Chapitre vingt

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Clément fit jouer ses clés dans la serrure, ayant cru quelques secondes que Thierry l’aurait faite changée. Mais la peur n’avait jamais été du côté de Thierry, seulement dans le camp de Clément.

Il entra dans l’appartement froid, suivi de Gwen. Pendant un petit instant, Clément se sentit submergé par le lieu. Il avait vécu ici et il n’en éprouvait que du regret, une profonde nausée. Sans Clément pour y veiller, le désordre s’était petit à petit installé. Thierry avait toujours pointé les petits défauts de Clément, celui de parfois laisser une tasse sur une table provoquait toujours des remarques acerbes. Mais Thierry lui-même était exempté d’efforts en ce sens. Quand Clément lui avait dit un jour qu’il pouvait au moins poser son assiette dans l’évier, c’était comme s’il avait déclenché une tempête d’amplitude insoupçonnée.

Gwen avança dans le grand appartement, cherchant quelque chose de Clément en ces lieux et n’y trouvant rien. C’était à la fois impersonnel et m’as-tu-vu, juste pour la cherté des matériaux. Tout l’inverse de Clément qui aimait les couleurs et les matériaux chauds, confortables. Il retrouva la personnalité de son colocataire dans un petit meuble en bois et ce fut vers celui-ci que Clément se dirigea en premier.

Clément tira la porte inférieure du secrétaire et sourit en le voyant, rassuré. Il attrapa l’objet entre ses mains. Il sut tout de suite que quelque chose n’allait pas. Il en ressentit comme un coup de poignard dans le cœur. Ce n’était pas la première fois mais jusque-là, Clément n’avait pas voulu voir ce que c’était.

Là, ça lui apparut brusquement. C’était de la cruauté, pas celle d’un enfant qui écrase un insecte parce qu’il peut le faire et qu’il en ignore les conséquences, mais celle d’un adulte, conscient de ce qu’il fait et y prenant plaisir.

Voilà pourquoi la serrure n’avait pas été changée. Pour ce moment, cette petite vengeance perfide. Thierry aurait sans doute voulu y assister. Le pauvre ne pourrait que l’imaginer.

Clément prit son vieil appareil photo argentique entre ses deux mains. L’objectif se détacha et roula sur le sol mais ça n’eut pas d’importance, le verre était déjà fissuré en plusieurs endroits, inutilisable.

Des boutons tombèrent du boitier à leur tour. Tout avait été fait pour le mettre en miettes et le remonter pour donner l’illusion du contraire quelques secondes. Cruel jusqu’au bout.

« Clément ?

— Il est cassé, murmura le châtain en déposant les morceaux sur la table basse. »

Gwen regarda l’appareil. Il ne s’y connaissait pas en photo mais savait tout de même reconnaître une situation désespérée quand il en voyait une. À chaque mouvement, l’appareil se désagrégeait. Et Clément, agenouillé, tentait désespérément de récupérer les morceaux pour les maintenir ensemble.

« Il est cassé, répéta Clément, s’étranglant presque sous l’énoncé. C’était un cadeau… C’était un cadeau de mon père. »

Gwen resta interdit devant la détresse perceptible dans la voix. Clément gardait pourtant ce visage dépourvu d’émotion, le même que le soir de l’agression.

Clément recula ses mains, se demandant combien de choses Thierry allait-il lui retirer avant qu’il ne réagisse enfin. Le vide dans son ventre sembla se remplir de douleur, de colère. Il n’avait plus été en colère depuis des années. À part contre lui-même.

Il se leva d’un coup.

« Je reviens, je vais chercher un truc dans le camion, dit-il.

— Clément ?

— Ne bouge pas, je reviens. »

Gwen patienta quelques minutes. Il ne savait pas ce que ressentait Clément. Il aurait dû appeler Jé et Liam, leur demander si c’était une bonne idée.

