Chapitre dix-sept

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Clément décida de l'heure et de la façon dont il voulait se confronter à Thierry. Il attendit un soir où Gwen n'était pas là pour appeler en toute tranquillité. En fait, il craignait d'en être si affecté qu'il ne parviendrait plus à donner le change. C'en était ridicule d'en arriver à ce stade pour passer un simple coup de téléphone mais la réalité était là. Il était tombé aussi bas et même plus encore. Évidemment, Thierry ne décrocha pas, restant dans la maîtrise de la situation. Ça devait en être épuisant de toujours vivre avec ce besoin effréné de contrôle. Ça devait même finir par rendre dingue. Et ces derniers mois, Clément n’avait pas été loin de penser que Thierry l’était. Ce qui le rendait d’autant plus imprévisible.

Quelques minutes plus tard, Thierry rappela. Mais Clément y était en quelque sorte préparé, il ne trembla presque pas quand il entendit la voix.

« Tu daignes enfin te comporter comme un homme ? demanda Thierry en introduction. »

Clément grimaça et ne répondit pas à la provocation.

« Je voudrais que tu arrêtes de m’appeler.

— Je voudrais que tu arrêtes de me prendre pour un con, c’est possible ?

— Pour ça, faudrait que tu arrêtes de l’être, rétorqua Clément avant de fermer les yeux, se maudissant pour sa bêtise. »

Il devina presque le sourire qui se forma sur les lèvres de Thierry. Avait-il un jour trouvé ce sourire beau ou seulement chaleureux ? Avant qu’il ne lui inspire que de la méfiance.

« On parle de quoi ? Du con qui t’a donné dix ans de son temps ? Qui est passé à côté d’une vie normale à cause de toi ?

— Pas à cause de moi, rétorqua Clément. T’es homo, Thierry, c’est tout, c’est pas…

— Je ne suis pas pédé ! Tout ça, c’est toi, ta faute… Je…

— Et bien voilà, t’es tranquille maintenant, tu peux reprendre une vie normale, je suis parti. Et je ne reviendrai pas. »

Il y eut un silence presque angoissant.

« Tu crois t’en tirer à si bon compte ? C’est trop tard, ma vie est fichue ! Tu me dois plus que ça, Clément. Et je… putain, tu vas me le faire dire, mais je t’aime, cracha Thierry, n’étant pas à une contradiction près.

— J’te rappelle que je suis un homme, au cas où tu aies oublié ? Pourquoi tu ne veux pas…

— Tu m’emmerdes, c’est juste toi, c’est tout ! Je suis pas…

— Moi. Et Steve aussi apparemment. Et d’autres encore, non ? »

Encore un silence.

« Ne me cherche pas, Clément.

— Je ne te cherche pas, je te dis juste que c’est fini, c’est tout. Et je voudrais récupérer mes meubles.

— Viens les chercher !

— Je…

— Viens, tu veux tes meubles, je veux ma discussion. »

Au mot discussion, la seule chose que l’esprit de Clément put concevoir, ce fut l’image d’une main levée, prête à gifler. C’était soit ça, soit une réconciliation presque forcée sur l’oreiller. Il préférait encore la gifle. Il raccrocha et jeta son téléphone sur le canapé puis il le suivit, se vautrant dessus à la manière de Gwen. Quelle partie de son cerveau avait pu lui faire croire qu’il y avait un échange possible avec Thierry ?

Il resta immobile pendant plusieurs minutes, des images repassant dans sa tête avant de se mettre à trembler sous les souvenirs. Il se leva et avisa la spatule pour décoller le papier peint. À ce rythme, il ne lui faudrait même pas deux mois pour rénover toute la maison. Et y laisser toutes ses nuits. Finalement, ce n’était pas plus mal qu’il ait Gwen comme colocataire, sinon, il aurait sombré.

Quand une bonne heure plus tard, Gwen rentra, Clément se tourna vers lui, spatule en main, comme si rien ne s’était passé, comme si sa tête était aussi calme qu’une mer sans vent.

« Alors ? demanda-t-il. »

Le brun était aller voir pour acheter une voiture à un particulier.

