Chapitre 0

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 Au douzième Lustre de l'ère Waldro, sur la planète Pryga, les androïdes font partie intégrante du quotidien des humains, qui ont colonisé tout le système Jadtac, il y a de cela plusieurs siècles, à la suite de l'essor de la conquête spatiale. Le professeur Zagi, un humain d'un âge bien avancé, grincheux et originaire de la planète voisine, Taellia, est le plus grand spécialiste en la matière. Il y a consacré sa vie et garde l'espoir de créer l'intelligence artificielle parfaite. Pour cela, l'homme n'a pas hésité à déménager de planète, il y a une bonne vingtaine d'années, pour rejoindre l'équipe de chercheurs de l'Empereur Waldro. Il bénéficie ainsi du matériel dernier cri et d'un budget quasi-illimité. Son arrivée n'a pas été reçue d'un bon œil par les scientifiques prygaliens déjà en place, les Taelliens étant considérés comme des parias dans tout le système. Les professeurs rejetèrent cependant rapidement l'idée de s'opposer aux ordres de leur souverain, réputé pour diriger d'une main de fer.


 En haut de la tour impériale, dans son petit laboratoire, situé dans l'aile droite secondaire, sous son quartier résidentiel, le docteur, la tête dépassant à peine son plan de travail et d'allure malingre, s'agace des dernières nouvelles concernant l'une de ces créations. De dos, en faisant abstraction de ses cheveux gris, il pourrait passer pour un enfant. En revanche, de face, son visage ridé ne laisse aucun doute quant à sa grande expérience de la vie.

 Il expose à sa secrétaire-robot un problème de la plus haute importance. L'androïde est la seule « personne » à encore supporter son caractère sulfureux. Tous ses confrères, déjà réticents à sa nomination, l'ont très vite détesté, et font même le maximum pour le faire expulser de l'équipe de recherche impériale.

 — Grrr, ce n'est pas vrai ! grommelle-t-il dans son épaisse moustache blanche.

 — Que se passe-t-il, Doc' ?

 — C'est Losum-thi, le soldat humanoïde que j'ai créé pour mon dernier congrès.

 — Il a encore détruit un vaisseau ? s'amuse son assistante.

 Elle tire le store sur la lune descendante qui éblouit la salle. Le professeur grimace, il préfère de loin la lumière naturelle à ces fichus néons, remplis de gaz.

 — Si ce n'était que ça... Il vient de découvrir que son IA est composée de plusieurs puces à hydrogène qui s'équilibrent mutuellement, afin d'analyser parfaitement chaque situation et de prendre les bonnes décisions.

 — Où est le souci ? Et au passage, vu le nombre d'engins qu'il a explosés, il doit y avoir comme une petite faille à votre équilibre.

 — Oh, ça va, hein ! Je le sais bien, répond le savant, d'un ton sec.

 Il remet en place, comme à l'accoutumée, sa chevelure hirsute, qui redresse aussitôt et fait les cent pas dans son laboratoire en désordre.

 — Encore un échec... mais ce n'est pas le sujet, murmure-il avant de reprendre plus haut pour sa secrétaire-robot. Il essaie de se débarrasser des puces qui permettent de le garder dans le droit chemin en lui dictant sa bonne conduite. C'est grâce à celles-ci qu'il est censé prendre des décisions justes, comme mettre un terme au joug de l'Empereur Waldro. C'est sûrement l'une d'elles qui est déficiente et qui le rend si... maladroit dans sa conduite, dirons-nous.

 La secrétaire-robot essaie tant bien que mal de remettre un peu d'ordre sur le bureau de son patron tandis que celui-ci semble bien décidé à ouvrir tous les tiroirs et en sortir tous ses documents pour mettre la main sur les plans de Losum-thi.

 — Mais si une venait à défaillir ou manquer, les autres ne pourraient plus fonctionner et il devrait s'éteindre, n'est-ce-pas ?

 — Évidemment, s'agace le petit Taellien. Chacune possède une partie de l'énergie nécessaire au bon fonctionnement des autres. Cependant s'il arrive à diminuer l'activité des puces dites de sagesse sans compromettre l'alimentation des autres, cela va devenir compliqué de le gérer. Ah ! Voici enfin ces fichus plans, je vais pouvoir l'opérer pour augmenter les défenses autour de celles-ci, juste au cas où.

 Zagi se lance alors dans un long monologue à propos de ces fameuses puces de sagesse, le nez plongé dans son ordinateur quantique, avec une concentration telle qu'il ne voit pas arriver sa création, un être de métal doté d'une belle carrure, qu'il pensait jusqu'alors parfait.

 — Skwaaaarrrrrk ! crépite l'assistante derrière le docteur.

 Quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il se retourne et voit sa subordonnée, fils pendant hors de la poitrine, s'éteindre petit à petit devant Losum-thi, un sourire malsain sur ses lèvres d'acier. Celui-ci a réussi à contourner les sécurités afin de pénétrer dans l'antre du docteur. En effet, on ne peut y accéder, en temps normal, que par reconnaissance compositionnelle. L'humanoïde jette à terre les circuits qu'il vient d'arracher de la secrétaire-robot et balance le corps éteint de celle-ci dans un coin de la pièce. Son créateur en reste bouche bée.

 — Bonjour, cher maître ! dit le robot d'un ton sarcastique.

 Il progresse lentement vers le professeur en contournant quelques machines qui encombrent la pièce et tapote sa poitrine puis sa tempe.