Qu’aurait-il ressenti, lui, si… Et il comprit alors pourquoi il avait insisté pour venir avec Clément. À chaque fois qu’il avait dû s’approcher de ce coin de la ville, il avait été pris d’une angoisse indescriptible, au point de ne même plus pouvoir aller à un bar non loin. Ça s’était atténué avec le temps pour se transformer en une vague oppression mais ça n’avait jamais disparu. Même après qu’il ait fait son tatouage.

Clément revint quelques minutes plus tard avec la masse à la main. Mais que voulait-il faire avec ça ? Le visage du châtain était figé dans une colère si intense que Gwen voyait les muscles de sa mâchoire se contracter. Jamais il n’avait pensé que son coloc puisse se mettre dans un tel état, Clément était toujours tout en retenue. Et si gentil…

« Clém ? »

Clément se dirigea vers la chambre sans prêter attention à Gwen. Ça enflait dans sa tête, dans son corps… Thierry n’avait pas le droit ! Il avait déjà détruit tant de choses, matérielles et immatérielles. Comme la confiance, l’amour-propre de Clément. Pourquoi encore détruire plus, Clément se sentait déjà brisé en petits morceaux depuis si longtemps. Il savait exactement pourquoi Thierry avait visé cet objet plus qu’un autre.

« Mon pauvre Clément, oui, c’est joli. Mais tout le monde peut faire des trucs jolis. Ça ne s’appelle pas du talent, sois réaliste. »

Et petit à petit, il avait fini par ne plus sortir l’appareil photo, à cause du sourire condescendant qui s’affichait sur les lèvres de Thierry quand il le faisait. Perdant peut-être sa seule véritable passion, son moyen de faire respirer son âme.

Il poussa la porte et regarda le lit avec dégoût. Et se souvint de la volonté de faire du mal de Thierry, de rabaisser, jusque dans ce lieu qui aurait dû être empli de beaux souvenirs. Ignorant son dos et son poignet encore douloureux, il souleva la masse et l’abaissa avec force sur le lit. Le bois éclata.

Gwen comprit ce qu’il allait faire mais ne réagit pas assez vite. En fait, il ne s’y attendait pas.

« Putain, Clément, arrête ! hurla-t-il en levant les bras pour se protéger des éclats. »

Sans l’écouter, le plus vieux redressa encore la masse pour l’abattre sur un autre montant. D’une main, il dégagea le matelas avec rage puis continua son carnage sur le vieux sommier de bois. Tout lui revenait. Tout. Les détails les plus hideux. Et non, il ne voulait pas ce lit. Alors même qu’il avait passé des heures à le poncer, à le vernir, à lui redonner son éclat d’antan. Il ressentait juste une sensation d’écœurement à la vue de son travail.

Il frappa encore. Il se rappelait de l’insistance de Thierry, de son chantage aux sentiments, de ses remarques sur son physique. Et jusqu’aux insinuations, puis aux insultes sur sa virilité. Il frappa, la douleur irradiant son dos sous la torsion qu’il lui imposa. Il ne pouvait faire que frapper sous les souvenirs qui l’assaillaient, sous la révélation que ce n’était pas normal et que ça avait un nom ce qu’il avait enduré.

Souvenir des reproches et des petites piques jusqu’à ce qu’il cède. Souvenir de s’être contraint à donner des fellations sans en avoir le moins du monde envie. Souvenir de cette main qui le maintenait en agrippant ses cheveux, prétextant l’excitation. Tiens, pour ça, il n’était plus bon à rien.

Encore un coup et il explosa la tête de lit. Il sentit un fragment de bois lui frôler le visage. Souvenir d’avoir subi la pénétration comme une obligation parce que Thierry disait que c’était Clément qui était pédé et qu’il aimait ça. Il n’arrivait plus à réellement aimer ça depuis des années ! Il arrivait juste à laisser son esprit dériver. Jusqu’au souvenir de cette-fois-là qui l’avait terrorisé par sa violence et la banalité de ce qu’il s’était passé juste après.

Le lit s’affaissa avec un grincement sinistre mais ça n’arrêta pas Clément qui frappa une dernière fois. Souvenir de dix dernières années, perdues, irrémédiablement gâchées. Il laissa tomber la masse au sol et celle-ci le percuta en faisant un énorme bruit.

