7- Mapaté

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Blandine se tenait devant moi prête à traverser la chaussée. Ses cheveux blonds nattés en une longue tresse, son éternel sac en bandoulière, ses grands yeux bleus écarquillés par la surprise.

Fidèle à mon habitude, je ne réussis à lui bégayer qu’un vague « salut » et un « scuse-moi » supplémentaire de circonstance. Je n’étais même pas sûr qu’elle m’eût reconnu.

Elle m’adressa pourtant un sourire lumineux qui me laissa encore plus pantois que je ne l’aurais cru possible. Yaay aurait dit « Mapaté ne jure pas » mais « Bon DIeu !! » j’étais fichu, cette fille me faisait perdre tous mes moyens.

En l’espace de quelques secondes, mes dernières conversations avec Fatou me revinrent en tête et je décidai d’enfin saisir ma chance.

«ON... On est ensemble au lycée, initiai-je le plus simplement et lamentablement possible.

- Oui, on a cours de sport ensemble, acquiesça-t-elle.

Apparemment, elle m’avait reconnu. Je repris vaguement espoir.

-Et euh… ça va les révisions pour le bac français ? poursuivis-je mal à l’aise.

- Ca va oui, je serai contente quand tout sera fini…. Toi aussi ? hésita-t-elle autant que moi.

- Oui

Comme elle n’avait pas l’air plus bavarde que moi, nous restâmes encore quelques instants à nous regarder et à nous sourire. Tels deux poissons rouges dans un bocal, si tant est qu’un poisson puisse sourire. Moment agréable, mais passablement gênant. Je finis par prendre congé maladroitement et lui souhaiter bon courage pour les révisions.

- Hey Mapaté ! me lança -t-elle contre toute attente au moment où j’allais repartir en vélo. C’est ta guitare ? Je croyais que tu jouais du djembé.

Finalement, elle en savait beaucoup plus sur moi que je ne le pensais.

- Euh oui, c’est ma guitare, mais je ne l’ai pas depuis longtemps (c’était le moins qu’on puisse dire). Je débute, il faut que je m’entraîne encore un peu (beaucoup !). Sinon je joue des percussions, des peaux comme du djembé, du sabar … ou du tama. Mais comment le sais-tu ?

- Les gars au lycée, ils disent que tu joues bien, avoua-t-elle en rougissant.

- Ah ?! Et toi, la musique ?

- Je suis pianiste.

- Classique ?

- Du Classique au conservatoire, de la variété à la maison.

- Du coup, tu joues dimanche pour la Fête de la musique ? la questionnai-je plus confiant.

- Oui je participe au récital en début d’après-midi à l’auditorium. Et toi ?

- Je joue avec mon groupe. On passe vers 17h sur la scène ouverte sur la place de la mairie.

- Oh sympa ! C’est la scène musiques du monde.

- Oui, c’est ça... Tu veux venir ? osai-je enfin demander.

- Avec plaisir ! affirma-t-elle avec empressement, tu peux venir m’écouter aussi si tu veux ?

- Pourquoi pas, mais je ne suis pas sûr d’être à l’heure avec les répèt’, le groupe, la mise en place, tout ça.

- Et bien on s’échange nos numéros, comme ça, ce sera plus facile pour se retrouver, conclut-elle joyeusement.

Arrivé chez moi, je traversai l’appartement comme dans un film muet passé au ralenti. Je ne prêtais attention ni aux questions de Yaay sur ma journée ni aux commentateurs du match ou aux envolées des supporters. J’étais dans une autre dimension. J’allai droit dans ma minuscule chambre, une sorte de grand placard aménagé, et m’allongeai sur mon lit, l’instrument porte-bonheur bien calé entre mes bras. Dans ma bulle spatio-temporelle, où seuls ma guitare, le sourire et le regard de Blandine et toutes leurs promesses m’enveloppaient.

J’eus conscience du mouvement de la porte et sentis Fatou venir se blottir tout doucement contre moi. Pour une fois, elle attendit patiemment sans intervenir.

« Ca y est, Fatou ! Je lui ai parlé, murmurai-je au bout de quelques minutes. C’était mon jour de chance », ajoutai-je en montrant la guitare.

- Plus besoin de citations, alors ? signa-t-elle pour confirmer qu’elle avait bien compris ; la lecture labiale et mon air rêveur lui ayant suffi.

Je hochai la tête de gauche à droite, satisfait.

- Alors j’ai déposé mon dernier Post-it aujourd’hui. Dommage pour moi j’en avais encore toute une liste… mais tant mieux pour toi !

- Et qu’as-tu posté, petit facteur ? la taquinai-je, enfin détendu à propos de cette situation.

- Qu’il faut essayer et persévérer, jour après jour. Que c’est à petits pas que se produit le changement.

- Pauvre Mme B.A.U.D.O.U.I.N, elle n’a rien dû comprendre à tes messages, signai-je en rigolant.

- Pourquoi penses-tu que c’est une femme ? J’ai toujours imaginé que c’était un vieux professeur chauve et barbu : E.R.N.E.S.T ou E.U.S.T.A.C.H.E… ou alors un toréador E.D.O.U.A.R.D.O ou E.N.R.I.Q.U.E., s’enthousiasma-t-elle.

- Bien sûr, ou un rappeur E.M.I.N.E.M, ajoutais-je, E.M.I.N.E.M B.A.U.D.O.U.I.N

- Ou E.L.M.E.R., un éléphant, pouffa-t-elle.

- OK, mais maintenant dehors, la poussai-je gentiment vers la sortie, je dois œuvrer pour mon changement : j’ai un bac de français à préparer et une nouvelle guitare à essayer !

- Tu as raison, moi aussi j’ai envie de participer au changement, je viens d’avoir une idée, acheva-t-elle mystérieuse.

Avant qu’elle ne franchisse la porte, je lui adressai un immense merci de connivence. Elle me fit une révérence de princesse et sortit dans un tourbillon de bracelets, de couleurs et de gaieté.

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