« Je suis pas sûr. Trop de choses à refaire dans peu de temps.

— Ah, dommage.

— J’ai fait le plein de la tienne du coup, merci de me la laisser. »

Clément haussa les épaules. Puis, Gwen s’approcha et lui ôta la spatule des mains.

« Et j’ai pris de quoi manger aussi. Alors, laisse ce mur tranquille, il t’a rien fait. »

Le brun jeta un coup d’œil à la tapisserie.

« Enfin, si on veut, ajouta-t-il. »

Gwen avait pesté contre la box internet pendant toute sa première semaine d’installation, puis le week-end arrivant, s’était penché dessus et avait, en une bonne heure et après moults menaces au pauvre boitier, réussi là où Clément s’arrachait les cheveux, installer correctement la connexion. Il avait même configuré le wifi sur l’ordinateur portable de Clément. Ce dernier s’était senti particulièrement idiot de ne pas avoir réussi à le faire seul.

Clément se connecta avec plaisir à son groupe de discussion, eut une pluie de notifications qui consistait à des appels répétés et réguliers pour le joindre. Mais ici, il ne le ressentait absolument pas comme du harcèlement. Il se manifesta d’un « hello » timide. Il eut des réactions sympathiques à son retour. Certains prirent de ses nouvelles, d’autres lui proposèrent une partie.

L’administrateur du serveur, l’alpagua très rapidement en message privé.

WookiesFirst : Putain, @Argentik, tu faisais quoi ? J’étais super inquiet ! Ça fait trois semaines ! Tu vas bien ?

Clément sourit et son cœur fit un bond. Thierry n’avait pas arrêté de lui dire que les amitiés virtuelles n’étaient pas réelles, qu’il n’existait pas pour ces gens. Pourtant, c’était presque ses seuls amis en dehors de ses collègues. Non, correction, c’était ses seuls amis.

Argentik : Ça va, je n’avais pas le net. Désolé, je ne voulais pas t’inquiéter. J’ai essayé d’installer l’appli mais mon téléphone est trop vieux.

Il ajouta, sachant que Wookies comprendrait.

Argentik : Je suis parti.

Un feu d’artifice lui répondit.

WookiesFirst : Bravo ! T’es parti, vraiment parti ? Je suis trop fier de toi !

WookiesFirst : Attends, il s’est rien passé de grave ? Tu vas bien ? Il t’a rien fait ?

Clément regarda son poignet encore tenu en attelle après sa semaine de reprise. Il n’en avait normalement plus besoin, mais il la remettait quand ça devenait trop douloureux. Il n’en aimait pas la sensation. Ça lui rappelait l’étau sur son poignet, ce geste répété tant de fois, du simple signe de propriété jusqu’au serrement pour faire mal. Il bougea le bout des doigts et tenta d’oublier le ressenti dans son corps, comme un écho. Rien, ce n’était rien.

Argentik : Je vais bien, ne t’inquiète pas.

Il se rappelait comment il était arrivé sur ce serveur, en jouant à un jeu en ligne assez sommaire. Le groupe lui avait plu et il était resté, un petit réconfort après une soirée compliquée. Il était demeuré en retrait au début, comme dans la vraie vie, participant peu.

Et puis, un jour, un gars était arrivé avec des gros sabots.

Detoe74 : Alors, pour le raid dans le top 10, on avance ou on s’encule ? J’sais pas vous mais je suis pas pédé.

Leur chef avait réagi promptement.

WookiesFirst @everyone Je précise, pour ceux qui l’ignoreraient que votre admin et chef de guilde, c’est-à-dire moi, est gay et fier de l’être. Si ça vous pose problème, vous pouvez vous barrer. Je tolère l’humour, même sous la ceinture, attention toutefois à bien connaître la différence entre humour et insulte.

Clément avait apprécié qu’il n’use pas non plus d’un bannissement sommaire. Le gars s’était excusé pour ses propos. Wookies l’avait taclé en lui disant que le plaisir prostatique n’était pas réservé aux gays et que ça serait dommage de mourir con. En ajoutant un petit smiley coquin.

