Ravissantes confrontations (8/9)

7 minutes de lecture

« Elle était bizarre cette journée, soupira Lyle en levant la tête vers le ciel. »


Le chant des oiseaux emplissant ses oreilles, Alex acquiesça silencieusement. Il passa une main dans ses mèches blondes, se demandant dans quel état il allait retrouver sa mère ce soir.


Son regard océan fixé sur les grilles du lycée, il accéléra sa démarche et attrapa la main de Lyle, le guidant à travers la foule d’adolescents qui fumait leur dernière cigarette. D’une certaine façon, il avait besoin du contact réconfortant du bouclé. Fronçant les sourcils, Alex resserra sa poigne sur les doigts de son ami, poussant sans ménagement les lycéens qui obstruaient la sortie. Il fallait qu’il trouve quelque chose pour sortir sa mère de cette situation, cela ne pouvait plus durer.

Le blond donna plusieurs coups d’épaule, murmurant une excuse insolente à chaque fois qu’on le regardait durement puis s’engagea sur le chemin du retour, libérant, à regret, la main de son meilleur ami.


D’une voix enjouée, Lyle commença à analyser les évènements de la journée, se perdant dans un monologue interminable. Alex décrocha très vite, occupé à pousser son ami bavard plusieurs fois sur le trottoir alors qu’il manquait de se faire écraser où à le surveiller, lui évitant de marcher dans une flaque ou dans d’autres substances plus odorantes. Le blond se demanda plusieurs fois comment l’adolescent, si méthodique et critique, pouvait se montrer si distrait.


Ils marchèrent à un bon rythme pendant une dizaine de minutes jusqu’à ce qu’Alex remarque qu’ils n’étaient plus très loin de chez eux. Il ralentit son pas, jusqu’à s’arrêter :


« Il faut qu’on déménage, murmura Alex, les yeux perdus dans le vide."


Il vit son ami se tourner vers lui, surpris. Les dents serrées, il secoua la tête et recommença à marcher, suivit de près par le bouclé.

« Vivre avec Simon n’est plus possible, Lyle. Il est trop dangereux, fit Alex en passant une main dans ses cheveux blonds. Je ne peux plus laisser ma mère souffrir à cause de mes erreurs, il faut que je trouve une solution.

-Alex, ce n’était pas de ta faute, tu n’aurais rien pu faire de toute façon, hésita Lyle, son regard orangé étudiant les traits crispés du visage du blond. C’était la première fois que …

-J’aurais dû faire un effort ! cria le blond en se tournant vers l’adolescent. J’ai pu ne pas céder à cette puissance ! J’aurais …

-Tu sais comme moi que c’est faux, s’exclama Lyle en haussant le ton. Tu avais huit ans ! Comment aurais-tu pu savoir ? »


Alex secoua la tête, les souvenirs des larmes, des hématomes et des cicatrices de sa mère flashant devant ses yeux.

« Alex, stop, ce n’est pas de ta faute. »


Lyle le prit dans ses bras, frissonnant quand son ami enfouit son visage dans son cou. Il le serra contre lui tout passant une main hésitante sur son dos. Comme toujours, quand il s’agissait de rassurer Alex, le bouclé ne savait pas quoi faire, quoi dire de plus. Démuni, ses mains se crispèrent de frustration sur le tissu de la veste du blond.


Après un temps, Alex se détacha de Lyle, lui prenant la main pendant un instant avant de lui tourner le dos.

« On se voit après… Ma mère a surement invité la tienne à diner, déclara simplement Lyle. »


La fatigue tombant sur ses épaules, Alex lui adressa un geste de la main distrait avant de tourner à l’angle de la rue. Le soleil l’aveuglant, il plissa les yeux, ses poings se refermant sur eux même. Pourquoi ne pouvait-il pas être aussi fort que sa mère qui endurait les coups de son mari depuis des années ? Elle avait beau le cacher sous son fond de teint, le regard aiguisé de l’adolescent ne pouvait passer à côté des marques bleutées qui parcouraient le visage et les bras de sa mère. Pourquoi ne pouvait-il pas se débarrasser de sa culpabilité ?


