Chapitre 12. Ah... si les connes volaient !

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J-3. Aéroport d'Orly. Matin chagrin.

L'Airbus A380, en version huit cent cinquante trois places, classe éco, que Jean-Lain nous avait dégoté in-extrémis dans une compagnie de charter irlandaise mise en dépôt de bilan trois semaines plus tôt, aurait déjà dû décoller depuis un bon bout de temps, et le Président était furax, lui qui espérait un départ à l'aube...

Le colonel Du Thilleul, à la bourre comme à son habitude, n'était pas le seul responsable de notre retard, car la dernière à se pointer à l'embarquement fût madame Fifignon...

Celle-ci ne voulait pas du tout venir avec nous sur la côte, rapport à son coccyx en vrac qui la faisait toujours horriblement souffrir, aussi le Président avait-il dû faire preuve d'autorité, une fois de plus, ne lui laissant pas du tout le choix et lui assurant –fin psychologue qu'il est bien plus souvent qu'à son tour– que les bains de mer lui seraient certainement très bénéfiques :

«Vous verrez, Fifignon, cela ne vous fera pas de mal de vous tremper un peu le cul dans l'eau !»

Pour en revenir à notre colon Du thilleul, je trouve qu'il file un très mauvais coton depuis que le Président lui a définitivement confisqué sa mallette nucléaire... À l'évidence, elle lui manque, cette petite valoche, et vu la tronche qu'il tire depuis hier, on peut très sincèrement se demander s'il tiendra le coup jusqu'au bout de ces trois mois de service lui restant encore à accomplir.

L'appareil est quasiment complet.

Ce qui nous fait, mine de rien, beaucoup de monde entassé là-dedans ! Une véritable bétaillère, et je ne peux m'empêcher d'imaginer, ayant un peu la pétoche en avion, que si l'on devait se crasher en cours de route, les actions en bourse des croques-morts feraient un saut qui resterait, sans aucun doute, dans les annales de l'histoire mondiale de la pompe funèbre. Supposant de surcroît que nous mériterions de figurer en première place dans le Guinness-Book des catastrophes aériennes...

Nous avions même embarqué une quarantaine de journalistes. Le Président avait imaginé que cela serait une très bonne idée pour rassurer les Médias, que d'en prendre ainsi quelques uns avec nous. Selon lui, cela constituerait une preuve irréfutable que nous n'avions décidément rien à leur cacher, à tous ces cons. Nous partions nous reposer, tous ensemble, sur la Côte d'Azur, un point c'est tout ! Et, naïfs, comme toujours, ils étaient aux anges les gratte-papiers !

Mon Balou aussi est totalement ravi.

Pour lui, c'est une grande première. Son baptême de l'air, à ce petit chéri à sa Madeleine, que j'aime plus que tout !

Le Président a insisté grave pour assister au décollage depuis la cabine de pilotage. Bien sûr, cela est formellement interdit par la réglementation internationale de l'Aéronautique, mais comme on ne pouvait rien lui refuser non plus, on l'a quand même installé sur un strapontin, juste derrière le copilote. Et son épouse, qui désirait elle aussi profiter du spectacle, mais surtout qui se méfiait encore plus du charme légendaire des hôtesses de l'air, et qui n'avait donc pas l'intention de lâcher son mari d'une semelle pendant toute la durée du vol, s'était assise sur ses genoux...

La femme du Président s'appelle Josyane. Avec un "i" grec, au beau milieu.

Bon, pour être franche, je dois vous avouer tout de suite que je ne l'aime pas celle-là... Et si, en gros, elle m'est plutôt antipathique, la Josy, c'est parce qu'elle se la joue un peu trop "Madâme la Présidente", cette chieuse, et moi, Mado, j'ai horreur de ce genre d'attitude supérieure. Désolée, mais je n'apprécie pas du tout que l'on me regarde d'en-haut comme ça. Enfin bref, pour vous résumer encore mieux la situation ; elle a chopé grave le melon, cette pouffiasse, depuis que son mari a obtenu des responsabilités d'état !

Et pour être encore plus honnête avec vous, il y a autre chose qui m'agace chez elle...

Il y a six mois de ça environ, cette Josy, s'est fait gonfler la poitrine. Du quatre-vingt quinze D.

