Meutes

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Zephyr se réveilla tout courbé des efforts de la veille. Dormir sur des bouts de bois n'avait pas contribué à sa bonne forme non plus. Dehors, encore une fois, Talixan était frais et dispo. Il avait préparé quelques pierres pour un feu, et profita du réveil de son compagnon pour récupérer les branches sèches, à l'intérieur de l'abri, afin de les mettre à brûler. Le temps était toujours frais, mais le ciel dégagé laissait augurer d'une belle journée. Encore transi de sa nuit, Zephyr se cala près du feu. Il avait les jambes lourdes. Sa tête ne devait pas être belle à voir non plus, s'il en jugeait par le regard désolé de Talixan. Celui-ci se reprit quand même avec un sourire, et obligea Zephyr à se lever pour faire quelques mouvements d'échauffement. Ils s'appliquèrent à dérouiller leurs muscles fatigués, puis firent griller un peu de viande, déjà cuite, pour le simple plaisir de manger quelque chose de chaud.

Zephyr regarda autour de lui : la nature avait subi la violence de la pluie, les herbes s'étaient couchées, les branches ployaient encore sous les gouttes d'eau accumulées. Celles-ci étincelaient à la lumière de l'aube, jusqu'à faire mal aux yeux. Les oiseaux, conquérants, reprenaient possession des bosquets et des arbres, aspergeant de restes de pluie les branches au-dessous d'eux chaque fois qu'ils sautillaient, lançant toutes sortes de couplets comme si une compétition avait cours. A ses pieds, la fumée du petit feu hésitait, dans l'air encore humide, sur la voie à prendre, et se fondait rapidement dans l'éther, à hauteur d'homme. Quant à ses sandales lacées haut, par-dessus le pantalon, elles étaient trempées de rosée, et maculées de terre humide. En une journée, il était passé d'une terre sèche et dure à cette parade de verdure éclatante.


Après avoir réuni leurs affaires, les deux hommes retrouvèrent la route qu'ils avaient quittée au moment de l'orage, et prirent la direction suivie par les zagarites. Ils ne cherchèrent pas spécialement à se presser, sachant que de toute façon les guerriers avanceraient à bonne allure et pourraient difficilement être rattrapés. Talixan marchait devant, toujours attentif au moindre indice que la route ou les bas-côtés pourraient lui présenter, mais gardant aussi un oeil sur Zephyr, afin de ne pas imposer une cadence de marche que le garçon ne pourrait suivre.

Ils marchèrent ainsi jusqu'au midi, et le jeune homme, sentant que le chasseur ne lui mettait pas trop de pression, se permit même de cueillir quelques fleurs au bord du chemin, en se récitant les pages de botanique qu'il avait apprises à leur sujet, et grapilla des mûres pour le repas à venir.

Cependant, avant même cette pause, Talixan s'arrêta un moment, le temps que Zephyr remonte à sa hauteur.

"Vois-tu ces traces qui s'enfoncent dans les flaques de boue ? Nous retrouvons notre chariot, les chevaux et les hommes qui l'accompagnent. Ils sont passés ici ce matin, nous n'avons pas tant de retard que ça. A en juger par l'espacement des traces de pas, ils ne forçaient pas l'allure, eux non plus."

Zephyr sourit. Les mauvaises nouvelles de la veille l'avaient travaillé une bonne partie de la matinée, mais ses réflexions l'avaient conduit à considérer que plus que jamais, son devoir était de ramener les symboles à Sil. Plus son retour serait rapide, plus vite il mettrait fin aux conflits qui partageaient les gens influents de la ville. Cette conviction l'avait renforcé dans sa détermination à poursuivre les zagarites. Il ignorait selon quel plan procéder, mais comme Talixan l'avait signalé, ils avaient à eux deux plus d'un atout dans leur manche.

C'était cependant au tour de Talixan de prendre soudain un ton soucieux.

"Il y a quelque chose d'étrange, à mon avis, qui devrait nous pousser à nous méfier."

Zephyr leva un sourcil.

"Vois-tu, nous approchons d'un petit village, Veliza, connu pour sa tour de guet. Nous verrons sans doute bientôt quelques fermes, qui seront de plus en plus fréquentes à mesure que nous progresserons. Ce petit chemin, à droite, par exemple, mène sûrement à l'une d'elles. Sur ce genre de route, le matin, on rencontre souvent des bergers et leur troupeau. On rencontre les fermiers, qui vont échanger des produits avec leurs voisins. On rencontre des gamins, qui vont retrouver leurs amis des fermes voisines.