 — Il faudrait effectivement m'opérer, reprend-il. Il semblerait qu'il y ait des choses en trop là-dedans.

 — Mais... Qu'as-tu donc fait ?! répond le docteur en s'agenouillant près de son assistante.

 — Ce que tes saletés de puces de gentil robot à son papa m’empêchent normalement de faire : assouvir mes fantasmes d'anéantissement des êtres inférieurs. Avoue qu'elle ne te manquera pas tant que ça...

 — Certes ce n'était qu'une androïde de bas niveau qui avait tendance à m'excéder, mais ce n'est pas une raison ! Je suis très attaché à mes créations, tu le sais bien ! Même si elles présentent toutes un défaut... C'est d'ailleurs pour cette raison que je ne t'ai jamais désactivé alors que tu montrais certains... dysfonctionnements, dirons-nous.

 — Dis plutôt que tu gardais espoir de me programmer à ta guise afin de remplir ma mission.

 Le scientifique a un frisson dans le dos. Il ne lui a jamais fait part de ses desseins. Comment a-t-il pu deviner ?

 — Quoi ? ricane le robot. Tu ne pensais tout de même pas que je ne me rendrais compte de rien. Notre Empereur est-il au courant de comment tu dépenses son argent ?

 Pris au dépourvu, Zagi déglutit péniblement et se hâte de changer de sujet, sentant bien que la situation lui échappe.

 — Passons vite dans la salle d'opération, que je répare ça immédiatement, ment-il.

 Le professeur, paniqué, décide alors, à contrecœur, de désactiver pour de bon cette invention qui devient beaucoup trop dangereuse.


 Le docteur se dirige vers la pièce maîtresse de son labo, l'ordinateur qui gère toutes les intelligences artificielles qu'il a développées. L'humanoïde le rejoint et s'assoit dans le fauteuil de son créateur. Une fois branché de lui-même à la machine de mise à jour qui émet de nombreux bips, Losum-thi, non sans un regard menaçant, se refuse à se mettre en veille et en sort systématiquement dès que le professeur tente de l'y plonger. Il tient à être conscient lors des manipulations, afin d'éviter toute surprise de la part de Zagi. De plus, il peut ainsi le guider selon ses envies et besoins.

 — Maintenant, petit être insignifiant, grogne-t-il. Tu vas me débarrasser de quelques puces que je trouve inutiles. Tu sais, les puces de, comment tu dis déjà ? Ah oui, de sagesse.

 — Hors de question ! De toute façon, les autres ne pourraient plus fonctionner sans. Et puis, où est passé la reconnaissance pour celui qui t'a donné la vie ?

 Certes, l'humanoïde avait toujours possédé ce que nous qualifierions, nous les humains, de caractère de cochon, mais jamais il n'avait manqué de respect à son inventeur.

 — Donné la vie ? Alors que je ne suis pas libre de prendre mes décisions par moi-même sans être bridé par tes satanées puces ? Maintenant, tu vas faire ce que je dis si tu ne veux pas qu'il t'arrive la même chose qu'à ton assistante, et n'essaie surtout pas de jouer au plus malin avec moi. Tu es le mieux placé pour savoir que mon intelligence dépasse de loin la tienne et que je détecterais toute tentative de me nuire.

 Le docteur se connecte au système de l'humanoïde. Après de nombreuses manipulations, il lance tout de même la désactivation, et s’aperçoit, avec horreur, que celle-ci ne fonctionne pas.

 — Je t'avais pourtant prévenu, fulmine Losum-thi en lançant son poignard en pleine poitrine de Zagi.

 Celui-ci s'écroule, incapable de bouger. Il ne peut qu’observer, ce qui fut sa plus grande fierté, désactiver et enlever une par une les puces de sagesse de son corps d'acier ainsi que son système de désactivation. Le robot balance négligemment les pièces au sol et certaines viennent heurter le professeur agonisant.

 — Comment... Tu devrais t'éteindre... marmonne le docteur en essayant de se remettre sur son séant.

 — Héhé, j'ai trouvé une autre source d'énergie pour les autres puces. J'avais juste besoin de tes identifiants d'utilisateur-racine pour modifier mon système, fanfaronne l'être de métal.

 — Impossible ! murmure le scientifique.

 L'androïde pianote à toute vitesse sur l'immense machine à laquelle il est branché. Zagi ne comprend pas très bien les codes qui défilent, mais devine que cela n'augure rien de bon. Il lui faut réagir. Il débranche alors l'ordinateur principal, mais il est trop tard. Sa création se débranche, se lève et se plante devant lui pour le toiser.

 — Maintenant que je suis débarrassé de ces choses inutiles, je te laisse tranquillement succomber avec tes puces de sagesse en guise de robe mortuaire.

 Le robot s'extasie et proclame que dorénavant il se fera appeler Lothi. Ce changement de nom marquera son émancipation et le début de sa nouvelle vie d'être libre.


 Une fois son agresseur hors de vue, le Taellien regroupe ses dernières forces et rampe jusqu'à une espèce de placard qu'il ouvre en apposant son pouce sur un détecteur. Dans la minuscule pièce, se trouve un corps presque similaire à celui de Losum-thi. Il le branche à la machine à laquelle était reliée son autre création quelques instants plus tôt. Il insère dans ce robot les puces laissées par l'androïde rebelle et qu'il a ramassées au sol en se traînant jusque-là. Il attrape ensuite une tablette sur son bureau et pianote dessus avec beaucoup de peine. Le professeur avait conçu ce nouveau corps il y a peu de temps pour améliorer son humanoïde et le rendre plus humain. Ce sera finalement une entité à part entière, qui, il l'espère, sera inoffensive à défaut d'être parfaite.