Arrivé devant la porte en bois, il soupira profondément avant d’entrer dans la maison sur la pointe des pieds.

Tout autour de lui était cassé. Les tableaux, normalement accrochés aux murs, avaient été jetés au sol, leurs débris de verre éparpillés sur le sol. Les meubles avaient été violement retournés, les tapis déchirés et les lampes brisées. Alex écarquilla les yeux, constatant l’ampleur des dégâts.


Il se dirigea vers le salon, son ouïe hyper développée lui indiquant des bruits métalliques inquiétants. Silencieux, il entrebâilla la porte du salon et distingua sa mère, assise sur le canapé éventré, une dague aiguisée dansant entre ses doigts. Ses lèvres étaient fendues, son œil droit semblait enflé et plusieurs coupures saignaient encore sur ses joues. Elle fixait la table devant elle de son regard vide, son arme pivotant entre son index et son pouce.


Alex hésita à s’annoncer, inquiet par la lueur de brutalité qui brillait dans les yeux bruns de sa mère. Il ne l’avait jamais vu comme ça.

L’adolescent regarda sa mère se lever, rangeant son arme dans le harnais qu’elle portait sous son chemisier. Depuis quand avait-elle cette dague ? Qu’est ce qu’elle comptait faire avec ça ?


Alex ouvrit plus largement la porte, shootant exprès dans le verre brisé qui jonchait le sol pour se faire entendre. Rapide, sa mâchoire serrée, sa mère se tourna immédiatement vers lui, sa main droite dans son dos.

« Maman ? demanda-t-il prudemment en avançant vers elle. »


A la vue de son fis, le visage de Brenda s’adoucit immédiatement, son expression implacable remplacée par un sourire chaleureux.

« Mon chéri ! Tu m’as surprise ! s’exclama-t-elle, en s’approchant de lui pour le serrer dans ses bras. Simon a fait des siennes, comme tu peux le voir. Je n’ai pas eu le temps de nettoyer, soupira-t-elle avant de s’écarter d’Alex. Laisse-moi juste quelques minutes pour me préparer et on va diner chez Faith ! »


Devant l’expression enjouée de sa mère, l’adolescent hocha la tête sans rien dire. Elle cachait quelque chose. Son ouïe exceptionnelle avait capté un tremblement discret dans sa voix. Fronçant les sourcils, le blond observa sa mère monter les escaliers vers la salle de bain, devinant difficilement les contours d’une dague dans les plis de son chemisier.


OoO


« Salut Alex ! Comment vas-tu ? demanda poliment Faith invitant l’adolescent et sa mère à entrer. »


Murmurant une réponse rapide, le blond se faufila à l’intérieur, enleva ses chaussures et fit un signe aux deux femmes qu’il montait voir son meilleur ami. Il grimpa rapidement les escaliers, tourna dans le couloir à droite et ouvrit la porte sans frapper. Allongé tranquillement sur son lit, Lyle le salua d’un geste, sans le regarder.


N’entendant pas de réponse, le bouclé leva le nez de son bouquin et observa Alex assis sur le parquet, l’air pensif. L’adolescent referma son roman, le posa sur sa table de nuit et s’assit au bout de son lit, les jambes croisées :

« Qu’est ce qui te tracasse pour que tu sois aussi silencieux ? demanda Lyle, en s’appuyant sur son coude. »


Sorti brusquement de sa rêverie, Alex leva son regard indigo vers son meilleur ami :

« Je crois que ma mère n’a pas besoin qu’on la protège. D’ailleurs, elle n’est surement pas institutrice, réalisa le blond en passant une main dans ses mèches. Ou alors c’est une ancienne militaire …

-Qu’est ce qui t’as mis la puce à l’oreille ? interrogea tranquillement son camarade, l’air détendu.

