51. Trahir ou rebondir

7 minutes de lecture

Désolée pour le retard, je voulais publier le chapitre sur l'aire d'autoroute où je me suis arrêtée, mais je ne captais pas !

Me suis fait disputer par Lecossais en arrivant !

Bonne lecture :)

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Julia

"Nathalie lui tourne autour, mais il résiste. T'inquiète pas, Ju, je l'ai à l'œil le Bûcheron et il le sait". Ma conversation avec Snow tourne en boucle dans ma tête depuis des jours. Et s'il n'était pas là pour le surveiller ? Hein ? Est-ce qu'Arthur aurait déjà craqué ? Est-ce qu'il est en train de tomber amoureux d'elle ? Ou peut-être l'est-il déjà totalement ? Et qu'en est-il de nous ? Ces questionnements me tuent à petit feu. J'en suis arrivée à totalement angoisser de le voir revenir, parce que j'ai davantage envie de l'attacher pour l'interroger et le torturer qu'autre chose. Enfin… Mon corps veut le retrouver, ma tête veut le faire souffrir. Et je réagis stupidement. Plutôt que d'en parler avec lui ou de lui donner envie de me rester fidèle, j'ai annulé notre petit rencard vidéo d'hier, prétextant du boulot par-dessus la tête. Tête qui est ailleurs plutôt qu'au boulot.

- Julia ? Tu ne penses pas que tu les as assez fait souffrir ?

Je me reconnecte à la réalité et me tourne vers le Capitaine Torchet avant de poser mes yeux sur les recrues, en planche depuis déjà un moment. Ils sont tous plus ou moins tremblants, rouges et sur le point de défaillir. Je leur fais signe d'arrêter et ils s'effondrent comme un seul homme au sol.

- Prenez cinq minutes, messieurs, leur dit mon supérieur avant de me faire signe de le suivre plus loin. Tu vas bien ?

- Toujours, oui. C'était le bordel cette nuit, ils méritent de souffrir un peu.

- Je vois. Et ton rapport sur la semaine ? Il n'est pas sur mon bureau.

Merde. Je l'ai oublié, ce rapport. Arthur est en train de m'obséder au point de me faire galérer au boulot. Mais lui, de la Silvanie, en plein flirt avec cette foutue garce, il s'en contrefiche totalement, trop occupé à se faire grimper dessus en plein match de basket ou à dîner comme une charmante petite famille avec Lila et la Sergent Salope.

- Je suis désolée, Jérémy, je n'ai pas eu le temps de le terminer. Il sera sur ton bureau ce soir, promis.

- J'espère, ça m'ennuierait de te punir en te faisant faire la planche jusqu'à épuisement. Tu es sûre que ça va ?

- Oui, bien sûr, souris-je.

- Tu as vu le psychologue depuis ton retour ?

Si tu savais que je n'ai aucun flash-back de la guerre, mais plutôt une imagination débordante qui voit Nathalie à genoux devant mon Bûcheron… Putain de cerveau !

- Oui, tout roule pour moi.

- On pourrait aller boire un verre, un de ces soirs, si tu veux discuter un peu.

- Je n'ai pas besoin de discuter, Capitaine.

J'ai besoin d'être en Silvanie, c'est tout. Besoin de fracasser la belle gueule de Nathalie, de poser une petite ceinture de chasteté à Arthur avant d'en avaler la clé, et de les faire souffrir tous les deux. Il faut que je me calme, mon cerveau est beaucoup trop imaginatif.

- On dit tous ça jusqu'à ce qu'on se libère enfin de tout ce qui doit l'être. On a bossé ensemble, Julia. Je sais ce qu'est le terrain. N'hésite pas, vraiment, dit-il en me frottant le dos.

Je le repousse et recule d'un pas, pas du tout à l'aise à l'idée qu'une telle proximité entre mon supérieur et moi soit repérée par les autres.

- Jérémy, surtout pas en public putain, grondé-je, j'ai déjà assez morflé au Mali parce que tu n'as pas pu t'empêcher de balancer qu'on couchait ensemble.

- Tu sais, Julia, le temps a passé. J’ai peut-être mal réagi à l’époque, mais je suis sûr que je pourrais t’aider à te changer les idées sans aucune conséquence, si tu en étais d’accord. On peut faire ça discrètement, ne t’inquiète pas pour ta réputation.

- Je t'ai déjà dit que j'avais quelqu'un dans ma vie. Je ne suis pas intéressée. C'était sympa à l'époque et j'adore bosser avec toi, mais ça s'arrête là.

- Il n’a pas l’air très présent, ce quelqu’un, si tu veux mon avis.

- Il est en mission à l'étranger, ce qui ne change rien pour moi.

Je suis vraiment trop conne, non ? Apparemment Arthur fait mumuse avec Nathalie, et moi je repousse Jérémy alors qu'il me plaisait vraiment déjà à l'époque. Foutu Bûcheron.

- Tu sais où me trouver si tu as besoin d’autre chose qu’un jouet et du virtuel. Ce sera toujours avec plaisir que je m’occuperai de toi. J’espère que tu n’as pas oublié comment ma langue pouvait trouver ces endroits qui te rendaient folle, chuchote-t-il afin que personne d’autre ne nous entende.

- Merci pour la proposition… J'en prends note, soupiré-je en tentant de masquer mon état d'esprit.