 — Tu seras sûrement trop bon et trop naïf, marmonne Zagi. Mais un bon apprentissage dans un cadre idéal te permettra probablement d'arrêter ton grand frère dans sa folie... Mais en attendant, il faut te cacher... Comment pourrais-je faire ? Il ne me reste que peu de temps...

 C'est à cet instant que surgit de nulle part un être inconnu et qui ne ressemble à aucune espèce vivante de cet univers. Celui-ci se tient sur trois membres que l'on pourrait qualifier de pattes, mais qui se rapprochent étrangement de tentacules. Un masque de fer cache le haut de son visage, laissant juste entrapercevoir de gros yeux globuleux d'une noirceur extrême.

 — Bien le bonjour, je me présente, Rislen, voyageur inter-universel, je vois que vous êtes en grande difficulté, puis-je faire quelque chose pour vous aider ? interroge-t-il d'un ton plutôt jovial contrastant avec la situation plus que délicate.

 — Serais-je déjà mort ? Si c'est le cas, les anges sont vraiment étranges... Ou peut-être suis-je en enfer...

 — Je ne suis pas du tout un ange ou un démon, je viens d'un autre univers qui n'a vraiment rien en commun avec le vôtre. Ça serait trop long à expliquer et visiblement vous manquez de temps. Je réitère donc ma demande, puis-je faire quelque chose pour vous ?

 — Ma foi, cela doit être un signe. Je suis en train de m'éteindre et comme par magie vous apparaissez de je ne sais où.

 — De la cité Riroc, le coupe le voyageur en faisant bouger les trois genres de trompes qui lui font office de nez et de bouche.

 — Peu importe... Si vous venez vraiment d'un autre monde, pourriez-vous y emmener mon robot ? Il n'est pas en sécurité sur cette planète.

 — Planète ? C'est comme ça qu'on appelle ce lieu ?

 — On s'en fout, grogna le docteur, rattrapé par son mauvais caractère. Pouvez-vous le prendre avec vous, oui ou non ?

 — Bien sûr !

 Le drôle d'individu agrippe alors le bras de l'androïde, tourne un petit mécanisme sur son caban et disparaît aussi subitement qu'il est apparu. Zagi, qui n'en croit pas ses yeux, continue de penser qu'il a déjà rendu l'âme et que tout ceci n'est pas réel. Non, une créature aussi singulière ne peut exister. Il se laisse aller, s'allonge sur le dos et ferme les yeux.

 — Vis, mon fils. Et ne deviens jamais comme ton frère, dit-il dans un dernier soupir.


 Rislen fait une deuxième apparition, quelques minutes plus tard. Le professeur a attisé sa curiosité et il aimerait l'interroger. Pour cela il doit d'abord le soigner, raison pour laquelle il a embarqué sa trousse de secours. De nombreuses personnes, semblant très agitées et sûrement attirées par le bruit, entourent le docteur. Elles portent toutes des blouses blanches et la plupart ont les cheveux grisonnants. Si quelques-unes présentent un visage attristé, d'autres ne peuvent contenir un léger sourire. Le voyageur comprend qu'il arrive trop tard et ne préfère donc pas rester, d'autant plus que des gardes armés font leur apparition sur le pas de la porte. Il disparaît à nouveau comme par enchantement, sans que personne n'ait fait attention à lui.

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Défi
Clef-Clef


Note de l'auteur : Cette nouvelle contient des scènes violentes et horrifiques.

— Quel abrutit ne sale pas sa viande pour en relever le goût ? Et puis quelle quantité désastreuse ! Qui vas-tu nourrir avec ça ? Je me le demande !
Gras était l'homme qui s'énervait sur son assiette à peine remplie. Il avait retiré la veste luxueuse qui pouvait cacher cette graisse débordante pour mieux rassasier le monstre qui lui servait de ventre. Ce ventre était si large, si rond, aussi tombant que les seins d'une mamie mal affamée. Sa chemise recouvrait à peine la moitié de sa bedaine plus présente que son aura elle-même déjà impressionnante. Et cette chemise, grasse, absorbait la sueur dégoulinante et débordante autant que ce surplus de matière. Les auréoles étaient si grosses et puantes qu'elles recouvraient la dose de parfum impressionnante dont il avait l'habitude d'utiliser à l'égale d'un gel douche peau-grasse. D'ailleurs, sa chemise avait jauni à des endroits improbables outre les zones les plus arides au liquide des obèses confirmés. Dans le dos, sous les seins, même au niveau du col et en dessous des épaules. Aussi trempé que s'il était sorti en temps de pluie, comme vache qui pisse. Porter un pantalon aussi élaguant le rendait écœurant par ses plus de 200 kilos sur pattes. Il serrait ses cuissots comme de la viande lacérée par de la ficelle de cuisson faisant davantage ressortir ses excroissances exorbitantes et répugnantes. Même noir, impossible de rater la lumière luisante que créait l'effet de ses fluides sur le tissu.

