Episode 2

10 minutes de lecture

Un correspondant ? Il n'y a plus rien après, en ai-je déjà trouvé un ? Si oui comment avais-je fais pour communiquer avec lui ? Et puis si j'en avais trouvé un de mon vivant pourquoi n'ai-je pas continué le carnet ?

La question semble toujours en suspens, comme si elle n'était pas résolue.

Après avoir réfléchi quelques secondes, je me dirige vers le bureau et je fouille les tiroirs, je regarde sous les papiers qui jonchent le bureau, jusqu'à trouver ce que je cherche, le téléphone portable. Ce petit objet technologique devrait pouvoir répondre aux questions que je me pose.

Je l'allume.

Code pin.

Mince ! Je ne le connais pas, du moins je ne m'en souviens plus. Je ne sais pas quoi faire, je me doute bien qu'il n’est noté nulle part. Je commence à essayer des combinaisons au hasard, puis les dates d'anniversaire que je trouve dans la chambre mais toujours rien. Tous les trois essais le téléphone se bloque durant une trentaine de minutes me ralentissant dans ma recherche.

A cours d'idée je me replonge dans le carnet et en tournant les pages les unes après les autres je fini par remarquer 6 chiffres. Une date. Mais pas n'importe quelle date. Elle semble avoir une importance toute particulière. Le stylo est repassé plusieurs fois pour grossir les traits. Cela reste discret tout en la mettant en évidence pour qui remarquerait ce détail.

201115

D'après la page il s'agit du concert d'un groupe de Kpop en France. Il n'est mentionné nulle part dans ce carnet que j'y suis allée, il s'agit sûrement d'un évènement qui me tenait particulièrement à cœur mais auquel je n'ai pu assister. Mon intuition me dit que c'est le code.

J'essaye.

Ça fonctionne !

J'arrive sur l'interface du téléphone. Je regarde rapidement les différentes applications que contient se téléphone. Mais je suis rapidement attiré par les échanges SMS. On ne sait jamais, peut-être que ça me permettrait de me souvenir de choses, de moments qui m'aideraient à mieux me connaître à défaut de retrouver toute ma mémoire.

Alors que je suis en train de faire défilé des messages sans que rien ne me vienne, je sens mes yeux se fermer tout seuls. Qu'est-ce qu'il se passe ? Le type désagréable du cimetière ne m'avait-il pas dit que je n'avais plus aucun besoin biologique ? Plus faim, plus soif, plus sommeil etc..? J'ai à peine le temps de me poser ces questions que je me sens partir loin, couchée sur le lit.

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- Docteur comment va-t-elle ? Elle va s'en sortir ?

- ‎L'opération s'est bien passé, maintenant c'est à elle de décider.

- ‎Que voulez-vous dire ? Elle va bien ?

- ‎Madame, ses jours ne sont plus en danger mais son corps a subi un choc très important et son cerveau aussi. Nous avons fait tout ce que nous avons pu, maintenant ça dépend d'elle.

- C'est que... ‎on a déjà perdue une fille alors la seconde...

_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-

J'ouvre les yeux sur le plafond de ma chambre. J'ai dormi. Comment c'est possible ? Je n'en peux plus de me poser toutes ces questions, pourquoi je ne peux pas être simplement morte ? Oui, j'ai la "chance" de reprendre ma vie là où je l'ai laissé. Du moins c'est ce que pense ce gars du cimetière. En quoi est-ce une "chance" ? Je ne me souviens de rien, tout le monde pense que je suis morte, à quoi ça va me servir d'apprendre le coréen dans un monde où je ne peux pas communiquer avec les vivants ? Je suis sensé me trouver un fantôme coréen qui souhaite m'apprendre sa langue dans "l'au-delà" ?

Connerie !

C'est stupide tout ça !

Je veux juste disparaitre et ne pas passer je ne sais combien de temps, si ce n'est pas l'éternité, à tourner en rond à apprendre des langues qui ne me serviront à rien !

Je suis sur le lit, en colère, j'en ai marre de cette situation complètement irréelle. Je vais retourner au cimetière pour retrouver ce gars casse pieds. Il me doit des explications, je suis sûr qu'il s'est moqué de moi. Il doit bien rire que je me sois faite avoir comme ça.

Je retourne au cimetière, mais c'est compliqué, je me trompe deux fois de chemin. J'ai visiblement un mauvais sens de l'orientation. Et puis bien sûr impossible de demander ma route aux passants puisque je suis morte.

Lorsque j'arrive enfin, je le trouve en train de nettoyer un carré de tombes en arrachant les mauvaises herbes.

- Hé toi là ! Je l'interpelle.

- ‎Encore toi ? Dit-il sans même lever la tête.

- ‎Tu t'es bien foutu de moi hein ? Ça t'a bien fait marrer ?

- ‎Mais de quoi tu parles au juste ?

- ‎Ben... D'après toi ? Tu m'as dit qu'on avait plus de besoins biologiques, donc pas besoin de manger, boire, dormir, aller au toilette etc...

