Chapitre 1

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La pluie s'était mise à tomber alors qu'ils avançaient paisiblement sur la mer orientale. Puis le vent s'était mis à souffler.

Au départ, Huwan n'avait pas eu peur. C'était habituel de se faire surprendre par le mauvais temps lors d'une journée de pêche. Le continent d'Aerka était l'un des endroits de Jel où il y avait le plus de précipitations. Les journées de beau temps alternaient avec les jours de violents orages, on passait d'un extrême à l'autre en moins de quelques heures.

- Huwan, remonte vite les filets ! Perla, hisse la voile arrière ! On rentre, et vite ! Ca va mal finir !

Huwan sauta sur la deuxième coque du bâteau et se dépêcha d'empoigner les filets. A onze ans, le jeune garçon était déjà aussi dégourdi que ses aînés. Large d'épaules pour son âge, des mèches noires lui mangeaient le front. Le teint bruni de son visage où restaient quelques rondeurs de l'enfance trahissait les jours passés sous un soleil de plomb ou sous la pluie battante. Dans le village d'où il venait, beaucoup d'enfants de son âge travaillaient dans les pêcheries dés dix ans. Et on ne s'effrayait pas facilement des désordres de la nature. Les enfants apprenaient vite à ne pas se laisser impressionner par l'orage.

Mais on le savait d'une dangerosité féroce, comme partout sur Jel, et on savait aussi quelles étaient les règles de prudence élémentaires lorsqu'on soupçonnait le phénomène d'advenir. Peu importait le nombre de poissons pris, le petit équipage allait rentrer le plus rapidement possible.

Une nouvelle rafale gifla le visage des trois pêcheurs et le bateau tangua violemment sous le roulis des vagues. Le jeune garçon cligna des yeux lorsqu'une forte éclaboussure l'atteignit. A l'horizon, les nuages avaient pris une teinte obsidienne. L'enfant comprit qu'il était déjà trop tard.

Un éclair violet zébra les nuages épais, et le grondement du tonnerre retentit, achevant de le terrifier. Tout juste quelques minutes plutôt, le ciel était partiellement couvert, comme cela était habituellement dans la région. Rien ne leur aurait permis d'anticiper ce brusque changement. Maintenant, ils n'avaient plus qu'à prier Seiwaz, le dieu du soleil, de vite chasser le mauvais temps et de ramener la lumière et la paix.

Le dieu devait être sacrément occupé, car plusieurs éclairs tombèrent au loin et le tonnerre résonna avec force violence. La voile se déchira sous la force de la rafale de vent qui secoua l'embarcation. Perla émit un cri de terreur. Huwan sentit son pied glisser et eut tout juste le temps de s'agripper au filet qui relait les deux coques du petit catamaran. L'effort qu'il dût déployer pour s'accrocher lui brûla les mains. Des larmes lui montèrent aux yeux alors qu'il réalisait qu'il était vain de vouloir échapper à la tempête.

- Paru, la deuxième voile va céder, cria Perla qui s'efforçait de tenir les cordes.

Le vent avait défait son chignon et ses mèches noires fouettaient son visage anormalement pâle sous la lumière des éclairs. Huwan réalisa que cette grande fille de vingt ans avait aussi peur que lui. Peut-être vivaient-ils vraiment leur dernier jour sur Jel...

On disait qu'après la mort, les âmes des humains rejoignaient les profondeurs de l'Ether pour se réincarner en esprits des nuages, afin de protéger les vivants. Huwan se demanda comment ils allaient faire, étant donné que leurs corps à tous les trois allaient terminer non pas dans l'Ether, mais à pourrir au fond de l'eau.

Cette pensée était la plus abominable qui ne l'eût jamais traversé.

Nouveau roulis, nouvelle secousse du bateau prêt à voler en éclats. Paru émit un juron dans sa barbe. Ce fier pêcheur de quarante-deux pluies ne dissimulait plus son angoisse. Ces huit dernières années, les changements météorologiques abrupts étaient devenus encore plus fréquents qu'auparavant. Tout le monde savait qu'une nouvelle ère advenait sur Jel.

Et personne ne savait si l'humanité allait y survivre...

Le vent poussait de plus en plus violemment le bateau, et comme l'avait prédit Perla, la voile céda. L'instant suivant, on entendit un craquement et les trois pêcheurs virent avec épouvante que le mât venait de se briser.

- Nous sommes perdus, gémit Paru. Que Seiwaz nous vienne en aide !

Ce qui se passa ensuite, même des années après, Huwan ne put jamais l'expliquer. Il se rappela juste que le vent le giflait et que ses oreilles avaient teinté sous sa puissance. Il avait alors instinctivement levé une main, dans un geste vain pour se protéger.

Et d'un seul coup, les vagues s'étaient éloignées du navire, comme poussées par une force concentrique, les énormes nuages noirs s'étaient estompés, pour laisser voir un immense rond bleu clair. Le ciel se dégagea sur plus d'une dizaine de coudées autour du navire endommagé, et le soleil caressa de nouveau le visage des trois rescapés.

Et alors que Paru et Perla revenaient à peine de leur stupeur, Huwan s'était évanoui.

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