Chapitre 15. Tongues for guy.

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St Tropez. Le même jour, en milieu d'après-midi.

La chaleur, étouffante, terrible, m'a réveillé. Je suis en nage. Ouvrant d'abord un œil tout doucement, puis le second de la même façon, la première chose que je distingue, est cette bassine en plastique bleue posée sur le sol. Je ne sais absolument pas où je me trouve mais comprend que je suis étendu sur un lit. Tout autour de moi, m'est inconnu... Je tente ensuite de me relever, mais dès l'amorce du premier mouvement, j'ai comme l'horrible sensation que mon crâne va exploser...

Soudain, une porte, que je n'avais pas remarqué jusque là, s'ouvre...

— Ah... ça y est ?! T'es réveillé ?! Hé ben, mon cochon ! Tu sais quelle heure il est... ?!

Zoé... C'est Zoé. Toute fraîche et toute pimpante.

Elle traîne péniblement deux gros sacs à provisions.

— Tiens, je nous ai pris une Tropézienne pour le dessert... Je suis certaine que tu vas adorer ça, mon Chou !

— ... Mais... attends un peu... on est où là... ?!

— On est où... ?! Mais dans ma caravane, pardi !

— Une caravane ?!

— Ouais... une caravane ! Camping des Palmiers d'or ! Mais t'inquiète... tu vas voir c'est drôlement classe ici ! C'est quand même un trois étoiles, mine de rien !

Trois étoiles ou pas, je ne me souvenais toujours pas de quelle façon j'étais arrivé jusqu'ici...

— Zoé... je crois bien que je suis malade... j'ai très mal au crâne... surtout là... derrière les yeux... et ma bouche aussi... c'est étrange... elle est toute pâteuse ! Et puis cette lumière... mais comment peux-tu donc supporter une telle luminosité ?!

Elle me montre la bassine bleue posé sur le linoléum.

— Et ça... ?! Tu oublies que tu as gerbé une bonne partie de la nuit aussi ! Mais je te rassure tout de suite... ce que tu as s'appelle tout simplement une gueule de bois, mon Chou ! Ne me dis quand même pas que c'est la première fois que tu te prends une cuite... ?!

— ... Une cuite... ?!

— Oui... Et une bien sévère même ! J't'ai gardé le ticket de caisse du bar en souvenir ! Ça, on peut dire que tu l'as drôlement apprécié le Kardachi !

— ... J'ai bu... ?!... Moi... j'ai bu de l'alcool... ?!

— Ben, ouais ! T'en as bu ! Je confirme ! Pourquoi... c'est interdit par ta religion ?!

— Hein... ?! Ma religion ? Non ! Enfin... non, je ne crois pas !

Elle m'explique alors qu'elle m'a ramené jusqu'ici, dans ce camping où elle a loué une petite caravane pour toute la durée de la saison estivale, après m'avoir installé dans sa voiture avec l'aide du serveur, l'aimable Sergio...

— ... T'étais tellement saoul que tu tenais plus debout ! Et puis, qu'est-ce que t'as pu nous raconter comme conneries aussi !

— ... Ah... ?!

— Ouais... t'as bien fait marrer tout le monde avec tes histoires d'apocalypse... ! Sûr que tu manques pas d'imagination quand t'es fin bourré, mon Chou !

Finalement, avec d'infinies précautions, je réussis tout de même à me redresser et à m'asseoir sur le bord de la couchette. Je me rends compte alors que je suis en caleçon...

— ...C'est... c'est toi qui m'a déshabillé... ?!

— Et qui donc veux-tu que ça soit... ?! le Pape, peut-être ?! Mais t'inquiète pas, j'en ai pas profité pour abuser de toi... J'aurai pu... mais j'l'ai pas fait !

— Et... il est quelle heure là... ?!

— Pas loin de seize heures...

— Seize heures !? Non ! C'est pas vrai ! Quatre heures de l'après-midi... ?!

— Ben, oui ! Bon... je crois que tu devrais aller te doucher maintenant que t'es enfin réveillé... regarde... je t'ai acheté de nouvelles fringues... et des rasoirs jetables, aussi... parce que je sais pas si tu le sais, mais ça ne te va pas du tout cette horrible barbe ! Ça fait négligé ! Alors il faut vraiment que tu m'arranges ça, mon Chou !

— Mais... j'ai toujours porté la barbe !

Tout en me parlant, elle sort un impressionnant assortiment de victuailles des deux sacs à provisions qu'elle dépose ensuite, au fur et à mesure, sur une petite table en formica.

— Et je t'ai pris des tongues... tu seras bien plus à l'aise... Au fait... comme je n'avais plus un rond : je me suis permise de t'emprunter un peu du fric que l'aut'pomme du Paradise t'as refilé, hier soir... Bien sûr, je te rembourserai ma part pour la bouffe !

— ...Le Paradise... ?

— ...Quoi... ?! M'dis pas que t'as oublié aussi le Paradise ?!

— Hein... non, non... ça, je n'ai pas oublié !

— Tu vois, t'as de la chance... ce soir, c'est relâche ! Du coup, tu vas pouvoir te reposer un peu !

— N'importe comment je ne comptais pas y retourner... j'ai... j'ai des choses bien plus importantes à faire ! À ce propos... est-ce que tu as un poste de radio ici ?!

— Ah, non ! Ça y est.. voilà qu'ça te reprend ! T'affole pas, Coco ; toujours rien de grave à signaler dans le Monde depuis ce matin !

— ...Rien... ?! Mais ce n'est pas possible... non... pas possible... Il va forcément se passer quelque chose... c'est évident !

— Hé, ho... je crois qu'il va falloir que tu te calmes un peu, là ! Merde... c'est quoi ton soucis avec les infos ?! T'es complètement parano, ou quoi ?! Allez cool, mon chou... ouais, keep cool et oublie donc un peu tout ça maintenant... t'es à Saint-Trop, là ! Regarde donc un peu dehors, il fait un temps magnifique, c'est les grandes vacances, et je te garanti que tout le monde ici en profite un max ! Même le Président de la République a décidé de se la couler douce... l'a pris la tangente ce matin avec sa greluche, not' dirlo, et direction le fort de Brégançon !

— Le fort de Brégançon... ?

— Ouais, en villégiature d'été comme y disent, c'est pas très loin d'ici, de l'autre côté du Golfe...

— ...Mais... je croyais qu'il était à Paris... ? Et les impôts... ? Tu m'as bien dit hier soir qu'il préparait de nouveaux impôts ? Alors, qu'est-ce qu'il vient faire là aujourd'hui... ?!

Ils, tu veux dire ! Parce qu'il n'est pas venu seul, il a carrément emmené tout son gouvernement... Y'paraitrait que le Président avait envie de s'aérer la tête ! Tiens, c'est d'ailleurs ce que tu devrais essayer de faire, toi aussi ! En commençant peut-être par aller te prendre une douche, tu vas voir, ça te fera du bien... désolé de te dire ça, mon chou... mais tu sens pas bon ! ... Et n'oublie pas d'emporter ta bassine pour la vider dans les gogues !

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