- ‎Oui, et ?

- ‎Et cette nuit j'ai dormi !

- ‎Comment ça ? C'est impossible. A moins que...

- ‎A moins que quoi ?

- ‎Non rien laisse tomber.

- ‎Non, dit moi !

- ‎A moins que tu ne sois pas morte, mais c'est impossible puisque tu es enterrée ici, donc tu es forcément morte, donc je ne sais pas.

Lorsque je l’entends dire que je suis enterrée, je me fige. C'est vrai. Depuis hier je n’arrêtais pas de me dire que j'étais morte mais sans prendre vraiment la mesure de ce que ça pouvait signifier. Je suis enterrée. Je suis morte et enterrée. Et pourtant je suis là à parler avec quelqu'un.

- Tiens, d'ailleurs ça me fait penser à quelque chose... Pourquoi est-ce que tu es le seul fantôme que j'ai croisé jusqu'ici ? Je veux dire, si lorsqu'on meurt on reste là à l'état de fantômes, depuis le temps il y a plus de morts que de vivant sur cette planète, alors ils sont où tous les autres ?

Il s'arrête quelques instants sans pour autant me regarder. Après ce qui me semble une éternité, il se tourne vers moi.

- Je ne voulais pas te le dire tout de suite. Mais tu ne me laisse pas le choix. On disparaît. Lorsque les personnes qui nous aimaient nous oublient, on disparaît. Certains fantômes restent sur la planète pendant seulement quelques mois, d'autres pendant des années voire jusqu'à la mort du proche qui les maintenait ici.

Je ne sais pas quoi dire. Après que l'on soit mort on meurt encore lorsqu'on nous oublie. C'est terrible. Mais en même temps pour certain ça doit leur sembler long d’attendre de mourir et de disparaitre pour de bon. Et en même temps c'est triste de vivre ainsi en attendant qu'on nous ait oublié. Rien que d'y penser j'en ai des frissons.

- Euh... Et toi, il te reste qui comme proche ?

- ‎En quoi ça te regarde ? Me répond-il.

- ‎Il ne te reste que ton père c'est ça ?

- ‎En quoi ça te regarde ! Dit-il en s'énervant.

- ‎Oh mais ça va toi ! Tu es obligé de me gueuler dessus comme ça ? Je débarque ici, je ne sais pas qui je suis, je n'ai plus aucun souvenir, j'apprends que je suis morte et il faut que je te tire les vers du nez pour en apprendre qu'un tout petit peu plus sur ma situation ! Tu ne veux pas me parler, je ne sais même pas comment tu t'appelles !

Il me regarde droit dans les yeux sans rien dire. Après lui avoir crié dessus, je suis gênée. Je ne sais pas pourquoi j'ai réagi comme ça, il n’y est pour rien lui, si je suis morte...

- Tu as raison, me dit-il finalement, je m'appelle Thomas.

- ‎Enchantée, je m'appelle Anna. Enfin il me semble...

Il sourit, chose que je ne l'avais jamais vu faire depuis que nous nous sommes rencontrés.

- Tu veux m'aider ? Si tu le fais j'essaierai de répondre à toutes les questions que tu te poses.

_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-

- Dong Jun ! Qu'est-ce que tu fabriques, on attend plus que toi, les fans sont en délire !

- ‎Oui, pardon, j'arrive.

C'est l'heure de monter sur scène. Avec Hae Kuk, Jim Do, Hak Bong et Kwon Hyun, nous formons un groupe de chanteur et danseur, plus connus comme de la K-pop, mais avant ça nous sommes surtout des amis, une famille.

Il est temps d'aller montrer tout nôtres amour à nos fans en faisant la meilleure prestation que nous pouvons.

J'aime cette vie, j'aime vivre de ma passion, j'aime entendre de parfaits inconnus chanter tous en cœur la même chanson. Notre chanson. J'aime sentir cette énergie sur scène, dans la salle, savoir que tout le monde vibre à l'unisson. Vivre de ma passion c'est quelque chose dont je suis fière. Ça me permet de tenir le coup parce que le rythme est effrayant. On a rarement le temps de nous amuser, entre les entrainements de chant, de danse, de chorégraphie, l'écriture et la composition des chansons, les voyages dans différents pays, les tournées, les tournages des MVs ou des pubs de nos sponsors, les rencontres avec les fans, les séances de dédicaces... On n’a pas vraiment de temps pour nous.

