Chapitre 30 : Fuite

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— Que s’est-il passé ici ? grognait une voix.

Zalénia ouvrit un œil pour observer discrètement le nouveau venu. Ils étaient en faites deux, des gardes. Sûrement alertés par le bruit de l’explosion, ils n’avaient pourtant pas encore dégainé. Elle décidait tout de même de ne pas bouger.

— La prisonnière a été touché ? demanda l’autre.

— On dirait. On devrait prévenir les Sharaka.

“Non pas eux, n’y allez pas…” pensait désespérément la princesse. Si les triplets venaient, ils comprendraient à coup sûr ce qu’il s’était passé.

— Tu as raison mais, comment va-t-on leur annoncer ça ? On était censé surveiller.

Zalénia se mit à observer la pièce, elle avait vraiment tout détruit. De l’air frais passait par la fenêtre explosé, la blonde remarqua alors que les barreaux aussi avaient cédés.

“Saute.” ordonna presque la voix.

Il était fou ! Elle était au moins à trente mètres du sol !

“Saute.” répéta l’homme dans sa tête.

Les deux gardes qui discutaient toujours sur le fait d’aller prévenir les Sharaka, ne remarquèrent pas que la princesse s’était redressé.

Elle ne savait pas pourquoi, mais elle faisait confiance à la voix. Elle se dirigea donc vers le trou béant qu’était la fenêtre, légèrement tremblante. Ce qu’elle ne savait pas c’est qu’elle n’était pas vraiment libre de ses décisions, la voix en plus de lui parler, agissait aussi sur sa détermination et son libre arbitre. Il fallait qu’elle saute, pour fuir et - même si cela pouvait sembler absurde - survivre.

La jeune fille passa une jambe, puis une autre au dessus du rebord, les laissant pendre dans le vide. Ses cheveux blonds qui avaient repoussés lui fouettaient le visage, elle respira un grand coup l’air de l’extérieur.

— Eh ! s’exclama l’un des garde qui l’avait enfin vu.

L’ignorant, elle se laissa tomber.

— NON ! crièrent les deux hommes, penché par la fenêtre.

Le vent hurlait dans ses oreilles tandis que le sol de terre se rapprochait de plus en plus vite. Bizarrement, elle n’avait pas peur, comme si quelqu’un lui en empêchait. Instinctivement, elle avait étendu ses bras et ses jambes et invoqué sa brume argenté. Zalénia comptait bien survivre à cette chute. Fermant les yeux, elle puisa dans ses dernières forces l’énergie qui lui sauverait la vie.

L’arrêt de sa chute fut violente, mais sûrement nettement moins que si elle avait touché le sol.

Elle ouvrit les yeux et découvrit la terre poussiéreuse de la cour du château à moins d’un mètre d’elle. Le sort se relâcha de lui même et la princesse s’étala au sol. Malgré la fatigue, elle se releva très vite et trotta vers la muraille.

Les gardes ne lui posèrent pas de problèmes, ils avaient l’ordre de surveiller ceux qui entraient pas ceux qui sortaient. Et puis la jeune fille n’était pas encore poursuivie, rien n’indiquait qu’elle était prisonnière.

Zigzaguant entre les passants, la princesse - dont les habits ne reflètaient pas son statut - ne retenait l’attention de personne. Même ses cheveux blonds passaient inaperçu grâce à la crasse. Ses pieds nus lui faisait ressembler à l’une des milliers d’orphelins qui couraient comme elle dans les ruelles d’An Wesiri.

Elle avait mal partout lorsqu’elle passa enfin la muraille extérieure.

§

Les deux gardes hésitaient devant les immenses portes, Irtimir les sentait. Sans un mot, il fit signe à ses frères.

D’un geste, Maeko ouvrit les portes, révélant les deux hommes, surpris.

— Avancez.

Ils obéirent, longeant les rangs de colonnes qui semblaient les toiser. Une fois au pied des marches qui menaient aux trois trônes, ils s’inclinèrent bien bas.

