es même pas en fait ! Tu vas pas t’en tirer comme ça ! Viens par-là ! »

Sans penser à mal, sans penser du tout en fait, Gwen attrapa Clément, lui sautant dessus comme il le faisait avec ses amants, comme il l’avait toujours fait dans une relation, riant, chahutant et finissant le plus souvent sur un moment excitant. Il fit tomber Clément sur le canapé, le plaquant contre.

Puis il l’embrassa légèrement et fit glisser ses mains le long de son corps tout doucement et s’arrêtèrent sur la taille du plus âgé. Clément ne bougea plus du tout, il était tendu comme un arc mais ne faisait plus le moindre mouvement, il ne rendit même pas le baiser ou à peine. Sidération, le mot vint à l’esprit de Gwen. La peur qui empêche tout action, toute réflexion. Gwen se releva brusquement. Putain, mais quel con il faisait ! Pendant quelques secondes, il avait oublié. Il avait oublié ce qui se dressait entre Clément et lui. Des ténèbres.

Ce fut une réaction brusque et soudaine, Clément ne la maîtrisa pas, il ne la contrôla pas, elle déferla juste, emportant tout. Il se sentit happé par l’angoisse, par la peur. Elle ne se contenta pas de le frôler, elle l’enserra dans ses bras jusqu’à l’immobiliser. Il sentit son corps tout entier refuser d’être là, de subir et comme il n’y pouvait rien, il décida d’arrêter de fonctionner. Il ne voulait pas, il ne voulait pas mais son corps ne se remit pas en marche. Dans un coin de sa tête, il pensa que s’il ne bougeait pas, ça passerait. Et sa conscience lui rappela que s’il bougeait, protestait, ça ne changerait rien au final. Ça ferait juste… beaucoup plus mal à un moment ou à un autre.

« Clément ? »

Gwen… c’était Gwen, il n’allait pas lui faire de mal, il n’allait pas lui imposer un rapport qu’il ne désirait pas. C’était Gwen, bon sang. Il devait se sentir libre, il s’en était sorti… il pouvait être libre… et toutes les personnes qu’il aimait savaient… libre, il allait enfin être libre… Mais son corps et une partie de son esprit refusaient d’entendre.

« Pardon…, murmura Gwen en se relevant. »

Clément resta encore quelques secondes immobile puis ne sentant plus le corps de Gwen sur le sien, réussit à bouger tout doucement.

Clément se redressa et fixa le sol. Pourquoi son corps réagissait aussi mal ? Pourquoi ne pouvait-il pas se contenter de ne plus être là, comme il l’avait fait pendant tant d’années ? Parce que c’était Gwen et que son cœur mourrait d’envie de ressentir quelque chose… Mourrait d’envie de s’éveiller pour les beaux yeux noirs et le sourire. Mais c’était impossible, ça ne marchait pas. Il avait cru qu’il pourrait avoir une vie, qu’il pourrait avoir ce mec bien tant vanté mais c’était beaucoup trop tard. Trop tard, comme sa relation avec son frère, ses parents qu’il avait à peine vus ses dernières années à cause de Thierry alors qu’il se persuadé qu’il aurait encore le temps. Et ils étaient morts, trop tôt. Il avait tout raté, tout. Il n’était plus rien. Non, correction, il n’avait jamais été quelque chose ou quelqu’un. Il n’était plus une personne à part entière et il allait errer dans le noir jusqu’à la fin de sa vie. Sans être capable de ressentir autre chose qu’une angoisse à chaque toucher. Si tant est que quelqu’un voulait le toucher, il se demandait même comment Gwen pouvait en avoir envie, comment il pouvait plaire à cet homme qui semblait éclairer le monde de sa présence. Clément ne se sentait pas comme un mec bien, pas du tout.

Et soudain, il le sentit en lui et ce n’en fut que plus cruel. Il aimait Gwen, beaucoup. Il l’aimait déjà trop. Beaucoup, trop, ce n’était même plus une question d’adverbes à ce stade. Il l’aimait. Et qu’avait-il à proposer au brun ? Sa magnifique capacité à trembler au moindre contact ? Son incapacité à satisfaire un partenaire ? Ça allait juste être humiliant... Pourquoi avait-il fallu qu’il se passe quoi que ce soit avec Gwen, qui était en plus son collègue et le neveu de son patron ?

Il finit par lever les yeux et fixa Gwen. Pourquoi ce gamin faisait ça ? Pourquoi lui donnait-il l’impression qu’il valait la peine alors qu’il savait pertinemment que ce n’était pas le cas.

Gwen tendit la main vers lui. Clément la regarda sans la voir. Il ne sentait plus que sa peur et la colère de la ressentir l’envahir. Gwen tendit encore la main puis la posa sur la taille de Clément, tout doucement. Clément chercha la sensation rassurante, apaisante. Il paniqua, n’arrivant plus à la saisir, à la ressentir. Il n’y avait plus que l’angoisse qui s’insinuait.

« C’est Gwen, tenta son esprit. »

Mais ça ne suffit pas cette fois. Clément se recula, allant heurter l’accoudoir du canapé.

« Désolé, dit Gwen.

— Pourquoi tu fais ça ? marmonna Clément.

— Pourquoi je fais quoi ? »

Clément le dévisagea et sentit ses mâchoires se contracter.

« Ça ! Me toucher, m’embrasser, vouloir être proche de moi ! Tu veux quoi ? Tu dis que je te plais mais c’est quoi qui te plaît exactement ? J’ai beau chercher, je ne vois pas…

— Clém… »

Gwen ouvrit la main, le même geste qu’il faisait depuis des jours. Mais Clément l’écarta d’un mouvement et se leva.

