Chapitre 12. Ah... si les connes volaient !

7 minutes de lecture

J-3. Aéroport d'Orly. Matin chagrin.

L'Airbus A380 de 853 places, que Jean-Lain nous avait dégoté in-extrémis dans une compagnie de charter irlandaise en dépôt de bilan, aurait déjà dû décoller depuis un bon bout de temps, et le Président était furax, lui qui espérait un départ à l'aube...

Le colonel Du Thilleul, à la bourre comme à son habitude, n'était pas le seul responsable de notre retard, car la dernière à se pointer à l'embarquement fût madame Fifignon...

Celle-ci ne voulait pas du tout venir avec nous sur la côte, rapport toujours à son coccyx en vrac qui la faisait toujours horriblement souffrir, aussi le Président avait-il dû faire preuve d'autorité, une fois de plus, en ne lui laissant pas tellement le choix et lui assurant –fin psychologue qu'il était bien plus souvent qu'à son tour– que les bains de mer lui seraient certainement très bénéfiques :

«Vous verrez, Fifignon, cela ne vous fera pas de mal de vous tremper un peu le cul dans l'eau !»

Pour en revenir à notre colon Du thilleul, je trouve qu'il file un très mauvais coton depuis que le Président lui a définitivement confisqué sa mallette nucléaire... À l'évidence, elle lui manque, cette petite valoche, et vu la tronche qu'il tire depuis hier, on peut très sincèrement se demander s'il tiendra le coup jusqu'au bout de ces trois mois de service qu'il lui reste encore à accomplir.

L'appareil est quasiment complet.

Ce qui fait, mine de rien, beaucoup de monde entassé là-dedans. Une véritable bétaillère, et je ne peux m'empêcher d'imaginer, car j'avoue que j'ai toujours un peu la pétoche en avion, que si l'on devait se crasher en cours de route, les actions des croques-morts feraient un saut en bourse qui resterait, sans aucun doute, dans les annales de l'histoire mondiale de la pompe funèbre. Et je suppose aussi que nous aurions toutes nos chances de figurer en bonne place dans le Guinness-Book des catastrophes aériennes... !

Nous avions même embarqué une quarantaine de journalistes. Le Président ayant jugé que cela serait une très bonne idée pour rassurer les Médias, que d'en prendre quelques uns avec nous. Selon lui, cela constituerait une preuve irréfutable que nous n'avions décidément rien à leur cacher, à tous ces cons. Nous partions nous reposer, tous ensemble, sur la Côte d'Azur, un point c'est tout ! Et, naïfs, comme bien souvent, ils étaient aux anges les gratte-papiers !

Mon Balou aussi est totalement ravi.

Pour lui, c'est une grande première. Son baptême de l'air, à ce petit chéri à sa Madeleine, que j'aime plus que tout !

Le Président avait insisté grave pour assister au décollage depuis la cabine de pilotage. Bien sûr, cela est formellement interdit par la réglementation internationale de l'Aéronautique, mais comme on ne pouvait rien lui refuser non plus, on l'avait quand même installé sur un strapontin, juste derrière le copilote. Et son épouse, qui voulait elle aussi profiter du spectacle, mais surtout qui se méfiait encore plus du charme légendaire des hôtesses de l'air, et qui n'avait donc pas l'intention de lâcher son mari d'une semelle pendant toute la durée du vol, s'était assise sur ses genoux...

La femme du Président s'appelle Josyane. Avec un "i" grec, au beau milieu.

Bon, pour être franche, je dois vous avouer tout de suite que je ne l'aime pas celle-là... Et si, en gros, elle m'est plutôt antipathique, la Josy, c'est parce qu'elle se la joue un peu trop "Madâme la Présidente", cette chieuse, et moi, Mado, j'ai horreur de ce genre d'attitude supérieure. Désolée, mais je n'apprécie pas du tout que l'on me regarde d'en-haut comme ça. Enfin bref, pour vous résumer encore mieux la situation ; elle a chopé grave le melon, cette pouffiasse, depuis que son mari a obtenu des responsabilités d'état !

Et pour être tout à fait honnête avec vous, il y a autre chose qui m'agace chez elle...

Il y a six mois de ça environ, cette Josy, s'est fait gonfler la poitrine. Du 95 D.

Et ce qui est certain, c'est que je l'apprécie encore moins depuis son opération des nibards !

