Les fossés

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Tandis que le ptéromoran s'élevait dans les airs, Zephyr redoubla de vitesse. Tout en courant, il se demandait s'il avait la moindre arme à son secours face à un tel monstre. Il y avait bien les potions données par Gralmee, qu'il portait à la ceinture... Peut-être la poudre somnifère ? Mais pour cela, il aurait fallu que le ptéromoran soit tout proche, et que l'air soit plus humide. Et qu'il ait le temps...

Zephyr poursuivait sa course derrière Talixan. Il vit au loin le chasseur descendre Stepo de ses épaules... Et disparaître ! Il aurait aimé en faire autant, mais il commençait à s'essouffler et dut freiner l'allure, malgré sa peur de l'oiseau gigantesque. Dans le ciel, le ptéromoran l'avait repéré et amorça un virage en sa direction. Zephyr marchait à grand pas mais n'en pouvait plus, le souffle court, il se sentait lourd, ses jambes s'accrochaient aux herbes et le ralentissaient. En quelques terribles battements d'ailes, le monstre se retrouva au-dessus de Zephyr, qui voyait désormais l'ombre plonger sur lui. Au dernier moment, le coeur serré, il plongea à terre et s'aplatit de tout son long dans l'herbe. Il sentit les griffes de l'oiseau froler sa tête.

"Ces oiseaux ne valent rien à terre, ils sont fait pour voler - c'est notre chance" s'exclama Bise. L'oiseau allait donc probablement continuer à tourner autour de Zephyr jusqu'à ce qu'il parvienne à le saisir entre ses griffes ou ses dents acérées.

Le jeune homme se releva, paniqué, et repris sa course vers l'endroit où Talixan avait disparu. Le ptéromoran effectuait un nouveau virage tout en descendant au plus près du sol. Une flèche sortit de terre et alla le frapper au poitrail, mais elle rebondit sur son épais cuir comme un simple jouet d'enfant. Le ptéromoran fut tout de même détourné de son but par la surprise, et reprit un peu de hauteur au lieu de plonger.

"Talixan gagne du temps pour nous ! Dépèche-toi !"

Zephyr donnait toutes ses forces, mais ne pouvait faire que des petits pas saccadés, les mains sur les genoux, tant il avait le souffle coupé par sa course.

Il vit l'ombre du ptéromoran s'approcher et grandir. Devant lui apparut un fossé creusé dans le champ, tout en longueur, et juste assez grand pour l'accueillir. Il rassembla ses dernières forces pour le rejoindre et s'y laisser tomber, avec la vague impression qu'il entrait dans sa tombe. Il roula dans le trou jusqu'à ce que son visage atterrisse sur la terre molle, au milieu d'un nuage de poussière. Le ptéromoran le survola, le plongeant soudain dans l'obscurité, mais ne parvint pas à se saisir de lui, et partit prendre de la hauteur une nouvelle fois.

"Zephyr ! Viens ! Il y a d'autres fossés comme celui-ci encore plus loin ! On va s'en servir pour fuir à l'abri !" criait Talixan. Zephyr le vit bondir hors du trou, Stepo dans les bras, prendre de l'allure, et disparaître à nouveau comme un lapin sautant de terrier en terrier.

Il se rassit péniblement pour éviter la poussière terreuse et respirer enfin à grandes goulées, au bord de l'asphyxie. Il n'était pas prêt pour reprendre la course ; ses jambes ne tiendraient pas, il avait fait un effort trop brusque en montant le coteau à fond de train, avec toutes ses affaires. Il lui fallait le temps de se remettre.

Le ptéromoran tournait encore dans le ciel, déployant ses grandes ailes, étirant son long cou, et ouvrit sa gueule remplie de crocs pointus comme un instrument de torture. Zephyr n'avait plus le choix. S'il restait allongé il se ferait attraper comme un vulgaire sac. Il se releva, et les yeux fixés sur la bête, admira son cuir luisant et ses longues ailes arquées, tandis qu'elle fonçait droit sur lui.

Il plongea dans le fossé, au dernier moment, du côté qui l'éloignait le plus de la trajectoire du monstre. Celui-ci poursuivit sa course tout droit. Il était trop tard pour attraper sa proie. Emporté par son élan, il griffa le sol de ses serres, manquant de s'affaler au sol, avant de reprendre son envol.

L'animal était magnifique, mais ce n'était plus le moment de l'admirer. Zephyr prit son courage à deux mains, empoigna une grosse touffe d'herbe qu'il tira pour se redresser, et enjamba aussitôt le rebord du fossé. A nouveau debout, il reprit sa course tant bien que mal, maîtrisant peu ses pas, dans la direction où Talixan avait disparu. Il arriva rapidement à un nouveau fossé, mais avant de s'y jeter, aperçut Talixan plus loin qui lui faisait signe.