Difficile d'oublier comme il est agile avec cette foutue langue, et mon corps ne l'a semble-t-il pas oublié non plus. Je me retiens de serrer les cuisses et le fusille du regard, mais Jérémy ne semble pas dupe et me lance un sourire entendu. Je lui tourne le dos et m'adresse aux recrues.

- Messieurs, on reprend ! Nouvelle planche à mon top. Top !

Je sens le souffle chaud de Jérémy près de mon oreille et me crispe alors que sa main se pose sur ma hanche. Il soupire finalement et s'éloigne, à mon plus grand soulagement. Merde, le corps a une sacrée mémoire.

Je termine l'entraînement avec les recrues en me morigénant d'avoir ce genre de pensées alors que l'homme que j'aime est à quelques jours de rentrer, alors qu’il est dans un pays en guerre, alors qu’il me dit chaque jour combien je lui manque. Je regagne mon bureau et me plonge dans le rapport que je n’ai pas fait pour Torchet. Je m’interdis de penser à autre chose qu’à la paperasse jusqu’à ce que ce soit bouclé, et je lui envoie par mail une fois terminé, histoire de diminuer la probabilité de le croiser à nouveau.

Je bosse encore un moment avant de me rendre au réfectoire pour déjeuner. Il ne reste pas grand monde, il faut dire qu’il est quasiment quatorze heures, et je récupère un plateau et de quoi me sustenter, plus par besoin que par envie. Je tombe sur un regard connu en cherchant une table au calme, et le malaise qui se lit sur son visage me convainc de le rejoindre.

- Bonjour, Sergent Morin, je peux me joindre à vous ?

- Bonjour Lieutenant, si vous voulez, je ne peux pas vous en empêcher.

- Si vous ne le voulez pas, je ne m’assieds pas. Je ne voudrais pas vous déranger.

- J’ai juste pas envie d’entendre encore des reproches. J’ai assez honte de moi comme ça, Lieutenant.

- Ce n’était pas mon intention, dis-je en m’asseyant face à lui. Comment va votre fille ? Et vous, comment allez-vous ?

- Ma fille va très bien, merci de vous en inquiéter. Pour moi, c’est plus compliqué. Depuis le retour de Silvanie, je dors mal. Je m’en veux toujours, Lieutenant. Je n’ai pas été digne de l’armée et je me dis que je devrais peut-être démissionner.

- Vous faites comme bon vous semble, Florent, mais vous avez fait ce que j’aurais certainement fait. Protéger votre famille au maximum. Moi, je ne vous en veux pas, en tous cas. Et puis, entre nous, j’ai eu affaire au Président de près, je sais de quoi il était capable…

- Merci Lieutenant, mais j’ai merdé. J’aurais dû venir vous en parler. Quel soldat je fais si je ne fais pas confiance à la hiérarchie ?

- Ce n’est pas le soldat qui a réagi, mais le père de famille. Je me trompe ? Arrêtez de vous flageller et rebondissez. Personne n’est parfait, mais je sais ce que vous valez, Sergent, et j’ai toujours confiance en vous.

- C’est vrai ? Malgré ce que j’ai fait ? Pour votre prochaine mission, vous me reprendriez avec vous ?

- Oui, je suis convaincue que la prochaine fois, vous viendrez me parler plutôt que de me trahir. Je me trompe ?

- Non, si vous me faites confiance, je peux vous assurer que vous n’aurez jamais rien à me reprocher !

- Bien. Alors je n’aurai aucune hésitation à glisser votre nom dans la liste des personnes que je veux avec moi. D’ailleurs, à ce propos, j’aimerais que vous m’aidiez à organiser le prochain test des recrues. Je voudrais organiser un exercice sur les communications en terrain ennemi, dans les montagnes. Ils se la jouent, les petits jeunes, j’ai envie de les calmer un peu. Ça vous tenterait ?

- Ah oui, j’ai quelques idées de difficultés à leur faire surmonter à ces débutants. Ce serait avec plaisir, Lieutenant. A votre service, quand vous voulez !

- Parfait, souris-je. On se voit demain matin pour en discuter plus en détails ?

- Oui, je serai là. A l’heure et en forme !

- Je suis contente qu’on travaille ensemble, Florent. Ça me fait vraiment plaisir, vous savez ? Je vous l’ai déjà dit et je vous le redis, j’aurais aimé vous garder avec nous sur le camp et je comprends totalement votre décision, même si j’espère, si malheureusement il y a une prochaine fois, que vous agirez différemment.

- Plus jamais je ne trahirai, Lieutenant, vous pouvez comptez sur moi.

- Tant mieux, ça m’embêterait de m’être trompée sur vous. Je file, j’ai rendez-vous… Bon après-midi, Sergent. On se voit demain !

J’attrape mon plateau repas et vais le débarrasser, satisfaite d’être tombée sur lui. Bon, soyons clairs, je n’avais absolument pas prévu cet exercice à la base, mais j’ai envie de retravailler avec Florent et il semble avoir besoin qu’on lui fasse confiance à nouveau. Il m’a fait de la peine, installé là, tout seul. C’est un bon élément qui n’a pas su faire les bons choix, mais tout le monde a le droit à une deuxième chance, non ? Enfin… Tout le monde sauf la garce, et Zrinkak s’il ose aller voir ailleurs. Eux, je les écorcherai vif s’ils osent m’arracher le cœur et le piétiner.

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