Chapitre 29 : Orestt

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Sheireen marchait depuis plusieurs heures, ayant renoncé à ses pouvoirs, elle ne pouvait donc pas se téléporter - quoique cette technique ne soit pas encore tout à fait au point.

Elle traversait les grandes plaines stériles de la Terre Rouge, observant les volcans d’où sortaient de la fumée figé à cause d’elle. Il faisait tellement chaud que la jeune fille voyait le sol miroiter. Elle avait figée le temps en fin d’après-midi, le soleil ne bougeait pas mais Sheireen sentait que son corps était épuisé, ainsi décida-t-elle de faire une pause à l’ombre d’un gros rocher. Elle n’avait pas peur d’une possible attaque durant son sommeil car tous étaient figés.

Pourtant, elle fut réveillée par un bruit de cailloux roulant sous les pieds de quelqu’un. Le sort s’était-il dissipé pendant qu’elle se reposait ? Elle se redressa et sortit sa lame le tout le plus discrètement possible. Caché derrière le gros rocher, elle tendait l’oreille. Il n’y avait plus aucun bruit, avait-elle rêvé ? Toujours sur ses gardes, elle risquait un coup d’œil en dehors de sa cachette.

Rien en vu. Tout était encore bien figé.

Alors qu’elle s’était convaincue qu’elle avait rêvé et qu’elle abaissait son arme, elle sentit quelque chose d’étonnement froid se poser sur sa nuque.

— Qui es-tu ? Et pourquoi es-tu la seule à ne pas être figé ? résonna une voix masculine dans son dos.

— Je pourrais te poser les mêmes questions, fit remarquer Sheireen sans bouger. Puis-je me retourner ?

— Non. Restes où tu es.

— Dis-moi au moins a qui ai-je l’honneur.

— Tu es chevalier ou quelque chose comme ça ? l’ignora l’homme.

— Oui. Je suis envoyé par la Reine elle même, répondit la jeune fille avec ce qu’elle espérait de l’autorité ou au moins de l’assurance.

— Sa Majesté, rien que ça, tu me prends pour un idiot.

— Je dis la vérité. Puis-je me retourner, redemanda-t-elle, cela sera plus commode pour parler.

— D’accord, mais pas de geste brusque, concéda ce qui se révéla un jeune homme brun.

Elle planta ses yeux violets dans les puits noirs qu'étaient ceux de son interlocuteur. Il était pâle, sûrement originaire de la Terre Noire. Les yeux de la jeune fille se baissèrent ensuite sur la lame près de son cou, simple mais très bien aiguisé. Plus longue qu’un poignard mais plus court qu’une épée, elle permettait au garçon de garder une certaine distance avec son adversaire. Sa main ne tremblait pas. Il devait déjà avoir tué mais il n’était clairement pas soldat. Ses habits sombres devaient lui tenir très chaud sous ce soleil de plomb, pourtant, il n’en montrait rien.

Il finit par rompre son observation avec une énième question - quoique un peu plus perspicace.

— Est-ce que c’est toi qui a arrêté le temps ?

— Probablement.

— Tu n’es donc pas chevalier, tu es une sorcière c’est ça ?

— Tu n’y es pas du tout, dit Sheireen en se retenant de rire, je suis dragonière en réalité. Une chevalier qui chevauche un dragon et qui utilise autant l’épée que la magie.

— Je sais tout ça, répondit-il malgré son ton qui insinuait le contraire.

— J’ai un petit creux. Tu pourrais baisser ton arme et on pourrait parler en mangeant, qu’en dis-tu ?

Il n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche qu’il fut devancé par son estomac qui grondait.

— Je vais prendre ça pour un oui, sourit la jeune fille.

Il abaissa lentement sa lame et regarda Sheireen farfouiller dans son sac pour en sortir de la viande séchée et du pain. Elle s’asseya et attendit qu’il la rejoigne. Avec réticence, il s’agenouilla et attrapa un petit bout de viande. Mastiquant en silence, chacun lançait des regards à l’autre. Enfin, il demanda :

— Raconte moi pourquoi tu as arrêté le temps, et pourquoi je ne suis pas touché.

Elle raconta rapidement ce qu’il était arrivé à Églantine et ajouta, soucieuse :

— Par contre… je ne sais pas pourquoi tu n’es pas touché.

Il y eut un long silence que Sheireen rompit en lui demandant son prénom. Il hésita mais sûrement après s’être dit qu’il n’avait rien à perdre, il dit :

— Orestt.

— Enchanté, moi c’est Sheireen, répondit-elle en tendant sa main que le brun serra avec force.

Après avoir mangé, l’elfe reprit la parole :

— Je dois continuer à avancer. J’aimerais savoir pourquoi tu n’es pas figé, je te propose de me suivre, si tu le souhaites évidemment. Sinon, nous pouvons nous séparer. Je devrais dissiper le sort d’ici dix jours environ.

Il réfléchit quelques instants et finit par acquiescer.

— Je viendrais avec toi. Je veux en apprendre plus.

§

Les jours passèrent sans que le soleil ne bouge. Les deux compagnons d’infortune arrivaient à la frontière entre la Terre Rouge et la Terre Verte. La coupure se faisait progressivement, les arbres remplacèrent les roches et la température baissa.

Ils ne parlaient pas beaucoup, Orestt était très secret. Le garçon marchait d’un pas souple et silencieux. Il était toujours sur ses gardes. Au bout de quelques jours, Sheireen en déduisit qu’il ne devait avoir des activités très légales. Elle finit donc par le lui demander.

— Tu es une envoyée de sa Majesté, je ne crois pas que ce soit une bonne idée de t’en faire part.

— Tu es voleur c’est ça ?

Il ne répondait pas et elle prit ça pour un oui.