Quoi de plus moche que ces gros nichons qu'elle vous fourre sous le nez à tout bout de champ ?! Une telle arrogance mammaire, est, de mon point de vue, absolument insupportable.

Tiens, là, par exemple, il est bien évident qu'à cet instant précis où je vous cause, les pilotes de notre coucou ne doivent certainement voir que cela dans leur cabine... Ses gros tétons vaniteux qui lui débordent constamment du corsage ! Ne restait plus qu'à espérer qu'ils ne nous foireraient pas le décollage à cause de cette salope...

Assis sur le siège à coté de moi, il y a Didier Van Conninsgloogloo.

Didier est notre garde des Sceaux. Et de la justice équitable, bien rendue à tout le monde, et même si cela prend toujours beaucoup de temps. Et puis, Didier est un homme de petite taille... Un nain, quoi ! En tout cas comme on pouvait encore le dire il y a seulement quelques temps de cela, sans avoir systématiquement la ligue des droits de l'homme –et des petits bonshommes en particulier– qui vous tombe illico sur le paletot, c'est à dire avant que cette bande d'abrutis et de mijaurées coincées du cul n'inventent leur politiquement correct à la noix !

C'est moi qui lui ait proposé gentiment de s'asseoir là. Comme ses jambes ne touchent pas le sol, cela fait un peu plus de place pour mon Balou, couché juste en dessous.

Didier aurait mille fois préféré être un grand basketteur professionnel, comme le furent son père et son grand-père, plutôt que d''être Garde des Sceaux, mais la nature en avait, malheureusement pour lui, décidé autrement. Et ne pouvant guère lutter contre cette impitoyable nature des choses, l'on doit la plupart du temps se contenter de faire avec.

"Est-ce que tu crois, Madeleine, que l'on pourra tous se loger, là-bas, dans ce vieux fort... ?!

— Mais, bien sûr que non, mon pauvre Didier ! Jean-Lain m'a dit tout à l'heure, qu'il allait faire installer à la hâte des dizaines de bungalows sur la plage... Seul les membres du gouvernement seront finalement installés en haut dans la bâtisse... Tu ne t'imagines pas le bordel que cela va être !"

Didier fait partie de ces rares personnes que je tutoie dans ce gouvernement. Mais il faut avouer que nous avons toujours eu de bonnes relations tous les deux. De très bonnes même, car pendant quelques semaines, elles furent –pour ne rien vous cacher une fois de plus– clairement sexuelles !

D'ailleurs, il fut mon premier amant après le décès de mon imbécile de mari, et cela finalement assez peu de temps après avoir balancé ses cendres encore tièdes, dans l'un des chiottes du crématorium, ne me voyant pas du tout rentrer à la maison avec cette ridicule boite en carton sous le bras, dans un RER toujours horriblement bondé en fin de journée.

Ceci dit, et ce n'est pas pour vouloir minimiser mon geste, cela avait dû lui rappeler de très bons souvenirs à mon Godefroy, lui qui passait des plombes entières dans les toilettes, à y feuilleter des bouquins de cul...

Malgré tout, s'il est vrai que notre Didier avec une telle paire de guiboles ne jouerait probablement jamais en NBA dans l'équipe des Lakers de Los Angeles, la Nature –dont on a pourtant dit beaucoup de mal il n'y a pas seulement deux minutes de cela– lui en avait malgré tout, dans sa grande mansuétude, refilé trois pour le prix de deux...

Et là, forcément, et surtout si vous avez l'esprit mal placé, ce dont je ne doute un seul instant, mais les yeux quand même toujours bien en face des trous, voyant ainsi parfaitement ce que je veux dire par là ; je pense alors qu'il est tout à fait inutile de vous faire un joli dessin au stylo à bille sur un coin de nappe en papier... ! Assez étrangement, ce genre de choses se savent très vite, et notre Didier a toujours eu énormément de succès auprès de la gent féminine. La curiosité est bien présente dans la nature intrinsèque des femmes, alors si cela est quand même un très vilain défaut ; on ne peut vraiment pas lutter contre elle. Et pour ça aussi... vous pouvez me croire sur parole !

Mais il a également une grosse tête bien pleine.

On peut même dire que c'est une sacrée tronche ce Didier Van Conninsgloogloo. Bien entendu, il est extrêmement calé en droit, ce qui après tout est tout à fait normal pour un Garde des Sceaux qui se respecte un tant soit peu, mais il a également une culture générale particulièrement époustouflante. Personnellement en tout cas, je n'ai jamais connu un amant possédant une aussi grande culture générale, et cela fait déjà deux très bonnes raisons pour l'apprécier, ce nabot, même s'il est vrai que je pars de très loin avec mon défunt... !

