Nuit d'orage

9 minutes de lecture

Stupéfait par le récit de Jen, Zephyr se posait mille questions. Mais le fermier ne pouvait rien lui dire de plus, et Talixan finit par le tirer par la manche pour le décider à partir.

Au désespoir de Zephyr, ils laissèrent Kantu à Jen, en plus d'une petite somme, pour le dédommager de ses efforts. C'était le milieu de l'après-midi, et en ressortant de l'ombre bienfaisante de la ferme, ils furent reçus par un air torride et sec, qui faisait régner le silence sur la campagne. On n'entendait plus que les insectes les plus énervés, ceux qui considèrent la chaleur comme un affront de plus, auquel ils répondent en redoublant d'efforts par pure vanité. A cette pensée, Zephyr jeta un oeil à son épaule gauche, où venait de se poser la luciole. Elle lui restait fidèle, ce qui était bien sa seule consolation du moment.

Ils allaient donc repartir, sans chevaux, sous une chaleur étouffante, derrière un chariot qui roulerait maintenant à pleine vitesse. Et sans pouvoir espérer d'aide avant des jours.

Mais Talixan lui fit un signe, et il dut se mettre en route à sa suite. Zephyr décida d'adopter un rythme léger qui, il l'espérait, lui permettrait de tenir, avec des pauses, jusqu'à la fin de la journée. Il n'imaginait pas pouvoir répéter cet exploit plusieurs jours d'affilée, mais il suivrait Talixan au moins pour aujourd'hui. Talixan, qui avait compris son état d'esprit, se cala sur son allure. Ils progressèrent ainsi, sans trop de se préoccuper de la vitesse de ceux qui les précédaient, sur un chemin qui traversait des étendues où les arbres se multipliaient, projetant par instants une ombre bienfaisante, qui contrastait avec la chaleur habituelle.

Alors que le soleil commençait à pencher sérieusement vers l'horizon, ils firent une dernière pause. Zephyr but abondamment à sa gourde, tout en sentant la sueur plaquée dans son dos par le baluchon, et rendue glacée par le vent qui s'était levé. L'air fraichissait. Il nota la moue contrariée de Talixan.

Celui-ci croisa son regard, et expliqua :

"Un orage approche. Il va falloir trouver un abri assez rapidement, car c'est une sacrée douche qui nous attend. Et demain, lorsque nous nous lèverons pour reprendre la poursuite, nous aurons bien de la chance si nous retrouvons leurs traces."


Zephyr était épuisé. Au fil de la journée, ils avaient parcouru une distance inimaginable dans la campagne. Il ne saurait pas retrouver son chemin seul. Avec un peu de chance, tout droit, il arriverait à Derpa-La-Rouge, ça, il l'avait compris. C'était la direction prise par les zagarites. Mais pour le reste, où était-il ? Il n'en savait rien. Où pourrait-il aller ? Il le savait encore moins. Que se passerait-il s'il rentrait à Sil ?

"Rien", lui répliqua Bise. "Personne n'y ferait attention, mis à part le personnel du palais. Tu n'as aucun pouvoir. Tu n'as pas droit à la parole dans leurs querelles. Regarde-nous, nous ne savons même pas ce qui se trame là-bas. Nous sommes si ignorants de tout, que nous n'avons rien vu venir."


Talixan, qui soufflait plus fort qu'à l'accoutumée en cette fin de journée, mais ne montrait pas d'autres signes de fatigue, fit un signe à Zephyr, partit à l'écart dans les champs, et disparu dans les bois. Alors que le soleil tombait, que le vent mugissait et s'affolait en tous sens, il rejoignit enfin Zephyr pour le prévenir qu'il avait déniché un abri de chasseur.

"Ils construisent ça près d'une mare, pour se cacher des cochons sauvages et des cerfs, et les abattre plus facilement. C'est petit, mais en se serrant on y tiendra tous les deux pour la nuit."

