Liberté Chérie

de Image de profil de OrcraneOrcrane

Avec le soutien de  hersen, Jaypee 
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Je suis une enfant de la nature. J’ai grandi au son du chant des oiseaux et des cours d’eau. La douceur d‘un monde qui change au gré des saisons et du temps. Mais cette enfant insatisfaite de sa vie, se voyait vivre ailleurs, là où la vie se passe, où les gens font et accomplissent. Une vie de citadine, jeune, brillante et active. Regardant par delà l’horizon, où le soleil s’évanouit et où la Terre continue hors de ma vue. Je voulais être loin, là-bas. Il nous faut toujours faire attention aux voeux que l’on formule, car ils pourraient bien se réaliser.

Aujourd’hui, je suis dans cet autre monde, celui qui vit par delà l’horizon. Ici, où la pluie quotidienne déteint un monde triste et ne fait plus chanter les sous bois pleins de vie. Active dans cette fourmilière dépossédée, aux gestes mécaniques, à l’oeil morne. Je me suis fondue dans la masse d’un tout informe et tendu au gré des notifications. La beauté du monde me semble loin quand, un type louche m’attrape le corps d’un regard viscéral. Quand madame s’assied à mes côtés d’un corps lourd et « tant pis si je te bouscule... Après tout, faut bien que le monde profite de ma mauvaise humeur, de ma mauvaise vie ». De ces gens qui prennent l’air dans le bois d’à côté... air souillé par tant d’humains irrespectueux, qui sortent on ne sait où, bruyants, turbulents, fatiguants. Ils m’usent.

L’odeur de pisse de bière me vient aux narines alors que je n’ai pas encore pris mon petit déj. Les gens me doublent, bousculant au passage ma rêverie, la même que celle que j’avais étant enfant. Celle d’être ailleurs. La ville bourdonne sous mes fenêtres, au soleil qui brille dehors, alors que je suis enfermée dans cette vie voulue, de citadine aux grands airs. Le bureau aussi bourdonne, de sonnerie de téléphones, d‘impressions à la chaîne, de bavardages, de rires et de gens mécontents. Et la vie passe. Les jours, les semaines et me voilà, perdue avec des sentiments nouveaux. J’ai tout ce que j’ai toujours voulue. J’ai sacrifié ma solitude par amour. Dans cette ville où l’on ne peut jamais être seule, en paix, du matin au soir qui se fait attendre. Un courant d’êtres constant. Sans répit je subis les autres. Ceux que j’ai finalement appris à mépriser. Et lentement, je deviens morne à mon tour. Je souffre d’une peste moderne, qui s’attrape au fil de longues journées d’exaspération.

Je voudrais retrouver cette part de moi, sauvage et indomptable. Ma solitude sous les feuilles vertes des arbres du mois de mai. Où nul bruit de moteur, de sonnerie de téléphone, de gens qui crient, ne vient à mes oreilles. Seulement moi et la nature, le silence et sa paix. L’instinct calme qui me ressource, m’habite. Où est cet endroit, où je pourrais me retrouver avec moi-même? Cela fait longtemps que je ne me suis pas parlé à coeur ouvert, avec franchise et tendresse. Il ne me suffit pas d’ouvrir Google maps pour le trouver. Alors souvent, je ferme les yeux. Je m’arrête là où je suis et laisse le monde tourner aussi vite qu’il voudra.. il n’a qu’à tourner sans moi. Je suis trop occupée à retrouver l’odeur du bois mouillé et du pétrichor, en plein milieu d’un trottoir urbain. Malheureusement, ce n’est qu’un souvenir. Une mauvaise imitation de ma liberté d’être seule, sans yeux posés sur la longueur de ma robe, sans personne pour troubler mon corps d’une proximité étouffante. Je voudrais être loin, ailleurs, seule et libre. La solitude de ma liberté.

Je suis cette adulte insatisfaite de sa vie, se voyait vivre ailleurs, là où la vraie vie se passe, où les gens n’existent pas.

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En réponse au défi

La solitude

Lancé par Jaypee

Que votre texte rime avec « Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé » ou qu’il soit une ode à l’introspection, vous l’aurez compris, je vous propose un texte sur le sujet de la solitude.

Il peut tout aussi bien s’agir d’une rupture, d’une séparation momentanée ou des pensées d’un enfant solitaire et/ou timide, ou encore d’un moment que vous avez choisi volontairement, pour vous couper du monde.

A vos plumes !

Commentaires & Discussions

Liberté chérieChapitre7 messages | 2 ans

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