Clément avait remercié Wookies en message privé pour son intervention et leurs échanges avaient commencé petit à petit. Comment il en était venu à parler de ce que lui faisait Thierry à cette personne qu’il n’avait jamais rencontrée en chair et en os, il s’en souvenait parfaitement.

C’était une nuit où il ne dormait pas. Wookies venait de terminer un raid sur un autre jeu, c’était un gros gamer, et il s’étonna de le trouver encore là.

En lui parlant d’insomnie, Wookies conseilla une bonne méthode pour dormir avec quelques émojis suggestifs. Il avait même rigolé en parlant de son compagnon qu’il pouvait limite réveiller en pleine nuit tellement il était chaud-bouillant.

Apparemment, Clément avait compris que c’était assez récent entre eux. Et quand Wookies lui avait dit qu’il devait se rappeler ce que c’était, les débuts, Clément avait tapé cette phrase.

Argentik : Pas sûr de me rappeler un moment où j’ai aimé. Sans doute pour ça qu’il me force un peu quand je n’ai pas vraiment envie.

Il l’avait envoyée puis supprimée immédiatement. Trop tard.

WookiesFirst : Attends, t’as effacé, oh mec, tu viens bien de dire ce que tu viens de dire ?

Argentik : Oublie, ce n’est pas important.

Il avait regretté tout d’un coup ce qu’il avait écrit. Ça sonnait si… si violent.

WookiesFirst : T’es en train de me dire que ton mec t’oblige à des rapports et c’est pas important ? Tu sais qu’il y a un mot pour ça ?

Ça l’avait fait réagir l’espace d’un instant. Non, il n’était pas concerné par ce mot-là, il ne fallait pas exagérer. Ce n’était pas, enfin, il n’était pas… Il ne voulait pas se rappeler. Ni de cette fois-là, ni des autres.

Argentik : Attends, ce n’est pas ça du tout. C’est parce que je n’ai pas toujours envie. Non, en fait, je n’ai jamais envie. Alors je comprends qu’il soit un peu contrarié.

WookiesFirst : Et ça donne quoi quand il est contrarié ton mec ?

Argentik : Tu ne comprends pas.

WookiesFirst : Si, j’ai peur de comprendre justement. Il fait quoi quand il est contrarié ?

Clément s’était mis à défendre Thierry par habitude, à lui trouver des excuses.

Argentik : C’est ma faute, je suis une vraie plaie comme compagnon, j’oublie plein de choses ou je ne les fais pas correctement.

WookiesFirst : Et il se passe quoi quand tu fais pas les choses correctement ?

C’étaient ces petites heures de la nuit, celles qui n’existent que pour les noctambules, les insomniaques, celles des noirs secrets que l’on ne peut dire qu’à un presque inconnu qui vous tend la main.

Argentik : En général, c’est des disputes, des crises. Et puis parfois, c’est rare mais ça dérape.

WookiesFirst : Ça dérape comment ?

Argentik : Laisse tomber, ce n’est pas important. Je n’aurais pas dû en parler.

WookiesFirst : @Argentik, je te connais pas assez mais je suis sûr d’une chose. Ce n’est pas normal. Et je suis sûr aussi que je ne t’apprends rien.

Wookies ne le saurait sans doute jamais mais si Clément avait pu se résoudre à quitter Thierry, à avoir ce courage, c’était grâce à lui, à lui et à toutes les petites discussions qui avaient suivies, insinuant doucement le fait que sa relation était malsaine.

Il revint au moment présent, jetant un œil sur Gwen qui avait décidé de préparer le repas. La double porte de la cuisine avait été enlevée, en attendant de faire sauter les murs pour joindre les deux pièces. Sentant un regard sur lui, le brun leva la tête et sourit.

« C’est bientôt prêt, dit-il.

— Super. Merci. »

Clément se tortilla sur sa chaise et reporta son regard sur l’ordinateur posé sur la table de la salle à manger. Il se sentait gêné que Gwen cuisine aussi pour lui mais ce dernier semblait trouver ça presque naturel.