« Arrête ! S’il te plait, arrête… Arrête d’essayer de… de… de me faire croire que tu veux de moi !

— Quoi ? Tu crois que je joue ? lâcha le brun en se dressant.

— Tu l’as entendu, non ? Même au lit, je suis nul ! Regarde ce qu’il se passe… »

Gwen attrapa Clément par les épaules, ce dernier baissa les yeux et se tassa sur lui-même. Le cerveau de Gwen lui envoyait des avertissements en gros caractères. Putain, il faisait tout de travers.

« Clem, je m’en fous de ça, je m’en fous de ce que ce connard a dit… »

Gwen tenta de l’attirer entre ses bras. Si seulement il pouvait le prendre contre lui, le rassurer, lui faire entendre…

« Non ! coupa Clément. »

Gwen le lâcha immédiatement. Clément se recula.

« Non. Non. Juste non.

— J’ai compris, Clém, je te touche pas. »

Clément sentait qu’il devenait incohérent, mais il n’arrivait pas à se contrôler. Il savait ce qu’il faisait mais il ne pouvait s’en empêcher. Il repoussait Gwen parce qu’il était mort de peur. Mort de peur de ce que le brun pourrait découvrir, effrayé à l’idée qu’on puisse encore vouloir de lui, effrayé par tout ce qui hantait son cœur. Il avait dit non. Et Gwen s’était arrêté. Il avait dit non des centaines de fois et ça n’avait rien changé, il n’avait jamais eu ce pouvoir jusqu’à aujourd’hui.

Mais Gwen s’était arrêté parce qu’il lui avait demandé.

« Non…

— J’ai compris, Clém, c’est bon, répéta encore doucement Gwen. Tout va bien, tu sais…

— Non, arrête ! Arrête de m’approcher, arrête de me faire croire que tout va bien, ce n’est pas vrai. On fait quoi tous les deux ? C’est ridicule bon sang ! »

Gwen glissa tout doucement sa main dans celle de Clément, espérant qu’il ne se déroberait pas mais Clément retira sa main.

« Une relation… avec toi, j’en suis juste incapable…, finit par murmurer le châtain. Et ça fait mal… »

Ça faisait mal d’en avoir envie malgré tout et de ne pas s’en sentir digne ou même capable. Il avait envie d’aimer Gwen de toutes ses forces. Et il se rendait compte qu’il était juste épuisé à l’idée de le faire. Comme si c’était encore une bataille à mener.

Gwen sentit son cœur battre plus vite puis s’arrêter brusquement sous la douleur. Oh, c’était ça ? Avoir le cœur brisé, c’était cette sensation-là ? Les morceaux semblaient crisser dans sa poitrine comme si on marchait dessus. Sciemment, histoire qu’il n’y ait plus moyen de les recoller.

« Je ne voulais pas te faire peur, ni mal, Clément, répéta Gwen. Je te l’ai dit, c’est pas le concept. »

Alors, c’est sacrément foireux comme truc ! Et Gwen avait envie d’hurler à l’arnaque, de s’en prendre au connard du mec du marketing, il ne pensait pas ressentir un aiguillon pareil le traverser alors que Clément secouait la tête en se reculant. Il voulait tuer ce connard qui avait mis Clément dans cet état. Il en voulut au monde entier quand Clément ne put que fuir devant lui. Il voulait juste l’aimer, bordel. Juste l’aimer, ça n’aurait pas dû être si difficile.

« Putain, c’est quoi cette connerie ? ragea-t-il à mi-voix. »

Il n’en revenait pas. Il croyait que les cieux allaient s’ouvrir et que des anges viendraient chanter avec leurs harpes dans la félicité et la joie quand il tomberait amoureux. Au lieu de ça, il avait l’impression que les démons de l’enfer s’étaient dit que faire un basket avec son cœur encore accroché par ses artères à son corps serait une bonne idée... Merde, ça faisait mal en fait, il n’avait jamais pensé que ça ferait aussi mal.

Il entendit Laurie lui dire combien ce serait différent quand il aimerait pour de vrai. Elle ne l’avait pas prévenu que ça pouvait se passer exactement comme dans les livres et les douze milles heures de série qu’ils s’étaient enquillés, avec beaucoup trop de drames. En même temps, fallait être un peu con pour ne pas avoir envisagé l’idée. Les scénaristes devaient bien chercher leurs idées quelque part.

Il y avait pire que vivre chez son oncle et devoir se coucher tous les soirs à huit heures. Il y avait pire que dormir sous deux posters, l’un shooté à l’eau bénite et l’autre susurrant des idées lubriques. Il y avait bien pire… Il y avait le fait de vivre avec un fantôme. Il comprenait ce que disait Jé à propos des yeux des victimes. Clément venait de lever le voile et de montrer tout ce qui le hantait, le dévorait, le blessait. Tout avait été contenu jusque-là, bien à l’abri dans le cœur de Clément.

Clément se leva et ses yeux semblaient ne plus voir que son horreur intérieure.

« Je suis désolé, Gwen, vraiment, fit-il en s’éclipsant. »

Aucune blague ne pourrait le rattraper, Gwen le savait. Il regarda la silhouette grimper les marches de l’escalier et disparaître. Disparaître, c’était le mot.

Gwen ne pensait pas que son collègue puisse sembler encore plus évanescent qu’il ne l’était, qu’il puisse être encore plus mal. Et surtout, il n’avait jamais pensé que ce serait un jour de sa faute…

Bonsoir, bonsoir,

Ok, je fais demi-tour et je me tire discrètement... Vous m'avez pas vu !

Prochaine chapitre samedi sans faute !!! Promis !

A bientôt.

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