Chapitre 22. "Cap'taine Igloo et Mister Freeze sont dans un frigo..."

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J-3. Fort de Brégançon. Presque midi pétante maintenant...

C'est Jean-Lain qui est venu nous décoller. Façon de parler, bien sûr.

On se serraient tellement fort l'une contre l'autre, j'aurais souhaité me fondre en elle si cela avait été physiquement possible...

Il commence par un discret "Hum...hum... !" à la manière d'un type qui sait bien qu'il dérange son monde, mais comme on ne bronche pas d'un seul millimètre toutes les deux, attend un peu, puis d'impatience, voyant bien qu'il ne se passe pas grand chose, finit par murmurer :

—... Madeleine... s'il-vous-plaît, Madeleine... c'est vraiment très important... !

Je tourne alors lentement la tête vers lui. Il est en sueur, l'animal. Et là seulement, je saisis que ce doit être grave, car de mémoire je ne l'ai encore jamais vu dans un état pareil, Jean-Lain faisant partie de ces individus qui ont la chance, quoi qu'ils fassent, de ne jamais transpirer plus que de raison...

"... Bon... OK... alors, c'est quoi le problème, cette fois... ?!

—... C'est... c'est madame Gémiminiani !

Cela se passe dans ses yeux. Oui, il y a bien quelque chose d'étonnant là-bas, tout au fond de ses pupilles, comme une petite lueur douce et bienfaisante...

— Quoi, Gémiminiani... ?! Qu'est-ce qu'elle a encore foutu celle là... ?!

— Ben... Elle est con... Elle est...

—Elle est conne ?! Mais tout le monde le sait, ça, Jean-Lain !

— Non ! Elle est congelée, Madeleine... complètement congelée !

Et cette petite lueur magnifique que l'on distingue ainsi dans son regard est tout simplement son âme... oui, son âme... j'en suis absolument certaine maintenant. Son âme, radieuse, chaude, enivrante, enveloppante et si réconfortante, qui diffuse ainsi en virevoltant à travers ses pupilles...

— Quoi... ?! Comment ça CON-GE-LÉE... ?! C'est quoi encore cette histoire... ?!

— On vient de la retrouver, en bas, dans les cuisines... enfermée dans l'un des gros frigidaires ! On ne sait pas exactement ce qui a bien pu se passer... la porte a dû claquer derrière elle... mais ce qui est sûr... c'est qu'elle est toute raide maintenant !

Il se tamponne le front avec un mouchoir brodé à ses initiales. Qui donc de nos jours pouvait encore utiliser des mouchoirs en tissu et brodés à son nom, mis à part ce pauvre couillon ?!

— Ça... c'est sûrement à cause du Limoncello !

— ...Hein... ?!

— Ben, oui, mon p'tit Jean-Lain, le Limoncello ça se fout toujours au congèl ! J'vais quand même pas vous apprendre ça, non... ?! Toujours bien glacé, le Limoncello !

Je lui prends à nouveau les mains et me replonge sans modération dans son âme bienveillante... je suis si bien tout au fond de ses beaux yeux bleus...

— Madame Goret... allons... s'il te plaît, Madeleine ! Mais qu'est-ce qu'on va faire maintenant avec elle... ?!

Il commence vraiment à me taper sur le système nerveux, le grand Chambellan de mes deux, avec ses splendides auréoles sous les bras...

— Oh... non... ?! Tu t'appelles Goret... ?! C'est vraiment trop mignon ! Cela me fait penser à ces petites tirelires... tu vois bien, ces petits cochons roses... Oh, comme c'est trop mignon !

— Ouais... bof... tu trouves-toi ?! Moi, perso, je n'aime pas ! C'est moins bien quand même, tu l'avoueras, que Von der Froofroome... parce que ça au moins, ça a de la gueule, comme nom ! Von... der... Froo... froome...! Voilà un nom qui claque bien !

— Il me vient de mon arrière-grand-père paternel... un colonel de hussards en Autriche-Hongrie... j'ai quelques vieilles photos de lui à la maison... si tu veux, je te les montrerai un jour...

— Foutez-là au soleil... !