WookiesFirst : Tu as trouvé à te reloger facilement ?

Argentik : Oui, c’est bon.

WookiesFirst : Ok. Je te le dis encore pour que ça imprime bien. Ne retourne pas avec ce type. Tu mérites un mec bien.

Argentik : Si la vie c’était au mérite, ça se saurait.

Wookies eut un petit smiley pour manifester à la fois son rire et son désappointement. C’était une phrase que le chef de guilde lui avait souvent dit et Clément s’amusa de l’utiliser à son tour.

WookiesFirst : Ok, je vais pas t’emmerder avec ça maintenant.

Argentik : Merci.

WookiesFirst : Mec bien, je répète quand même au cas où.

Clément leva les yeux et fixa Gwen qui lui renvoya un clin d’œil. Il y avait quelque chose qui venait de lui effleurer l’esprit. Mais quoi ?

Son téléphone sonna à ce moment-là. Tout son corps se tendit. Il attrapa le portable et regarda le prénom avec angoisse. Il rejeta l’appel et éteignit le téléphone. Ça avait été une cause perdue que d’essayer de faire entendre raison à Thierry. L’appel plus le fait d’en reparler avec Wookies venait de faire remonter tout ce qu’il tentait d’endiguer depuis tant de temps. Il se sentait complètement nauséeux, soudainement, ce mal-être qui remontait à chaque fois, qui lui prenait les tripes. Il se détestait pour avoir été aussi lâche, aussi… Tout ce qu’il avait accepté… sans rien dire. Il eut cette douleur dans le cœur, ce vague à l’âme, qui lui donna envie de disparaître. Peut-être que cette âme ne voulait plus supporter ce corps.

« …ment ! Clément ! Ça va ? »

Gwen posa la main sur son bras pour le faire sortir de son hébétude et Clément eut un léger mouvement de recul purement instinctif et se tendit avant de se rappeler que c’était Gwen, juste Gwen qui le regardait d’un air vraiment inquiet.

Le plus âgé secoua la tête.

« Oui… Je… Désolé pour le repas, je… je suis fatigué, je vais me coucher. Encore désolé que tu te sois embêté pour… Désolé. »

Gwen regarda Clément monter les escaliers et passa sa main dans les cheveux, les maltraitant pour calmer son énervement. Ce n’était pas la première fois que Clément s’évadait ainsi. Il réussissait à donner le change en journée, au travail, par des efforts sans doute démesurés, mais une fois le seuil de la maison passé, Clément tombait de plus en plus dans ces moments d’angoisse.

Gwen mourrait d’envie de le prendre contre lui à ces moments-là, comme pour le protéger. Il manqua de se coller une claque ! Josh et Orlando l’avaient pourtant prévenu ! On ne fantasme pas sur un collègue ! Sauf que là, ça s’éloignait du fantasme, semblant entrer dans une nouvelle dimension. Une dimension que Gwen maîtrisait mal.

Clément ne dormit pas. Il s’allongea comme dans une longue torture, sentant sa poitrine se serrer et son âme gratter pour en sortir.

Il eut encore un frisson en se rappelant la main de Gwen sur son bras.

Depuis quand appréhendait-il autant le contact des autres ? Depuis quand se tendait-il à leur venue ? Il s’était transformé à un tel point qu’il se demandait s’il pourrait un jour faire marche arrière.

« Hé ! Mon poto en exil !

— Salut Jé, fit Gwen.

— Oh ça fait du bien de t’entendre. Faut qu’on se fasse une visio apéro tous ensemble, que tu sois un peu avec nous. Je rassemblerai tout le monde. »

Gwen se mordit la lèvre. Jelani était, comme toujours, super maladroit quand il ne faisait pas attention. Gwen n’avait pas envie de les voir tous ensemble et lui, tout seul comme un con de l’autre côté. Ça ne ferait que faire ressortir le manque.

« Ouais, comme ça je pourrais voir que tu t’es laissé aller sur la bière et me moquer de tes abdos Nutella.