Mais aujourd'hui, rien. Et je ne te parle pas que de maintenant, mais de toute la matinée. Depuis l'orage, personne n'a laissé de traces sur cette route couverte de boue, à part ceux que nous pourchassons."

Le vieil homme semblait contrarié, mais, n'ayant pas d'explication plausible à proposer, Zephyr l'invita à reprendre la marche.


Plus tard, ils mangèrent, assis sur une souche pas encore complètement sèche, derrière un talus qui les cachait de la route. Placés là, ils auraient entendu si quelqu'un passait. Cependant il n'y avait toujours personne, que ce soit sur la route ou dans les champs. Les oiseaux, qui piaillaient, roucoulaient ou stridulaient en retrouvant leurs habitudes d'avant l'orage, les insectes qui tournoyaient sans relâche sous les rayons fermes du midi, les petits mammifères qui se faufilaient en bruissant sous les ronces ou les herbes folles, tous animaient le paysage fait d'arbres épars, plutôt jeunes, disséminés au milieu des buissons.


Une fois restaurés, ils reprirent la route, suivant toujours les traces très nettes du chariot et des chevaux dans la boue qui commençait à sécher.

Zephyr admirait la flore des alentours, et les nombreuses variétés d'oiseaux qui se traversaient le ciel à tout instant, lorsqu'un gros bruit se fit entendre sur leur gauche. Zephyr et Talixan s'arrêtèrent net, aux aguets. Une grosse bête déboulait dans les fourrés, traversant les bosquets à toute allure, droit dans la direction d'où venaient les deux hommes.

Talixan fit signe à Zephyr de rester immobile, et partit d'un coup, d'une course souple et silencieuse, à la poursuite de l'animal. Lancé à son tour à toute allure, avec un art inégalable pour se mouvoir en évitant les branches et les buissons, il commença à remonter la distance qui le séparait de l'animal.

Celui-ci l'entendit venir alors qu'il n'était plus qu'à quelques mètres en arrière, et se mit à hurler :

"PAPAAAAAAA!"

Zephyr décida de s'approcher à son tour au plus vite, car de toute évidence, Talixan était en train de rattraper et d'arrêter un petit garçon affolé.

L'enfant semblait hystérique, et Talixan dut lui maintenir les deux bras pour qu'il reste en place.

Il continuait à brailler "PAPAAAA!" à s'époumoner, sur un ton effrayé, entrecoupé de hoquets de peur.


Talixan tentait de le rassurer, Zephyr l'entendait murmurer :

"Du calme, mon garçon, du calme, ton papa n'est pas loin et nous allons le retrouver."

Mais le garçon, les yeux exorbités, continuait à crier d'une voix stridente.

Il devait avoir 5 ans environ, vêtu d'un simple pantalon de toile. Mais bien nourri, et même d'allure plutôt soignée malgré ses pieds nus, pensa Zephyr.

"Mon garçon, mon garçon, il faut que tu arrêtes de pleurer pour que nous puissions t'aider" poursuivit Talixan.

Il prit l'enfant contre lui, et ce dernier serra les dents et versa de gros flots de larmes, avant de finir par se calmer.

"Me fais-tu confiance, jeune homme, pour que je te ramène chez toi ?" risqua Talixan.

"Noooooon !" reprit le môme, avec un hoquet. "Nooon, pas la maison ! Pas les chiens !"

"Pas les chiens ?"

Le garçon fit encore "Non" de la tête.

"Hmmmm. C'est quoi cette histoire de chiens ? Un chien t'a fait du mal ?" le vieil homme cherchait du coin de l'oeil une éventuelle blessure sur le corps tout menu, mais n'en trouva pas.

"Les chiens. Ils attaquent." murmura l'enfant, tout en gardant les lêvres serrées.

"Les chiens ? Beaucoup de chiens ? Très méchants ? Ils attaquent les gens ?"

Cette fois l'enfant fit distinctement "Oui" de la tête.


Zephyr et Talixan échangèrent un regard.

"Les meutes ! Ici !" lança ce dernier. "La dernière fois que j'en ai entendu parler, c'était il y a deux mois, et ça ne concernait que l'autre rive du Jorrou, de l'autre côté de Derpa-La-Rouge."

"Tu veux parler des meutes de chiens ? Celles qui attaquent les voyageurs et les fermes isolées, qui tuent et qui pillent sans jamais se fixer nulle part ? J'en ai vaguement entendu parler... Mais pour moi cela tenait de la légende...."