— Relevez-vous.

— Et parlez.

L’un des deux hommes déglutit bruyamment, faisant grogner Irtimir que sentait de plus en plus de peur venant du garde.

— Votre prisonnière… commença-t-il courageusement, brisant le silence menaçant qui s’était installé. Il y a eut une explosion dans sa chambre...

— Comment ça ? l’interrompit Maeko qui s’était redressé sur son siège.

— Je ne sais pas votre Majesté, il y a eudirigéerand bruit et qhabilléeus sommes arrivésee, tout était détruit et la prisonnière était inconsciente sur le sol. Enfin, c’est ce qu’on pensait avant que…

— Où est-elle ? le coupa de nouveau le brun du milieu, ses yeux métalliques prêt à le découper en morceaux.

— Elle a sauté par la fenêtre, lâcha-t-il d’un coup.

Le deuxième, qui n’avait pas ouvert la bouche, était légèrement en retrait, il tremblait de plus en plus.

— Où est son cadavre ? demanda calmement Niamor.

— Il n’y a pas de corps, on a rien trouvé au pied de la tour.

Maeko fit un signe à Irtimir qui se jeta sur l’homme. Il planta ses longues griffes de métal, qui ornait sa main gauche, dans la gorge tendre. Le sang chaud éclaboussa son compagnon pétrifié de terreur. Irtimir essuya le métal sur sa manche en remontant vers ses frères. Le garde restant, dont les bottes nageaient dans le sang, n’en revenait pas d’être encore en vie.

— Toi, lance Kira à ses trousses, ordonna Niamor. Elle est faible, survivre à sa chute n’a pas dû être simple, elle la ratrapera facilement.

— Nous la voulons vivante, précisa Maeko avec un sourire.

§

Il ne faisait pas encore nuit lorsque les jambes de la princesse la lachèrent. Ses pieds nus saignaient et son ventre grondait. La blonde était épuisée.

Un fois sortie de la ville, elle s'était dirigé vers l'ouest. Zalénia savait qu'ainsi, elle finirait par trouver son royaume. Combien de temps lui faudrait-il ? Est-ce qu'elle arriverait à passer la ligne de front ? Comment allait-elle se nourir ? Elle ne savait ni chasser, ni pêcher. Avant toute chose, elle devait avancer. La princesse se doutait que les Sharaka ne la laisserait pas fuir ainsi. Elle était forcément poursuivit.

La jeune femme traversait actuellement une grande forêt qui semblait ne jamais se finir. Il fallait qu'elle se repose, c'était vital. Renonçant à continuer car cela lui était impossible, la blonde grimpa tant bien que mal dans un arbre pour se réfugier sur une grosse branche, loin du sol et des prédateurs. Elle s'emdormit rapidement en priant pour ne pas tomber durant son sommeil.

§

Kira avait été sorti du lit par quelqu'un qui martelait sa porte.

— Laissez cette porte tranquille, elle ne vous a rien fait, marmonna-t-elle en se levant.

La brune venait seulement de finir son tour de garde, du moins c'est ce que le peu de sommeil qu'elle avait eut lui faisait penser. Il faisait jour. Elle avait passé la nuit debout dans les couloirs de la forteresse.

La chevalier ouvrit brusquement la porte, découvrant un soldat banal mais plutôt paniqué.

— Qu'y a-t-il ? grogna-t-elle.

— Une prisonnière s'est enfuit, les Sharaka vous ordonne de la ratrapper.

Quel genre de prisonnière demandait l'aide d'un chevalier du dragon ? Et puis pourquoi lui demander à elle ? Gavin était probablement sur son dragon et totalement disponible. Pourtant, Kira ne posa aucune de ces questions et referma la porte.

Elle s'habilla rapidement et enfila seulement son plastron avant d'attraper son épée.

— Allons-y, lança la brune au soldat qui attendait toujours devant la porte.