Ils arrivèrent audit abri alors que le tonnerre grondait au loin. Il fallut encore aider Talixan à caler les trous de la petite construction en planches, avec des feuilles. Les premières grosses gouttes se firent sentir, mais sur un ordre de Talixan, ils récupérèrent encore autant de branchages qu'ils le pouvaient, qu'ils entassèrent sur le sol, entre les planches étroites. Ceci devait leur permettre de dormir plusieurs dizaines de centimètres au-dessus du sol, au cas où l'eau ruissellerait abondamment.

Ils finirent sous une pluie lourde, qui aurait été rafraîchissante si elle ne les avait pas trempés avant même qu'ils regagnent l'abri.

A l'intérieur, ils n'avaient plus d'autre choix que de s'asseoir sur les tas de branchages, serrés l'un contre l'autre, mouillés, fatigués et soudainement glacés, dans le noir absolu de leur amas de planches. Ils commencèrent à manger quelques provisions dans le noir, en s'attaquant aux fruits les plus périssables. Puis le tonnerre rugit à nouveau, et quelques éclairs leur apportèrent un bref éclairage, à travers les nombreuses fissures des planches qui couvraient l'entrée.

Ils mangeaient sans bruit, ou du moins leurs bruits étaient-ils couverts par la violence de la pluie qui s'abattait sur la baraque, le vent qui sifflait dans les interstices, en leur glaçant le dos, et de temps en temps un coup de tonnerre monstrueux.

Zephyr aurait voulu s'allonger et ne plus penser à rien. Il réussit à se coucher en chien sans trop empiéter sur la place de Talixan, joua de l'épaule et des hanches pour trouver une position où les branchages ne lui rentreraient pas entre les côtes, mais une fois cela achevé, il ne parvint pas à s'endormir.

Dans le noir, il sentit que Talixan avait suivi son exemple, et ils se retrouvaient maintenant dos à dos. Il murmura une question pour le vieil homme :

"Qu'allons-nous faire pour les symboles ? Crois-tu vraiment que nous puissions les reprendre à cette bande de guerriers, en supposant que nous arrivions déjà à garder leur trace ? Et même si c'était le cas, qu'en ferions-nous ? Connais-tu un moyen de rejoindre Fleurnoire à l'insu du Duc d'Opale ? Car c'est lui, je suppose, ce commandant qui donne l'assaut au Temple ?"

"Si j'ai bien compris, c'est toi qui a décidé d'entreprendre cette poursuite ?" répondit Talixan sans bouger, à moitié couvert par le déluge du dehors. "Fleurnoire t'a promis son aide, mais il risque d'avoir bien du mal à tenir parole. Ce n'est cependant pas ta seule ressource. Pour ma part, je t'aiderai, comme je m'y suis engagé, et n'oublie pas que je suis un chasseur. Mieux, je suis un vieux chasseur. De ceux qui ont déjà vécu beaucoup, beaucoup de choses, et qui y ont survécu.

Mais ce n'est pas tout. Sil est en proie à une forte agitation, peut-être même une sorte de guerre civile, si l'on en croit Jen. Mais nous nous rapprocherons de Derpa-La-Rouge, tant que les zagarites poursuivront dans la même direction. Je connais du monde là-bas, comme dans toutes les villes du Royaume. Je te l'ai dit, j'ai longtemps fait office de messager entre les tours. Si nous passons à proximité de la ville, j'irai chercher de l'aide, et avec un peu de chance nous capturerons ces bandits.

Si ce n'est pas le cas, et bien, nous chercherons un moyen plus subtil d'arriver à nos fins. J'ai de nombreuses astuces à mon actif, et tu as l'air d'être muni de quelques outils intéressants également."

Après un silence, il reprit, d'un air fermé :

"Ce que nous ferons des symboles, si jamais nous les récupérons, alors là, ce sera à toi de le dire. Je n'ai aucune compétence à ce sujet, et une fois que je t'aurai aidé à les retrouver, tu en feras ce qui te semble juste."

