Episode 5

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- De quoi est-ce qu'il me parle ?

- Thomas, qu'est-ce que tu racontes ? Comment tu sais que j'ai une sœur ?

- ‎Ça fait des jours que tu m'en parles !

- ‎Pardon ? Mais non ! Ça fait près d'un mois que je ne suis pas sortie de la maison, je t'assure que je ne suis pas venu te voir et encore moins te parler d'une sœur dont j'ai appris l'existence il y a quelques jours seulement.

Il arrête ce qu'il était en train de faire pour se tourner vers moi. Son regard est sérieux, il semble lui aussi perturbé. Il me dévisage au point que je me sente gênée. Je détourne le regard.

- Qui es-tu ? Me demande t'il.

Je ne sais pas quoi répondre. Enfin si. Je ne sais juste pas par quoi commencer.

- Et bien, tu te rappelles au tout début je t'ai dit m'appeler Anna.

- ‎Le jour où tu m'as dit que tu avais dormi.

- ‎C'est ça. Et bien en fait il se trouve que je ne suis pas Anna. Je suis sa sœur jumelle, Mélanie. Je retrouve ma mémoire petit à petit. Anna, ma sœur est morte dans un accident de voiture et moi je ne sais pas où je suis ni ce qui m'arrive.

- ‎Mais alors ça veut dire que... Tu es sa sœur. Tu es celle qu'elle cherche !

- ‎Attend mais alors tu veux dire que tu as vu Anna ? Elle est où ? Pourquoi je ne l'ai pas vu le jour de son enterrement ?

- ‎ ‎Surement parce qu’elle est apparue, en tant que fantôme je veux dire, en décalé par rapport à toi et que vous ne vous êtes pas encore croisé… Ecoute je sais pas moi, je ne suis pas à votre place. Une chose est sûr, ici il n’y a qu’une seule de vous deux qui est enterrer et visiblement c’est ta sœur et donc toi…

- Et donc moi ?

- Je ne sais pas. Je ne sais pas tout moi ! En attendant fiche moi la paix, j’ai des choses à faire.

- Attend, attend ! Ma sœur elle est déjà venu te voir aujourd’hui ? Elle vient te voir quand d’habitude ?

- Oui elle est déjà passé. Elle vient le matin très tôt. Et ensuite je ne sais pas quand elle repart.

- Très bien dans ce cas je repasserais pour la voir à ce moment-là.

Je tourne les talons sans le remercier. J’en ai marre de lui parler, il faut que je lui arrache chaque renseignement et c’est fatiguant. Ça lui ferait mal de tout me dire d’un coup ? En plus il serait tranquille plus rapidement. Etant donné que ma présence le dérange, il serait débarrassé de moi plus vite… Il n’est pas logique ce type. Peut-être est-ce dû à son état ?

Il n’empêche que je suis tout excité, je vais retrouver ma sœur ! Même si ça se fera dans des conditions un peu… particulière. Peut-être qu’elle, elle va se rappeler de ce qu’il s’est passé ? Peut-être qu’elle va pouvoir tout me raconter, remplir les blancs qui composent mes souvenirs. En attendant je rentre chez moi. Je veux poser une question à Jun mais je préfère le faire une fois installer comme il faut dans ma chambre.

Un moment plus tard je fini par rejoindre ma chambre. Ce n’est pas comme les fantômes des histoires que je lisais petite et celles qui me faisaient peur une fois plus grande. Je ne peux pas me téléporter, ni traverser les murs, courir vite ou je ne sais quelles facultés étranges et tordues. Je fais comme tout le monde, comme les vivants, comme avant. Je peux marcher, courir à une vitesse raisonnable, saisir des objets, les utiliser… la seule chose qui change c’est que les autres, les vivants, ne me voient pas. Les objets des vivants, appareil photo, caméra, miroir… tout ce qui peut capturer une image d’une personne normale ne peut pas capturer la mienne, je suis totalement invisible, inaudible, inexistante en somme, aux yeux des vivants.

Mais du coup j’évite de saisir des objets ou de bouger des choses lorsqu’il y des gens normaux qui peuvent me voir. Je ne voudrais pas les effrayer. Je laisse ce loisir aux scénaristes des films d'horreur avec leurs effets spéciaux qui permettent de faire voler les objets sans personne pour les tenir.

