Chapitre 14. Et plouf... !

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J-3. En l'air. Une matinée déjà bien avancée.

Peu après notre décollage d'Orly, fort heureusement réussi, le Président propose l'organisation d'une grande tombola surprise. Les heureux gagnants se verront attribuer une place VIP à bord d'un hélicoptère pour se rendre à Brégançon, comme cela est prévu pour tous les membres du Gouvernement –ainsi que pour quelques éléments indispensables, dont je fais heureusement partie– au lieu de se coltiner, comme les autres, les quatre heures minimum de route entassés dans des autocars : la corniche étant toujours particulièrement embouteillée à cette époque de l'année...

Cela augmentait nos frais de déplacement, mais, très grand seigneur, le Président promis de prendre l'intégralité de ce surcoût à sa charge. Ou plus exactement, en tapant comme d'habitude dans la caisse noire de l'Élysée, qui n'était pas du tout faite pour ça, mais rendait bien des services tout de même.

On dégote donc un grand chapeau de paille dans lequel sont jetés les bouts de papier avec le nom des participants, et je reconnais facilement l'huissier avec sa grosse chaîne dorée autour du cou qui s'avance dans le couloir, avec ledit chapeau de paille. C'est l'ostrogoth que l'on devait passer par les armes ce matin, et qui, visiblement, avait réussi à échapper au poteau d'exécution. Plutôt curieuse de nature –on en a déjà parlé ensemble, je crois– je l'interpelle aussitôt pour en savoir un peu plus...

" Mais dites-moi, mon ami... je me trompe peut-être, mais n'était-ce pas vous qui deviez être criblé d'une bonne douzaine de balles, ce matin ?!

— Si, si... ! Ben, si ! C'est bien moi, madame du Pöet ! Finalement, vous allez rire, mais j'ai eu de la chance ! Ma peine a été commuée en de simples travaux d'intérêt général ! Je ne ferai que deux mois de service gratis, et puis ils passeront l'éponge, qu'ils m'ont dit !

— Bien ! Alors, on peut vraiment dire que vous êtes un sacré veinard, vous ! Bon, quand vous en aurez terminé avec cette foutue tombola, vous pourrez m'apporter un grand bol d'eau bien fraîche ?! C'est pour mon petit Balou !

— Mais bien sûr, madame du Pöet... bien sûr, je vous apporte cela tout de suite !

Le reste du vol se déroule sans aucun problème, et l'on se pose tout en douceur sur la piste du très bel aéroport "Nice-Côte d'Azur". Selon cette coutume idiote, entrée dorénavant dans les mœurs aéronautiques, l'ensemble des passagers applaudit chaleureusement le pilote. L'ambiance est au top. Surtout que, comme le Président nous l'avait annoncé une heure plus tôt : à Nice, il fait un temps superbe. Le ciel est bleu, et la chaleur étouffante, bien que tempérée ici grâce à l'action très appréciable d'une légère brise marine. L'idéal pour succomber sans la moindre résistance au farniente, allongée sur un transat en résine polymère et bien à l'ombre d'un parasol... Mais au lieu de cela, nous embarquons, tout de suite ou presque, dans l'un des hélicos tout bariolés qui nous attendent déjà en ronronnant d'impatience sur le tarmac chauffé à blanc.

Je suis de la première fournée, celle qui comprend le Président bien entendu, mais également sa Josyane, Jean-Lain, et notre premier ministre Tanguy Le Bibronzic.

Tanguy Le Bibronzic, dont je n'ai pas encore eu vraiment l'occasion de vous causer jusqu'à présent, est un breton estampillé pur beurre salé comme son patronyme nous l'indique assez clairement, et qui, comme si cela ne suffisait encore pas, revendique bien haut et bien fort ses origines armoricaines dès qu'il en a l'occasion. Une créature plutôt surprenante, mi-homme, mi-korrigan, qui se drape du "Gwenn-Ha-Du" en toutes circonstances !

... Le Gwenn-Ha-Du... ?! Mais si... bien sûr... allons... évidemment que vous le connaissez ce bel étendard noir et blanc avec toute une ribambelle d'hermines qui flotte à tous vents et que l'on aperçoit quasiment du matin au soir sur nos écrans de télévisions ! Défilés, manifs, concerts, enterrements de gens célèbres, et bien entendu rencontres sportives de tout poils... Aucune hésitation n'est possible ; il n'existe pas de peuple plus fier de ses origines sur l'ensemble de notre planète que ce peuple-là ! C'est bien simple ; ils sont partout ces bretons ! Et même parfois sous nos couettes... car je l'avoue, j'ai aussi fricoté pendant quelques temps avec un petit breton !

