Chapitre 2

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Il s'éveilla dans la lumière tremblante d'un feu de cheminée. Le vent hurlait dans la toiture de la cabane et il reconnut la voix inquiète de sa mère. Malgré le moelleux de la natte où on l'avait étendu, il avait l'impression d'avoir été roué de coups. Il se redressa pour se retrouver nez à nez avec le visage terrifié de son père.

- Huwan ! Comment tu te sens ?

- J'ai mal partout, avoua l'enfant. Et j'ai très faim.

A peine avait-il prononcé cette phrase que son père fit un signe. Perla arriva, portant un petit plateau sur lequel on avait déposé de généreuses tranches de poisson fumé, ainsi qu'un bol de graminés sauvages accomodé de légumes et de pâte de fèves noires du marais. Elle le tendit à Huwan qui l'accepta avec reconnaissance. Il mangea tout et but de l'eau fraîche dans un grand gobelet.

- Encore ? demanda son père.

Huwan hocha la tête. Perla lui donna un second bol de graminés. Il le dégusta plus posément. Il se rendit compte que Paru était également présent et le contemplait, un air perplexe brillant dans ses yeux sombres.

Quand il eut terminé, sa mère s'approcha et le serra tendrement dans ses bras. Grande, les cheveux d'un beau brun acajou, c'était d'Alila qu'Huwan tenait ses yeux gris. Huwan était son fils unique et elle était toujours inquiète quand il partait en mer. Son père, Walhan, était le forgeron de la ville. Il tenait de lui la carrure épaisse et vigoureuse qui lui permettait de naviguer.

Walhan avait toujours su qu'Huwan ne ferait pas un bon forgeron. Il n'était pas adroit pour travailler le métal. Aussi, lorsque ce dernier lui avait confié vouloir devenir marin, il l'avait laissé aller en apprentissage chez Paru. Au moins, ainsi, Huwan ramenait de la nourriture.

Les pêcheurs gardaient en moyenne un dixième de leurs produits pour nourrir leur famille. Le reste était vendu au marché pour payer les impôts et les autres biens nécessaires à une demeure. Huwan espérait un jour explorer les autres mers du continent, même si elles étaient fermées et que l'on en faisait rapidement le tour ; il était fasciné par la vie qui se développait dans ce monde si bleu...

Mais Huwan n'était destiné ni à devenir forgeron, ni même pêcheur. Ce dont Paru allait lui faire part.

Le pêcheur s'approcha de la natte et regarda Huwan droit dans les yeux.

- Huwan, commença-t-il, quelle est la dernière chose dont tu te souviens ?

- Le bateau a failli couler, répondit le garçon. J'ai eu peur, je me suis évanoui. Et je me suis réveillé ici. Nous sommes bien rentrés, n'est-ce pas ? J'ai vu que personne n'avait été blessé.

- Le mât du bateau est en morceaux, déclara Paru.

- Je le réparerai, Paru. Ne t'en fais pas.

Le pêcheur ne put retenir un petit sourire. Huwan était un gentil garçon, toujours serviable. Il regretterait de perdre un tel apprenti. Mais l'on ne pouvait guère cacher ce qu'il était advenu sur la mer et il allait falloir en tirer les conséquences.

- Tu ne travailleras plus pour moi jusqu'à nouvel ordre, Huwan.

- T'ai-je mécontenté, Paru ? s'étonna le garçon.

- Aucunement. Huwan, tu nous as au contraire sauvé la vie à tous les trois. Par Seiwaz, jamais je n'aurais cru voir de mes yeux une chose pareille !

Huwan ne comprenait rien. Vraiment rien. Mais il commençait à se rendre compte que les quatre adultes autour de lui le regardaient d'un air gêné et ahuri, comme s'il n'était plus Huwan, mais une créature étrange. Et que ses parents semblaient encore très inquiets.

- Que se passe-t-il ? demanda le garçon. Pourquoi vous me regardez comme ça ?

Perla rompit le silence :

- Parce que tu as fait quelque chose que personne dans ce village n'a jamais fait avant toi. Tu as commandé au vent. Et le vent t'a obéi.

Huwan ouvrit la bouche... Puis la referma. Non. Non. Non, ceci était parfaitement ridicule ! Lui, petit pêcheur, commander au vent ? Et il ne s'en souvenait pas ?

- Ce n'est pas possible ! répondit-il.