Clément sursauta, comme épouvanté par ce qu’il venait de faire. Il recula d’un pas, heurtant Gwen qui lui fit faire demi-tour et le prit dans ses bras sans hésitation, cherchant l’acceptation dans le regard gris. Clément l’étreignit avec force sans rien dire. Il sut qu’il trouverait chez Gwen ce contact dont il avait besoin à ce moment précis. Et ce fut le cas. Personne ne l’avait plus câliné depuis tant de temps. Le dernier à l’avoir fait, c’était Mihai... dans une autre vie. Clément serra un peu plus Gwen et ce dernier ne le repoussa pas.

Gwen le sentit trembler contre lui, comme ce matin. Mais il ne pouvait pas le lâcher pour autant. Et Clément le serrait fortement, comme s’il voulait se fondre en lui et disparaître. Ça lui brisait le cœur de voir Clément ainsi. Gwen battit des yeux plusieurs fois pour empêcher les larmes de venir. Si Clément ne pleurait pas, il ne se sentait certainement pas en droit de le faire. Il resserra ses bras autour des épaules de son collègue.

Clément se laissa aller dans l’étreinte et la rendit. Il n’avait pas besoin de lui parler, en fait, il ne se sentait pas en capacité de parler pour le moment. Et puis, il était sûr que Gwen savait, devinait. Et tant pis s’il ne comprenait pas tout, Clément ne pouvait juste pas parler... La colère bloquait ses mots, l’emplissant. D’une certaine façon, c’était presque bon de l’avoir senti monter et déborder. Libérateur. Il se sentit libre tout à coup. Libre et épuisé. Jamais plus il ne remettrait les pieds ici, jamais plus il laisserait la volonté d’un autre entraver la sienne.

Gwen caressa les cheveux, puis le dos de Clément pendant un très long moment, lui chuchotant, comme la nuit, des mots pour le calmer, jusqu’à ce que les doigts du châtain finissent par se desserrer sur le dos de son pull.

Clément jeta un œil sur le carnage qu’il venait de faire.

« C’est fini ? interrogea Gwen doucement.

— Je crois, murmura Clément en levant les yeux vers lui. »

Il s’éloigna alors doucement du brun, un peu honteux de se montrer aussi pathétique devant son nouveau collègue. Il n’y pouvait rien, il ne contrôlait plus rien. Il n’aurait jamais dû accepter que Gwen l’accompagne. Il n’aurait jamais dû laisser entrer cet homme dans sa vie…

Gwen le retint en attrapant sa main.

« Tu te sens mieux ? demanda-t-il

— Je crois, répéta Clément. »

Le châtain avait encore cet air d’animal pris dans la lumière des phares, égaré mais déjà un peu moins tendu, ses épaules se relâchant après l’effort qu’il venait de fournir.

Gwen le tira contre lui et releva son visage d’une main, calant ses doigts contre la courbure de la joue. Il avait envie que Clément se niche dans sa paume mais son aîné ne le fit pas, fuyant son regard mais pas son contact.

« C’est pas censé faire mal l’amour, Clém, c’est pas le concept, murmura Gwen en le regardant.

— Ou c’est juste une publicité mensongère, répondit Clément sur le même ton, sans lever les yeux.

— Encore un gars du marketing qui a foiré un truc. »

Clément finit par fixer son regard dans celui de Gwen dont la main n’avait pas quitté sa joue.

« Désolé.

— T’inquiète pas. J’espère juste qu’aucun des voisins n’a appelé les flics pour le tapage. »

Clément leva la main et la posa sur celle de Gwen, la gardant sur sa joue, étonné par le côté tactile de son jeune collègue. De son… ami, il croyait pouvoir le dire après ça. Il était tenté d’incliner la tête, juste pour se lover contre cette main qui le soutenait. Mais il s’écarta à contrecœur.

« Désolé, répéta-t-il. On peut s’en aller maintenant. Juste mon meuble à récupérer.

