Chapitre 3. La voix de son maître.

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J-4. Toujours plus haut. Même heure, à quelque chose près.

William et moi, à peine installés à nos places respectives, que Fidel, comme à son habitude depuis qu'il est arrivé ici, frappe un grand coup de poing sur la gigantesque table ovale, puis se lève en titubant de sa chaise...

Fidel est complètement sénile. Mais surtout, il enquiquine tout le monde en nous imposant lors de chaque réunion d'interminables monologues idéologiques auxquels personne ne comprend fichtre rien ! La dernière fois, l'intermède avait quand même duré presque quatre heures !

À noter également qu'il est le seul pensionnaire à s'habiller chaque jour en jogging, et toujours le même, une quasi-loque informe et délavée, abominable contre-façon mal taillée d'une célèbre marque avec un crocodile vert brodé.

Par chance, "Qu'est-ce qu'elle a ma gueule" se dresse immédiatement sur ses grosses jambes poilues et lui montre, avant même qu'il n'ait le temps d'ouvrir la bouche, qu'aujourd'hui ce n'est pas le jour à nous faire suer la couenne avec des discours à rallonges ! Contrairement à Paul, le pilote, "Qu'est-ce qu'elle a ma gueule", ici tout le monde l'écoute très attentivement. Ce qui est d'ailleurs assez curieux à première vue, voire même paradoxal, considérant que ce dernier ne s'exprime que par gestes, accompagnés de borborygmes inintelligibles...

Le bestiau, au physique ingrat et musculeux à souhait, possède un très sale caractère, et surtout démarre au quart de tour. Et d'une façon générale ne fait jamais dans la dentelle, et particulièrement lorsque l'on ne veut pas tenir compte de son avis ! Aussi, on s'en méfie toujours un peu, de celui-là...

Il est arrivé ici le premier. Bien avant tout le monde. Difficile donc d'évaluer avec précision depuis combien de temps, mais cela devait bien faire dans les deux ou trois millions d'années...

Avec sa petite copine Lucy non plus, il n'avait pas fait dans la dentelle, car après l'avoir maltraitée et violée à plusieurs reprises, et puis finalement étranglée sauvagement, il n'avait pas trouvé mieux que de l'éparpiller en petits morceaux aux quatre coins de sa savane africaine. D'ailleurs, aux dernières nouvelles, on n'avait pour l'instant retrouvé qu'une infime partie de son crâne à cette pauvre fille...

Fidel, notre grand déblatéreux tout gâteux dans son vieux survêt délavé, se rassoit donc, résigné, et maintenant, le calme revenu, nous n'attendons plus qu'une chose : la "Daddy Vox"...

Étonnamment pour une fois, elle ne se fait pas trop attendre.

— Un, deux... un, deux... ! C'est bon, ça fonctionne là ?! OK... Alors, bien le bonjour à tous !

— ... Bonjour la "Daddy Vox" ! Tous en chœur...

— Bon... aujourd'hui, mes chers amis, il y a du lourd au programme ! Alors, va falloir bosser dur pour une fois !

Tout le monde se regarde. Bon sang ! Comme si on n'avait pas l'habitude de bosser dur lorsqu'un nouveau problème se présentait en bas ?! Je trouve, et je suppose ne pas être le seul parmi notre assemblée, que parfois la "Daddy Vox" est particulièrement désobligeante avec nous. Il me semble tout de même, que des problèmes, nous en avions résolu une flopée depuis le temps, et bien souvent des pas piqués des hannetons, et qu'à chaque fois cela nous avait demandé un sacré boulot justement, alors on pouvait bien nous traiter de tout ce que l'on veut, mais certainement pas de fainéants ! Ah, comme il est navrant et injuste de faire autant d'efforts et d'être toujours aussi mal considérés.

« Alors, voilà... je ne vais pas vous cacher plus longtemps qu'il y a actuellement un gros soucis en bas... cette fois, c'est un niveau 10 ! »

Tout le monde se regarde à nouveau. Un niveau 10 ?! Ah, ben, mince alors ! Nous n'avions encore jamais eu un niveau 10 à gérer ! Enfin, pas depuis que j'étais là en tout cas. Mais, la "Daddy Vox" de poursuivre :

— Et, comme toujours, un dossier complet va vous être transmis afin que vous puissiez commencer à travailler dessus rapidement. »

Quelques-uns, des faux-culs de première pour la plupart, ont déjà saisi leur crayon papier avec une petite gomme au bout, et commencent à griffonner fébrilement sur la feuille blanche que chacun d'entre-nous a trouvé devant lui en arrivant. Je me tourne vers Julius, mon voisin de droite, qui est aussi mon meilleur camarade ici.

— Dis, Julius, tu ne penses pas que c'est grave cette fois ?

— Je ne sais pas encore... attendons peut-être d'avoir un peu plus de renseignements sur ce qui se passe réellement, tu sais bien comme moi qu'ils s'affolent souvent pour pas grand-chose !