Et ce qui est certain : c'est que je l'apprécie encore moins depuis son opération des nibards !

Quoi de plus moche que ces gros nichons qu'elle vous fourre sous le nez à tout bout de champ ?! Une telle arrogance mammaire, est, de mon point de vue, absolument insupportable.

Tiens, là, par exemple, il est bien évident qu'à cet instant précis où je vous cause, les pilotes de notre coucou ne doivent certainement voir que cela dans leur cabine... Ses énormes tétons vaniteux qui lui débordent du corsage ! Ne restait plus qu'à espérer qu'ils ne nous foireraient pas le décollage à cause de cette salope...

Assis sur le siège à coté de moi, il y a Didier Van Conninsgloogloo.

Didier est notre garde des Sceaux. Et de la Justice équitable, bien rendue à tout le monde, et même si cela prend toujours beaucoup de temps. Et puis, Didier est un homme de petite taille... Un nain, quoi ! En tout cas comme on pouvait encore le dire il y a seulement quelques temps de cela, sans avoir systématiquement la ligue des droits de l'homme –et des petits bonshommes en particulier– qui vous tombe illico sur le paletot, c'est à dire avant que cette bande d'abrutis et de mijaurées coincées du cul n'inventent leur politiquement correct à la noix !

Pas conne, c'est moi qui lui ait proposé gentiment de s'asseoir là. Comme ses jambes ne touchent pas le sol, cela fait un peu plus de place pour mon Balou, couché juste en dessous.

Didier aurait mille fois préféré être un grand basketteur professionnel, comme le furent son père et son grand-père, plutôt que d''être Garde des Sceaux, mais la nature, et surtout la génétique, en avait, malheureusement pour lui, décidé autrement. Ainsi, ne pouvant guère lutter contre cette impitoyable nature des choses, l'on doit la plupart du temps se contenter de faire avec.

"Est-ce que tu crois, Madeleine, que l'on pourra tous se loger, là-bas, dans ce vieux fort... ?!

— Mais, bien sûr que non, mon pauvre Didier ! Jean-Lain m'a dit tout à l'heure, qu'il allait faire installer à la hâte des dizaines de bungalows sur la plage... Seul les membres du gouvernement seront finalement installés en haut dans la bâtisse... Tu ne t'imagines pas le bordel que cela va être !"

Didier fait partie de ces rares personnes que je tutoie dans ce gouvernement-ci. Mais, il faut avouer que nous avons toujours eu de bonnes relations tous les deux. De très bonnes même, car pendant quelques semaines, elles furent –pour ne rien vous cacher une fois de plus– clairement sexuelles !

D'ailleurs, il fut mon premier amant après le décès de mon imbécile de mari, et cela finalement assez peu de temps après avoir balancé ses cendres encore tièdes, dans l'un des chiottes du crématorium, ne me voyant pas du tout rentrer à la maison avec cette ridicule boite en carton sous le bras, dans un RER toujours horriblement bondé en fin de journée.

Ceci dit, et ce n'est pas chercher à minimiser mon geste, cela avait dû lui rappeler de très bons souvenirs à mon Godefroy, lui qui passait des plombes entières dans les toilettes, à y feuilleter ses bouquins de cul...

Malgré tout, s'il est vrai que notre Didier avec une telle paire de guiboles ne jouerait probablement jamais en NBA dans l'équipe des Lakers de Los Angeles, la Nature –dont on a pourtant dit beaucoup de mal il n'y a pas seulement deux minutes de cela– lui en avait malgré tout, dans sa grande mansuétude, refilé trois pour le prix de deux...

Et là, forcément, et surtout si vous avez l'esprit mal placé, ce dont je ne doute un seul instant, mais les yeux quand même toujours bien en face des trous, voyant ainsi tout à fait ce que je veux dire par là ; je pense alors qu'il est tout à fait inutile de vous faire un joli dessin au stylo à bille sur un coin de nappe en papier... ! Assez étrangement, ce genre de choses se savent très vite, et notre Didier a toujours eu beaucoup de succès auprès de la gent féminine. La curiosité est bien présente dans la nature intrinsèque des femmes, alors si cela est quand même un très vilain défaut ; on ne peut vraiment pas lutter contre elle. Et pour ça aussi... vous pouvez me croire sur parole !