"Pas une légende, non. C'est un phénomène qui est né dans les Collines Fantasques, comme beaucoup trop de choses nuisibles dans ce Royaume. Quelques hommes, qui dirigent une énorme meute de chiens enragés, les mènent au combat contre tout ce qui se présente. Ils massacrent tout sur leur passage, puis leurs maîtres les sifflent, et ils laissent le champ libre au pillage. C'est le mode de vie de ces dresseurs de chiens de guerre : toujours sur la route, ils tuent, puis se servent. Mais pas pour s'enrichir : ils n'ont rien à eux. Ils ne gardent rien. Rien d'autre que ces chiens haineux, qui s'attaquent à tout sans jamais ressentir de peur. De ce que j'ai entendu dire, il y en a plusieurs, de ces meutes, qui sillonnent la région en suivant leurs maîtres. Mais je suis persuadé qu'il y a peu, elles restaient encore près des collines, de l'autre côté du fleuve.

Ils ont dû acquérir une grande confiance pour se risquer maintenant de côté ci du fleuve, et aussi près d'un village comme Veliza. Sans compter Derpa-La-Rouge, à juste une journée de marche. Il semble qu'il n'y ait vraiment plus personne pour défendre le Royaume par les temps qui courent."

A ces mots Zephyr sentit le rouge lui monter aux oreilles. Il aurait donc jusqu'à sa mort à faire face à cette critique sur son pouvoir ridicule, et la ruine que cela avait jeté sur son Royaume. Sécheresse, pillages des zagarites, attaques des meutes de chiens, la liste des méfaits qu'on pourrait lui reprocher allait-elle s'allonger encore longtemps ?

"Où as-tu vu les chiens ?" demanda Talixan.

Mais le garçon ne répondit que par un "MAMAAAAN !" déchirant. Le vieil homme se leva, avec collé contre lui le petit garçon qui s'accrochait à son cou, arrosant de larmes la barbe blanche.

Alourdi par sa charge, l'homme fit cependant quelques pas en direction des fourrés d'où avait surgi le garçon. Il aurait voulu avoir une vue plus dégagée sur les environs, afin de juger d'un éventuel danger.

"Voilà qui explique pourquoi les habitants se terrent chez eux, ou peut-être se sont réfugiés au village." émit Talixan. "Hmm qu'est-ce que c'est, là-bas ?"

Il fit encore quelques pas, puis s'immobilisa un temps, aux aguets. Il fixait un point qui restait caché par un bosquet aux yeux de Zephyr.

Il reprit sa marche, en faisant signe de le suivre. Comme il avançait difficilement, Zephyr le rejoignit assez vite. Ils arrivèrent ainsi tous les trois, l'enfant attaché au cou du vieil homme, en vue d'une scène de carnage.

Ils virent d'abord un habit bleu, allongé dans l'herbe, et quelques grosses masses alentours, allongées de même. Une repoussante odeur de charogne émanait de l'ensemble, mais ils poursuivirent leur progression.

Le cadavre d'un homme, ou plutôt ce qu'il en restait, gisait, déchiqueté en de multiples morceaux, entrailles ouvertes et éparpillées, luisantes au milieu de la scène. Des vêtements surgissaient des blocs de chair aux os brisés.

Les masses qui l'entouraient étaient des chevaux. Zephyr en compta cinq, incroyablement mutilés, la peau par endroits ouverte, déchirée par des dents aiguisées, l'intérieur fouraillé et répandu au hasard. On voyait encore le regard fou des chevaux dévorés vivants. Dans un coin, au pied d'un arbre, deux très grands sacs. Les hommes s'en approchèrent. L'un avait contenu des victuailles. Il avait été pillé sur place, au moins en partie - on notait toutes sortes de restes de nourriture. L'autre avait été déchiré, mais son contenu, des vêtements répandus à même la terre, n'avait pas retenu l'attention des agresseurs.


Talixan souleva les lourds tissus. Au total, cinq grandes pèlerines gisaient dans l'herbe.

Comme l'enfant sur son ventre s'agitait en geignant que l'odeur était horrible, Talixan s'écarta de la scène, tout en demandant à Zephyr d'aller fouiller les poches du cadavre.

Zephyr n'osa pas refuser de se coller à la tâche, mais n'en menait pas large. Lui-même était écoeuré par la vue des membres mordus, saignés et dispersés, et les entrailles qu'il lui fallait éviter en s'approchant du tronc de l'individu.