Balou en était complètement fou de celui-ci. Il est indéniable que ces gens de la campagne savent parler aux bêtes ! Et puis, moi aussi je ne vous cache pas que je l'aimais bien, ce petit Loïc. Comme "Crazy in love" tous les deux... !

Mais, cela n'a malheureusement pas duré très longtemps : un jour, il nous a quitté... "L'appel du large" comme ils disent à Brest-même, tout en regardant fixement l'horizon, avec la mer d'Iroise qu'est juste devant, et puis l'oeil bien tristounet qui ne demande qu'à s'épandre. Ouais... Il nous a fait son petit baluchon un beau matin, le petit Loïc, et puis il est parti...

"Kénavo... ! Kénavo ar wech all, Mado !" et direction l'île de Pâques, où il avait un "Pays" là-bas, un vague cousin de Paimpol, et seul français vivant sur cette île de seulement quelques kilomètres carrés complètement perdue au milieu de nulle part.

— On va t'y monter une pizzeria... ! C'est ben trop chouette, non... ?!

— Hey... ho, pop, pop... ! J'crois bien que tu te goures mon gars, tu voulais plutôt dire une crêperie, non... ?!

— ...Mais pas du tout, Mado ! C'est ben une pizzeria, que j'te dit !

T'as sûrement raison, mon petit Loïc... Cé ben trop chouette ! En tout cas, plus jamais eu de ses nouvelles depuis, au pizzaïolo !

Bon... revenons donc à notre Tanguy Le Bibronzic qui lui était l'archétype même de l'arriviste en politique...

À l'instar de pas mal de ses compatriotes, il a le sens de la navigation dans le sang. La chose est –avec la luxation congénitale de hanche et un penchant certain pour la bibine– comme qui dirait inscrit dans leurs gênes, à nos bretons...

Mais si ses ancêtres, à ce Tanguy, pêchaient la morue ou le merlan barbu du coté de Terre-Neuve et du Labrador, lui, il avait déjà viré plusieurs fois de bord, n'hésitant jamais à prendre la direction du vent qui le pousserait le plus loin possible dans ses ambitions... Ce n'était pas tant qu'il vaille beaucoup plus que la plupart des autres politicards, étant lui aussi un parfait crétin doublé d'une buse imbue de sa petite personne, mais il avait surtout les dents beaucoup plus longues que la moyenne, le pépère... ! Ce n'étaient plus des dents d'ailleurs à cette échelle, mais plutôt des piolets d'escalade. Et qui lui servaient justement à grimper... grimper... et toujours plus haut ! Un jour prochain, cela est inévitable ; ce gonze-là deviendrait Président de la République. En tout cas, il faisait son maximum pour que cela arrive.

Bien entendu, il avait déjà une sacrée batterie de casseroles aux fesses, comme un certain nombre de ses collègues, mais cela ne préjugeait en rien d'un brillant avenir politique.

"Ma bonne dame, si vous saviez ce que les gens qui votent dans notre beau pays ont si peu de mémoire pour ces choses-là... !"

Accessoirement, il se pourrait bien qu'il lui pique aussi sa Josyane à notre Président. Mais ceci était une autre histoire...

Après le décollage, nous survolons toute la côte en radada. Sur le trajet, nous nous permettons même un petit vol stationnaire de quelques minutes juste au dessus de "la Madrague", rien que pour faire plaisir au Président, qui est un fan absolu de madame Brigitte Bardot. Celle du cinoche en noir et blanc, avec ses grandes cuissardes en cuir bien pratique pour enfourcher une Harley.

Et il a de la chance, on l'aperçoit la star...

Un sacré coup de bol car elle se repose bien tranquillement dans son jardin, avec tous ses chiens et ses chats autour d'elle, et bien sûr son baudet castré qui n'est pas très loin non plus. Et comme il est content de l'apercevoir, notre Président ! Il en trépigne d'ailleurs tellement de joie que le pilote lui dit de se calmer un peu, cela pouvant finir par déstabiliser notre hélico.

Notre BB nationale semble un peu moins apprécier la visite... Si j'ai de bons yeux, je crois bien qu'elle nous gratifie finalement d'un vigoureux bras d'honneur, l'ancienne vedette toute fripée !