J'arrive à la maison, après avoir vérifié à gauche et à droite que personne ne regarde la maison j'ouvre rapidement la porte et me glisse le plus furtivement possible à l'intérieur. Je retourne à l'étage dans ma chambre et me réinstalle sur le lit.

Je reprends mon téléphone et j'envoie ma question à Jun. Je lui demande ce qu'il dirait à ma sœur s'il était à ma place en oubliant volontairement de préciser dans quelles conditions je vais lui parler. Il est évident que je ne vais pas lui dire que je vais rencontrer ma sœur en face à face pour avoir une vraie conversation étant donné qu'elle est décédée.

J'attends sa réponse.

Mais après plusieurs heures, la fatigue me gagne et je n'ai toujours pas de réponse, ça m'inquiète. Je lui demande alors si ça va mais ce message reste toujours sans réponse. Je ne sais pas si je peux appeler ça l'intuition mais je sens que quelque chose ne va pas.

Il y a quelque chose qui cloche.

Et ce qui me rend encore plus inquiète c'est que je n'ai aucun moyen de le contacter d'une autre façon ou l'un de ses proches pour m'assurer qu'il va bien. Je n'ai que cette conversation sur l'application et c'est tout.

J'ai enfermé mon envie de dormir quelque part au fond de mon crâne et j'attends les yeux rivés sur mon téléphone le moindre signe de vie de Jun. Je passe une bonne partie de la nuit comme ça et malgré mes efforts mes yeux papillonnent de plus en plus. Ils se ferment quelques secondes avant de s'ouvrirent de nouveau. Puis quelques minutes. Jusqu'au moment où mon téléphone vibre.

Je me réveille en sursaut et le prend. Je croise les doigts pour lire une excuse nulle comme un "Désolé j'ai oublié de te répondre" mais je sais que ce n'est pas ça.

Je le sens.

« Bonjour, je suis un ami de Jun, je m'appelle Hae Kuk. Je voulais te prévenir, Jun a eu un souci au travail et il est à l'hôpital, il ne pourra pas te parler pendant un moment. Je me suis permis de t'envoyer un message parce que je sais que vous êtes proche et je ne voulais pas que tu penses qu'il ne voulait plus te parler. »

Le téléphone tombe de mes mains, je n'y crois pas, ce n'est pas possible. Je relis plusieurs fois le message mais rien, pas le moindre petit mot qui m'indique que ce n'est pas trop grave, que je n'ai pas à m'inquiéter. Et s'il ne l'a pas précisé c'est sûrement parce que j'ai de quoi m'inquiéter.

Jun m'a parlé de ses amis, il m'a expliqué à quel point dans son groupe d'amis, ils étaient honnêtes et sincères. Ce Hae Kuk n'a pas voulu me mentir en me disant de ne pas m'inquiéter.

Jun ne va pas bien du tout et pour moi ça en est une preuve flagrante. Je ne réfléchis pas plus longtemps. Je prends mon téléphone et quitte la maison. Tant pis pour les retrouvailles avec ma sœur, ça pourra attendre mon retour.

Je pars en Corée du Sud, je vais m'assurer de l'état de Jun moi-même.

Je m'apprête à monter dans l'avion qui va m'emmener en Corée du Sud. Je suis arrivée à l'aéroport depuis plusieurs heures maintenant mais il a fallu que j'attende le vol. J'ai eu de la chance qu'il y en ait un qui parte aujourd'hui pour la Corée. L'heure de l'embarquement est bientôt arrivée. Je vais patienter le temps que tous les passagers soit assis et j'irais me mettre sur une place libre.

Je n'ai jamais pris l'avion de ma vie. Je ne m'attendais pas à le faire sous cette forme. Tout le monde à l'air d'être installé, je monte donc dans l'appareil avant qu'ils ne ferment la porte. Je repère facilement une place libre. Il ne s'agit pas d'une période de vacances il y a donc peu de voyageurs.

Ma voisine est une vieille dame, le voyage n'a pas encore commencé qu'elle est déjà somnolente, je pense que je n'aurai pas trop de soucis durant le voyage. En tout cas j'espère. J'essaye de résister, d'empêcher mes yeux de se fermer. Je ne veux pas dormir, je veux être sûr d'avoir un certain contrôle sur tout ce qui m'entoure durant le voyage, je ne veux pas me réveiller avec un sursaut parce que j'ai été découverte.