Mais, il a également une grosse tête bien pleine.

On peut même affirmer que c'est une sacrée tronche ce Didier Van Conninsgloogloo. Bien entendu, il est extrêmement calé en droit, ce qui après tout est tout à fait normal pour un Garde des Sceaux qui se respecte un tant soit peu, mais il a également une culture générale particulièrement époustouflante. Personnellement en tout cas, je n'ai jamais connu un amant possédant une aussi grande culture générale, et cela fait déjà deux très bonnes raisons pour l'apprécier, ce nabot, même s'il est vrai que je pars de très loin avec mon défunt... !

"... Un, deux... un... deux... ! Mesdames, messieurs, ici c'est le Président de la République Française qui vous parle... ! Tiens, avec tout ça, je l'avais complètement zappé celui-là...

— Je tenais à vous souhaiter à tous la bienvenue à bord de cet avion ! Nous décollerons d'ici quelques petites minutes, aussi je vous demanderai de bien vouloir boucler votre ceinture, et de replier la tablette qui se trouve devant vous...

Encore un qui avait complètement raté sa vocation...

— Notre vol ne devrait durer qu'une petite heure environ, et comme il fait très beau, et très chaud, à Nice... hé bien... j'espère que personne n'a oublié de prendre son maillot de bain ! ... Y'a du soleil et des nanas ! Darla dirladada... ! On va s'en fourrer jusque là ! Darla dirladada... !"

En arrière-son des haut-parleurs, on pouvait entendre sa Josyane pouffer...

Les grands hommes ne sont pas toujours à la hauteur.

Notamment en ce qui concerne leurs dernières paroles. Il faut bien convenir qu'elles laissent assez peu souvent une marque indélébile dans l'Histoire, et je parle bien sûr de celle avec un grand "H" majuscule et que l'on lit, gamin, dans les manuels scolaires.

Lorsque l'on apprend, à titre d'exemple, que les derniers mots de John-Fitzgé adressés à sa petite femme, assis tous les deux bien confortablement sur le siège arrière en moleskine rouge de leur interminable décapotable blanche, et cela seulement trois secondes avant de se prendre un pruneau dans le caisson, furent :

" Hey... Je crois bien my dear Jackie que cela va être une magnifique journée... mais avec ce soleil, ne penses-tu pas que j'aurai dû mettre un bob ?!"

Et pum... !

Alors évidemment, cela ne me rassurait pas du tout...

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Terre, terre !

ça fait des jours que je suis dans ce tonneau en bois et que je flotte au gré des courants, lorsque la mer est agitée je ferme le tonneau avec son couvercle.. quelle merveille d'artisanat, pas une fuite ou presque, rien de méchant..
Dans mon tonneau, dix choses que j'ai put sauver.. pas plus.. une ligne pour pécher avec tout ce qu'il faut un kit de pêche quoi... avec lequel j'ai déjà pu me sustenter en dehors des gateaux et quelques babioles que j'ai récupéré. Mais je commence à avoir sacrément soif j'ai épuisé la dernière bouteille, heureusement la mer est plutôt fraiche et la barrique me protège bien de la chaleur.. Je suis presqu'à l'aise dans ce bidon et souvent je pense à diogène et je me dis ce type était un précurseur.
La terre approche rapidement le courant et la houle sont forts je n'ai même pas besoin de faire des efforts, je me dirige droit devant.
je pourrais vous dire de suite ce que j'ai dans mon tonneau mais il va falloir patienter déjà il me faut arriver sur la grève en un seul morceau.
Voila on y est presque .. encore une vague et je vais enfin pouvoir sortir de ce mini rafiot.
Yessss !!!!!
ca y est ! Je m'extirpe non sans douleurs et courbatures et je m'étends de tout mon long sur le sable mouillé !
Où suis-je, où cours-je ? concombre dans quel état gère ne puis-je m'empêcher de penser.
Après quelques instants de semi somnolence, je me réveille, mon tonneaux !!!
Celui-ci avait déjà l'intention de se faire la malle, et flottait à quelques encablures du rivage. Je plongeais pour le récupérer. Ce fut chose facile, excellent nageur, je ramenais le tout à bon port.

to be continued
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