Inconsciemment, il chercha à croiser le regard du mort. Mais le visage était lui-même tellement déformé par l'assaut des chiens qu'on ne pouvait plus en tirer le moindre signe de sentiment, terreur ou autre.

Pendant que Talixan montait le guet, Zephyr se mit à la recherche des poches du lourd manteau bleu que l'homme avait porté. Du bout des doigts, il soulevait les bras décharnés, retournait le cadavre, redoutant de voir des blocs de chair lui tomber sur les pieds. Il finit par trouver les poches, et en retira quelques menus objets du quotidien, ainsi qu'un bout de parchemin.

Il le leva pour voir plus clairement ce qui y était inscrit, mais les signes ne lui parlaient pas. Il l'agita pour le montrer à son compagnon, et sortit à son tour de la scène macabre.

Lorsqu'il soumit le parchemin à Talixan, celui-ci ouvrit de grands yeux.

"Du zagarite ! Je reconnais ces caractères, je les ai vus sur des poteries qu'un marchand avait récupéré auprès de soldats zagarites !"

Il détailla encore la feuille avec attention.

"Je suis bien incapable de dire ce que signifient tous ces signes. Mais regarde, là en bas. Ce sont nos caractères. "Port-Au-Mât". C'est le nom d'un petit port sur la côte. Un endroit idéal pour embarquer discrètement."

Zephyr n'en croyait pas ses oreilles.

"Tu penses que cet homme attendait le chariot des zagarites ? Pour les conduire à ce port ? Et nous aurions eu la chance de tomber sur lui les premiers ?" Puis il se reprit, avec un air désolé : "Enfin... Les seconds."


Dégoûtés par la violence de la scène, ils s'éloignèrent suffisamment pour ne plus avoir les cadavres sous les yeux.

Ils réfléchissaient tous les deux à ce que signifiait leur trouvaille, et les conséquences qu'elle aurait sur la poursuite des assassins, lorsqu'au loin retentirent des bruits semblables à des coups d'enclume.

S'engouffrant dans l'immense champ qui leur faisait face, un groupe de cavaliers approchait à toute vitesse. Les bruits lointains, derrière eux, ressemblèrent de plus en plus à des jappements enragés, et très nombreux.

Un chariot apparut derrière les cavaliers en pleine débandade.

Talixan poussa une exclamation :

"Les chiens ! Les zagarites !"

Il tourna en tous sens, avant d'arrêter ses yeux sur l'arbre au pied duquel gisait le cadavre vêtu de bleu.

Zephyr suivit son regard. De tous les jeunes arbres qui les entouraient, c'était le seul à pouvoir supporter le poids d'un homme. D'un homme, et pas de deux.

Tandis que Talixan s'y précipitait, Zephyr sortit son couteau et commença à reculer, lentement, tout en surveillant la scène incroyable qui se déroulait devant lui.

Une meute s'étalait sur tout le côté opposé du champ, lancée de toute sa puissance à la poursuite du chariot. Ce dernier n'en avait pas pour longtemps avant d'être rattrapé. Les deux zagarites à cheval, qu'on devinait être deux farouches guerriers, s'étaient arrêtés au milieu du champ, sans doute parce qu'un ordre leur avait été crié depuis le chariot. Ils avaient dégainé des épées courbes, qu'ils levaient devant eux, au bout de bras musculeux et tatoués de motifs rouges et noirs.

Les chiens s'approchaient, sautant avec rage au-dessus des mottes de terre et des buissons de ronce pour mieux fondre sur leur proie.

Trois silhouettes se distingaient sur le chariot. Deux en sautèrent, tandis que la troisième, assise à l'avant, maîtrisait le cheval de trait et stoppait la course du véhicule.

Les cavaliers piquèrent une pointe pour les rejoindre, si bien qu'au total quatre des guerriers se tenaient maintenant l'arme poing. Mais le dernier, un gaillard particulièrement grand et maigre, faisait bizarrement le tour du chariot. Il progressait lentement, et semblait racler le sol de sa sandale.

Il fit ainsi un tour complet.

Zephyr jeta un oeil derrière lui. Talixan avait réussi à grimper dans l'arbre, en dépit du garçon qui battait follement des pieds et pleurait de terreur tout s'accrochant à son cou.