Oui, parce que j'ai peur d'être découverte et de faire peur aux vivant. Je ne sais pas si c'est possible pour les vivants de détecter notre présence mais je me dis que ça a dû arriver à un moment puisqu'il y a des histoires de fantômes. C'est bien qu'à un moment dans l'Histoire quelqu'un de vivant s'est retrouvé confronté à un évènement surnaturel, qui lui a fait déduire que les fantômes existaient, non ?

Peu importe je ne veux pas dormir même si c'est difficile. Par contre la vieille femme à côté de moi s'est endormi dès que le commandant de bord nous a autorisé à détacher les ceintures après le décollage.

Je décide alors de faire un test. Je me tourne vers la vieille femme et je tends une main vers elle. Tout doucement, petit à petit, je me rapproche d'elle. Au moment où je suis sur le point de la toucher je me fige.

Je prends mon courage à deux mains et je comble la distance qui sépare le bout de mon doigt de son épaule. Je ne sens rien. Ma main continue d'avancer sans rien toucher. Je la retire aussitôt et me remets bien droite dans mon siège.

C'est clair maintenant.

Les objets que l'on veut saisir on le peut par contre les humains ne peuvent pas nous toucher et inversement. Quelqu'un pourrait s'assoir sur le siège où je me trouve sans être plus perturbé que la normale.

C'est une bonne chose, parce que maintenant je vais pouvoir me laisser aller et fermer les yeux durant ce long voyage.

En attendant avant de m’autoriser à m’endormir j’ai pas mal de chose à découvrir. Maintenant que j’ai découvert le décollage je suis curieuse du reste de l’avion. Je me lève et pars visiter l’arrière. Je le découvre plus grand que je ne le pensais. En effet à l’arrière il y a encore plusieurs dizaines de rangé de sièges.

Je vais voir à quoi ressemble les toilettes. Ce n’est pas un endroit très intéressant, mais j’en ai tellement entendu parlé par des adultes ou des amies qui critiquaient leur étroitesse et leur inconfort que j’ai envie de voir ça par moi-même. Effectivement ce n’est pas très grand, et puis le fait que ce ne soit pas des toilettes avec de l’eau au fond mais sèche ça me fait bizarre, je n’ai pas l’habitude.

Je ressors et je vais découvrir les quartiers des hôtesses de l’air si je puis dire. Ce n’est pas très grand non plus, elles y ont leurs valises solidement sanglées, et le moindre espace est optimisés, aménagés, compartimentés pour profiter au maximum de la surface offerte sous la carlingue. Je suis impressionné, la personne qui a imaginé tout ça, qui a conçu tout ça devait vraiment être très forte ! Si un jour je la rencontre j’irai peut-être lui demander d’aller faire un tour dans ma chambre pour qu’elle la range, parce que de ce que j’ai pu voir je ne suis pas une personne très organisée.

Et maintenant, avant de retourner profiter du confort de mon fauteuil, je me dirige vers le cockpit. Je suis sûr que ce doit être très impressionnant là-dedans, et je trouve ça vraiment pratique pour le coup d’être un fantôme ainsi je vais pouvoir la visiter en plein vol sans avoir besoin d’autorisations ou d’une visite officielle.

J’entre.

Mes yeux s’ouvrent en grand, il y a un parebrise et on peut voir l’extérieur encore mieux qu’avec les hublots ! Je dois bien avouer que voir le monde de cette façon est quelque chose d’assez chouette. Les pilotes sont tellement sérieux que ça me ferait presque peur et puis le nombre de commandes, de boutons, de manettes, de compteurs, jauges et écrans qui s’étalent devant eux me fait prendre conscience de la complexité de ce métier. J’en ressors abasourdi.

Je retourne m’assoir, satisfaite de ma petite visite. Après tout ce n’est pas donné à tout le monde de voir ce que j’ai vu et surtout dans les mêmes conditions.

Le siège est confortable et dans l’appuie tête du voisin de devant est incrusté un petit écran qui peut nous permettre de voir un film. Mais je ne vais pas pouvoir en profiter. Ce siège n’est attribué à personne et ma voisine est en train de dormir et puis de toute façon je ne pense pas que nous ayons les mêmes goûts en matière de cinéma. Ça pourrait paraitre étrange. Je patiente donc en regardant par le hublot jusqu’à ce que le sommeil me gagne et que mes paupières se ferment.

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