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— Mais il y en a plein des Laurent, tu sais. En fait, si ça se trouve c’est pas moi, ce Laurent !

— C’est toi !

— C’est sûr ? Parce que, même moi, tu vois, j’ai un doute. Je connais une Alice, mais bon elle est brune, petite, grassouillette.

— Laurent !

Bon, il faut utiliser la psychologie inversée. Jouer la victime et espérer la compassion. Je suis joueur, j’aime le bluff.

— Tu veux me faire souffrir ? M’humilier ? Me détruire ? Oui, tu en as le pouvoir !

— Mon pauvre amour.

Et puis, dans une soudaine explosion :

— Je ne peux plus le supporter, Laurent. Tu étais prévenu ! J’ai été trop aveugle et stupide, c’est fini ! Tu dégages !

— Nan attend, Marie ! Tu vas pas me faire ça ! Tu me tues là !

— Dehors !

— Je… Je…

Vite, trouver un truc. Sur le moment j’ai bien pensé dire que j’étais « enceint » mais dans son état d’esprit actuel, Marie ne va pas saisir l’humour de cette assertion. De toute façon, je suis en train de me dire que les femmes n’ont pas le sens de l’humour. Et j’ai pensé qu’il fallait attaquer. Prêcher le faux, pour déstabiliser. Marie ne me lache pas, c’est une… mangouste :

— Oui, quoi ? Dit-elle.

— J’ai voulu me venger ! Voilà !

— Te venger de moi ?

— Oui, Marie, je sais que tu m’as trompé. Tu m’as fait cocu !

— Moi ? C’est trop fort !

— Oui ton Julien de la comptabilité, vous avez fricoté ensemble. On m’a raconté. Je sais tout ! Oh c’est ignoble ! Tu m’as carbonisé le cœur, ici !

Je désigne, dignement, mon pauvre cœur crucifié… Marie se détourne de moi. Sur le moment, je me dis qu’elle va vraiment exploser et me baffer, puis me jeter à la rue ou l’inverse. Le mensonge est insultant pour cette femme irréprochable et si digne. Mais non, elle semble s’affaisser, marquer le coup. Et tout à coup, je me suis senti mal. Moi, cocu ? Mais nan ! Pas moi ! La salope ! Oh quelle perfidie ! Rien n’arrête la lubricité des femmes ? Pas de limite ? Si je pouvais, je la ficherais dehors, mais ce n’est pas chez moi !

— Marie, dis quelque chose !

— Tu sais tout. Quoi dire. J’ai tellement honte.

— Et c’est tout ?

— Oui. Rien qu’une seule fois. Mais tu m’en avais tant fait. Moi aussi, je voulais me venger. Et puis quand je l’ai fait, je me suis sentie si mal. Je n’étais pas mieux au contraire. Je vis avec ce fardeau depuis...

— Salope !

— Tu m’insultes ? Tu en as le droit...

— J’ai pas de mots. Y a plus de mots pour toi. Pécheresse !

— Et toi ? Tu es irréprochable ? J’ai peur de parler à mes amies et d’apprendre que tu as couché avec !

— C’est plus grave quand c’est une femme. Oh oui, c’est sale. C’est indigne ! Moi, tu sais que c’est rien. Juste une baise comme ça.

— Mais tu es incroyable ! Tu t’entends ?

— Je suis blessé, j’ai tous les droits ! Et humilié !

— Tu n’es pas sérieux ? Et moi ? Je suis la victime !

— Je vais pas m’en remettre, un coup pareil… C’est… Mortel !

— Laurent, il faut oublier et pardonner. Moi, je suis prête à te pardonner, encore !

— Je sais pas. J’ai trop honte. Je pars.

J’ai perdu la boule. Je n’ai nulle part où aller. Mais en même temps… Rester avec cette menteuse ! Quand je pense… Moi, si gentil, toujours là pour réparer les trucs que j’ai cassés… sortir la poubelle, pour causer à la voisine aux gros seins… Je fais tout dans cette baraque. Marie vient me prendre le bras :

— C’est fini alors ?

— Oui !

— Tu pars ?

— Oui !

— Tu es sûr ? Où tu vas aller ? Parce que Alice, ne veut plus te parler, tu sais.

— Ah oui ? Elle a dit ça ? Vraiment ?

Mais c’est un complot féministe contre moi !

— Oh, elle est tellement déçue… Si elle te voit, elle veut te les couper.

— Ah quand même.

On imagine pas la violence dont les femmes sont capables. Elles ont l'air comme ça gentilles, fragiles, douces... Tout faux !

— Alors tu pars toujours ? Tu auras de quoi pour un hôtel, ou tu as perdu le peu que tu avais au PMU ?

— Vas-y humilie le pauvre chômeur en fin de droits ! Enfonce-moi encore plus, bourgeoise !

— Bon à rien ! Fainéant ! Menteur ! Cavaleur ! Tu, tu… es nul au lit, voilà !

Je me laisse tomber sur une chaise, abasourdi. Les femmes sont ignobles. C’est un constat définitif et sans appel. Si j’étais moins préoccupé par ma situation, je verserai une larme. Je pourrais en douce voler la cagnotte de Marie, qu’elle garde pour les coups durs et tenter ma chance avec Alice. Je cogite tristement. Marie s’approche et s’assoit sur mes genoux.

— Tu fais quoi Marie ?

— Pardon bébé. Je voulais te faire mal. Allez, on oublie.

— Je suis nul au lit, tu as dit.

— J’ai menti, tu sais bien.

— Mais tu mens tout le temps ! C’est dingue ça !

— Heu, n’exagère pas Laurent !

— On mange quoi ce soir ?

— Tu ne pars plus ?

— Salope !

— Du veau, mon ange. Ton plat préféré.

Oui, je sais, vous vous dites c’est un lache. Vous avez raison, mais je vais me refaire, je vais rebondir, la main passe. Et je me vengerai de Marie. Vous aussi vous trouvez qu’elle est ignoble, hein ? Mais elle cuisine super bien.

Je suis lache...

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