Chapitre 11. Paillettes à gogo

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J-3. Saint-Tropez. Minuit passé maintenant.

Dans la piscine à mademoiselle Frida, je leur ai refait le coup de la marche sur l'eau. Un grand classique...

La marche sur l'eau, c'est un peu comme le vélo, cela ne s'oublie pas. Enfin, je vous dis ça, mais en réalité, la bicyclette, je n'ai jamais essayé. C'est mon copain Marcel, l'égorgeur au pitbull, qui m'en a parlé...

Lui par contre, le vélocipède, il a beaucoup pratiqué dans sa jeunesse. Marcel aurait même pu devenir un sacré champion dans cette discipline s'il n'avait pas un peu trop abusé de certains produits dopants. Et surtout, s'il ne s'était pas fait prendre bêtement lors d'un contrôle inopiné, ce qui mit alors un terme définitif à sa prometteuse carrière de coureur cycliste. Ce fût juste après cela, je crois, qu'il adopta son premier chien de combat...

Après ma marche sur l'eau donc, qui eût comme presque à chaque fois énormément de succès auprès du public, j'ai multiplié quelques billets de vingt et de cinquante euros. Cela leur a bien plu aussi. Mieux que quand je l'avais tenté une autre fois avec des petits pains au sésame... On a même quasiment frôlé l'émeute lorsqu'il se sont rendus compte au bout d'un petit moment, peut-être en les regardant d'un peu plus près, que ces billets de banque étaient d'authentiques coupures. Ensuite, après les avoir encore bien amusés avec deux ou trois petites choses du même acabit, j'ai eu l'idée, pour le final de ce spectacle improvisé, de changer la totalité de la flotte un peu sale du bassin à mademoiselle Frida, soit à vue de nez dans les trois mille litres, en un très bon champagne rosé. Un brut réserve millésimé 1976, une fameuse année pour le champagne grâce à la sécheresse qui sévit cette année-là en France...

Puis, avec ma charmante assistante, nous sommes sortis de scène sous des applaudissements plus que nourris.

" Punaise ! Mais c'est que vous êtes sacrément doué, vous ! C'est vachement bien fait parce que même moi, qui suis pourtant un peu du métier, ben, là... j'avoue que je n'ai absolument rien compris à vos trucs !

— Merci... mais je dois dire que vous m'avez bien aidé aussi "

Cela faisait bien longtemps que je ne m'étais pas autant amusé. Et plutôt fier de moi aussi, me rendant compte que je n'avais pour ainsi dire pas perdu la main, malgré toutes ces années passées sans avoir pratiqué...

" Au fait... vous ne m'avez même pas dit votre nom, monsieur le fakir... ?! Et puis mince... après tout, on pourrait peut-être aussi se tutoyer maintenant, non ?! Alors... comment tu t'appelles, l'artiste ?!

— Hein... ? Oui, bien sûr ! ... Mon nom... ?

— Ben, oui ! T'as quand même bien un petit nom !?

Sa spontanéité naturelle m'émut. Elle était vraiment exquise cette gamine en collants résille et justaucorps sexy. Toutefois, sa question me prenait un peu au dépourvu...

" Euh... oui, c'est vrai, vous avez raison... j'aurai dû me présenter... alors voilà... je m'appelle... Inri ! Oui, c'était comme cela que l'on m'appelait... enfin je veux dire que l'on m'appelle, bien sûr... Inri Lesauveur... Oui... c'est bien comme cela que je m'appelle !

— Inri... ?! Ah... t'es certain que ça ne serait pas plutôt Henri... ?!

— Non, non, sûr ! C'est bien ça... Inri ! Et vous ? Non... pardon... et toi alors ?!

— Moi, c'est Zoé.

— Zoé... ? Comme c'est charmant !

— Zoé Barabaski.

— ...Bara... bas... ?!

— Ski... ! Barabaski !

— ...Tiens... ça alors... c'est que... c'est bigrement curieux ça !

— Oui, enfin c'est surtout polonais ! Généralement, tu vois tout ce qui finit comme ça en ski, tu peux te dire sans trop te tromper que c'est du polak assuré !

— Ah... je connais déjà un polonais ! Wladyslav... un type qui a décimé la moitié de son village à coups de hache !

— Ouah... ! Et t'en connais encore beaucoup d'autres, des cinglés dans ce genre-là ?!

— Oh, que oui... ! Mais attention, en tout bien tout honneur évidemment !

— Alors, ça me rassure ! J'imagine que tu as du faire quelques tournées en maison d'arrêt pour connaitre tout ce beau monde ? C'est bien ça, hein ?!

— En prison... ?... Ah oui... ! Enfin pas tout à fait, mais presque tout comme !"

Fort heureusement, la porte de la loge s'ouvre à cet instant. C'est monsieur costard à paillettes...

" Ah ben, merde alors ! Jamais vu un truc pareil de toute ma vie !

— ... Quoi... ?!

— Ton show... man ! Ça décoiffe ton show ! Tu nous avais pas dit au phone que t'allais nous faire tout ça ?! Bien, en tout cas ! Non, vraiment, nickel ! Super show, man !"

Surexcité, il sautille littéralement sur place.

" Et... ton champ' aussi ! Je l'ai goûté... ! Mais dis donc, man, tu sais qu'il est pas dégueu en plus ton mousseux, si tu vois ce que je veux dire !

— Forcément... c'est un rosé millésime 76... Une très bonne année je crois, enfin d'après ce que l'on m'a raconté...

— Ah bon ?! Du 76, que tu dis ?! ... faut absolument que j'le note quelque part, ça ! Ouais, et ça aussi c'est très bien... gros soucis du détail en plus ! T'es vraiment cool, man !