"Sais-tu pourquoi le Duc d'Opale s'attaque au Temple ?" demanda soudain Zephyr. "Ce n'est quand même pas simplement pour récupérer des piques de préfet ? Fleurnoire dit qu'il a lui a déjà donné une bonne partie du trésor du Temple pour lever une armée."

"Ah. Le Duc d'Opale. Ses ambitions sont plus grandes que son armée, à ce que j'ai entendu dire. Mais c'est une histoire qui remonte à loin. Il y a bien longtemps, à l'époque de ton ancêtre, le Roi Typhon, les Ducs étaient moins puissants et moins arrogants que maintenant. Au Nord des montagnes, les terres n'étaient que vaguement occupées par des camps de Mesmèzes, qui se faisaient régulièrement piller par les zagarites, qui fuyaient, puis revenaient s'installer un peu plus tard, au gré de leurs pérégrinations.

Au Royaume, la lignée du Feu avait permi que s'installe une belle prospérité - je passe évidemment sur le Roi Incendie, mais il faut savoir que le Royaume était alors assez florissant. Le Roi Typhon ayant donné des gages que la sécurité serait toujours préservée avec la lignée du vent, il fut décidé de créer de nouveaux duchés, sur ces terres au Nord des montagnes.

Avec l'aide du Roi, la petite armée de l'époque n'eut pas de mal à effrayer les zagarites, à en débarrasser la plaine et à leur couper l'envie de revenir pour un bon moment. En fait, lors de la retraite de leur principal chef militaire, le Roi Typhon déclencha un ouragan qui noya une bonne partie des troupes.

La terre était pacifiée, les troupes et les colons repoussèrent facilement les Mesmèzes plus au Nord encore, et l'on établit les deux Duchés du Nord. Ce qui s'est produit cependant, et que ni le Roi ni le Maître Intendant de l'époque n'avaient anticipé, c'est que les Ducs étaient désormais plus nombreux, plus éloignés de Sil, et que leurs ambitions ne s'arrêtaient pas là.

Les ancêtres du Duc d'Opale ont beaucoup étendu leur influence sur les plaines Baribes. Si tu les écoutes, ils te parleront d'échanges commerciaux avec les éleveurs Baribes, mais de ce que j'ai entendu dire, ils ont plutôt fait fortune en spoliant ces populations et en s'accaparant leurs terres et leur bétail.

On en arrive aujourd'hui au Duc d'Opale. Il est fortuné, il a acquis une influence considérable sur les autres Ducs, surtout ceux du Nord, qu'il manipule comme des jouets. Mais il peut difficilement étendre plus encore le territoire de son duché. Alors que peut-il souhaiter ? Le Pouvoir pardi. Pas pour lui, mais pour son neveu Amethyste. D'habitude, ce sont le Roi ou la Reine en exercice, le Maître Intendant et le Conseil qui, collégialement, désignent le destinataire du prochain Pouvoir. Mais cette fois, c'est le Duc qui a imposé son poulain, et personne n'a osé contester ce choix.

Par contre, si les symboles lui échappent, et donc le prochain Pouvoir, il a beaucoup à perdre. Car non seulement il ne mènera pas sa famille à la Royauté, mais en plus, faute de pouvoir, il ne sera pas en mesure de garder son influence sur les Duchés du Nord, qui font à nouveau face aux invasions zagarites.

Les Duchés du Nord réclament son aide depuis trois ans maintenant. Petit à petit, leurs territoires subissent les assauts des troupes ennemies, leurs populations se découragent et fuient vers les montagnes.

Au début, le Duc d'Opale a pris ces ducs sous son aile, les a fait venir dans son fief de Bel-Sarm, où il a donné des fêtes somptueuses en leur honneur, pour leur faire oublier les horreurs de leurs contrées. Cela fait maintenant trois ans qu'il leur a promis son aide, trois ans aussi qu'il réclame et reçoit des fonds du Temple.