— Ok. »

Gwen lâcha Clément sans le quitter des yeux. Il y avait ce soulagement après la colère dans ceux de Clément. Il espéra que ce serait une promesse de jours meilleurs.

Quand Clément avait commencé à détruire méthodiquement la chambre, il avait hurlé, de peur que son collègue se fasse mal. Puis il l’avait laissé exprimer sa rage, sa colère, sa détresse aussi. Parce que Clément en avait besoin. Gwen devinait, il devinait même trop bien. Grâce à toutes ces petites phrases lâchées par Jé ou Liam, qui parfois trahissaient le secret juste pour pouvoir continuer encore un peu, déposer leur fardeau quelque temps. Il devinait et il en était écœuré.

Une dizaine de minutes plus tard, le secrétaire sanglé à l’arrière du camion, Clément remonta pour donner un tour de clé à la porte d’entrée. La toute petite part de méchanceté en lui voulut qu’il laisse grand ouvert, pour permettre à n’importe qui d’entrer pendant l’absence de Thierry. Mais il n’était pas comme ça.

Il jeta un dernier coup d’œil sur son trésor, désossé sur la table, et referma la porte sur ces dix dernières années.

Il monta dans le camion et laissa Gwen conduire.

« Merci, dit-il avec émotion.

— Tu veux en parler ? demanda Gwen.

— De quoi ? »

Clément savait parfaitement de quoi.

« De lui, répondit Gwen. La dernière fois, c'était lui.

— C'était un accident.. c'était pas... »

Clément se rendit compte de l'inutilité de mentir à Gwen et avoua enfin :

« Oui... c’était lui.

— Tu étais avec lui depuis longtemps ?

— Dix ans. »

Gwen resta silencieux. Dix ans, dix années entières… Et combien de fois était-il « tombé dans un escalier » durant ce temps. Et cet acharnement à vouloir détruire ce lit… Bordel ! Il commençait à comprendre l’attitude absente, les excuses perpétuelles, tout… Merde, ça lui faisait mal de seulement y penser et Clément l’avait vécu.

« Il n’a pas toujours été comme ça, se justifia Clément devant son silence.

— Mais il l’a été.

—Oui. »

Clément sentit qu’il déposait quelque chose et se sentit beaucoup plus léger de le faire. Gwen tourna rapidement les yeux vers lui avant de les reporter sur la route.

« C’est pas ta faute, tu le sais, ça, dit le brun.

—Je sais. »

Mais il ne le savait pas. Il savait qu’il avait permis tout ça.

Clément se laissa aller contre la vitre et ferma les yeux quelques secondes. Le soulagement fut de courte durée. À nouveau, il sentit cette main invisible qui s’amusait à tordre son cœur jusqu’à la douleur. Il avait toujours payé au centuple ses velléités de rébellion, Thierry n’oubliant jamais de lui rappeler à quel point il était inutile, idiot. À quel point il n’était rien.

Il releva la tête et fixa la route. Dans l’habitacle, le soleil fit miroiter les grains de poussières invisibles. Il était peut-être rien mais il n’était plus invisible. Il tourna la tête vers Gwen et ce dernier lui renvoya son regard, suivi d’un sourire. Quelqu’un le voyait.

Comme un collègue, comme un ami, aurait rajouté Thierry, lui rappelant à qu’il n’avait pas eu de compagnon jusque-là, que des rencontres éphémères, pas toujours satisfaisantes. C’était ça aussi la clandestinité, ça n’ouvrait pas beaucoup de possibles.

Même Mihai, qui lui avait fait si forte impression, n’avait fait que passer dans sa vie. Et jusqu’à ce que Thierry apparaisse, il pensait qu’il resterait seul toute sa vie. Il aurait peut-être mieux fait. Il savait bien que ce n’était pas le concept, comme disait Gwen. Mais il pensait encore qu’on leur vendait un rêve et que la réalité était tout autre. L’amour, c’est pour les histoires.