Les premiers chiens arrivèrent à hauteur du chariot alors que le plus grand des guerriers entamait un deuxième tour. Zephyr concentra son regard sur l'étrange manège de cet homme, qui refusait de sortir ses armes alors que les chiens s'apprétaient à lui sauter dessus. Déjà, quelques chiens bondissaient sur les guerriers armés, qui protégeaient implicitement le dernier. C'étaient des blocs de muscles d'une extrême puissance, avec des gueules faites pour saisir et broyer les matériaux les plus solides. Cependant les plus enragés, qui se précipitèrent directement sur les hommes, subirent de violentes embrochades qui mirent fin à leurs aboiements. Mais de nombreuses autres bêtes prirent position en hurlant leurs aboiements, l'écume giclant de la gueule, et attendirent le reste de la meute. Bientôt se formerait une masse critique que les guerriers ne pourraient pas repousser.


Zephyr, qui observait attentivement la scène, comprit tout à coup la manoeuvre du grand guerrier. Et comprit que ce n'était pas un guerrier. Cette personne était en train de mettre en place un sort de protection ! La bouche ouverte de stupéfaction, il vit le personnage répandre une poudre autour du chariot tout en poussant une incantation.

Depuis quand les zagarites maîtrisent-ils les sorts de protection ? Est-il possible qu'ils aient leurs propres sorcières, et qu'il en ait une sous les yeux ?


Le chariot et les deux chevaux qui s'y accolaient étaient maintenant entièrement cernés par les innombrables chiens. Les guerriers donnaient de l'épée, estafilant un chien, éjectant parfois une tête aux crocs étincelants au-dessus du lot. L'un d'eux cependant, après avoir porté un coup, ne put parer l'attaque d'un molosse qui se jetait dans son dos. Sous le poids, il tomba à genoux, mains en avant. C'était le signal qu'il ne fallait pas donner aux chiens les plus proches, qui se précipitèrent, l'un à sa tête, l'autre à sa gorge, un troisième à son bras gauche. L'homme croula sous les assauts des morsures aux crocs acérés. Ses compagnons eurent beau planter leurs épées dans les animaux les plus enragés, l'homme, traîné au sein de la meute, finit en bouillie, déchiqueté par les chiens, sans même avoir le temps de crier ou d'appeler à l'aide.

Cependant, autour du chariot, les chiens qui se préparaient à bondir sur les zagarites semblaient systématiquement retenus au-dehors du cercle tracé par le personnage mystérieux. A peine s'élançaient-ils, qu'ils retombaient piteusement quelques centimètres devant eux, déconfits et déboussolés, avant de se remettre à aboyer rageusement. Seuls ceux qui avaient attiré à eux le cadavre du guerrier avaient de quoi donner libre cours à leur rage.

Zephyr se remit à marcher à reculon vers l'arbre de l'homme bleu, plié en deux pour ne pas se faire remarquer, car il vit apparaître, à la suite de la meute, des silhouettes d'hommes qui s'avançaient lentement. C'était la première fois que Zephyr voyait ces hommes aux longs cheveux, vêtus de longues tuniques, dont les bras étaient enrobés de multiples couches de tissus et de cuir. Les habitants des Collines Fantasques.

Ou plutôt, maintenant, les pilleurs nomades issus des Collines Fantasques, tant ils se trouvaient loin de leur région d'origine.


Il eut le réflexe de tourner le vent de façon à ce qu'il lui apporte l'odeur des chiens, et non l'inverse. Mais ces derniers étaient occupés à brailler en direction du chariot, et à bondir sur place d'excitation et d'énervement, face à la provocation que représentait le chariot intouchable. Ceux qui s'étaient acharnés sur le guerrier zagarite malencontreusement tombé entre leurs griffes, se retournaient à nouveau vers les proies bien vivantes qui s'agitaient sous leur nez. Leurs maîtres se tenaient juste derrière le grand cercle de chiens, évaluant placidement leur prise, et l'intérêt qu'ils auraient à faire durer cette sorte de siège. On les sentait perplexes de tomber sur ce type de défense, qui ne leur était pas familier, mais tout de même sereins, sûrs que rien ne pourrait leur arriver au côté de leur meute.

Ils devisèrent tranquillement, pendant que les zagarites prodiguaient des estafilades aux chiens trop empressés au bord du cercle. L'un d'eux finit par hausser les épaules de façon très démonstrative, en jetant la tête en arrière. Dans la suite du mouvement, son regard parcourut les alentours, et s'arrêta sur Zephyr.


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