Chapitre 13. Drink-time au Zanzi-bar

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J-3. Saint-Tropez. Le Paradise. Minuit trente environ.

À la question : "Et c'est quoi, ta pointure... ?", je ne sus pas répondre.

Et pour le reste ? Pas mieux ! Improvisation totale sur toute la ligne !

"Alors, comme ça, tu affirmes qu'on t'aurait tout fauché ?!

— ... Mais oui, Zoé... TOUT ! Argent, papiers... et tu vois... même mes chaussures !

— ... Bon, ce n'est pas très grave... essaye donc ça, c'est du quarante-trois... j'ai l'impression que ça devrait t'aller !"

Après avoir déniché dans un recoin de la loge une valise abandonnée et remplie de vieilles fringues, la voilà qui insiste maintenant pour me relooker des pieds à la tête.

"Parce que tu sais, je crois bien que même ici, à Saint-Trop', personne ne s'habille de cette façon, mon chou !" Oui... elle avait décidé également de m'appeler "mon chou" !

Abandonnée donc, ma superbe djellaba immaculée pour un vieux jean's rapiécé aux fesses ainsi qu' un polo très moche.

"Hé ben, voilà... ! C'est quand même mieux, non ?! T'es beau comme un camion de pompier tout neuf !

— Crois-tu... ? Pourtant je ne suis pas très fan de cette couleur... ce n'est pas quand même un peu... mauve, non ?!

— Ben, justement ! C'est l'une des couleurs très tendances cet été !

— Ah bon... ?!"

Puis, on sort. Elle désire m'emmener "pour fêter ça !" dans un petit bar très tendance lui aussi, "qui ne paye pas de mine mais qui est vraiment très sympa, tu verras !", et surtout situé un peu à l'écart de toute l'agitation nocturne du Saint-Tropez "Bling-bling".

À l'entrée du cabaret, Brice, mon gros baraqué black rencontré un peu plus tôt dans les toilettes, fait le tri au faciès dans une file d'attente hétéroclite et longue d'environ quatre-vingt cinq mètres. Il me reconnait immédiatement, et ceci malgré ma métamorphose vestimentaire. Rien de très étonnant toute fois, n'est-il pas de notoriété publique que ce genre de types, n'ayant pourtant généralement pas inventés la corde à sauter ou bien encore l'haltère en fonte moulée de cinq kilos, sont toujours assez physionomistes ?

"Alors, le fakir... on s'est décidé à mettre des pompes ?!"

L'on marche un peu. Il fait bon, et dans les ruelles étroites, nous croisons de petits groupes de jeunes gens et jeunes filles déjà bien éméchés, tandis que d'assourdissantes basses de sonos déchainées résonnent dans l'air parfumé d'exhalaisons de micocouliers, de bougainvilliers, ou parfois aussi de gros sacs-poubelles éventrés. Je découvre tout cela avec un certain ravissement, habitué il est vrai depuis si longtemps, à un autre univers tellement plus aseptisé.

Mes nouveaux souliers me font souffrir et je commence à boitiller lorsque nous atteignions enfin ce "petit bar si sympa". Zoé avait raison : on est bien plus au calme dans cette partie un peu reculée de la vieille ville. Cependant, malgré l'heure tardive, il y a encore beaucoup de monde installé en terrasse. Par chance, une table se libère à l'instant même où nous arrivons. À peine assis, un serveur s'amène en trainant des pieds, mal rasé, un torchon répugnant de crasse sur l'avant-bras droit, et se penche pour faire la bise à Zoé...

" Hé, salut, ma p'tite beauté ! Alors, quoi de neuf depuis hier soir ?!

— Un nouveau boss, mon poto ! Ouais... j'ai un nouveau boss comme tu peux le voir !"

Le type me dévisage, l'oeil interrogateur.

— ... On s'est déjà vu quelque part non... ?!

— ... Heu... non... je ne crois pas ! Et cela m'étonnerait même plutôt car je viens tout juste d'arriver sur la... enfin... dans le coin !

— ... Ah... tiens... j'aurai pourtant juré t'avoir déjà vu quelque part... ! Bien... et je vous sers quoi ?!

— Pour moi, tu sais très bien que ce sera comme d'habitude : un kardachi ! Et toi, mon chou... ?!

— Un kardachi ?! C'est quoi un kardachi... ?!

— Comment ça... tu connais pas ?! Cachaça, vodka, pastis, et un soupçon de grenadine, la boisson de l'été... idéale pour te faire un cul de rêve !

— ...?...

— Ben, ouais... ! Kardachi... pour Kardachian, allons quoi ! Hey ho, vous captez pas Internet d'où tu viens... ?!

— ... Si, si... mais si... bien sûr qu'on capte ! Mais... n'est-ce pas un peu trop alcoolisé ?!

— Mais non, pas du tout ! Allez, OK, mon Sergio, va pour deux Kardachis !"

Le serveur repart, non sans s'être senti obligé de passer un rapide coup de son immonde torchon sur notre table.

"Dis donc, mon chou... t'es pas marié au moins... ?!"

La question avait fusé, directe, sans préparation aucune, et pour le moins assez surprenante.

" ... Hein... ?! ... Qui ça ? Moi ?! Moi, marié ?! Mais bien évidemment que non !

All right... ! Parce que tu comprends, mon poulet, je préfèrerai le savoir de suite... ! Des zouzous, la gueule enfarinée, avec une bobonne et toute une ribambelle de mioches à la maison, et qui recherche l'aventure d'un soir... je peux te dire que j'en ai vraiment soupé, moi !

— ...Si cela peux te rassurer... je ne recherche pas l'aventure ! Cela serait même plutôt tout le contraire ! Mais... je ne saisi pas très bien le sens de ta question... ?!

Elle non plus ne semble pas comprendre...

" Hé, ho... arrête un peu ton char, Ben-Hur ! Tu crois peut-être que je ne t'ai pas vu tout à l'heure ?!

— Quoi... ?! Comment ça tout à l'heure ?!

— Oui... tout à l'heure... lorsque je me changeai derrière le paravent... j'ai bien senti tout de suite que tu t'intéressais grave à moi... ! Ne le nie pas, mon chou... j'l'ai vu !

Elle bat des cils, tandis que j'avale assez péniblement ma salive.

Voilà déjà que je me retrouvais dans un pétrin sans nom, aussi avais-je vraiment encore besoin de ceci en plus ?! Mais, bon sang de bon soir, qu'est-ce qui leur avaient donc pris de m'expédier ici ?! J'estime que l'on pouvait se le demander tout de même ! Et pourquoi donc à Saint-Tropez ! Et pourquoi pas à Cancun aussi pendant qu'ils y étaient ?! Où bien tiens, à Zanzibar ?! Ouais... à Zanzibar ! Pas mal non plus, Zanzibar, pour tenter de déjouer une guerre mondiale qui se profile bien tranquillement à l'horizon ?! Non contents de m'avoir un peu forçé la main pour descendre, et c'est vraiment le moins que l'on puisse dire, ils n'avaient pas trouvé mieux que de me larguer n'importe où... ! J'aurais dû refuser ! Oui, n'avais-je pas le droit de refuser après tout ?! Alors, pourquoi ne l'avais-je pas...

"Et voilà ! Deux Kardachis pour les amoureux !"

Tiens... et si pour débuter, je l'étranglai avec son immonde serpillère, celui-là... ?!

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