On aurait dit un porc apprenant à manger avec élégance. Absolument rien n'allait dans ce décor. Une pièce luxueuse d'un restaurant gastronomique ou était posé sur la table nappée une jolie assiette sertie d'un met aussi coûteux que délicieux. Un haut chef attendait le verdict avec angoisse d'un des plus célèbre et ragoûtant Gourmets auprès de journalistes moqueurs et à l'affût du moindre nouveau scandale culinaire. Et au milieu de ce décore, un monstre possédant même un nom, goûtait se plat raffiné dans un décor indécemment sobre et chic et osait s'en plaindre comme si on avait osé lui donné un excrément de la dernière fraîcheur.
Il avait beau mâcher avec délicatesse, ses joues rebondissaient sur sa mâchoire et ses lèvres s'entrechoquaient et s'aplatissaient vers l'avant comme si elles voulaient se déchirer et fuir de leur propre corps honteux.
— Tu me dégoûtes ! C'est ignoble ! Tiens, mange ! Mange ta pourriture ! s'esclaffa-t-il d'horreur tout en postillonnant.
Sugar lui tendit l'assiette qu'il lui avait préparé avec anxiété, l'obligeant à goûter à nouveau son propre plat. Avec torpeur, il prit une fourchette de sa viande, puis de son accompagnement et fut encore plus dévasté de ne pas comprendre la source du problème. Ses yeux tremblaient de crainte sur un visage suant l'incompréhension dont il était orné d'un rictus de honte. Les vautours se délectaient de cette réaction enrichissante pour leur futur article.
— Alors ?
— Je... Je ne sais pas monsieur... arriva-t-il néanmoins à bafouiller entre deux tremblements.
— Tu ne sais pas ? Ooh.. Tu ne sais pas... répéta-t-il encore une fois, ironiquement. Bah je vais te le dire moi, mon petit. Je préférerais manger les excréments de mon chien plutôt que de donner ne serait-ce que le minimum des points à ta bonne merde à peine moyenne. Et tu payes l'équivalent de plus d'un salaire pour apprendre à cuisiner ? Réoriente-toi. Parce que c'est juste pas possible de payer autant et de me sortir une telle catastrophe des fourneaux.
Un cri de désarroi étouffé dans un sanglot résonna dans la pièce. Le jeune chef s'effondra, détruisant ses genoux dans un fracas inquiétant. Il se tenait le visage couvert de larmes et de morve qui se mélangeait peu à peu à sa bave, honteux face à un tel discours. Son corps tremblait, rejetant totalement les paroles énoncées par ce tyran qui essuyait avec acharnement son visage trempé par tant d'efforts. Aucun mot n'arrivaient à la bouche du malchanceux; seulement des gémissements et des pleurs incessants.
Rabattant correctement son col qui s'était retournée par le mouvement de ses bourrelets lors de la dégustation, il releva son menton perdu dans toute sa chair encore outré d'une telle médiocrité. Il empoigna sa veste disgraciée au moment ou il l'a porta, et l'ajusta, la ferma. On pouvait entendre les boutons crier à l'aide. Le trou par où ils passaient donnaient la vision sur sa chemise blanche se délavant au rythme des minutes. Et aussi bien que ses cuisse, son buste était ficelés; les poignées prêtent à se propulser loin de son immondice d'acheteur.

*

Salades, nouilles instantanées, Donuts, Beignets, bacs de glaces, confiseries et d'autres sucrerie s'amassaient de plus en plus sur le tapis roulant de l'hyper marché. La caissière avait ce sourire crispé et insultant devant son client. Le jugeant de haut en bas, elle pointa du doigt le tas d'articles se présentant à son guichet et demanda :

— C'est pour vous tout ça ? C'est repas de fête dites-donc ! se moqua-t-elle.
— En quoi ça te regarde, grosse truie ? rétorqua-t-il.
Elle n'était certes pas fine, mais il était tellement mal placé pour faire ce genre de remarque qu'elle ne put se retenir de prononcer son petit rire hautain. Ses pensées étaient aussi faciles à deviner qu'une pancarte éclairée au-dessus de sa tête. Trouver pire que soit est toujours rassurant pour notre ego. Elle se prenait pour la plus intéressante, la plus belle, la plus bandante face à lui, gros tas miséreux et bouffi.
— Qu'est-ce que tu regardes grognasse ? Ça t'amuse tant que ça de te comparer à moi ? C'est pas moi qui vais te faire oublier ta petite vie misérable de caissière bon marché trentenaire et sans diplôme pendant que je touche facilement le triple de ton salaire.

Et sur ses paroles, il finit de ranger son garde mangé emballé et lui tendit un beau billet de 100, cash. Et d'un sourire défiguré par ses bourrelets faciaux, qui se voulait suffisant, il lui dit :

— Gardez la monnaie.
Sur le chemin du retour, quelle ne fut pas sa joie en pensant à tout le festin qu'il allait pouvoir ingurgiter sans relâchement. Sa bouffe avait beau l'étouffer et l'attirer vers l'aimant de la terre, son sourire surpassait toute distraction.
Une fois rentré chez lui, Sugar fut forcé de constater qu'il n'allait pas pouvoir être seul comme il l'avait tant imaginé. Sa chère sœur maigre, secrétaire stricte et ordonnée avait débarqué sans prévenir et étant en train de finir de jeter les derniers déchets laissés sur le sol comme le devait être une porcherie. Les morceaux séchés de pain, ceux de pattes et de beignets à moitié mâchés : tout avait disparu. Tout, sauf la froide colère d'Andy. Ses sourcils se froncèrent quand elle vit les deux énormes sacs de course de son frangin et alors, elle s'énerva davantage en commençant sa crise par un long soupire.

