Séparation /1

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Sans s'occuper du sang qui dégoulinait de son crâne, Zephyr s'approcha à quatre pattes du corps immobile de son mentor.

- Amilcar !

Le cri perçant de Kanoo le fit se retourner. A moitié cachée derrière un arbre, elle pointait du doigt le canal. Zephyr changea de position, et aperçut un nouveau zagarite qui traversait d'un pas sûr l'eau boueuse, immergé jusqu'à la poitrine, la hache tenue à deux mains au-dessus de sa tête.

Il fallait agir vite. Mais pas question de fuir, et d'abandonner Talixan à ce monstre. Pas de potion qui soit d'une grande aide non plus. Il avisa la hache, qui gisait près du corps du vieil homme, et s'en saisit. Elle était si lourde à soulever qu'il comprit aussitôt qu'il ne pourrait l'abattre qu'une seule fois. Quelles étaient ses chances face à de telles brutes ? Il fallait mettre tous les atouts de son côté, et rejoindre la berge avant que le guerrier n'y monte. Et mobiliser toutes ses forces. Il commença à lever un petit vent tournant autour de lui, qui souleva modestement quelques feuilles. S'étant relevé péniblement, il avançait presque à tâtons, sans pouvoir juger d'où il posait les pieds. Son seul oeil valide fixé sur la masse de cuir qui traversait le canal, surmontée d'une lame étincelante.

Il se posta sur la berge alors que le guerrier n'en n'était plus qu'à deux pas. Une pierre frôla son épaule, puis la tête du zagarite. Devant son arbre, Kanoo cherchait déjà un nouveau projectile. Zephyr vit le zagarite marquer un temps d'arrêt, lâcher sa hache d'une main, et bouger sa tête en tous sens. Il distingua alors sa luciole, qui tournait autour du gros guerrier, joufflu et moustachu.

- Attention, luciole ! fit Zephyr.

Elle s'écarta juste à temps pour éviter de se faire écraser par une main digne d'un bûcheron. L'homme fit un nouveau pas en avant. C'est le moment qu'attendait Zephyr. Le tourbillon léger devint un véritable souffle, concentrant les feuillages qui s'envolaient au-dessus de la tête de l'homme à la hache, qui ouvrit grand les yeux et la bouche d'étonnement. Une pierre l'atteignit entre les deux yeux d'un coup sec. Zephyr, le coeur serré, leva sa hache aussi haut qu'il le put, et la laissa retomber de tout son poids sur le crâne du soldat. Un craquement retentit, la hache rebondit légèrement, puis suivit le guerrier qui s'enfonçait à pic dans l'eau sale.

Zephyr tomba sur les genoux. Il resta figé ainsi, attendant que Kanoo lui signale un nouveau danger. Mais aucun cri ne lui parvint. Lorsqu'il rouvrit l'oeil, elle se tenait à son côté, une poignée de feuilles à la main, prête à lui essuyer le visage. Il se laissa faire, encore assommé par la violence de ce qu'il venait de vivre. Puis il se souvint de Talixan. Respirait-il encore ? Il faillit renverser Kanoo en se levant, et rejoignit le corps du vieux chasseur en quelques foulées.

Il le retourna, l'examina : rien à faire, l'homme était mort. Une trace de morsure à sa cheville confirma les craintes de Zephyr : Talixan avait été vaincu par le poison léthal et quasi instantanné d'un rat des ruisseaux, engeance contre laquelle il les avait mis en garde à plusieurs reprises. Par malheur, il en avait lui-même été victime en essayant de sauver leurs vies.

Il s'assit, puis tomba allongé près du corps inanimé, en larmes. Son dernier soutien dans la vie s'était évanoui. Son dernier rempart contre la violence. Sa dernière motivation à poursuivre une quête perdue d'avance. Ses larmes coulaient en silence, laissant tout l'espace au clapotis du canal, au pépiement des oiseaux, au vent dans les feuilles. Continuez sans moi, pensait-il, je n'ai plus ma place ici, vous m'avez tout enlevé.

- Zephyr, murmurait Bise.

- Amilcar, murmurait Kanoo d'une voix incertaine, penchée sur lui.

- Je... pas... Amil... rétorqua-t-il, avant de sombrer dans les limbes.

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Plus tard dans la soirée, la pluie torrentielle cessa et le ciel se dégagea. Seuls les éclairs au loin perçaient le calme sur la vallée de la mort. t. Moi, je quittai les lieux avec un certain soulagement. Cependant, quelque chose me préoccupait et je savais qu’à la longue, elle pouvait jouer en ma défaveur lors de prochain combat. Mais où es-tu Adragor ?
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« Ce soir tu avais été présent, les choses ... ben, j'hésitai à dire ce que je pensais vraiment et me rétractai ... elles auraient terminé de la même façon. »
« N’oublie pas que tes émotions transparaissent dans tes yeux, alors quoi, ne m’épargne pas, je suis assez grand pour accepter tes remontrances »
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