"... Un, deux... un... deux... ! Mesdames, messieurs, ici c'est le Président de la République Française qui vous parle... ! Tiens, avec tout ça, je l'avais complètement zappé celui-là...

— Je tenais à vous souhaiter à tous la bienvenue à bord de cet avion ! Nous décollerons d'ici quelques petites minutes, aussi je vous demanderai de bien vouloir boucler votre ceinture, et de replier la tablette qui se trouve devant vous...

Encore un qui avait complètement raté sa vocation...

— Notre vol ne devrait durer qu'une petite heure environ, et comme il fait très beau, et très chaud, à Nice... hé bien... j'espère que personne n'a oublié de prendre son maillot de bain ! ... Y'a du soleil et des nanas ! Darla dirladada... ! On va s'en fourrer jusque là ! Darla dirladada... !"

En arrière-son des haut-parleurs, on pouvait entendre sa Josyane pouffer...

Les grands hommes ne sont pas toujours à la hauteur.

Notamment en ce qui concerne leurs dernières paroles. Il faut bien convenir qu'elles laissent assez peu souvent une marque indélébile dans l'Histoire, et je parle bien sûr de celle avec un grand "H" majuscule et que l'on lit, gamin, dans les manuels scolaires.

Lorsque l'on apprend, à titre d'exemple, que les derniers mots de John-Fitzgé adressés à sa petite femme, assis tous les deux bien confortablement sur le siège arrière en moleskine rouge de leur interminable décapotable blanche, et cela seulement trois secondes avant de se prendre un pruneau dans le caisson, furent :

" Hey... Je crois bien my dear Jackie que cela va être une magnifique journée... mais avec ce soleil, ne penses-tu pas que j'aurai dû mettre un bob ?!"

Et pum... !

Alors évidemment, cela ne me rassurait pas du tout...

Annotations

Recommandations

Angelinnog
« Souvent, il s'était amusé à comparer les membres du groupe aux cinq doigts d'une main.

Ekaterina, fière et majestueuse, avait toujours été l'index. C'était celle qui dirigeait, qui ordonnait, qui surplombait tout le monde par son élégance et son regard fier, celle que l'on admirerait toujours. Elle serait celle que le monde retiendrait, bien après que KOBSE se soit éteint.

Dans toute sa passion pour la provocation, Sun Mei incarnait le majeur. En un doigt d'honneur assumé au monde, elle avait fait ses choix sans le concours de rien ni personne. Qui l'aime la suive ou se taise à jamais, tel était son mantra.

En poursuivant l'analogie, Blake, étoile montante du septième art, pouvait prétendre au trône de l'annulaire. Légèrement en retrait derrière notre leader et sa féroce adversaire, elle brillait elle-même, à sa façon, dans un autre domaine.

Soutien inébranlable du groupe, Honor et son amour presque maternel se maquillaient en pouce pour consolider les liens et les amitiés qui se tissaient entre les filles. Bien qu'elle fut issue d'une des plus prestigieuses familles anglaises, jamais son ascendance noble ou la réussite ne lui étaient montés à la tête.

Enfin, Felicia. Certains se demanderont toujours quel était son rôle dans un groupe de femmes influentes et respectées. Elle, si discrète et effacée, semblait ne pas valoir sa place. Pourtant, elle l'avait et elle la méritait. Car sans elle, l'équilibre serait rompu et la balance s'écroulerait. Alors, elle était un auriculaire, dans toute sa modestie, petite de taille et grande de cœur.

Cinq doigts, cinq lettres, cinq filles, si différentes mais tellement complémentaires, reliées par leur passion : le chant. C'était ainsi qu'il les avait toujours vues et qu'il les verrait toujours. »
16
17
30
99
Jeanne.
Un recueil de quelques poèmes écris avec passion dans des moments d'émotions. Ils ne sont pas parfaits et ce n'est pas le but, ils sont seulement là pour partager une partie de mes pensées avec vous, pour m'exprimer. Bien sûr, vos critiques et conseils sont les bienvenus, je suis aussi là pour progresser !
27
36
15
3
Slamity Jane
Cet ensemble de textes est une approche sociale et poétique de notre rapport à l'Autre.
139
42
27
7

Vous aimez lire SALGRENN ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0