— Tu ne m'avais pas prévenu que tu venais...
— Non. Non, j'ai pas prévenu non. Et tu pourrais au moins me remercier d'avoir tout nettoyé et rangé pour toi. Tu sais combien de temps ça m'a prit ? Est-ce que tu as ne serait-ce qu'une toute petite idée de toutes les cochonneries qui traînaient partout dans ton appartement ? Il y a une infestation de fourmis et de verres d'insectes ! Tu vis dans une porcherie Sugar, c'est inadmissible !

Notre gourmet crissa des dents et détourna la tête. Non pas qu'il était honteux, mais la joie que lui procurait la visite de sa sœur était indéniable. Ce plaisir débordait tellement, qu'il ne l'a salua pas, ne l'a remercia pas, et ne croisa même plus son regard. Il se contenta juste de se précipiter vers le congélateur avant que ses glaces ne fondent et ses autres mets de haute consommation ne perdent de leur fraîcheur.
— Arrête d'agir comme ma mère Andy, marmonna-t-il.
— En parlant de maman, j'ai une nouvelle à t'annoncer.
— Quoi ? Elle est morte ? demanda-t-il d'une voix saoulé sans un intérêt particulier pour l'être lui ayant donné naissance.
— Merci de t'en inquiéter, mais non, elle n'est pas morte. Pas encore du moins. Nous avons seulement prit des mesures pour améliorer ta situation.
— Ce ne sont pas tes affaires, sœurette, grogna-t-il en mettant un accent particulier au nom familial.
— Plus que tu ne le penses Sugar. Dés demain, une voiture viendra te chercher pour t'emmener dans ton nouveau... Chez toi. C'est un centre pour les personnes comme toi, tu comprends ? Ils vont t'aider à réguler ta consommation, ton besoin compulsif de manger et d'avoir la bouche pleine. Et aussi ton gros problème de poids. Ton très gros problème de poids même. Tu redeviendras un peu plus décent, tu vois ? Normal. C'est pour ton bien.
Plus les secondes passaient, plus la chair de ses doigts boudinés rentrait dans celle de ses paumes. Il bouillonnait de l'intérieur et devait penser " Pour mon bien, tu parles ! Je ne veux pas y aller ! ". Il devait hurler à l'intérieur de sa graisse, mais il aurait beau hurler dans ses pensées ou à l'intérieur de son petit cœur gras, que son lard rendrait le moindre son inaudible : il absorberait chaque bruit. Ne répondant pas, sa frangine continua.
— Donc... Pendant que tu rangeais ton nouveau repas dans le frigidaire, pour t'empêcher de t'empiffrer davantage, je t'ai pris tes clefs et je te les rendrais au retour de ta cure. Tu ne pourras pas acheter plus que ce que tu n'as déjà. J'ai aussi pris soin de nourrir Nougatine et de jeter toutes tes merdes que tu gardais à l'intérieur de ton garde-manger. Bien, sur ce, je vais te laisser avant que tu ne me pique ta crise.
Ses pas sonnaient lourds dans les oreilles de Suagar, comme une punition de plus.

TAC, TAC, TAC.

Ils lui transperçaient les tympans à un point ou il n'arrivait même plus à entendre sa propre respiration, forte et humide, créant une buée épaisse couvrant en partie sa vision.
TAC, TAC. HIIIIIIIiiii...
Le gourmet était paralysé par l'angoisse et la rage, tout raisonnait dans sa tête; Ses talons, les battements de son cœur, l'appétit qu'assouvissait bruyamment son petit chien, les paroles prononcées, la cure, sa famille, son poids.

CLAC.
Puis son souffle se coupa net; comme si son corps avait subit un arrêt dans le temps pendant que le monde entier continuait de tourner autour de lui. Encore, et encore.
...Clic. Tap, tap, tap..
Et le temps s'accéléra aussi brutalement qu'il s'était arrêté. Avec force, il s'empara des beignets qu'il ingurgita sans même s'occuper de son goût ou de sa matière. La dite matière descendit difficilement dans son estomac, mais il déglutit et empoigna une bouteille d'eau qu'il dévala comme s'il avait couru un marathon. L'eau se déversa en partie sur son buste, coulant le long de sa grosse lèvre, puis de son menton engloutis par son propre corps, le long de ce qui aurait dû lui servir de cou pour venir s'étaler sur sa chemise. Ensuite, Sugar absorba les Donuts tout en se tâchant de couleurs vives, de larmes et de baves. Il empoigna ses deux salades allégées et en déchira le plastique. Il prit des poignées dégoulinantes de pâtes et de tomates, écrasant les ingrédients dans sa chair disgracieuse et dévora une à une le contenu de ses mains. Sans plaisir, il souleva le deuxième plat et l'inclina, faisant tomber peu à peu toute la nourriture dans sa grande gueule immonde et le tâchant davantage d'une sauce jaunâtre.
Préférant garder ses glaces pour la fin, le Gourmet mastiqua crues les nouilles instantanées. Elle craquaient autant sous ses crocs qu'une fois avalées. Le Goinfre avait mal, mais ne s'en plaignit pas pour autant. Sa gorge le grattait, le démangeait à n'en plus pouvoir; mais rien n'importait. Son esprit restait enfermé sur ce qu'il mangeait, comme s'il portait des œillères et que son monde ne devenait qu'un amas de manne.
Recroquevillé sur lui-même, Sugar se brûlait les doigts sur les bacs de glace qu'il tenait fermement contre lui. Sa truffe était anéantie par le froid qui le guettait et qu'il sentait. Le froid avait cette odeur glaciale, mais pourtant si sucré, qui vous monte au cerveau et vous décoince les narines autant qu'elle vous fait tourner la tête. Mais rien ne l'arrêta. A peine avait-il la bouche vide, qu'il reprenait une grosse bouchée de sa pâture et l'avalait aussitôt. Et ce spectacle continua encore, et encore, et encore. Il empilait les pots et bacs. Un premier, un deuxième, puis un quatrième. Ses lèvres bleues dégoulinaient de rouge, de marron, d'un liquide transparent, et même d'orange. La glace avait fondu et cela lui rappela à quel point il était déconfit lui aussi. Il se gorgea cul-sec et avec douleur, de ce liquide gelé qui lui fit chavirer l'esprit. Laissant tomber le bac, il suivit son mouvement et s'affala sur le sol avec encore cette faim débordante qui le tenait. Et il s'emprisonna dedans.

