Chapitre 16. C'est beau, c'est bon, c'est bio... !

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J-3. Fort de Brégançon. En soirée.

Sur la grande plage tout en bas du fort, la beach party organisée de main de maître par Jean-Lain, le grand Chambellan, a superbement bien débutée...

Une très grosse sono –d'environ quinze mille watts efficaces, et c'est déjà bien– nous distille dans le creux des oreilles d'harmonieuses rengaines estivales à la sauce épicée lambadas and cucarachas langoureuses, sur un fond d'assourdissantes basses... Un vrai festival, et encore bien mieux qu'au Teknival !

Le personnel, pieds nus dans le sable fin histoire d'être encore plus efficace dans le service, ne sait plus ou donner de la tête, et le champagne, un rosé grand cru 1976, est absolument merveilleux. J'en ai déjà bu trois coupettes et la tête commence un peu à me tourner...

"Et tenez-vous bien, Madeleine... une sacrée affaire... ! Je suis tombé par hasard sur un type qui m'en proposait plus de deux mille litres... vous vous rendez compte... ?! Du rosé 76... l'année de la sécheresse ! Et tout ça pour vingt mille balles ! Ce qui nous le fait tout juste à dix euros le litre ! Bon... ce qui est curieux, c'est qu'il me l'a livré en cubitainers de vingt litres ! Mais quand même, Madeleine, est-ce que vous vous rendez compte... ?! Dix euros, le litre ! Et bien sûr, le tout sans aucune facture !

Indéniablement, sans facture cela est toujours beaucoup plus facile pour notre comptabilité générale.

En bordure de pinède, toute une ribambelle joyeuse de gros barbecues Weber à gaz sont alignés, et saucisses et merguez s'en donnent à cœur joie sur les grills en fonte. Quelques brochettes hallal également.

La brise venant du large, l'épaisse et âcre fumée de ces barbeuques de luxe part en direction des terres, ce qui n'est pas plus mal pour notre confort à tous.

Une banderole géante avec l'inscription : "Vive Patrice ! " s'élève au milieu des nombreux convives... Et justement, on l'attend maintenant d'une minute à l'autre notre si courageux Patrice.

Ce Patrice d'Al Longo, notre ministre de l'Écologie responsable, de la Biodiversité, et de la Vie tous ensemble dans une jolie Nature qui respire enfin, est un militant acharné de la "Cause Verte". Un sacré gonze encore que celui-là. Des idées bien affirmées, mais surtout des mollets monstrueux approchant les quarante-deux centimètres de circonférence. Môsieur fait du vélo... ! Mieux, il ne se déplace jamais qu'en bécane. Aussi, le bougre a tout bonnement refusé de descendre en avion jusqu'ici, car, non, lui, monsieur Patrice D'Al Longo, ministre omnipotent et végétarien convaincu de la première heure, ferait le déplacement en bicyclette !

Fidèle à cet engagement fort courageux : Porte d'Italie, et en plein milieu de la nuit, il avait bel et bien enfourché un vélib', prouvant ainsi à la France entière, que l'exemple doit toujours venir d'en haut.

Pour gagner malgré tout un peu de temps sur l'horaire, il avait finalement consenti –mais la mort dans l'âme, vous vous en doutez bien– à prendre l'autoroute A7. C'est ainsi donc, bien entouré de sa petite demie douzaine de véhicules d'assistance et de quatre motards de la Garde Républicaine qui le devançaient afin de lui ouvrir la route en toute sécurité qu'il n'était plus qu'à quelques encablures de nous...

Ce soir, le Président est sapé tout en blanc.

Très classieux, le blanc. Surtout l'été. Et encore plus lorsqu'il s'agit de lin. Certes, la matière se froisse et est définitivement irrepassable, mais il n'y a pas à dire : c'est drôlement chicos le lin blanc en été !

Sa Josyane, reine du soir de la Playa, est entourée d'une clique de courtisanes et courtisans très chics eux aussi, qui jacassent assez bruyamment, profitant de l'occasion qui leur est donnée pour y aller d'une petite anecdote de vacances...

"Ma chère, si vous aviez pu voir la tête de cet affreux pompiste Croate lorsque nous lui avons dit que nous voulions faire le plein de notre automobile... ! Je ne sais pas si vous le savez, mais nous n'avons pas un, mais deux réservoirs de quatre-vingt dix litres chacun sur notre Jag... Ce qui devait lui faire quasiment la moitié de son chiffre d'affaire mensuel à ce pauvre type... ah, ah, ah... !"

