Menace cicatrisée, folie élémentaire (5/6)

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Le blond ne pouvait pas respirer. Le souvenir du sentiment de puissance, cet esprit animal, lui donnait envie de vomir. Il ne voulait pas, il ne voulait plus. Ses sanglots s’amplifièrent sans qu’il ne remarque l’étincelle de chaleur naissante au niveau de son abdomen. Il avait froid, terriblement froid. Le petit garçon n’arrivait pas à se calmer, noyé dans cet océan de culpabilité.


Son estomac se souleva encore et il agrippa la main de Lyle, espérant trouver un quelconque réconfort. Les larmes lui piquèrent les yeux avant de dévaler ses joues.

Insensible à la chaleur qui se diffusait doucement à travers l’ensemble de son corps, le réchauffant lentement, Alex se mordit la langue, voulant s’empêcher de se souvenir du plaisir qu’il avait ressenti devant l’air effrayé de Rocky. Sa main toujours serrée dans celle de Lyle, Alex crispa l'autre sur le haut de son sourcil droit. Les larmes coulaient sans s’arrêter, sa haine pour son corps se propageant dans ses veines. Son propre corps était devenu une menace pour Alex, pour sa santé. Malheureusement, il ne pouvait instantanément changer qui il était.

Ses ongles commencèrent à s’allonger en griffes et Alex hurla. Dans la panique, il entailla par trois trais continus le haut de son sourcil, sa paupière et le bas de son œil droit sans endommager celui-ci. La douleur aiguë qu’il ressentit détourna son attention de sa main droite, redevenue humaine.


Complètement hystérique, le corps du blond commença à trembler violemment. Deux bras chaleureux l’encerclèrent, le maintenant fermement, et la voix de Lyle se fit plus audible :

« Alex, respire avec moi murmura le garçon, allongé face à lui. »


Ses doigts s’agrippant aux épaules du bouclé, Alex se laissa guider par la voix de Lyle. La douce chaleur, s’étant insinuée en lui de plus en plus intensément, s’enroula autour de lui, l’enserrant dans un cocon protecteur. Une sensation de sécurité le submergea, calmant son stress, la douleur de sa blessure et sa culpabilité. Sa respiration s’apaisant doucement, il put inspirer sans ressentir de gêne.


Puis, il sentit une main s’approcher de sa paupière blessée et un puissant picotement courut sur la partie droite de sa tête. Surpris par le fourmillement, Alex ouvrit les yeux et porta une main à son visage. Interloqué de ne trouver aucune marque de blessure sur son œil droit, Alex leva les yeux vers ceux de Lyle. Mystérieux, ce dernier lui fit un clin d’œil, avant de bailler de fatigue. Alex, ne voulant pas quitter cette chaleur réconfortante, plongea son visage entre les bras de son ami, s’endormant à son tour.


OoO


Simon et Brenda se marièrent quelques jours plus tard, sous le regard calculateur de Page.

Pendant les premiers temps, Alex pleura énormément. Sa culpabilité le rongeait ; il savait que c’était de sa faute. Sa mère n’aurait jamais épousé un homme qu’elle ne connaissait pas si il ne s’était pas laissé submerger. Le garçon s’interrogeait parfois sur le rôle de Page, la soeur de Simin, dans tout ça, sans jamais pouvoir saisir l’entièreté de son implication. Un sentiment de malaise le prenait quand il repensait à aux yeux vairons de la sœur de Simon.

D’ailleurs, Alex ne parvenait pas à aimer celui-ci. Grand, de forte musculature et la peau un peu tannée, Simon était très doux avec Brenda, l’aidant dans ses tâches ménagères et la soutenant psychologiquement. Malgré tout ça, le garçon ne parvenait pas à lui faire confiance, le sourire machiavélique de Page se révélant dans sa mémoire à chaque fois qu’il essayait.


Mais, plus le temps passait plus le comportement de Simon se détériorait. Il devenait de plus en plus violent, criant sans raison. D’ordinaire très sportif, il passa de plus en plus de temps à la maison à s’empiffrer comme un porc et à se soûler sans penser aux conséquences. La maison commença à empester et ressemblait à une porcherie. Brenda rentrait fatiguée, tenant à peine debout et aidait Alex à nettoyer la maison des saletés produites par son mari. Plus les jours, les mois et les années passaient plus la colère du jeune homme envers Simon enflait.


OoO


La veille de sa rentrée en cinquième, Alex, n’en pouvant plus, décida de prendre les choses en mains.


Le soir, il se rendit dans le salon, là où son beau-père était affalé, mangeant des chips devant un film. La télévision hurlait et Simon sirotait sa bière, lâchant de temps à autres un rot tonitruant ou un pet odorant.

Alex serra les dents. Il fallait qu’il règle ça. Sa mère lui avait toujours défendu de confronter Simon, craignant la réaction de Page. Mais Alex ne pouvait plus laisser faire ça.

Il alla prendre la télécommande et éteignit l’écran avant de se planter devant celui-ci. Simon, des miettes pleins le visage, arrêta de manger et hurla:

« -Dégage de là, gamin et rends-moi la télécommande ! vociféra-t-il, les yeux fous.

-T’es qu’un porc, Simon, fit l’adolescent. