Chapitre 9 – l’espoir au bout d’une chaîne

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Couché sur le futon, Merwan observait le vide, il savait bien qu’il n’était qu’un parmi tant d’autres, il y avait des stocks entiers d’alphas que l’on pourrait proposer à Leyn, eux seraient moins abimés, pas zébrés par les coups avant d’être jeté à ses pieds, et pourtant, il espérait que l’oméga le choisisse.

Juste à côté de lui, à quelques mètres à peine, observant le plafond depuis son lit, Leyn se posait une question existentielle dans la vie d’un oméga : Merwan était-il un alpha fait pour lui ? Les jours passaient. Cela faisait maintenant plusieurs fois qu’ils passaient une bonne matinée ensemble. Pour des questions de sécurités, il continuait à le conduire aux zones communes chaque après-midi et cela se passait toujours aussi mal. C’était un peu comme s’il y avait deux Merwan, le calme et obéissant à qui il pouvait donner sa confiance et l’incontrôlé et dangereux alpha dont ils devaient tous se méfier. Chaque après-midi, Merwan se faisait punir… Peu importe la qualité de la matinée.

Ainsi, Leyn finit par se dire que le problème n’était peut-être pas l’alpha mais la zone commune. Oh, il connaissait la majorité des personnes qui y travaillaient ! C’était de bons omégas, doux et attentifs aux autres et les bêtas dont il était moins proche étaient tout aussi sérieux et respectueux, il n’en doutait pas ! Mais la mise en caisson était rude et peut-être que Merwan n’avait pas osé dire qu’il était claustrophobe ou quelque chose comme ça, se disait-il. S’il était mis dans un autre type de structure, cela irait peut-être mieux ? Il en parlerait à Saarf se promit-il et ce fut sur cette idée qu’il se coucha.

Le lendemain fut similaire à bien d’autres jours. Ils passèrent la matinée à travailler tranquillement. Leyn avançait sur l’un de ses cours pendant que Merwan était chargé de relier des points entre eux dans un nouvel exercice bien plus complexe que les précédents. Les résultats n’étaient pas concluants, mais ça avait le mérite de l’occuper et de le faire réfléchir, deux choses très saines du point de vue de l’oméga.

Lorsque le soleil fut bien haut dans le ciel, un peu avant la pause repas, néanmoins, Leyn les fit changer d’activité. Il avait fini par conclure qu’il ne pouvait pas lui en vouloir de son manque de connaissances. C’était quelque chose qu’il ne maîtrisait pas, après tout ! En revanche, le brun pouvait apprendre. Alors ils s’installaient devant un livre et patiemment, Leyn lui apprenait à lire. Parfois il lisait quelques phrases, de temps en temps il lui demandait de lire les lettres, une par une et finalement, il lui demandait de lire un mot, un groupe de mot, une phrase.

Le petit livre paraissait minuscule entre les grosses paluches de l’alpha qui le maniait précautionneusement. Lorsqu’il se trompait, Leyn le reprenait patiemment. Merwan n’était pas un élève aussi agréable qu’un autre oméga qui lui aurait souri et l’aurait remercié avec énormément de joie pour chaque petit effort d’enseignement qu’il faisait. Néanmoins, il avait connu des bêtas moins intéressé et investi que lui. Alors bien-sûr, parfois, le naturel revenait et l’alpha soupirait, se tendait ou même avait une petite grimace alors que son nez se retroussait légèrement, mais aussitôt il se reprenait.

Ce n’était pas un sujet évident, il traitait de la logique et de la rigueur scientifique. Certains mots étaient compliqués, les phrases pouvaient être longues et alambiquées, mais en prenant le temps de les décomposer, c’était tout à fait jouable. Et puis au moins, ils avaient un sujet de conversation pour leurs repas du midi, même si, pour ça aussi, Merwan n’était pas le candidat idéal. Il parlait peu. Sa voix était affreuse. Et l’Art de la conversation lui semblait étranger. Leyn pouvait tout de même lui reconnaître qu’il essayait vraiment de se prêter au jeu, malgré tout.

Ce fut ainsi, après une matinée tranquille qu’ils se retrouvèrent à manger ensemble dans la zone commune. L’odeur qui flottait autour d’eux était pleine d’épices. Leyn se prit à sourire, c’était l’un de ses plats préférés… Tout en le mangeant, avec ses manières et sa délicatesse habituelle, il fit la conversation.