Notre Président, tout blanc et tout froissé donc, est lui aussi de très bonne humeur, car tout se déroulait pour le mieux depuis notre installation ici, en début d'après-midi.

Il apparut tout d'abord que le fort de Brégançon était une demeure confortable. Contrairement à ce que l'on pouvait peut-être s'imaginer en découvrant pour la première fois les lieux de l'extérieur.

Depuis l'époque du défunt Président Pompompidou, paix à son âme, et qui adorait tout particulièrement l'endroit, y séjournant assez régulièrement avec sa si charmante épouse dont j'ai malheureusement oublié le prénom, on y avait entreprit des travaux de grande ampleur, et modifié la décoration, devenue un peu trop ringarde. Ainsi par le fait, l'endroit était devenu maintenant beaucoup plus agréable à vivre.

Un ascenseur Amywestinghouse dernier cri, de ceux qui vous causent pour annoncer l'étage, une climatisation Samsoung modulable, avec télécommande dans toutes les pièces, une superbe piscine Desboyaux, intégrée dans le roc et chauffée grâce à une pompe à chaleur réversible, et puis bien d'autres aménagements encore, comme cette cuisine professionnelle Ichila ultra-moderne, tout en inox anodisé et bien entendu carrelée de blanc jusqu'au plafond –normes européennes obligent– qui rendaient ainsi les lieux beaucoup plus hospitaliers et confortables que lors des années soixante-dix.

Certes, la facture globale de cinq millions d'euros (et des poussières) était un peu salée, mais n'était-ce pas à ce prix qu'un chef d'état, digne de son rang, pouvait durant son quinquennat venir passer ici quelques journées de repos bien méritées dans un confort moderne ?

Mais surtout, ce qui le rendait encore plus de bonne humeur, notre Président ; c'est que l'on avait enfin retrouvé son vieux copain Gonfarel... !

Madame Broutin ne nous avait pas trompé : il était bien à Saint-Trop, le Jean-Hugo, profitant pleinement de la life et du sun, hébergé chez l'un de ses amis Saoudien.

Un bon ami qui n'était pas vraiment dans la mouscaille, car selon les informations glanées par nos services de Renseignements auprès du service du Cadastre ; la modeste baraque en bord de mer faisait tout de même dans les mille huit cents mètres carré habitables !

Rendez-vous avait été pris pour le lendemain...

Et cela tombait plutôt bien, monsieur Gonfarel, ancien Président de la République Française et Grand Croix de la Légion d'Honneur, organisait une fiesta en soirée pour fêter l'anniversaire de Suscha, sa nouvelle petite amie...

"...Écoute, mon Jean-Hugues... faut quand même que tu saches que j'ai emmené tout mon staff avec moi... J'pouvais décemment pas faire autrement ! Alors vois-tu, si l'on devait venir tous, on risquerait finalement d'être beaucoup trop nombreux à ta petite sauterie !

— Mais, no problèmo, mon vieux ! Plus on est de fous plus on s'éclate ! Tu vas pas en revenir... le service sera uniquement assuré par des hôtesses lituaniennes... toutes triées sur le volet par mes soins... que des anciennes copines de lycée à Suscha ! Et puis y'aura des animations... plein d'animations... un dresseur d'ours, des catcheuses bulgares, un éléphant pétomane, et puis surtout, je t'ai dégoté un fakir du feu de dieu ! Je pense que tu vas rester sur le cul lorsque tu verras ce qu'il est capable de nous inventer, ce con... !"

Le Président, qui avait très rapidement bugué sur les filles de Lituanie, en avait pour le coup oublié de lui causer du manuel nucléaire, véritable objet de son appel. Mais cela n'était pas très grave, il aurait très certainement tout le temps de voir cela plus en détails une fois sur place demain soir.

Une sirène de police... des gyrophares qui clignotent dans la nuit... un cri... ! Hé ben, ça y est ! Il est là ! Le voilà !

"Patrice... Patrice... Patrice... !"

La foule s'écarte maintenant sur son passage et scande frénétiquement son prénom. C'est émouvant. Ambiance du tonnerre, applaudissements, on se croyerait presque un quatorze juillet dans l'un des vingt-et-un virages de la montée de l'Alpe d'Huez. Oui, le voilà enfin notre petit Patrice D'al Longo, valeureux Ministre aux mollets d'acier !