-Quand je suis rentré tout à l’heure, elle était assise sur le canapé et elle avait ce regard terrifiant …cette dague qu’elle maniait habilement …, hésita Alex, perdu dans ses pensées. Cette position de combat défensif qu’elle a prise quand je suis entré… »


Le blond s’interrompit, se tournant vers Lyle qui s’était de nouveau allongé sur son lit.

« Attends. Ne me dit pas que tu le savais ?

-Ma mère a deux poignards qu’elle pense bien camoufler dans ses manches, déclara simplement l’intéressé en baillant.

-Mais …

-J’avais déjà remarqué la dague que ta mère porte dans le dos. J’en ai donc conclu qu’elles avaient le même type de job. Mais je n’ai jamais réussi à aller sur leur lieu de travail. Il n’y a aucun papier, aucun document dans son bureau, aucun indice, fit Lyle en se relevant d’un bond de son lit. A part peut être le tatouage que ma mère a sur son coude. »


Perdu, Alex fronça les sourcils :


« Qu’est-ce qu’il a de si particulier ce tatouage ? C’est un simple dessin d’une goute d’eau. Rien de bien méchant !

-Mais c’est là où tu te trompes, mon ami, affirma Lyle en posant ses mains sur les épaules du blond. Son tatouage s’illumine quelques fois d’une lueur bleutée dis…

-C’était surement un reflet Lyle ! Tu cherches dans la mauvaise direction, ce tatouage ne vaut pas la peine que tu t’y intéresses, s’énerva le blond. Elles portent des armes Lyle ! Pourquoi ? Imagine si ce sont des tueuses à gages ! »


S’asseyant face à son ami, le bouclé ne répondit rien, y ayant déjà pensé. Il se massa les tempes, se maudissant de ne pas avoir trouvé un temps pour en parler avec son meilleur ami avant qu’il le découvre. Alex se sentait déjà assez coupable du triste destin de sa mère, il ne méritait pas de découvrir par lui-même qu’elle lui avait menti. Lyle se mordit l’intérieur de la joue, se traitant d’idiot.


« Et si elle avait tué Simon ? chuchota Alex, la tête baissée.

- Non. Sa vie doit avoir une certaine valeur pour elle. Sinon, armée comme elle est, elle serait passée à l’acte depuis bien longtemps, réfléchit le bouclé, son regard orangé fixé sur le visage de son ami. »


Le blond hocha la tête, acceptant l’argument. Puis, captant l’insistance dans les yeux de Lyle, il râla :

« Arrête de m’observer comme ça ! Je ne vais pas me transformer ! J’ai confiance en ma mère, elle doit avoir une bonne raison de m’avoir caché ça. »

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
Angelinnog
Et si je vous contais une histoire ? Un petit bout par jour...


Essayons de tenir ce défi ^^ ...
663
139
92
9
Défi
Laurent Datünder
Une phrase par jour depuis avril 2020... Je tiens à préciser que le défi n'est pas entièrement respecté car ce sont des billets d'humeur, des émotions, des états d'âme que j'éprouve chaque jour et sur lesquels je mets des mots, et pas une histoire.

Trouver la phrase juste, au plus près de ce que je ressens vraiment, n'est pas toujours facile, aussi il m'arrive de mettre une dizaine de minutes à réécrire encore et encore LA bonne phrase.

Vous découvrirez beaucoup d'éléments assez personnels et des phrases souvent poétiques... Trêve de bavardage, bonne lecture :D

Selon ma meilleure amie, je devrais renommer ce recueil : "L'histoire d'un incroyable type ami avec une fille absolument géniale" (XXD). De mon côté, j'aurais plutôt vu "Les aventures lunatiques d'un type bipolaire qui aime bien l'amour et la poésie". Mais, pour le moment, je reste sur "A la portée d'un écrivaillon" x)
5405
2990
102
62
Défi
sven123
Réponse au défi de Louise 17 : une phrase par jour

Attention, il pourrait y avoir quelques grossièretés dans le lot... Vous êtes prévenus

Mais aussi (si si c'est possible) quelques pensées profondes... ou tout comme
335
320
5
3

Vous aimez lire Ellana Caldin ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0