"Ici ! Rejoins-nous !"

Stepo n'était pas visible. Sans doute le chasseur l'avait-il déposé dans une nouvelle tranchée, et il en profitait pour se saisir de son arc et le bander.

Zephyr fit une grande enjambée pour passer au-dessus du fossé qui se présentait, et reprit sa course au petit trot vers le vieil homme. Il entendait à nouveau le bruit de drapeaux au vent dans son dos, mais ne vit l'ombre plonger sur lui qu'au dernier moment.

Un peu tard, Talixan poussa un cri pour l'avertir du danger. Zephyr se laissa tomber au sol une nouvelle fois, mais avant d'atteindre l'herbe, se sentit soulevé violemment.

L'oiseau le tenait dans ses serres. Une griffe énorme s'enfonçait dans son dos.

Une flèche atterrit près d'un oeil du ptéromoran. L'oiseau secoua son long cou de façon désordonnée pour s'en débarrasser. Son vol fit une embardée, et il lâcha Zephyr, qui sentit l'air se dérober sous lui. Le garçon retomba à quatre pattes, la bouche hurlant silencieusement car il ressentait tout à coup la douleur de son dos lacéré par l'animal.

Talixan le rejoignit en quelques bonds, et l'aida à se relever.

"Viens, les fossés plus loin sont remplis d'eau et bordés de grandes herbes. Nous pourrons plus facilement nous cacher."

C'était faire peu de cas de la blessure de Zephyr, qui peinait maintenant à se tenir debout. La blessure lui arrachait des larmes tandis qu'il serrait les dents.

A moitié porté par son compagnon, Zephyr atteignit le fossé suivant, qui était effectivement rempli d'eau. En le suivant des yeux, il vit se dessiner une longue suite d'herbes hautes qui en rejoignait d'autres, et ainsi de suite, si bien qu'un véritable labyrinthe de canaux semblait se dessiner devant lui.

"De l'eau ! De l'humidité"

Bise n'eut pas besoin d'en dire plus. Zephyr se laissa tomber sur les genoux, souleva sa chemise et se saisit d'une des potions de Gralmee.

Comprenant ce qu'il se passait, Talixan s'allongea auprès de lui en préparant une nouvelle flèche.

L'humidité surplombant le canal sembla se concentrer autour d'eux, et, à peine le couvercle ôté, Zephyr jeta le contenu de sa fiole dans le nuage de brume froide qui se formait devant lui.

Le ptéromoran plongeait droit vers eux, plus furieux que jamais. Au loin, derrière, deux zagarites apparurent, courant comme ils pouvaient avec leurs grands vêtements, l'épée au poing. L'oiseau arrivait à pleine vitesse, et croisa le petit nuage de brume que Zephyr envoyait à sa rencontre. Il poursuivit droit sur les deux compagnons, qui roulèrent au sol pour l'éviter. Zephyr sentit encore ses griffes le froler, mais l'oiseau continua tout droit, ébaucha un mouvement d'ailes, et se laissa tomber à terre.

La poudre soporifique avait fait effet.

"Nous n'avons pas le temps de nous en occuper, il faut fuir au plus vite" pressa Talixan, en montrant les zagarites qui accouraient.

Il aida Zephyr à plonger à moitié dans le petit canal, dont l'eau leur montait jusqu'en haut des cuisses, et ils se mirent à marcher en pataugeant, le buste plié pour que les hautes herbes les masquent. D'une grande touffe surgit Stepo, qui reprit sa place sur les épaules du vieux chasseur. Zephyr ne retenait plus ses râles de souffrance, essayant juste de ne pas crier au point de se faire entendre de leurs poursuivants.

Il courut ainsi dans l'eau boueuse derrière ses amis, jusqu'à atteindre un croisement de canaux. Il se laissa encore une fois guider par Talixan, et perdit rapidement toute idée de leur direction générale. A chaque croisement, l'homme prenait plaisir à changer d'orientation. On n'entendait plus aucun bruit de poursuite, mais ils continuèrent néanmoins à progresser aussi vite que possible, seulement accompagnés des clapotis de leurs pas dans l'eau et du bruissement du vent dans les herbes.

A chaque pas, Zephyr avait la sensation que son dos se déchirait. Dans l'impossibilité de soulager sa douleur, d'un moment à l'autre il poussait des râles accompagnés de larmes, ou serrait les dents, la sueur au front. Il songeait à laisser ses compagnons partir de leur côté, faute de pouvoir les suivre, lorsqu'ils arrivèrent à un canal visiblement mieux entretenu que les précédents. L'eau était propre et, un peu en avant, les herbes sauvages avaient été coupées. Ils s'arrêtèrent, et le silence qui s'établit leur permit de capter des voix.

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