— Bien... bon... alors tant mieux si cela vous a plu !

— Ouais ! Et y'a pas qu'à moi que ça a plu si tu veux savoir, man ! Dans la salle ce soir, y'avait Gonfarel !

— Gonfarel... ?

— Ben oui, Gonfarel, man ! L'ancien Président ! Il a ses petites habitudes ici, surtout depuis que môsieu est avec sa nouvelle poule... si tu vois ce que je veux dire !

Il reluque alors Zoé, d'un air plutôt vicelard...

— ... L'ancien Président... ?

— Ouah ! Mais t'es vraiment à l'ouest, toi ! Évidemment que je'te cause de Gonfarel, notre ancien Président de la République, man !

— Désolé... connais pas... ! Faut vous dire aussi que j'étais... à l'étranger, et ce depuis pas mal de temps !

— Bon, ce n'est pas très grave, mais lui par contre, il aimerait bien te connaitre un peu mieux... Il organise une bamboula de folie après-demain, dans une grosse villa, chez l'un de ses potes, alors il voudrait que tu viennes faire ton petit show là-bas... tiens... vl'à sa carte de visite ! J't'ai noté l'adresse exacte dessus... à vingt heures précises que ça commence !

Il me tends un carton.

— Tu le regretteras pas, tu verras... ce Gonfarel est plein aux as et très généreux, ce qui ne gâte pas la chose... si tu vois ce que je veux dire, man !

— Mais... c'est que je ne serais certainement pas disponible...

— Quoi ?!

— Oui, faut m'excuser mais... je crois que je vais avoir déjà pas mal de choses à faire pendant ces deux jours qui viennent !

— Hé ben, arrange-toi quand même ! Un petit conseil d'ami, man, arrange-toi pour venir, parce qu'on ne refuse pas une invitation de monsieur Gonfarel... si tu vois ce que je veux dire !

— ... Ah...?!

Il sort maintenant une liasse de billets de sa poche droite de veston.

— Et tiens, ça c'est pour ce soir... ! Le patron m'a fait rajouter cent balles de plus sur ce qui était prévu au départ, ça les vaut bien qu'il a dit ! Et bien sûr, tu toucheras la même chose chaque soir.

— ...Merci ! C'est particulièrement généreux de sa part !

— Ouais, le patron est un type très bien, un pithécanthrope comme on dit, si tu vois ce que...

— ...Un philantrope... Pardon, mais je crois que l'on dit plutôt un philantrope dans ce cas-là ! D'ailleurs, je connais personnellement un authentique pithécanthrope, et je vous assure que cela n'a rien à voir ! Vous pouvez me croire sur parole !

— OK, man... ! Fais quand même pas trop le malin avec moi... Si tu vois ce que je veux dire ! Au fait... le champ', j'peux le garder ?

— Hein... ? Le champagne... ? Mais oui, bien sûr, si cela vous fait plaisir !

Sur ce, il tourne les talons et sort en claquant bien fort la porte derrière lui...

— Bon... je vais me changer, moi, maintenant que ce con est parti !

— Vous... enfin... tu... tu n'as pas trop l'air de l'apprécier il me semble ?!

— Non, pas trop ! Il a essayé de me peloter tout à l'heure avant que tu n'arrives ! Tu sais, je les connais bien tous ces types avec des mains baladeuses... hashtag balance ton porc, si tu vois ce que je veux dire, man !

— ...Oui... bien sûr... je vois très bien !

Elle passe alors derrière un paravent miteux brodé de paons qui font la roue.

— Dis-moi, Zoé... est-ce que tu sais s'il y a un poste de radio par ici... Il faudrait que j'écoute les informations !

— Quoi... ?! Comment ça les infos ?! Maintenant ?! À une heure du mat' ?! Toi alors... t'es vraiment pas ordinaire comme mec !

— Oui, je sais bien que c'est un peu bizarre, mais il faut absolument que je sache s'il se passe quelque chose en ce moment dans le Monde ! C'est très important pour moi !

Elle dépose son juste au corps noir sur le haut du paravent, et me regarde par en-dessus, intriguée. Je l'imagine, sur la pointe des pieds, et quasiment nue maintenant de l'autre coté...

— ... Non... pas de radio ici ! Mais si ça peut te rassurer, j'ai écouté les nouvelles tout à l'heure dans ma bagnole juste avant d'arriver ici... Et y'a rien de grave à signaler ! Pas de crash d'avion... ni d'attentats ! Non, j'te promets, vraiment rien de bien sensationnel à signaler aujourd'hui !

— ... Ah bon... ? T'es sûre... vraiment sûre... ?!

— Ben, oui ! Sûre et certaine !

Elle m'observe toujours. Je dois avoir l'air un peu désemparé...

— Ah si... attends donc un peu voir, une seconde... si... peut-être que tu as raison, effectivement, il y a peut-être quelque chose !

— Ah... quoi ?!

— ... Y paraîtrait que tous nos ministres sont enfermés à l'Élysée depuis ce matin... Et les journalistes attendent toujours devant qu'ils en sortent... Ils vont nous pondre de nouveaux impôts, qu'y z'ont dit !

— ... Des nouveaux impôts ?! Et c'est tout ?!

Cette fois, elle dépose son soutien-gorge sur le rebord du paravent...

— Ouais... comme d'hab', tu sais bien qu'ils nous refont le coup chaque année pendant les vacances d'été... histoire que l'on se rende compte de rien ! Mais, dis donc... t'en payes toi des impôts... ?!

— Des impôts... ? Oui... oui... certainement... enfin... comme tout le monde !

Elle me regarde en souriant...

— Alors... dis... tu m'en offrirais pas un... ?!

—... Quoi... ?!

— Un pot !

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