Julius, cela ne fait pas tellement longtemps qu'il est parmi nous. De mémoire, peut-être une petite cinquantaine d'années tout au plus. Au début, comme presque tous lorsqu'ils débarquent ici, il ne voulait pas du tout rester. Selon lui, il y avait forcément une erreur quelque part et il fallait absolument refaire les calculs. Refaire les calculs... ! Oh, mais comme cela serait simple si l'on pouvait tirer un trait et puis tout reprendre à zéro comme le désirait Julius ! Malheureusement, ici, on ne refait jamais les comptes. Jamais, parce qu'ici une erreur cela n'existe pas. Cela est impossible...

Après avoir tout de même bien relu en détail son dossier, par acquis de conscience, je lui ai finalement glissé que la grosse bombinette, celle que Paul, le pilote, a trimballée dans sa forteresse volante jusqu'au Japon, et sauf erreur sur la personne, ce qui était donc parfaitement impossible comme je viens de le dire, c'était quand même bien lui qui l'avait inventée...

Alors, il a pleuré. Comme beaucoup le premier jour lorsqu'ils débarquent ici. Ensuite, il s'est un peu ressaisi, et m'a déclaré qu'après tout ils avaient été nombreux à travailler sur cette bombinette, et donc il ne comprenait pas pourquoi il serait le seul à trinquer dans cette histoire ! Et là, je l'ai tout de suite rassuré en lui expliquant que tous ceux qui avaient bidouillé du plutonium avec lui, étaient sûrement déjà parmi nous, ou bien ne tarderaient pas à nous rejoindre assez rapidement, si ce n'était pas déjà fait. Alors, à nouveau, il a fondu en larmes...

Maintenant, Julius ne pleure plus. Il a compris que cela ne sert à rien ces longues crises de sanglots. On ne s'épanche jamais sur son sort ici ; ce n'est pas du tout le genre de la maison. Mais, si ce Julius est un garçon particulièrement instruit, et fort intelligent, un bon camarade en résumé, et avec lequel j'avais toujours grand plaisir à discuter, c'était très loin d'être le cas de la plupart de ceux présents dans cette salle...

Voici justement cet imbécile de Bénito qui se lève pour prendre la parole.

"Ma qué... ?! Ouné nivo dix ? Et commé ça ouné nivo dix ?! Ma qué cé ouné guerre moundialé ou qué... ?! Ce à quoi la "Daddy Vox", toujours en ligne, lui répond immédiatement et sur un ton grave :

— Bravo ! En plein dans le mille, Bénito ! Nous ne sommes qu'à seulement quelques jours d'un conflit international qui détruira l'humanité tout entière ! Et par la même occasion toutes autres formes de vie sur la terre ! Quatre jours, vous avez très exactement quatre jours devant vous, pas un de plus, pour trouver une solution et stopper le processus déjà en cours !

Alors, nous y voilà donc ! Cette fois encore, je pressens que l'on va bien s'amuser, et peut-être même comme jamais jusqu'à présent ! À ce stade de nos réunions, je dois sans attendre brancher le petit microphone qui est posé juste devant moi, et puis ensuite prendre le relais de la "Daddy Vox" pour organiser les débats. Cela est indispensable, sinon ils deviennent très vite incontrôlables. Mais, aujourd'hui je me suis fait prendre de vitesse... Comme un bleu !

— Allons ! Mesdames, messieurs ! Voyons, je vous en prie ! Un peu de calme, s'il vous plaît !"

Fort heureusement, le dossier complet promis par la "Daddy Vox", nous arrive par le fameux porteur spécial. Et, une fois de plus, le voyant débouler ainsi, tout essoufflé et dégoulinant de sueur, je considère que cette fantaisie d'un autre âge, consistant à nous envoyer un messager, vêtu d'un seul pagne et chaussé ainsi de simples sandalettes de cuir, n'est quand même pas très sérieux. Pour ne pas dire du n'importe quoi ! Mais enfin, pourquoi s'obstine-t-on à faire courir ce pauvre type comme cela à travers nos couloirs ?! Julius m'a expliqué qu'il serait pourtant facile d'installer un système par pneumatique, beaucoup plus rapide, et puis très économique de surcroît à l'usage. Enfin bref, passons là-dessus... Le type, tout humide donc, me tend l'envelloppe, et puis repart aussi vite d'où il arrive. J'ouvre immédiatement l'enveloppe, tandis que le brouhaha ambiant fait aussitôt place à un silence de plomb. Étrangement, elle ne contient qu'une seule feuille de papier... Ce qui n'est vraiment pas habituel, et surtout ce qui me semble particulièrement maigrelet dans le cas présent pour nous expliquer dans les détails, l'inexorable cheminement d'une possible troisième guerre mondiale susceptible d'anéantir toute vie sur Terre !

Mais je ne suis pas encore au bout de mes surprises. En effet, sur cette feuille, il n'est inscrit qu'un seul mot. Un simple mot de six lettres...

Et il s'agit d'un prénom féminin.

«Maryam»...

Mais pourquoi ce prénom... et seulement ce prénom... ?!

Et pourquoi surtout celui-là, ce joli prénom qui n'est autre que celui que portait ma mère ?!

Ma petite maman...

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