Lorsqu’ils s’arrêtèrent pour manger, Orestt, comme à chacun de leur arrêt, recommença à poser des questions.

— Est-ce que tous les dragoniers peuvent arrêter le temps ?

— Non. Je suis la seule.

— Et pourquoi ?

— Connais-tu le concept d’aura ?

— Non, avoua-t-il.

— Tout être humain ou elfe en possède une. Elle matérialise son énergie vitale et magique. Techniquement, toute personne possédant une aura peu pratiquer la magie…

— Même moi ? la coupa-t-il.

— Oui. Si tu es éveillé. C’est-à-dire, si un rituel « débloque » tes capacités.

— Hum.

— Il s’avère que chacun possède une aura de couleur différente. La mienne est noire, j’ai donc des pouvoirs innés.

— Tu peux faire autre chose que arrêter le temps ?

— Je peux me téléporter et téléporter des objets jusqu’à moi. Lorsque je me trouve dans la pénombre, je deviens invisible. Malheureusement, je ne peux pas te faire de démonstration.

— Et pourquoi ? demanda-t-il, soupçonneux.

— Arrêter le temps mobilise tous mes pouvoirs.

Le jeune homme acquiesça doucement, comme si cela coulait de source. Il s’étira doucement et s’allongea dans l’herbe sèche, les bras croisés sous sa tête. Il y eut un long silence puis il reprit la parole :

— Tu penses que je pourrais être éveillé ?

— Euh, tu compte devenir magicien ?

— Pas exactement, répondit-il avec une grimace.

— Tu aimerais mettre à profit la magie dans ta “profession”, c’est ça.

Il ne dit rien mais Sheireen savait que c’était vrai. Il ne semblait pas méchant, pourtant, elle doutait que ce soit bénéfique qu’il ait des pouvoirs.

— J’aimerais savoir de quelle couleur est mon aura…

— Il y a un test très simple pour le savoir, lui dit la jeune femme en se levant.

— Lequel ? s’exclama Orestt en se redressant en position assise.

— Normalement, je n’ai pas besoin de magie pour le faire. Lève-toi.

Il obéit et elle continua :

— Joins tes mains pour former un récipient, (elle versa de l’eau dans les mains du jeune homme et reprit :) maintenant, concentre toi. Respire et imagine que tu envoie de l’énergie vers cette eau. Tu sens l’énergie couler dans tes veines, voyager vers tes mains, puis en sortir pour aller dans l’eau.

Le visage plissé sous l’effort, Orestt resta dans cette position de nombreuse minutes. Sheireen sentait qu’il doutait de sa technique mais gardait patience. Il voulait vraiment savoir la couleur de son aura.

L’eau finit par frémir doucement puis à bouillir. L’eau se troubla alors, passant de transparente à grise puis, avec un hoquet de stupeur, Sheireen vit le liquide virer au noir.

— Ouvre les yeux, Orestt, dit-elle d’une voix grave.

— Noire ?! Tu m’as dit que c’était extrêmement rare…

— Je crois que nous avons trouvé pourquoi tu n’es pas figé.

— Pourquoi ?

— Tu es comme moi. Orestt, je crois que nous sommes des âmes-soeurs.

— Comment-ça ? demanda-t-il en continuant de fixer l’eau noire.

La jeune elfe se rassit et fouilla dans son sac. Elle en sortit le journal d’Onxy.

— Maintenant que je sais que tu es une aura noire, il faut que tu lise ça. C’est un journal écrit par une aura noire qui d’ailleurs te ressemble un peu.

— Je ne sais pas lire, avoua Orestt en détourna le regard.

Le silence se fit de nouveau. Il était encore debout au milieu de la clairière, les mains en coupe.

— Tu peux lâcher l’eau tu sais. Viens t'asseoir.

Il obéit et, une fois assis en tailleur devant Sheireen, il dit :

— Tu ne vas pas essayer de m’apprendre à lire ou je ne sais quoi j’espère.

— Pas exactement. Je vais te faire la lecture. A chaque fois que nous nous arrêterons, je te lirais un chapitre.

§

Les jours passèrent et Sheireen tint sa promesse. Ainsi, Orestt en apprit beaucoup sur son aura.

Ils finirent par arriver devant Yggdrasil. Sheireen ramassa autant de fleur qu’elle pouvait en transporter. Cela n’avait pas était compliqué de trouver la bonne plante, il n’y avait que ça qui poussait autour de l’arbre monde.

Ils ne s’attardèrent pas et reprirent leur route dans l’autre sens.

Sheireen avait presque finit de lire tout le journal à Orestt. Il était très attentif et posait souvent des questions. Il reconnut même que Onxy lui ressemblait. Sheireen en conclut donc que le jeune homme était bien un voleur et peut-être même un assassin. Pourtant, elle lui faisait confiance, elle l'appréciait même. Tandis qu’au début du voyage ils ne discutaient que très peu, ils se racontaient maintenant des blagues ou des histoires. Le retour passa donc beaucoup plus vite.

Alors qu’il approchait du point de départ de Sheireen, Orestt demanda :

— Quand tu auras relancé le temps, est-ce que tu pourrais m’éveiller. Dans le livre, Onxy éveille son âme-soeur. J’aurais pensé que tu pourrais faire pareil et m’entrainer ensuite.

— Je suis en mission, Orestt.

— Je pourrais t’être utile. Je pourrais partir en éclaireur, t’avertir du danger.

— Hmm, c’est vrai.

— Alors ?

— Jures-moi que tu n’utiliseras pas tes pouvoirs pour voler ou assassiner quelqu’un.

Orestt se figea et demanda :

— Comment, tu as su ?

— Intuition. Alors, tu me le promet ?

— Oui, je te le jure.

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