Mais durant ces trois dernières années, Zephyr, j'ai eu bien des occasions de sillonner les routes entre Bel-Sarm et Bel-Taroum, Derpa-La-Rouge, Sil, et tous les villages entre elles. Jamais je n'ai vu l'armée que le Duc se vante de monter. Elle n'existe que dans ses discours. Alors, pourquoi s'attaque-t-il au Temple ? Sans doute parce qu'il lui faut plus d'argent que jamais, car la disparition des symboles va l'obliger à véritablement lever une armée. Et qu'il est très en retard pour le faire. Il a trois ans de retard, rien que ça."


Zephyr avait de quoi réfléchir longuement avec tout ce que Talixan venait de lui apprendre. Une partie de l'histoire qu'il lui contait lui était connue, ou du moins il en soupçonnait les principaux éléments. Mais pour le reste, soit le Maître Intendant avait été lui aussi assez aveugle, soit il avait décidé de tenir Zephyr à l'écart de ces affaires de politique intérieure.

Mais il remit ses réflexions au lendemain, et s'endormit comme une souche sur ses branchages.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Défi
Arès 19

Voilà 100 ans que les humains ont quitté la Terre tel que nous la connaissons. Une planète bleu, magnifique vue du ciel pour vivre dans ce cube. Un cube de métal qui parcours l'espace sans but précis. Dans se cube, nous avons l'impression d'être sur Terre, du moins tout y ressemble fort tant qu'il n'y a pas de coupure de courant. Dans ses cas là, il n'y a que des lumières rouges qui s'allument et qui nous montrent le chemin pour nous regrouper au centre du cube, dans l'atrium.
Voilà à quoi ressemble la Terre que nous connaissons maintenant. Un Terre cubique dans laquelle on ne peut meme pas voir les étoiles, où il fait toujours 30°c , où il ne pleut jamais, où les oiseaux ne chantent pas, où les plantes n'existent pas et où les seuls animaux que nous connaissons sont les chats et les chiens.
Dans se cube, nous marchons sur des écrans, nous dormons sur des écrans, nous regardons des écrans constamment. Les seuls moments où nous ne regardons pas d'écran c'est en mangeant parce que oui pour le moment, le corps humain ne digère pas le métal ni le plastique. La vie est tellement horrible dans ce cube. Nous ne pouvons pas courrir, nous ne pouvons pas crier, la police est trop sévère. On doit marcher en rang et nos dirigeants ne sont même pas avec nous. Ils sont dans les étages supérieurs. Eux, ils ont des arbres, des oiseaux, des chevaux, des cochons, des vaches, de l'herbe, de l'eau en quantité. Certains ont même une piscine. Nous nous sommes en manque d'eau, nous n'avons pas d'herbe et comme je l'ai déjà dit nous n'avons pas d'animaux hormis les chiens et les chats. c'est l'enfer dur le cube. Nous sommes tombé en enfer et eux sont au paradis.
Leurs buts sont de surveiller que le cube ne quite pas sa trajectoire, de faire les gendarmes parce que oui ils sont à l'étage suppérieur. Il doivent aussi consevoir de nouveaux vaisseaux que nous devrons construir pour eux. Nous nous devons réparer ce maudit cube alors qu'eux ne font rien. Les rares fois où nous montons à leurs étages c'est pour faire le ménage et là on a une armada de gardes autour de nous comme si on était des criminels. J'en ai marre. Je veux partir d'ici pour retourner sur la vrai Terre et profiter des derniers instants qu'ils nous restent à elle et à moi.

3
5
4
2
Défi
3
2
0
0
Défi
Nicolas Raviere
Bradbury Challenge 38/52

Lady Joude, qui refuse le mariage arrangé auquel ses parents la destinent, est envoyée au couvent pour calmer ses ardeurs romantiques, oublier le goût des hommes et revenir à la raison.
7
10
29
12

Vous aimez lire Histrion ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0