— Parce que tu crois que tu vas te l’éviter, toi, avec l’arrivée de la quarantaine.

— Je me bouge moi, j’ai pas le cul sur une chaise. Et j’ai pas bientôt quarante ans, moi, Monsieur le vieux machin décati. Tu la sens la pente, là, hein ?

— Salopiaud ! »

Jelani maugréa tellement fort que ça s'entendit.

« Putain même à 400km t'arrive à me faire chier, c’est un talent inné. Bon t'appelle pour quelque chose ou juste pour me faire suer ? Que me vaut l’honneur d’un appel de Môssieur ? »

Voilà qui résumait bien sa relation avec Jé. Ils ne pouvaient s'empêcher de se chercher, ayant été amis avant d'être amants et n'ayant jamais réussi à faire complètement évoluer leurs sentiments. Pour Gwen en tous cas, il savait bien que Jelani l'avait aimé et en avait souffert. Et ce dernier ne se gênait-il pas pour le pourrir dès qu'il le pouvait.

« J'ai besoin d'aide, avoua Gwen.

— Mouais... je me doutais bien que c'était pas pour mes beaux yeux. Et en quoi l’aide du misérable vermisseau que je suis…»

Ça y était, Jelani prenait son ton de chieur patenté. Caractère de merde, pensa fortement Gwen.

« Ouais, bon, oublie t'as raison. Je sais pas pourquoi je te demandes à toi. C’est pas comme si t’avais une utilité. Salut. »

Gwen raccrocha. Jé pouvait être tellement con parfois. C'était important, putain ! Bon, à la défense de Jé, Gwen avait attaqué en premier mais c’était un peu leur salutation habituelle de s’envoyer des piques, et de plus, c'était rare que Gwen le consulte pour avoir un avis. En général, Jelani était même la dernière personne à qui on pensait pour avoir une discussion sensée. Était-ce parce que dans son boulot, il faisait office d'oreille géante, qu'il passait son temps à enregistrer les confidences des autres qu'il n'arrivait plus à le faire dans la sphère privée ? Ou les petites histoires de ses amis lui paraissaient si peu problématiques comparées aux victimes qu'il recevait dans son bureau ?

Et un jour, il lui avait révélé à quoi ressemblait son métier parfois et ce qui le hantait parfois la nuit.

« Leurs yeux, c'est leurs yeux. Ils sont là sans être là, ils peuvent même te sourire mais leurs yeux, jamais. Des fantômes, je travaille chaque heure de la journée avec des fantômes. Et j’en rêve la nuit. »

Quelques années en arrière, Gwen avait demandé à Liam si Jé avait encore des cauchemars et le flic l’avait regardé avec son petit rictus énervant. Si Jé rêvait toujours de fantômes, Liam devait y remédier à sa manière.

Clément, parfois, donnait cette sensation de ne plus être là, absent, si lointain. Jelani aurait pu comprendre, aurait pu aider, c’était pour ça que Gwen l’avait appelé. Mais le côté abruti de son meilleur pote prenait le dessus bien trop vite quand il ne travaillait pas.

Son téléphone sonna et il sourit en regardant qui l’appelait. Évidemment.

« Oui.

— Qu'est-ce qu'il a encore fait ? demanda Liam. Je le menotte tout de suite ?

— De toute façon, tu vas le menotter parce que tu kiffes alors laisse-moi en dehors de ça, merci. »

Liam rit doucement. Il était le total opposé de Jé, responsable, attentif et avait l'habitude de rattraper les bourdes son mari.

« Bon, dis-moi tout, il se passe quoi ?

— Rien, mentit Gwen.

— A d’autres, parle. T’as pas envie que je fasse le mauvais flic.

— T’es déjà un mauvais flic, répliqua Gwen. »

Il y eut un petit rire grave à l’autre bout du fil et Gwen ajouta :

« Je voulais son avis.

— Son avis ? T’es malade ?

— Ouais, je préfèrerais, dit Gwen sombrement. »

Liam comprit immédiatement que Gwen n’était pas bien.

« A propos de quoi ? demanda-t-il de sa voix rauque.