En arrivant sur le sable, il jette sans aucun ménagement sa bécane, qui pèse au moins une demie-tonne, puis termine finalement à pied, épuisé, tout titubant de fatigue sous les hourras. Il n'est plus maintenant qu'à quelques mètres de l'arrivée... Ah... le voici enfin qui passe sous la banderole... Une masse bien compacte l'entoure alors aussitôt, et un journaliste, déjà fort bourré me semble-t'il, lui fourre un énorme micro sous le pif avant qu'il n'est vraiment le temps de reprendre un peu son souffle ou de s'éponger sous les bras...

"Erwan Lebrazguet... pour Radio-Popoldeléon ! Alors, monsieur le Ministre... ? Pas trop difficile cette descente dans le midi... ?!"

Définitivement, qu'y a-t-il de plus con sur terre qu'un journaliste ?!

Mais bien évidemment, espèce de tête de nœud avinée, que cela n'est pas facile de se taper plus de neuf cents bornes en vélib sous un soleil de plomb !

L'ersatz armoricain de Robert Chapatte s'agrippe, et en rajoute même une louche :

"Alors... des crampes peut-être... ?!

— Effectivement... ! Dans la côte de Beaune d'abord... puis à nouveau dans celle de Brouilly ! Mais le plus dur, je l'ai connu à Châteauneuf-du-Pape... ! Une sacrée galère... vous pouvez me croire mon vieux !"

Le journaleux ivre jubile. Il ne pouvait pas être plus satisfait de la réponse de notre athlète : tous ses auditeurs du Pays du chou-fleur, vont adorer...

Cyclisme et lever de coude font souvent bon ménage. Voilà bien d'ailleurs des sports particulièrement populaires en Bretagne. Ils y ont de redoutables champions dans les deux disciplines.

Personnellement, je reste tout de même particulièrement stupéfaite d'un tel exploit sportif de la part de ce Patrice. Le lascar ne m'ayant pas habituée à autant d'endurance de par le passé...

OK... j'ai compris... je vous mets dans la confidence !

Bon, plantons vite fait le décor : Ministère de l'écologie et de tout le tsoi-tsoin vert, début d'après-midi. Je déboule à l'improviste dans son bureau à notre Patrice. Le Président m'ayant demandé de lui porter en main propre un dossier ultra-confidentiel concernant un projet de création d'un gigantesque parc off-shore d'éoliennes géantes en baie du mont Saint-Michel, projet qu'il avait imaginé dans la nuit... Jusque-là, rien de bien spécial. En tout cas jusqu'à ce que le vert gaillard ne tente subitement de me prendre à la hussarde sur l'un des coins de son bureau...

Ma surprise passée assez vite n'étant pas totalement opposée au projet, et là, je ne vous parle pas des éoliennes qui tournent au vent normand... et, alors que n'ayant eu qu'à peine le temps de soulever ma jupe plissée et d'enlever tout aussi fébrilement ma p'tite culotte en satin violet, que... bref... que... plof, quoi !

J'ai lu dernièrement dans "Madame Figaro" un sondage fort sérieux, comme le sont toujours d'ailleurs tous ceux que l'on retrouve régulièrement dans les magazines féminins, et cela malgré toute la difficulté, vous l'imaginez bien, à réaliser ce type de sondages touchant à notre intime, qui affirmait que pas moins d'un homme sur cinq souffrait d'éjaculation précoce.

Si ce manifeste et bien triste exemple, scénario lamentable de l'échec flagrant d'une maîtrise de soi, affirmait de façon catégorique et sans aucune retenue –c'est bien le cas de le dire– le pouvoir incontestable de nos glandes endocrines sur le cerveau, fussent elles même spermatiques, personnellement cela ne m'avait guère gênée ; ayant rendez-vous à quinze heures trente chez mon coiffeur pour une couleur, lui, par contre, mon petit Patrice, j'avais bien senti que cela l'avait mis plutôt mal à l'aise dans ses mocassins à glands...

Le plus marrant, c'est que depuis ce fameux jour et certainement, en tout cas on pouvait le supposer, pour se faire un peu pardonner, tous les mercredi matin juste avant le conseil des Ministres, lorsque c'est la pleine saison bien entendu (Des légumes évidemment et non pas du conseil des ministres), il tenait absolument à me faire porter un plein cageot de fruits et de légumes provenant du charmant petit jardin suspendu de son loft parisien, qu'il entretenait lui-même avec passion...

Que du bio, bien entendu !

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