- Dans quelques jours, nous aurons fini ce livre… Donansky n’est pas un mauvais auteur, loin de là, mais son style est parfois un peu lourd. On pourrait essayer de trouver quelque chose de plus léger.

Sagement, silencieusement, Merwan acquiesça.

- Vous en avez sans doute assez de la logique après tout. Sur quel thème aimeriez-vous lire ?
- La justice.

Leyn se figea un peu surpris, il observa Merwan qui ne le regardait pas mais qui avalait sa portion avec une faim visible. Le corps du grand alpha était toujours légèrement replié sur lui-même et il évitait son regard, pourtant il y avait une crispation quelque part. Peut-être le long de ses bras ou dans l’angle de sa mâchoire.

- Vous voulez plutôt que nous étudions… le bien et le mal ? les notions philosophiques de justice ? Ou des textes de loi ?
- Peu importe.

Pourquoi faire cette demande ? Leyn ne comprenait pas. Les textes de loi, ce n’était ni agréable à lire, ni vraiment passionnant et ça n’avait aucun véritable intérêt depuis que des omégas siégeaient dans les très rares tribunaux. Leur système de justice était devenu relativement complexe mais la fonction de juge ou d’arbitre était très rarement employée. Après tout, pour en arriver là, il fallait qu’il y ait un conflit entre deux omégas, deux personnes qui n’avaient réellement pas envie de faire du mal à l’autre et qui étaient prêt au compromis. Les bêtas n’étaient pas beaucoup plus vindicatifs.

- Avez-vous à vous plaindre d’un mauvais traitement ?
- …
- Vous comprenez que vous pouvez m’en parler, n’est-ce pas Merwan ?
- Oui… Vous êtes mon oméga… et vous faites offices de loi pour moi.
- En effet.

La porte s’ouvrit derrière eux, signalant l’arrivée de Saarf mais Leyn ne lâcha pas l’alpha du regard, cherchant à comprendre. Il le vit se raidir franchement et il remarqua ses mains qui se verrouillèrent sur la table sans pour autant se refermer en poings. Chaque après-midi, Merwan se faisait punir. C’était invariable… C’était sans doute ça qu’il trouvait injuste.

Saarf avança tranquillement jusqu’à s’installer près d’eux, mais pas trop près non plus : à force, il se méfiait de plus en plus de cet alpha qui pouvait s’avérer des plus explosifs.

- Comment ça va aujourd’hui ?
- Très bien, on a passé une bonne matinée. On discutait de nos prochaines lectures… Dis-moi, pour cette après-midi, est-ce que l’on pourrait faire un test ?

L’alpha était figé à côté d’eux, le corps tendu, prêt à entrer en mouvement au moindre mot. Tout en le surveillant du coin de l’œil, le plus âgé répondit :

- Bien-sûr…
- Et si nous laissions Merwan décider, s’il préfère la chaine, le caisson ou peut-être autre chose ? Je suis désolé, ça ne t’arrange peut-être pas côté organisation !
- Oh ça ira… mais… je préfèrerais qu’il y ait un minimum de contentions, même aux chaines… Ce n’est pas contre vous Merwan, ce serait juste dans un premier temps, pour la sécurité de tout le monde…

L’alpha accepta sans trop d’hésitations, même s’il savait que la contention allait être difficile à supporter. Il n’écouta pas vraiment ce qui suivit, tentant juste d’apaiser le battement frénétique de son cœur. Leyn lui avait offert un choix comme s’il avait conscience que les après-midis étaient toujours aussi horribles pour lui. Oh, il ne savait sans doute pas à quel point elles l’étaient, peu d’omégas parvenaient à comprendre, aucun à sa connaissance, mais il essayait de faire quelque chose pour améliorer la situation ! C’était inédit et ça lui donna encore plus envie de devenir son alpha. Avec le temps, après leurs premiers coïts, il accepterait peut-être de devenir son seul et unique partenaire ? Ce serait tellement mieux…

Mais pour le moment, il en était encore là. Il observa son oméga partir et resta là, immobile, à regarder le vide.

- Merwan ? Merwan ?

Il sursauta et se tourna vers Saarf qui l’appelait. Il était parti loin dans ses pensées, ce n’était pas une bonne chose.

