Chapitre 3

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Mes premiers pas se font dans l’obscurité jusqu’à ce qu’une faible lueur au loin me fasse cligner des yeux. Je continue de marcher pendant quelque temps, quand je commence à percevoir une sorte de brouhaha, des voix, des rires et au milieu, je ne sais pas… il me semble distinguer des hurlements.

Est-ce que je deviens fou ?

Puis une lumière vive, des projecteurs. Je suis en face de la scène ou un fauve saute à travers un cercle de feu. Tout a pourtant l’air tranquille… de plus en plus étrange. Je m’installe sur le banc en bois le plus proche, le trouvant vite inconfortable. Je remarque alors ce qui est plus qu’un détail et me donne de légères palpitations ; nous ne sommes que quelques spectateurs, disséminés dans la salle. Tous ont le regard vide. Il y a deux adolescentes, serrées l’une contre l’autre ; un garçon d’à peine six ans, suçant son pouce ; un couple de vieillards et au premier rang, un rocker grisonnant. Çà et là diverses personnes, mais pas assez pour que j’ai pu entendre les applaudissements, alors que je me trouvais à l’extérieur du cirque.

Qu’est-ce qu’il se passe ici ?

Le numéro du fauve est terminé. Une belle jeune femme aux longues boucles rousses entre en scène, elle est vêtue d’un simple body blanc rehaussé par un nœud papillon noir. Dans ses mains un paquet de cartes qu’elle manie avec aisance. La prestidigitatrice s’incline devant le public qui la fixe hagard. Cependant, un tonnerre d’applaudissements résonne dans l’enceinte. Je reconnais un enregistrement, et c’est ça que j’ai entendu alors que j’étais près du chapiteau. Ensuite, ce sont des jongleurs qui envahissent la scène. Tout cela me semble bien banal finalement. Mon imagination a pris le dessus on dirait… pourtant non… je n’ai pas rêvé les animaux dans les cages, ni le poignard sur mon bras… alors ?

Me levant, je descends en direction des bancs plus bas et m’assoit près d’un trentenaire vêtu d’un costume noir.

– Bonjour.

Pas de réponse. Je répète.

– Bonjour.

L’homme tourne lentement la tête vers moi, il a les yeux bleus, la bouche à demi entrouverte. Je ne suis pas certain qu’il est vraiment conscience de ma présence. Je me penche vers lui et peut l’entendre murmurer :

– Aidez-moi.

J’ai un mouvement de recul, et le cœur qui s’accélère. Mais déjà l’inconnu s’est détourné, le regard fixé sur le spectacle, observant le numéro d’un clown larmoyant. Personne ne semble me prêter attention. Je me relève et descends le long des bancs en direction de la scène que je contourne jusqu’à me trouver devant l’entrée des coulisses que je franchis d’un pas décidé. Je fais alors face à un type aux yeux sombres et aux muscles saillants. Il jette des couteaux au-dessus de sa tête, les rattrapant, sans même donner l’impression de les regarder.

– Tu devrais pas assister au spectacle avec les autres, toi ?

– J’en ai eu assez d’être assis. Me suis dit que ça pouvait être sympa de voir les coulisses.

– Hum, l’homme n’a pas l’air ravi de ma présence. Néanmoins, il me tend la main en se présentant :

- Je suis Léo, le lanceur de couteau.

– Enchanté, moi c’est…

– Ezekiel, je sais. Le directeur nous a parlé de toi.

– Ah vraiment.

– Ouais.

Je serais curieux de savoir ce que monsieur Horribilus a pu dire à mon sujet, mais je préfère m’abstenir, car je ne suis pas certain que la réponse me plairait. Léo se tourne de côté s’adressant à quelqu’un dans l’ombre, que je ne vois pas.

– Hé Ginny ! Prépare notre fameuse boisson pour notre invité ! Il ne l’a pas encore bu et arrête pas de fouiner !

Je réplique mécontent :

– Je ne fouine pas !

– Moui, bon, vous êtes dans les coulisses en tout cas, et pas en train de regarder le spectacle.

À ce moment, une magnifique créature sort de l’ombre et je reconnais la prestidigitatrice à la chevelure de feu. Elle me tend un gobelet en plastique contenant un liquide jaunâtre qui ne donne pas particulièrement envie.

– Qu’est-ce que c’est ?

– Juste un petit remontant, me répond Léo avec un sourire.

J’y trempe à peine mes lèvres et esquisse une grimace de dégoût. Le breuvage a un goût douçâtre, écœurant. Du coin de l’œil, je cherche une poubelle où jeter le verre, mais ne trouve rien. Je le dépose sur le coin d’une table près de moi.

– Vous ne buvez pas ?

– Non, pas vraiment soif.

Je me trompe peut-être, mais Léo ne paraît pas particulièrement ravi que je n’ai pas fini ma boisson, quand à Ginny, elle le regarde d’un air presque effrayé.

– Vous devriez retourner voir la suite du spectacle ?

Je sens plus un ordre qu’une demande dans l’intonation du lanceur de couteau.

Je lui adresse mon plus beau sourire et lui réponds.

– Non, pas vraiment envie non plus.

J’ai l’impression que Léo serait enchanté de me frapper. Ses traits se durcissent et j’observe Ginny qui s’approche imperceptiblement de lui comme pour le retenir.

(à suivre)

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