05. Le parc aux roses

8 minutes de lecture

Julia

Je caresse la joue d’Arthur alors que je l’observe dormir depuis un moment déjà. Le calme avant la nouvelle tempête, j’imagine, mais ça fait un bien fou.

Pas de cauchemar pour moi, cette nuit, mais un rêve des plus étranges, un mix entre Moulin Rouge et Roméo et Juliette, où le vilain Duc qui finançait le Palais n’était autre que ce pervers de Président, et où Arthur s’empoisonnait avec le saumon que nous avons dégusté hier soir. Ou dans lequel nous avons picoré, pour être plus honnête. Bref, un mélange plutôt loufoque, avec en point de mire mon Bûcheron qui chante à la fenêtre d’une tour, d’où je pouvais toucher les nuages, un arrangement particulier de Show must go on et La maladie d’amour avec un Kalimba géant. Et quand je dis géant, il devait sauter sur les lamelles de l’instrument pour créer les sons, uniquement vêtu de sa chemise de bûcheron sexy.

Oui, mon cerveau a totalement vrillé cette nuit, mais au moins, aucun cauchemar à l’horizon. J’aurais pourtant cru qu’une telle soirée m’empêche de dormir ou rende mes rêves bien merdiques, mais c’était sans compter sur les bras réconfortants du beau gosse barbu qui sourit alors qu’il est encore endormi. Ou qui fait mine de l’être...

- Arthur, murmuré-je en l’embrassant dans le cou. Il va falloir se réveiller, jolie marmotte.

Il ronchonne et se tourne de mon côté, m’emprisonnant dans ses bras au passage.

- Allez, Tutur, dis-je doucement. Réveille-toi, tu veux ?

- Non, je ne veux pas. Je rêve que j’ai ma princesse dans mes bras, je suis trop bien, là.

- Rassure-moi, ta princesse porte un treillis et a un caractère de merde ? Ou je dois être jalouse ?

- Ma princesse est jalouse et a une belle robe noire sur son treillis. Ça lui donne un look de fou, mais franchement j’adore, sourit-il en ouvrant enfin les yeux qu’il pose sur moi et qui sont remplis d’un tel éclat que je me sens fondre littéralement.

- Bonjour, Beau Bûcheron endormi. La grasse matinée a été bonne ?

- Grasse matinée ? demande-t-il en clignant des yeux. ll est quelle heure ?

- Huit heures, ris-je. J’ai envie d’aller me balader dans le parc… Tu m’accompagnes ?

- Tu crois qu’on pourrait négocier un petit café avant ça ?

- Tu peux aller négocier si tu veux, personnellement je n’ai pas vraiment envie de prendre le risque de croiser Victor ce matin, même s’il a dû se satisfaire de sa ministre…

- Oui, tu as raison, ne tentons pas le diable, car ici, il parle Silvanien.

- Et français ! Je peux te piquer une chemise ? Les filles m’ont collé des tee-shirts plus moulants qu’un string, comme si j’étais en opération séduction, ris-je, mal à l’aise, avant de reprendre en chuchotant. J’ai… Pas trop envie d’attirer le regard. Et si par la même occasion l’autre porc peut bien remarquer que c’est chasse gardée…

- Oui, aucun souci, ma jolie bûcheronne. Mes chemises sont à toi, moi je vais mettre un de tes tee-shirt, comme ça il comprendra que moi aussi, c’est chasse gardée !

- Deal, ris-je. Bon, j’ai le droit à un baiser ou maintenant que je t’ai dit que je t’aimais, c’est disette ?

- Maintenant que tu me l’as dit, ils ont une toute autre saveur, Julia. Une saveur d’éternité, me répond-il en s’emparant de mes lèvres avec une passion qui démontre que je ne suis pas la seule à éprouver des sentiments.

- L’éternité, rien que ça ? Tu crois que tu réussiras à me supporter aussi longtemps ?