- Oui ?
- Il est l’heure. J’aimerai que vous attachiez vos menottes ensembles.
- D’accord.
- Je vous amène aux douches. C’est très bien si nous trouvons des compromis, j’aimerai que ça se passe mieux pour vous…

L’alpha serra les mâchoires mais obéit, bloquant ses poignets dans son dos dans une position trop souvent répétée. Son corps allait mieux, alors ce n’était rien. Rien qu’il ne puisse faire en tout cas.

- Leyn m’a déjà emmené aux douches ce matin.
- Une douche complète ?
- Oui.
- Ah d’accord, on fera vite alors.

Quelques minutes plus tard, Merwan se trouva dans la salle de douche, il fut détaché et il dut se dénuder. Il le fit sans trop de difficulté, il avait l’habitude. Il aurait seulement aimé que ses yeux lui révèlent que son corps était moins musclé et fort que la veille... mais ce n’était jamais le cas. Saarf lui permit de prendre la plus rapide des douches sans même le toucher. Il rinça néanmoins son corps avec application. Les omégas les préféraient propres et nets, ce qui était ridicule… après le premier coït de l’après-midi, il serait couvert de sueur, moite et malodorant et ça n’empêcherait pas le suivant de venir prendre son plaisir !

- Parfait, je vous laisse réattacher vos menottes ensembles, j’ajouterai un petit lien puis je vous conduis à votre chambre. Nous choisirons le bâillon là-bas.

Merwan acquiesça sans un mot tout en terminant de se sécher. Il connaissait ce genre de protocole. Lorsque Saarf passa dans son dos pour ajouter une attache, l’angoisse monta d’un cran, mais il fut surpris que ses poignets ne soient qu’à peine tirés vers le haut. C’était plus une sécurité à la contention présente qu’une véritable contention supplémentaire. Un autre l’aurait fait plié jusqu’à ce que ses poignets atteignent ses omoplates, le blessant, mais Saarf n’était pas ainsi. Merwan ne l’aimait pas bien-sûr, il le détestait même, mais il se disait qu’il aurait pu tomber sur pire. Un peignoir fut déposé sur ses épaules, comme pour préserver sa pudeur.

Doucement, sans aucune forme de pression qui aurait pu le faire mal réagir, il fut conduit jusqu’à une chambre qu’il ne connaissait pas. Il se figea à l’entrée en voyant le lit. Il ne voulait pas se coucher là, nu et offert.

- Leyn a l’air de vouloir vous laisser un maximum de choix… mmm… Qu’est-ce que je peux vous proposer ?

Tranquillement Saarf sortit un assortiment de bâillon. Des tubes creux qui permettaient la fellation, des mors qui pinceraient sa langue ou son palais, des boules qui l’empêcheraient de déglutir, … Merwan ferma les yeux un instant, dépité de devoir choisir ce qui le blesserait durant les heures à venir. Il détestait cette pratique… Mais en se montrant coopératif, il y avait beaucoup à gagner. Il sélectionna une barre simple qui interdirait la fellation. Aussitôt, Saarf fit mine de vouloir le lui enfiler, mais Merwan recula vivement.

- Attendez ! Un instant… Je veux… je voudrais, s’il-vous-plait, choisir la chaine.
- J’ai peur que vous ne m’en demandiez trop pour aujourd’hui, peut-être demain ?
- Je vous laisse décider… l’endroit, la longueur, … s’il-vous-plait.
- Très bien, nous pouvons coopérer ensemble. Que désirez-vous ?

L’alpha eut un instant d’hésitation, puis il désigna une série de piton qui permettrait de l’enchaîner à différents endroits. Il évita le lit, les attaches du plafond qui auraient pu l’étrangler et lui interdire tout repos mais également les attaches proches de l’entrée, sachant pertinemment qu’il n’y aurait pas le droit.

Ce fut ainsi qu’il se retrouva avec les poignets maintenus dans le dos, une chaine de moins d’un mètre le reliant au mur le plus éloigné du lit. Il mordit dans la barre lorsqu’elle fut installée dans sa bouche comme le plus basique des mors et il frissonna quand un masque vint s’y rajouter pour le priver de sa vue. C’était peut-être mieux ainsi… C’était peut-être mieux de ne pas savoir… Sinon, en croisant, au détour d’un couloir, l’un de ceux qui viendrait s’exciter sur sa chair, il aurait pu devenir fou furieux.

Il ne fallut pas attendre longtemps pour qu’une petite main douce ne vienne se poser sur sa hanche, lui donnant envie de hurler. Hurler à s’en déchirer la gorge. Hurler sans plus jamais s’arrêter.

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