Clément poussa le secrétaire dans un coin du salon où il reprit sa place d’antan. Il leva brièvement les yeux pour regarder Gwen et ce dernier sut exactement ce qu’il allait faire. Aussitôt, le brun coupa court à toute tentative de fuite. Il ne voulait pas que Clément s’enfuit et il n’avait pas beaucoup d’option pour le garder à côté de lui. Il choisit celle qu’il maîtrisait le mieux.

« Au fait, toujours pas d’idée ? demanda-t-il.

— Pour ? »

Gwen tira légèrement sur son tee-shirt, dévoilant un peu plus les deux larges traits d’encre terminés en pointe, ainsi qu’un troisième que Clément n’avait pas encore remarqué.

« Ça ! Tu te rappelles que tu gagnes le droit de voir ? ironisa Gwen.

— Petit con ! souffla Clément, amusé. »

Gwen sourit en retour.

« Attends, j’ai marché sur des œufs avec toi pendant des semaines. Maintenant que je sais que tu aimes les mecs, je vais me rattraper. Tu vas avoir le droit à mon florilège de blagues nulles.

— J’ai déjà eu ton florilège de blagues nulles, rétorqua Clément.

— Que tu crois, mon gars. T’as juste eu un aperçu ! »

Et mon dieu sait que je peux aller très, très loin dans les blagues tendancieuses, pensa Gwen. Il décida d’épargner un peu Clément quand même. Au moins au début.

Les yeux du châtain suivirent les doigts qui relâchèrent doucement le tissu du tee-shirt et cachèrent partiellement le tatouage. Clément eut une petite illumination.

« C’est une fleur ? Ne me demande pas de te trouver le nom, je suis nul dans ce domaine. »

Comme dans beaucoup d’autres, se rappela-t-il ensuite.

« Non, perdu, ce n’est pas une fleur ! rigola Gwen, ravi que Clément entre dans son jeu.

— Zut ! J’ai droit à un lot de consolation ? »

Gwen s’approcha tout doucement et lui releva le menton du bout du doigt, juste un léger frôlement. Ça lui vrillait la tête depuis qu’il l’avait vu tremblant de rage, de souffrance. Gwen avait envie de le toucher. Il avait bien vu que loin de repousser son contact, Clément en avait eu besoin. Gwen aimerait qu’il en ait besoin à chaque heure, à chaque minute… Il approcha doucement ses lèvres de celles du châtain.

« Gwen ? s’étrangla Clément.

— J’y peux rien, t’as cet air triste depuis des heures.

— Et tu as envie d’embrasser les gens quand ils sont tristes ? demanda Clément, gêné. »

Seulement toi, faillit répliquer Gwen.

« Oui, finit par dire le brun. C’est mignon, un baiser quand c’est fait pour consoler.

— Je suis trop vieux pour ça, murmura Clément alors qu’il ressentit un frisson lui parcourir le corps. »

La main de Gwen glissa de son menton à sa joue et il se rapprocha encore.

« Je ne crois pas, non. »

Gwen attendit l’infime indice qui montre l’acceptation de Clément. Les yeux gris se fermèrent quand il ne fut plus qu’à quelques centimètres de sa bouche. Il prit ça pour un oui et combla l’espace entre leurs lèvres.

Clément ne savait pas vraiment pourquoi il laissait faire. Mais depuis qu’il avait attrapé la main de Gwen dans la nuit, il se sentait comme dépendant de son contact. C’était une bêtise mais une bêtise très attirante. Gwen était… attirant ?

Bien sûr qu’il l’était, se morigéna Clément. Mais il était aussi son collègue, son colocataire, presque un ami. Et il était si jeune. C’était une bêtise.

Il réouvrit les yeux, mais trop tard, les lèvres de Gwen se posèrent sur les siennes. Il crut que ça allait être doux. Ça le fut mais pas seulement.

Gwen l’embrassa légèrement, puis se recula quelques centièmes de secondes pour humecter ses lèvres et les reposer contre les siennes, partageant la sensation humide.