Puis, reprenant notre chemin, après quelques minutes de vol, nous nous posons enfin sur l'héliport, plus ou moins de fortune, situé sur la digue rocheuse tout en bas du fort.

L'endroit est plein de charme...

La porte coulissante du zinzin à peine ouverte, mon Balou saute de la carlingue, et se précipite directo dans l'eau, sans que j'aie le temps de le retenir. Je ne vous l'ai pas encore dit, mais il adore la flotte, mon Balou... ! Faut le voir dans les rouleaux, à Quiberon, comme il s'éclate, le petit gros à sa maman !

Mais le plus marrant, c'est que le Président le suit immédiatement, après s'être déshabillé et mis en calbut' à fleurs en moins de temps qu'il n'en faut pour vous le dire. Lui aussi, a l'air de drôlement aimer ça, la flotte !

"Oh... Pute borgne, qu'elle est bonne !"

Exactement ce que doit penser Tanguy Le Bibronzic, en matant du coin de l'œil la Josyane qui se désape à son tour derrière un petit muret en pierres sèches bien branlantes...

Jean-Lain, par contre, ne semble pas apprécier du tout la situation...

"M'enfin... ! Monsieur le Président ! Vous savez qu'il y a une piscine dans le fort... Et qu'elle est chauffée... alors cela serait peut-être plus prudent de vous baigner là-haut... il y a plein de méduses par ici !" Mais notre Président, barbotant en caleçon dans la grand'bleue, s'en fout royalement des méduses à Jean-Lain. Ô quelle émotion, est-ce donc, d'observer un homme prendre autant de plaisir à faire des brasses coulées...

"Mais... faites donc pas chier, Jean-Lain ! Bon sang, allez donc plutôt vous occuper du repas de ce soir ! On veut de la langouste grillée... ! Et du Bandol aussi... ! Oh oui... N'oubliez surtout pas le Bandol ! Et puis tiens, trouvez-moi donc aussi un frisbee ! Je suis sûr que cela va amuser le charmant petit chien de madame Goret !"

En causant de langouste justement, la Josyane apparait dans un bikini multicolore, et à lanières pendouillantes, de chez Goud'chi... Et Le Bibronzic a maintenant la langue qui traîne littéralement dans le sable. Faudra surtout pas qu'il vienne se plaindre, çui-là, s'il se chope une mycose carabinée... !

Pendant ce temps, le deuxiéme hélico se pose, et il en sort trois gardes du corps armés jusqu'au dents, ainsi que José-maria Ocarina-Mimimoun-Doudouillet en fauteuil et madame Fifignon toujours bien incrustée dans sa bouée, selon un principe très bien établi dorénavant dans notre code de bienséance, que les invalides sont toujours prioritaires, et même pour des ballades impromptues en hélicoptère.

Évidemment, ils sont tous assez surpris d'apercevoir le big boss et sa première dame barbotant ainsi...

— Allez Fifignon, venez donc vous tremper le derche dans le bouillon ! Vous allez voir comme elle est chaude !

— ... Mais... Monsieur le Président... je n'ai pas mon maillot de bain sur moi !

— Et alors... ?! Mais qu'est-ce qu'on s'en fout, Fifi ! Y'a pas besoin de maillot ici ! Allons voyons, quoi... on est entre nous là !

Joignant immédiatement le geste à la parole ; il retire son caleçon à fleurs, puis, hilare, le fait tournoyer au-dessus de sa tête... Tout cela me semble prendre une tournure assez sympathique de spring-break californien, nonobstant bien entendu le mauvais goût vestimentaire de certaine protagoniste, et l'extrême vulgarité de la situation...

OMD (Ocarina-Mimimoun-Doudouillet) sur ses roulettes, tente de s'avancer un peu dans le sable ; mais ça ne veut pas... il est déjà quasiment enfoncé à mi-moyeux lorsque l'un des gardes du corps se décide enfin à poser sa jolie mitraillette et à le pousser jusqu'au bord de l'eau.

— Monsieur le Président... Monsieur le Président ! Il faut que je vous parle...

— ...Quoi... ?!

— Il faut que je vous dise, Monsieur le Président... ça y est... ! Je viens d'avoir l'info à l'instant même... Vous allez être content... c'est fait... on a retrouvé Gonfarel ! Mes gars ont eu du mal, mais ça y est on vient finalement de le localiser !

— Hein... ? Quoi ?! Qui ça... ?! Bon, Jean-Lain... Et ce frisbee, alors... ça vient ou pas ?!

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

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