A grande enjambé, la chevalier se dirigea vers l'extérieur. Elle entendait le garde trottiner derrière lui, oscillant entre le soulagement et la peur.

— C'est toi qui gardait la prisonnière, c'est ça ? demanda Kira sans se retourner.

— O-oui.

— Comment a-t-elle fuit ?

— Elle a sauté par la fenêtre.

Ceci expliquait son affolement, les Sharaka avait dû être terriblement en colère. De la récupération de la fugitive dépendait sa vie.

Ils arrivèrent rapidement dehors où les rejoignit Maraxès.

La dragonne mauve se posa dans un nuage de poussière, faisant reculer le soldat.

"Tu ne dors pas ?" demanda-t-elle.

— Non, nous avons une mission, lui répondit Kira avant de se tourner vers l'homme. A quoi ressemble la fugitive ?

— Elle est jeune, blonde et probablement assez sale. Elle est habillé d'habits de toile et n'a pas de chaussures.

— Blonde ?

— C'est une zalénienne.

— Hm, elle doit donc s'être dirigée vers Zalia, murmura-t-elle pour elle même.

Sans un mot de plus, la brune sauta sur le dos de Maraxès et elles décolèrent.

§

Lorsque Zalénia se réveilla, il faisait nuit. Personne ne l'avait rattrapé.

Elle souffla de soulagement, la blonde se sentait nettement mieux. Certes, il lui faudrait bientôt songer à se nourrir, mais elle voulait couvrir le plus de distance possible.

La princesse sauta donc à terre et reprit sa marche rapide.

Etonnament, elle atteignit l'orée de la forêt avant que le jour ne se lève. S'étendait devant elle, à perte de vue, un immense champs de blé. Seule une petite maison avec ce qui ressemblait à un moulin à eau brisait la ligne d'horizon. Il y avait donc probablement une rivière, Zalénia pourrait s'y désaltérer.

Pourtant, quitter la relative sécurité des arbres lui faisait peur. Si elle avançait, elle serait à découvert. Lançant des coups d'oeil dans tout les sens, la blonde finit pourtant par faire ses premiers pas en dehors du bois avec courage. Les tiges de céréales étaient assez haute pour ma masquer pratiquement entièrement, ce qui - elle l'espérait - lui permetterait de passer inaperçu.

Pourtant, au bout de quelques minutes, Zalénia sentit que quelque chose clochait. Le vent s'était levé lorsqu'une ombre masqua la lune.

Un dragon.

Ils avaient envoyé un dragon.

Paniquant, la princesse fit demi-tour pour courir se cacher dans la forêt.

Les plantes se plièrent lorsque le dragon se posa tout près d'elle, mais elle refusait de s'arrêter et continua de courir.

La jeune fille entendit quelqu'un pester juste avant qu'elle ne s'étale dans la poussière. Pitoyable. La peau égratinée et la cheville en compote, Zalénia se relava difficilement pour se tourner vers l'ennemi.

§

Elle était vraiment jeune, voilà ce que se dit Kira en voyant la jeune fille paniquer à son arrivé. Et voilà que la blonde avait renoncé à fuir et lui faisait face.

Qui était-elle ? Elle ne semblait pas savoir combattre, ni utiliser une quelconque magie. Que lui voulait les Sharaka ?

— Je ne veux pas te faire de mal, rends-toi sans faire d'histoire, lui lança la brune.

— Je ne me rendrais pas !

— Je ne demanderai pas une deuxième fois.

— Je veux seulement rentrer chez moi...

Sa voix s'était brisée sur le dernier mot, depuis quand était-elle retenue ? Sa jeunesse frappait plus que sa saleté ou sa maigreure. Kira aurait voulu l'aider, mais elle avait des ordres et un but. Elle ne pouvait pas se permettre de se trahir pour une inconnue.

La brune s'avança donc vers la blonde et dégaina sa lame.

— Je suis désolé, murmura-t-elle avant de frapper du plat de l’épée.

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