Et en plus de tout ça, notre directeur nous a demandé d'apprendre une langue étrangère pour pouvoir communiquer dans leur langue à nos fans. Le nouveau coup de promo de notre agence. Hae Kuk avait choisi l'anglais, Jim Do le japonais, il avait déjà étudié ça un petit peu à l'école du coup il avait trouvé plus simple de choisir le japonais, Hak Bong avait pris le chinois et Kwon Hyun avait choisi l'espagnol. Et moi j'avais pris le dernier, le français. Je n'avais pas eu le choix j'avais pris ce qu'il restait. Je me demandais pourquoi le directeur avait choisi le français, ce n'était pas l'un des pays où nous avions le plus de fans ni celui où nous allions le plus souvent. Mais une rumeur disait qu'il était tombé amoureux de Paris lorsqu'il y était allé plus jeune. Je le soupçonne de vouloir nous rendre plus populaire auprès de la France pour avoir l'occasion d'y aller pour des concerts.

Je monte sur scène avec mes amis, et les hurlements de nos fans redoublent d'intensité alors que c'était déjà suffisamment puissant pour que nous les entendions lorsque nous étions dans les coulisses. La musique démarre et le spectacle commence !

Deux heures et demie plus tard nous quittons définitivement la scène, épuisé mais heureux.

On retourne dans la loge et on s'avachi sur les fauteuils devant les miroirs. Tandis que nos aides nous tamponnent le visage avec des serviettes pour éponger notre transpiration. On dégouline littéralement. Avant de faire ce genre de prestation je ne savais pas que faire un spectacle sous les projecteurs pouvait donner chaud à ce point. Maintenant c'est une habitude, on s'y fait.

On retire nos vêtements de scène et on range nos quelques affaires, puis on va dans le fourgon de notre groupe pour rentrer au dortoir. Cette fois-ci, pour ce concert nous étions à domicile donc pas d'hôtel mais sinon c'est à l'hôtel que nous allons, je trouve ça moins reposant parce que ce n'est pas chez moi. Même si le dortoir ce n'est pas un « chez soi » comme les autres c'est ce que ça représente pour moi, c'est mon petit coin, mon refuge.

Nous sommes arrivés depuis une petite heure maintenant quand le directeur vient nous chercher pour nous inviter à manger dans un resto de poulet, il sait qu'on aime ça. À table il commence par nous féliciter pour le concert, puis il attaque le sujet qui lui tiens à cœur depuis un moment.

- Vous en êtes où de l'apprentissage des langues ? Vous avez départagé comment ?

On lui donne chacun notre tour la langue que nous allons apprendre et ses yeux brillent lorsqu'il entend le mot "français".

- Vous voulez que je demande à des professeurs de venir vous faire cours ou vous vous débrouillez avec vos téléphones ?

- ‎Mais un professeur ça ne serait pas difficile de gérer ça ? Il faudrait lui trouver un moment dans le planning et on en a pas... Du coup on avait pensé chercher un correspondant. Lui répond Hae Kuk, notre leader.

- ‎Non ! Réplique brutalement le directeur.

- ‎Pourquoi ?

- ‎Parce que vous allez faire quoi lorsque votre correspondant saura qui vous êtes ? Le moindre de vos propos sera partagé sur les réseaux sociaux, ça pourrait faire éclater scandale sur scandale, et puis honnêtement, vous parleriez à un fan comme à un correspondant ? Vous savez bien comment il faut être devant un fan et vous vous doutez bien que vous ne pourrez pas adopter la même attitude en discutant avec un correspondant. Ce n'est pas l'objectif. L'objectif avec un correspondant et d'apprendre la langue tout en apprenant à connaître la personne et peut-être devenir ami si affinités il y a. Donc non, je préfère encore vous trouvez du temps pour un prof plutôt que ça.

Je n'étais pas très emballé à l'idée du correspondant, mais les paroles du directeur m'avaient convaincu. Maintenant je voulais un correspondant français.

- ‎Mais justement Directeur ! C'est pile ce qu'il nous faut ! On est ensemble 24h sur 24, on est des amis, une famille et des collègues de travail, mais je pense que ça ne nous ferait pas de mal de trouver un correspondant avec lequel on pourrait devenir ami. Ce serait une autre personne, une personne qui ne nous traitera pas en Idol tout simplement parce qu'elle ne le saura pas, une personne extérieure qui sera sincères avec nous et avec qui on pourra être 100% sincères mis à part le fait que nous lui cacherons que nous sommes des Idols. C'est une très bonne idée je trouve. Dis-je rapidement, en intervenant dans la conversation.

- ‎Dong Jun, tu penses vraiment que c'est une bonne relation qui découlera de ton mensonge ?

- ‎Ce ne sera pas un mensonge, je me montrerais tel que je suis, le correspondant ne connaîtra pas mon métier c'est tout. Et je ne suis pas obligé de modifier mon prénom, je peux lui dire de juste m'appeler Jun. Comment voulez-vous qu'il fasse le lien ?

Les autres me jettent un regard enthousiaste avant de continuer à argumenter dans mon sens pour faire plier le directeur. Ce qu'il fit avant la fin du repas. Je devais donc me trouver un correspondant ou une correspondante du moment que cette personne était d'accord pour m'apprendre le français. De mon côté je ferais de mon mieux pour lui apprendre le coréen. Parce que c'est ça le principe de "correspondant".

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