Je me lève et récupère un jean dans mon sac avant d’aller piquer sa chemise à carreaux rouges. Oui, c’est en partie une excuse, que voulez-vous, les nanas adorent piquer les fringues de leur homme. Mais je ne mentais pas non plus sur les raisons qui me poussent à me planquer sous mes fringues. Un peu comme ces femmes qui choisissent leurs vêtements de telle sorte à ce que ça ne soit pas trop voyant, pas trop court, pas trop moulant, histoire de ne pas se faire agresser dans la rue. Bref. Arthur m’observe enfiler sa chemise avec un sourire en coin qui me fait lever les yeux au ciel et rire.

- Tu te sens fier comme un pape, c’est ça ?

- Je me dis surtout que je ne vais pas avoir l’air si sexy dans un de tes tee-shirts moulants !

- Mets une chemise, on sera raccord comme ça. Un vrai petit couple !

- Bien, Madame ! Je m’exécute !

Et en effet, sous mes yeux amusés, il se déshabille et enfile son autre chemise propre, toujours à carreaux mais verts. Il me regarde vêtu de ce seul vêtement qui dévoile ainsi toute sa généreuse anatomie.

- C’est sûr que là, pour le côté sexy, on peut difficilement faire mieux. Fais quand même attention à tes bijoux de famille si tu coupes du bois, ris-je en lui lançant son pantalon.

- Si je prends trop de risques, tu les protégeras pour moi ?

Je l’observe s’habiller doucement alors que je ne perds pas une miette du spectacle qu’il m’offre ainsi. Dans ce contexte, j’ai envie de profiter de chaque instant, chaque seconde avec lui.

- Je ne suis pas sûre de faire le poids face à une tronçonneuse ou une hache, mais je ne manquerais pas d’essayer, tu peux compter sur moi !

- Profitons de ce petit tour pour garder nos yeux ouverts. Qui sait, ce que nous verrons pourra peut-être nous aider plus tard.

Je pose mon index sur sa bouche en lui faisant un clin d'œil, et en profite finalement pour me lover contre lui et l’embrasser avec toute la passion dont je suis capable. Arthur m’entoure de ses bras et répond à mon baiser avec autant de ferveur. Je romps finalement notre étreinte et me dirige vers la porte en me préparant mentalement à tomber sur la nounou, ce qui ne manque pas.

- Bonjour. On peut aller se promener dans le parc ou nous sommes condamnés à errer dans cette chambre ?

- Vous êtes invités ici, vous êtes libres de vous promener où bon vous semble. Tant que ça n’est pas où le Président ne veut pas vous voir, répond-il dans un paradoxe tout silvanien.

- Bien… Est-ce qu’il y a un endroit, dans le parc, où je peux promener mes fesses sans caméra ? Vous voyez, histoire que… L’on ait un peu d’intimité, dis-je en lui faisant un clin d'œil alors que je sens Arthur dans mon dos.

- Je pense que le parc des roses n’est pas couvert par les caméras, nous confie-t-il, visiblement amusé de nos regards concupiscents, mais je ne peux vous laisser hors de ma vue, pour l’intimité, c’est compliqué.

- Bon, et bien, je suis désolée mon Chéri, mais la pipe en extérieur, ce sera pour un autre jour, soupiré-je en attrapant la main d’Arthur. En revanche, j’ai très envie de voir toutes ces roses !

- Allons-y alors. Peut-être qu’un arbre pourra nous abriter de ce voyeur et que l’on pourra quand même en profiter.

Nous suivons la nounou dans le dédale de couloirs et finissons par gagner l’extérieur sans avoir croisé le Président, à mon plus grand soulagement. Nous nous engouffrons dans les allées, déambulant main dans la main, et j’ai un peu de mal à faire abstraction de notre protecteur, garde du corps ou surveillant pénitentiaire. Évidemment, vu la majestuosité du Palais, les jardins ne peuvent pas vraiment faire tache dans le paysage. Tout est taillé au centimètre près, bien ordonné, harmonisé.

Je suis déçue que le jardin des roses ne se trouve pas près de l’un des murs, cela nous aurait été d’une grande aide, s’il n’est pas sous surveillance. Malheureusement, il se trouve au beau milieu des autres. Il ne doit pas en être moins magnifique à la saison des roses. Comment de si belles fleurs peuvent-elles pousser au contact de cet homme abject ? Je me fane rien que de penser à lui, moi…

Je glisse mon bras autour de la taille d’Arthur et nous marchons lentement, en silence, épiés par la baby-sitter du Président.