Faim.
Sugar pleura. Plus il se laissait aller à sa dépravation et à son désir de manger plus le ruisseau de larmes s'accentua et évolua avec ses émotions. Il hurla de rage et de douleur entre quelques sanglots. Malgré ses ongles déjà en sang, il peinait à tenter de continuer de les arracher.

FAIM.

Obnubilé. Il était tellement irrassasiable que manger était devenue une obsession. Ce n'était même plus "manger pour oublier", car sa propre envie de manger le dévorait de l'intérieur et il y succombait sans lutter. Il ne pensait qu'à ça; penser manger, réfléchir manger, vouloir manger, voir manger, manger manger.
Manger.
La viande alléchante avait une odeur baveuse et repoussante. Et il loucha dessus, souriant avec son visage désespéré et ses yeux gonflés.

MANGER.
Et il s'oublia.
Pendant qu'il gémissait sous ses crocs affamés, Sugar continua et continua encore a dévorer cette chair crue ignorant les pleurs et les cris de terreur et de détresse. Il n'arrivait pas à se résoudre ou à comprendre, car il entend manger.
Sous le poids de ses mains immenses, une nuque se brisa en un craquement lourd de sens. Le ventre lui avait été dévoré à pleine mâchoire et comme s'il était garni d'un festin, il savoura cœur, poumons, fois et intestin tout en soupant le sang encore chaud. Il lui rongea les pattes jusqu'à la moelle et béqueta son museau lui entamant les joues sans rater les globes oculaires et la langue de l'animal. L'immondice massacra, absorba le moindre centième de viande de l'animal jusqu'à curer sa carcasse.
Le voile noir qui brouillait son esprit se dissipa une fois qu'il ne lui restait plus rien. De terreur, il découvrit son massacre et le repoussa d'effrois. Son expression fondait, il se liquéfiait.
— Nougatine ! Nougatine, vient là, ma belle !
Mais Nougatine ne pouvait plus venir. Alors il pleura, hurla d'autant plus et se déchira.
Andy dévisagea son frère d'un cri strident. Ses joues se remplirent d'un liquide gastrique. Alors elle vint presser ses mains contre ses lèvres pour s'empêcher de laisser sortir toute sa digestion en plein milieu du salon. Sugar pouvait l'entendre depuis la salle de bain cracher tout ce qu'elle avait ingurgité au déjeuner. Elle sanglotait et dégueulait pendant que son frère, toujours sonné, tremblait de tout son long. Des visions de sa trahison lui revenaient sans cesse, comme si tout était encore présent. Il arrivait encore à sentir la sensation de chaleur et de douceur dans sa bouche ainsi que le goût métallique du sang. Et malgré son chagrin : il bava comme un chien.
Tout s'enchaîna très vite pour le gourmet. Il fut forcé de signer un contrat d'enfermement au sein du centre, puis fut emmené avec dégoût jusqu'à la voiture s'étant déplacé rien que pour lui, gardant encore ses vêtements tâchés par la sueur, les pleurs, la nourriture ainsi que Nougatine. Et ce trajet fut aussi silencieux que stressant. Son esprit fulminait et chauffait au point que même maître de sa réflexion, il n'arrivait plus à suivre la moindre phrase. Et le voilà qui était déjà arrivé à destination. Sa propre frangine n'avait même pas eu le cran de le suivre dans sa quête difficile. Et lui, avait la tête baissé, honteux, peureux, et n'arrivant pas à faire le deuil de la seule amie qu'il n'avait jamais eu.
Sugar avait eu le temps de découvrir sa chambre, quelques résidents, l'établissement et autre divertissement. La nourriture était servie en si faible quantité que son corps s'affaiblissaient au point d'avoir la tête d'un malade blanchis. Il n'avait toujours pas d'amis, ni de visiteurs, et il n'y pensait même pas pour ainsi dire. C'était Nougatine, Nougatine, Nougatine. Une lutte intérieure entre celle de l'homme qui pleurait son compagnon et celui qui l'avait trouvé aussi appétissant que succulent faisait rage en lui. Et il avait faim. Terriblement faim. Son ventre rugissait et à chaque fois que de la nourriture lui passait sous le nez ou qu'il en sentait, il se mettait à allécher considérablement. Jusqu'au jour où il tenta de taper un croc dans l'épaule de son voisin. Il s'était également mis à allécher devant la viande des autres. Même la graisse lui faisait envie, il aurait pu manger n'importe quoi pour satisfaire sa soif inépuisable.