Clément y répondit, ouvrant sa bouche et la refermant ses les lèvres de Gwen avec lenteur. Si ça, c’était un baiser de consolation, il en voulait bien un tous les jours, toutes les heures.

On pouvait donc trouver du plaisir à être embrassé, se rappela-t-il alors. Autre chose qu’un baiser contraint, qu’un baiser concédé pour avoir la paix… Autre chose… Il sentit comme si le contact de Gwen, comme si son baiser effaçait la présence de Thierry et il tendit les mains pour l’enlacer.

Il voulait être lavé de ce toucher, le remplacer par celui de Gwen, doux et… et quoi ? Il ne savait plus, il se dit qu’il connaissait cette sensation, qu’il avait déjà dû la ressentir.

Gwen sentit les mains de Clément se refermer sur ses hanches, puis dans son dos pour l’attirer plus prêt encore.

C’était bien plus que ce que Gwen espérait et il entoura le cou de Clément de ses bras, collant leurs torses l’un contre l’autre en un effleurement léger.

Gwen entrouvrit ses lèvres pour les refermer sur celle de Clément une dizaine de fois sans chercher plus que ça. Quand il sentit Clément se reculer pour l’interrompre, il vint lécher malicieusement la lèvre supérieure de son collègue d’un petit coup de la pointe de sa langue. Hors de question que Clément croit qu’il ne méritait qu’un chaste baiser. Parce que Gwen avait déjà des milliers d’idées juste à ce baiser. Il put presque voir dans sa tête Orlando lever les yeux au ciel. Ces elfes… Ils avaient des centaines d’années devant eux, et ils ne songeaient même pas à s’amuser un peu. Quel gâchis tout de même ! Gwen se calma un peu. Orlando n’avait pas complètement tort malheureusement.

Clément sourit sous ce qui ressemblait à une taquinerie et s’éloigna, desserrant ses mains du corps de Gwen, surpris de se sentir si apaisé après ce baiser.

« Merci, dit-il. »

C’était étrange de remercier quelqu’un pour un baiser mais ce fut la seule chose qui lui sembla importante à dire.

« Oh, toujours prêt à me sacrifier pour le bien de l’humanité ! rit Gwen. Ok, programme de la journée ? Pas de travaux ! On fait rien, rien et encore rien… Tu veux continuer ma série ?

— Celle avec des scènes… pas gores.

— Ah, j’ai menti, y’a aussi des scènes gores. »

Clément éclata de rire.

« Tu me feras tout faire.

— Oh oui, répondit Gwen avec un grand sourire. T’as pas idée. »

Et moi, j’en ai beaucoup trop, se désespéra le brun.

Clément s’interrogea quelques secondes sur le double sens et préféra en rire à nouveau. Gwen ne pouvait décidément pas être sérieux plus de deux minutes.

Il regarda les yeux noirs exempts de maquillage ce matin, le sourire qui accentuait ses pommettes, rendant la cicatrice plus visible. Puis Clément se rappela de son reflet dans le miroir, de son visage banal, de son sourire moche, de son âge et de son bagage de problèmes. Non, Gwen n’était pas sérieux bien sûr. Il voulait juste le sortir du marasme de ses émotions et il y arrivait. Comme un ami. Avec des lèvres douces et… et quoi déjà ? Le mot lui échappait et ça l’énervait.

Clément se surprit à songer qu’il n’avait eu qu’une toute petite appréhension au contact, mais pas de réticence. Au contraire, il y avait quelque chose qui s’était manifesté dans le creux de son ventre. Et ça ne ressemblait pas à la sensation d’effondrement que provoquait Thierry. C’était quelque chose encore de doux et… oh bordel, il venait de se souvenir : et d’excitant.

Quelque chose qui avait les contours du désir.

Bonsoir,

après plusieurs scènes assez dures, c'était un poil compliqué d'être dans la tête de Clément. Et je dépérissais sans scène un peu olé-olé du coup, ce baiser est venu se faufiler dans ce chapitre. Il n'était pas du tout prévu et puis finalement, je crois qu'il est pas si mal, là.

Merci et bonne soirée.

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