— Des victimes de violences. »

Liam marqua un silence. Jé travaillait comme assistant social dans le même commissariat que Liam. Il comprit tout de suite que si Gwen parlait du boulot de Jé, ce n’était pas sans une bonne raison.

« Gwen ? Il t’est arrivé quelque chose ? s’inquiéta Liam.

— Non, tout va bien ! C’est pas pour moi.

— Ok. Deux minutes, je mets une brasse à ce crétin que j’ai eu la bêtise d’épouser et je branche le haut-parleur. »

Gwen faillit raccrocher. Est-ce qu’il avait seulement le droit de parler de Clément à ses amis. Est-ce que ce n’était pas un peu comme le trahir ?

Et puis soudain, ça le frappa. Non, parler, c’était ce qu’il fallait. Parler, écouter, recueillir la parole, la libérer, que l’on soit victime ou témoin. Le silence n’est jamais un allié, bien au contraire.

Il voyait ces petits gestes dans l’attitude de Clément, comme s’il était encore empli du souvenir de son agression.

« Ok, on t’écoute, fit Jé, radouci.

— Je… Je crois qu’une personne que je connais est victime de violences régulières. Je peux faire quoi ? »

Jelani et Liam posèrent des questions, chacun leur tour dans leur domaine. Jé s’en tenant plus aux attitudes à surveiller et aux contacts dans des associations d’aide, Liam restant sur le côté judiciaire et les différentes options à envisager, plainte, mesure d’éloignement. Sans nommer Clément, Gwen répondit à ce qu’il put, il y avait encore tellement de choses qu’il ignorait encore. Il savait seulement que c’était des violences répétées, par qui et pourquoi, il ne le savait pas. Alors, certes, la plupart des violences étaient commises par des hommes sur des femmes mais l’inverse était aussi possible.

Jelani eut un long soupir.

« Malheureusement, tu vas devoir attendre que cette personne se sente en confiance et te parle. Ça peut prendre un moment. Et ça peut… ça peut être très frustrant, c’est parfois dur de voir que ses efforts n’aboutissent pas. Ne t’investis pas trop. »

Ça, c’est mal barré, pensa Gwen. Il marmonna un merci à ses amis et raccrocha, sachant parfaitement qu’ils ne lui en tiendraient pas rigueur. Enfin, si, Jé allait le pourrir pendant une bonne demi-heure et Liam le menacerait de l’étouffer avec un oreiller avant de contacter un collègue médecin légiste pour se débarrasser de lui, ni vu ni connu. En général, après ce genre d’échange, Jelani se tenait tranquille quelques temps, pour au moins deux heures.

Gwen soupira. Il se rendait compte que Clément lui plaisait de plus en plus. Et il n’était même pas sûr que ce soit juste une attirance physique. Clément était un gars adorable, gentil, doux, patient. Bon, parfois, Gwen avait une franche envie de le secouer quand il s’excusait sans nécessité. Il aurait voulu qu’il soit moins hésitant, qu’il ne semble pas chercher ses mots à chaque réponse. Mais Clément semblait se détendre de plus en plus alors que Gwen constatait l’effet inverse niveau tension dans son propre corps. Certains soirs, il s’endormait en pensant un peu trop à son collègue.

Un mois plus tôt, Gwen n’aurait certainement pas mis les qualités de Clément dans son top dix pour sa recherche d’amant. En tête serait plutôt venu des qualificatifs comme drôle, ouvert, confiant, un brin obsédé lui convenait aussi. Un peu comme lui-même, un peu comme Jé. Et ça n’avait pas marché.

Est-ce qu’il fallait forcément cet équilibre, ce yin et ce yang pour que le petit coup de cœur se fasse ?

Bonjour,

j'avais vraiment envie de vous présenter l'ami internet de Clém, j'espère qu'il vous a plu. Et aussi envie de refaire un petit passage sur Jé et Liam.

Vous avez constaté que parfois, c'est un peu anarchique la publi certaines semaines, je fais sans me mettre d'impératif, tranquillement. Faîtes comme moi et enjoy.

A bientôt.

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