- Si, dit Paru. Tu as tendu le bras devant toi, comme si tu voulais repousser les nuages. Et c'est ce qui est arrivé. Le vent a changé de sens, la tempête s'est éloignée du bateau et le ciel s'est dégagé. J'ai tout vu, Huwan, Perla aussi. Nous n'avons pas eu la berlue. Tu as commandé au vent. Et si tu as des courbatures et que tu t'es réveillé si affamé, c'est parce que l'effort que cela t'a demandé a failli te tuer.

Le garçon sentit une sourde angoisse gonflé dans son ventre, mais il voyait bien que Paru ne mentait pas. Et il comprenait maintenant pourquoi ses parents semblaient si déboussolé.

Lui. Un invocateur.

Jel était un monde sujet à de grands bouleversements climatiques. Par chance, l'Ether conférait à certains de ses habitants le pouvoir de communier avec les esprits élémentaires de la planète. Ce qui permettait d'influer sur le temps, et de contenir ainsi les orages aux rafales d'éclair capable de détruire toute une ville, les sécheresses terribles sur le continent Hataz, et les chutes de stalactites dans les montagnes d'Ekanu. Si les invocateurs n'avaient pas existé, jamais les humains n'auraient réussi à s'établir dans un monde à l'atmosphère aussi instable. Le tonnerre grondait en permanence sur Jel. Le vent atteignait des vitesses dépassant celle d'un cheval au galop. Dans le village de Parûn, le ciel était couvert presque tous les jours. C'était pourquoi les invocateurs étaient aussi précieux.

Dans l'Empire d'Aerka, comme dans beaucoup de royaumes, ils étaient même au centre du pouvoir politique. Le pouvoir des invocateurs se transmettait de génération en génération et les plus puissantes familles résidaient dans l'Empire. Or, chez Huwan, personne ne l'avait jamais été. Et personne ne pouvait expliquer comment Huwan avait pu contracter ce don.

- Papa, maman, demanda-t-il d'un ton grave, ai-je été adopté ?

- Non, répondit aussitôt Alila. Crois-moi, mon chéri, tu es bien notre enfant. J'étais la seule femme du village à accoucher ce jour-là.

- Dans tous les cas, ce n'est pas la question la plus importante, dit Paru. La question, c'est de savoir ce que décidera de faire Huwan.

- Comment cela ? demanda le garçon.

- Les invocateurs sont tellement rares dans une région éloignée comme la nôtre, que lorsque le don de l'un d'eux se confirme, surtout dans le cas où il arrête un orage, il y a un bouleversement dans l'Ether, expliqua Perla. Bouleversement que les tours météorologiques détectent immédiatement. Au moment où nous parlons, les invocateurs d'Aerka savent qu'un des leurs a utilisé son don pour influer sur la météo. Ils vont sûrement envoyer quelqu'un pour savoir de qui il s'agit.

- Et lorsqu'on leur apprendra qu'il s'agit d'un gamin de onze ans dont la famille n'a jamais montré la moindre prédisposition pour leur art, autant te dire que ça va beaucoup éveiller leur curiosité, dit Alila d'un air sombre.

- Encore plus dans les circonstances actuelles, dit Perla. Les changements climatiques sont de plus en plus brutaux et incontrôlables. Les familles d'invocateurs de tous les continents se battent pour trouver le prochain Maître de l'Orage. Certains pourraient donc voir en toi un élu.

- Et d'autres au contraire te verront comme une gêne à faire disparaître, un misérable roturier parvenu qui menace le prestige des invocateurs, dit Alila d'un ton cynique.

- Mais c'est terrible ! s'écria Huwan. Je n'ai jamais demandé à avoir ce... pouvoir ! Tout ce que je voulais, moi, c'était naviguer avec Paru sur les eaux de Parûn. Je n'ai rien à voir avec les invocateurs et je suis certainement pas un élu ou je sais pas quoi !

Alila entoura son fils de ses bras :

- Je sais bien, Huwan, je sais bien... Mais dans les circonstances actuelles, je crains qu'ils ne te laissent pas le choix.

- On verra ce que dira l'invocateur qui viendra ici, dit Walhan. Mais il est fort probable qu'il décide de t'envoyer à l'Académie des Invocateurs. Si l'Empereur lui-même l'ordonne, nous ne pourrons pas nous y opposer.

Les yeux d'Huwan s'emplirent de larmes. Il avait toujours désiré par-dessus explorer sa région, partir à l'aventure. Mais la capitale d'Aerka, Kardina, était tellement loin d'ici ! Il fallait prendre un aéronef pour s'y rendre, traverser le ciel et l'Ether. S'il partait, il ne reverrait pas sa famille de longtemps.

- Je ne veux pas y aller, articula-t-il, les pleurs lui serrant la gorge.

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