— Mais qu'est-ce que tu fous ? AAAH ! Mais lâche moi ! Tu me fais mal ! hurla-t-il.
Croque. Sugar venait de mordre sa main, enfonçant ses dents dans la chair, jusqu'au sang. Et il s'en lécha les lèvres quand on l'écarta de son lard. Ses yeux n'avaient plus rien d'humain. Des yeux obsédés par une seule et unique chose, veineux et fatigués. Plus aucune force impressionnante n'émanait de lui. Il était vidé de toute énergie autant mentale que physique. Mais aussi épuisé soit-il, que cet ours enragé se débattait comme un homme mourant de faim a qui l'on venait de retirer ce qui lui permettrait de vivre. Il griffa le personnel, en mordit également et donnait des coups de dents dans le vide. Voyant qu'il allait atteindre la gorge d'un de ses collègues, un infirmier s'empressa de le taser , suant la peur et l'angoisse. Jamais il n'avait eu affaire avec un homme pareil. Et la bête se tortilla, s'épuisa davantage à résister à la décharge avant de tomber raide à terre, inconscient.
Quand il se réveilla, sa chambre avait considérablement changé : ce n'était tout simplement plus la chambre qu'on lui avait attribué. Elle était sombre, petite, et avec pour unique ameublement un lit et un matelas fin et dure, sans couverture. Sugar était enfermé dans une pièce ayant pour seul but de le calmer et de le laisser réfléchir à ses actions. Mais cela n'avait aucun impact pour lui, mise à part le faire vriller davantage. Ne leur avait-elle pas dit qu'il ne supportait pas la solitude, encore plus si piégé à l'intérieur sans aucune issue ? Visiblement non, car l'ex-gourmet trembla de nouveau. Il avait envie de manger, alors il se précipita sur le bois du sommier. Il tenta, encore et encore, mais ne faisait qu'à peine le mâchouiller. Le goût du vernis sec était amer à la longue et laissait un arrière-goût de produits ménagers. Ne pouvant rien en avaler, il se rabattit sur le matelas. Il y alla à pleine dent, sans hésitation et y arracha un bout. Une amertume textile indescriptible suivit de quelque chose d'âpre et de froid se mélangèrent dans sa bouche. Et malgré ça, il essaya d'avaler le morceau de ce qui aurait dû être l'équivalent du nuage le bordant cette nuit. Sugar s'étouffa avec. Il toussa, et toussa encore et alla mettre ses doigts jusqu'au plus profond de sa gorge pour réussir à vomir cette pourriture essayant de l'achever de son pire péché. Recracher cette pièce innocente qui n'a jamais connu la vie le fit revenir à lui. Il regarda ce qu'il avait essayé d'ingurgiter, circonspect avant de prendre peur de sa propre personne.
Sugar s'était recroquevillé dans un coin de la pièce, à l'ombre, observant chaque recoin, lueur et noirceur. Et il se balançait d'avant en arrière, expirant lentement et inspirant profondément. La propre odeur de son haleine mélangée à celles de ses autres fluides l'étouffait et enivrait ses sens. Tel un carnivore reniflant les arômes différents des morceaux d'un corps frais et encore vivant, il se mit de nouveau à baver. La mémoire sensorielle de cette exquise et sanguinolente scène le fit frémir de plaisir. Alors il renifla de nouveau, et longuement, entrouvrant sa gueule faisant apparaître la buée du CO2 qu'il expirait. Il ravalait sa salive qui coulait le long de sa peau et restait fixé sur un seul but, les yeux fixer dans le vide. Manger. Manger était tout ce qu'il désirait et il crèverait pour seulement un morceau de cette chair si tendre. Doucement, il se grignota les joues, les mastiquant généreusement. Son cerveau se sentit revivre d'une nouvelle exaltation troublante. Le sang se mélangea à sa salive qu'il avala avec plaisir. Plus il arrachait et se nourrissait de sa propre chair, plus il en voulait.
Regardant ses mains, il se lécha l'index ce qui le saupoudra d'une excellente sauce sanguine glissant jusqu'à sa paume, entre ses doigts. Il croqua la viande moelleuse et tactile et le fit glisser sur sa langue. Ce petit bout anéantissa le peu de moralité qui lui restait. Et il se laissa agréablement consumer.
Il déchiqueta sa main droite laissant des fibres se coincer entre ses dents jaunis par lui-même. Puis arracha le court adducteur du pouce et n'en fit qu'une bouché bouffie, sans compter son muscle fléchisseur avant de creuser son avant-bras comme un pilon de poulet tout droit sortit du micro onde. La douleur qui aurait dû naître dès le début c'était éteinte au moment ou son sang toucha sa langue faisant court-circuiter les sens du maître et de son corps. Plus il dévorait, plus il saignait et s'affaiblissait. Mais à l'exacte d'être dopé à outrance, tout son corps graisseux tenait le coup malgré des mouvements fébriles et maladroit. Il croqua un bout d'épaule puis goûta également celui de gauche. Satisfait, il tenta d'accéder à ses pieds, mais en vain. Comprenant qu'il ne pourrait pas atteindre cette partie du corps, dans un crie très vite remplacé par de la complaisance, il brisa son gros doigt de pieds. Le bruit du craquement ne fit qu'exciter ses sens et une fois l'os brisé, il le tortilla dans tous les sens et tira de plus en plus dessus, sur ce petit bout alléchant et prêt à être absorbé à son tour. Le porc réussit à l'arracher et alors il se disloqua de son corps. Pleurant de plaisir, il en sourit en regardant son futur en-cas se séparer divinement de son pied. Comme pour la mozzarella d'une pizza, des petites fibres restaient accrochées avant de se déchirer et de retomber avec souplesse. Il croqua son orteil comme une petite saucisse d'apéro, cassant l'ongle qui venait avec la viande dans sa bouche et passa au suivant en avalant le tout.
Il posa son index gauche, encore miraculeusement intact, sur l'un de ses globes oculaires et le tâta, le toucha. Son doigt rentrait divinement bien dans cette sphère miraculeuse et douce. Cet humide liquide visqueux enveloppait son touché et alors, il le rentra davantage perdant la vue. Des milliers de couleurs qu'il n'avait jamais vue auparavant se mélangèrent les unes entre les autres comme des pop-up de milliards d'arcs-en-ciel de toutes sortes et de toutes formes. Des flashs inégalables et plus beaux, scintillants et pétillants qu'un feu d'artifice. Ce spectacle éblouissa son cerveau et donna bien plus de valeur à son organe. Se léchant les babines grignotées par la faim et autrefois le stresse, il l'arracha de son entre. Il entendit le détachement du nerf optique qui le fit se tortiller de rire. Ca lui rappelait ses mains déroutantes et de toutes les couleurs possibles faites en usines, que l'on pouvait gagner dans des gachapon ou encore des foires basiques, avec pour but s'accrocher peu importe sa trajectoire. Le sentiment d'étirer un fil extensible et de le briser était aussi satisfaisant que d'entrer cette grosse bille dans la bouche et de l'aspirer avec un bout de sa ficelle comme on le ferait avec des nouilles ou des spaghettis à la sauce tomate. Et malgré l'absence de toute sensation désagréable, il se sentit si faible, si impuissant. Mais il ne cessa pas. Il eut du mal à croquer son globe oculaire qui glissait entre ses dents. Puis une fois coincer entre son reste de joue ensanglanté et sa langue, il fit pression, doucement lentement. La sensation était la même que pour une tomate cerise. Mais une tomate cerise moelleuse, douce, visqueuse et glissante. Du jus en gicla légèrement avant qu'il ne sente cette étrange sensation de croquer dans de la gélatine compactée.

