Chapitre 5

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Le soleil était à peine levé lorsque Sijel le tira du lit.

- Il est temps, déclara-t-il. Nous devons arriver à Altis à midi pour prendre l'aéronef.

Le coeur d'Huwan battit plus fort et pour la première fois depuis le début du voyage, il ressentit une réelle excitation. Jamais encore, il n'avait volé à travers l'Ether. Il ne connaissait du monde que ce que son professeur lui avait expliqué en classe, à travers des cartes de géographie.

Jel était une gigantesque bulle de gaz. Quatre lunes gravitaient autour d'elle à l'origine. Mais un beau jour, une gigantesque météorite avait percuté l'une d'entre elles, la fractionnant en plusieurs morceaux. Ces morceaux restaient à présent en suspension dans l'atmosphère de Jel, permettant à la vie de s'y développer. Les plus gros d'entre eux avaient formé un total de cinq continents, et les pluies diluviennes s'abattant régulièrement avaient formé des mers dans certains cratères. Le village de Parûn se trouvait sur un fragment de continent dont les deux tiers étaient occupés par une mer. Altis était son seul port de connexion avec le reste du monde, l'Empire compris.

Les billets d'aéronef coûtaient plutôt cher, ce qui expliquait pourquoi peu de gens du village exprimaient le désir de partir. Huwan savait que beaucoup de ses camarades l'auraient envié.

Il était allé une fois à Altis lorsqu'il était petit. Il se souvenait comme si c'était hier de l'épaisse brume que l'on voyait vers l'extérieur de la ville, ainsi que des jolies maisons à trois étages ornées de toits bleues. Des années après, les rues pavées de pierres blanches avaient gardé leur animation, les gens s'interpelaient sur le marché aux étalages couverts de toitures multicolores. Sur le passage de Sijel et de sa panthère, les habitants s'écartaient prudemment, certains s'inclinaient. Ils s'engagèrent le long d'une artère qui longeait un quartier artisan. Des forgerons, des tisserands et des armuriers occupaient l'espace. Certains présentaient des étals couverts de lames rutilantes, d'arcs élégament courbés et de boucliers aux écussons luisants.

Enfin, ils arrivèrent le long d'un grand boulevard encadré d'arbres dont la fin se perdait dans une sorte de brume. Ils croisèrent quelques individus à cheval, d'autres à pieds.

La route se courba en une légère montée et Huwan sentit une brise froide lui caresser la peau. Ils approchaient du vide, de l'Ether. Soudain, à la sensation de froid s'ajouta des sortes de petits picotements, comme de petites étincelles venaient s'accrocher à lui.

L'aéroport apparut soudain, immense dome doré duquel partaient une douzaine de pontons, directement suspendus dans le vide. Tout autour, on ne distinguait plus rien, mis à part d'épais nuages gris, parcourus d'éclairs. Des tâches violacées et bleuâtres transparaissaient de temps à autre.

C'était la première fois depuis des années qu'Huwan contemplait l'Ether, mais il ne se rappelait pas que cela était aussi impressionnant. Il prenait soudain conscience qu'il ne s'agissait pas simplement de nuages et de brume, mais du coeur de la vie de la planète. Il sentait soudain à quel point l'atmosphère était chargée d'électricité statique.

La brise froide se changea soudain en brume lourde et tiède. Elle l'enveloppa comme une couverture. Il marcha encore et sur sa main droite, il sentit de nouveau un léger souffle froid. Huwan embrassa l'horizon du regard, et vit qu'au loin, les nuages s'amassaient pour devenir de plus en plus noirs. Les lumières violettes apparurent beaucoup plus nettement, s'amassant pour former de larges tâches améthyste. Son visage devait exprimer toute sa perplexité, car Sijel eut soudain un sourire :

- Sens-tu battre le coeur de l'Ether, jeune invocateur du vent ?

- Je le sens oui, avoua Huwan aussitôt. Dîtes-moi, Sijel... Comment se fait-il que les tempêtes n'aient pas encore balayé notre civilisation ? Le tonnerre gronde en permanence sur Jel !

- Parce que toi, moi, et les autres invocateurs contrôlons l'Ether, du moins en partie. Les bêtes élémentaires y mettent également du leur. Elles s'en nourrissent et éloignent les orages de nos continents. Les orages grondent en tous lieux de la planète et en tout temps, mais comme nos pays, ils se déplacent. Cela permet un certain équilibre. Un équilibre fragile, mais suffisament présent pour que nous vivions en paix. Tant que nous parvenons à le préserver. As-tu peur ?

Huwan comprit que l'aéronef avancerait sûrement à travers la tempête qu'il distinguait au loin. Il comprit également que ce voyage était sa première épreuve, avant même qu'il n'arrivât à l'académie. Il ressentait effectivement de la crainte à la pensée de s'engouffrer dans cette masse d'air et d'électricité. Mais en même temps, une impatience étrange fourmillait dans ses veines, comme si son corps brûlait de se baigner dans cet espace chaotique. Il voulait respirer cet air chaud parcouru par la foudre, être frappé par cette dernière. C'était comme s'il pouvait faire corps avec la planète.

- Je n'ai pas vraiment peur, avoua Huwan. Je me sens même... attiré par l'Ether. J'ai presque envie de me jeter dans le vide. Est-ce normal ?

- Contrôle-toi, car tu en mourrais, répondit Sijel avec malice. En tout cas, tu es bel et bien un maître de l'air. L'énergie que dégagent l'Ether et la foudre t'appellent et tu brûles de t'en nourrir. L'académie t'apprendra à maîtriser cette frénésie. Les pouvoirs des invocateurs peuvent être sans limites, mais si cette puissance n'est pas contenue, alors loin de maintenir l'équilibre sur Jel, tu risques de le détruire. Viens à bord de l'aéronef.

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