— ...Hein... ?

— Non... t'inquiète, ma chérie... c'est à Jean-Lain que je cause ! Oui, foutez-là donc en plein cagnard bien étalée de tout son long sur un transat, nom de Dieu, et vous verrez bien qu'elle va finir par dégeler ! Et ensuite, recouchez-là dans son lit... ça fera déjà plus propre !

— ... Oui... entendu... mais... et après... ?!

— Et après ?! Mais je ne sais pas moi, mon vieux ! Après, on avisera ! On fera venir un des toubibs du coin, et là, il verra bien qu'elle est morte, la mère Gémiminiani ! Faut se dire qu'on a de la chance parce qu'avec la congélation du corps on a un peu de temps devant nous... j'ai déjà vu ça à la téloche, dans un Colombo !

-Un Colombo... ?!

-Mais oui, Jean-Lain ! L'inspecteur Colombo ! Vous ne regardiez pas Colombo ?! Le type tue sa femme, la fourre directos au congélateur et puis ensuite il a tout son temps pour se dégoter un alibi en béton... le crime parfait, quoi ! Hé ben, nous, on va faire la même chose ! On va la laisser décongeler en douceur, la mère Gémiminiani, le temps de s'arranger tranquillement avec tout ça !

Cela l'avait semble-t-il rassuré un peu cette histoire de congélo avec l'inspecteur Colombo. Rien de tel que ces vieilles séries américaines pour vous refiler une solution à tous vos petits problèmes du quotidien...

— Bon... hé bien... alors je vais faire comme on a dit... merci Madeleine... et à plus tard, donc !

— Ouais, c'est ça, Jean-Lain... à plus !

-... Oui... oui... à plus... mais bien sûr... décongelée... et encore merci... oui, oui, ça va aller... ça va aller maintenant... !

Et il repart comme il est venu, sans bruit, mais avec peut-être un peu plus d'assurance. Je ne sais pas pourquoi mais cela me fait quelque chose de le voir ainsi, tout chamboulé, mon petit Jean-Lain. En définitive, ne suis-je pas aussi cruelle que j'en donne l'impression...

" Je trouve que tu as été un peu sec avec lui tout de même... !

-Mais... c'est une burne, ce Jean-Lain ! D'ailleurs... ce sont tous des demeurés, tiens ! Et tu ne peux pas t'imaginer comme j'en ai marre de tout ces clampins ! Ils ne savent pas quoi inventer pour me faire tourner en bourrique ! Et c'est comme ça tous les jours de la semaine ! Crois-moi bien que si un jour on se décide à foutre tous les cons de la Terre dans une boite, eh bien, ceux-là, j'peux te garantir qu'ils ne resteront pas plus de cinq minutes à tourner autour !

— ... Ah... toi aussi, alors... tu... tu es comme moi... tu ne supportes plus ton boulot, hein... ?!

— Non ! C'est eux que je ne supporte plus ! Tous des imbéciles que je te dis ! Même le Président est un sacré connard !

Elle me passe une main sur les cheveux, tout doucement, avec une tendresse infinie, comme le ferait une maman aimante avec son enfant chéri, un gros chagrin sur le cœur...

— Bon, Gladys, ne parlons plus de ça, tu veux bien... ?! Et dis-moi plutôt si cela ne te dirait pas de m'accompagner ce soir, à cette soirée chez Gonfarel... ? Allez, Gladys... dis-moi oui ! Oh, oui... cela me ferait tellement plaisir si tu disais oui !

— Ah... il y a une soirée chez Gonfarel... ?!

— Oui... enfin ce n'est pas exactement chez lui, je crois... c'est dans la baraque de l'un de ses potes... un émir du Koweit, ou de je ne sais plus trop d'où... en tout cas, c'est à St Trop ! Je suis certaine que cela te ferait du bien de sortir un peu... allez... dis-moi oui, s'il-te-plaît ! S'il-te-plaît, Gladys... ?!

Elle accepte, et moi, Mado, la petite Mado, je lui promets à nouveau de bien m'occuper de ses tortues... Oh, bon sang... comme la vie est drôlement chouette à vivre !

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