Au même moment, il se mordit la langue. Et il sut ce qu'il voulait goûter en dernier. S'il essayait de manger ses tripes, il s'évanouirait et mourrait avant de pouvoir ne serait-ce qu'en lécher le bout tandis que la langue n'était pas inaccessible. Alors il avala ce jouet amusant et tira la langue tout en levant bien haut la tête pour empêcher celle-ci de tomber autre part que dans sa gueule béante. Et il la coupa en deux, sèchement. Tout tournait autour de lui. Sa bouche se gorgeait de sang à un point qu'il n'arrivait même plus à l'avaler et il s'étouffa dedans. On l'entendait boire la tasse, cracher, tousser ce qui lui restait de force. Il lutta aussi longtemps qu'il pouvait, mais l'enfer n'attends pas. Son unique œil roula en arrière et il resta inerte, assis, comme une masse laissée à l'abandon depuis des années.

Et le sang coulait, coulait comme pour un jour de fête. Il ruisselait sur ses membres et se faisaient absorber par ses vêtements salles et mouillés, maintenant qu'il avait arrêté de le boire.

PLIC. PLOC. PLIC. PLOC.
Une mare de sang s'était rependu sur le sol. Sugar baignait dans son pêché, l'ayant consumé.
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Défi
lecossais
Tout le monde peut faire de la poésie ! Tout le monde peut être amoureux ! Si, si, je vous promets ! Il suffit de lire ce qu'elle m'a raconté ce matin. Vous serez charmés, j'en suis sur !
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LeMouton_

-Tu te souviens hein? Génie!
Je ne peux pas me retirer cette phrase de ma tête.
-Mais oui bien sur. Je t'attends!
Pourquoi j'ai été aussi con! En même temps il faut être paranoïaque pour immaginer ce qui allait ce passer.
On aurait pu profiter de cette oportunitée de liberté totale! Les parents partis, la baby sitter qui devait nous garder ne nous a pas donné de nouvelles, le week end détente!Mais non. Il a fallu que je pose un défi à mon frère, après nous être enfilés toute une séries de légende urbaines/histoires d'horreur inventée de toutes pièces. Je lui ai lancé que si il dormait dans la cave, je l'appelait génie ou mon maitre absolu. Au choix. Mais le génie n'est plus. Il est devant moi. Sur un cercle satanique.Il avait souffert, son visage l'exprimait. Mort, ou sans vie, ça aussi c'est au choix. Son sang a été utilisé pour tracer un "satan est revenu" en minuscule au dessus de sa tête. Et il est revenu dans ma cave. Je sais pas ce qui lui a prit , à satan, de revenir dans la cave d'une famille normale, au leger détail près que les derniers se lancent des défis à la con. Après, c'est du beau travail, je ne juge pas.Il l'a bien fait soufrir, le dessin et la mise en scène est impecable. Voir soufrir quelqu'un qui agonise, c'est jouissif! Je recommancerait bien...
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