- Ça doit vraiment être sublime en plein été, ici… Là où nous, on a des mauvaises herbes, soupiré-je finalement.

- C’est déjà très joli maintenant, me répond-il alors que son regard ne me quitte pas, ce qui est très flatteur.

- Je rêve ou tu me dragues ? ris-je en l'entrainant vers un banc. Tu ne trouves pas bizarre que cet endroit ne soit pas sous vidéo-surveillance, contrairement au reste ?

- Tu ne rêves pas, non. Il faut bien s’adapter aux circonstances… Et je ne trouve pas ça bizarre, non. Je sens bien une explication bidon, genre qu’il aurait fallu tirer un cable pour y arriver mais que l’argent est parti dans la poche du patron de l’entreprise plutôt que dans le projet.

- Pour cacher quoi, à ton avis ? dis-je en m’asseyant sur ses genoux alors que je vois la nounou du coin de l'œil s’arrêter à quelques mètres de là.

- Toutes les cochonneries que j’ai envie de te faire peut-être ? rit-il à mon oreille. Je ne sais pas, Julia, je suis aussi peu Sherlock que James Bond !

Je soupire et pose mon front contre son épaule. Je déteste être dans le flou, et on peut dire qu’avec ce Victor exécrable, on est loin de la clairvoyance. Hormis le fait qu’il cherche à affaiblir la Gitane par le biais de mon Bûcheron, et à me coller dans son lit pour me faire passer toute envie de sexe pour le reste de ma vie, nous n’en savons que très peu à son sujet.

- Des cochonneries, hein ? ris-je, lasse de penser au Président.

- Oui, tu estimes à combien nos chances que je puisse te faire l’amour sans que notre garde s’en rende compte ?

- Je dirais zéro pour cent, plus ou moins zéro, étant donné que ses yeux sont fixés sur nous depuis le début de la balade… On peut essayer de lui graisser la patte, mais je doute que ça fonctionne. Tu as une ligne de compta dans ton budget pour la corruption des membres du Gouvernement ?

- Ah non, j’aurais cru que la vue de tes jolies fesses aurait suffi à le distraire, rit-il en essayant visiblement de s’amuser de la situation pour faire redescendre la tension que je ressens en moi.

- Sinon, on regagne notre cage dorée… Nous sommes écoutés mais je n’y ai vu aucune caméra…

- C’est une excellente idée, ça. Quitte à devoir patienter, autant le faire agréablement !

- Dis tout de suite que discuter avec moi est désagréable, dis-je en surjouant ma contrariété pour me lever.

- Je pense qu’il fait juste un peu frais ici pour vraiment discuter, c’est tout, réagit-il en m’embrassant à nouveau.

- Très bien, alors activité coquine au chaud, ris-je. On invite la nounou ou pas ?

- Non, je ne partage pas. Mais aucune contre indication à manifester bruyamment notre plaisir, s’amuse-t-il à me dire. Quitte à le frustrer, autant bien le faire !

Je ris et et nous prenons le chemin qui nous ramène au Palais, passant devant notre garde du corps qui reprend son chemin derrière nous sans broncher. Arthur et moi nous bécotons comme deux ados durant le trajet, nous arrêtant à plusieurs reprises pour laisser s’exprimer notre envie mutuelle. Nul doute que le Président appréciera les gémissements que je vais lâcher au contact de cet homme formidable qui me comble sur bien des points. D'ailleurs j'espère qu'il a l'occasion de nous observer à travers ses écrans de contrôle, ou qu'il nous voit d'une fenêtre. Je veux qu’il constate par lui-même que les frissons de dégoût, ce sont ses mains qui les ont provoqués, et que je n’ai aucun problème à être touchée par un homme tant que ce n'est pas lui.

Oublier encore un peu cette épée de Damoclès qui nous plombe, juste le temps d’une étreinte, d’un semblant de normalité ? On s’y attèle autant que possible, Arthur et moi.

Annotations

Vous aimez lire XiscaLB ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0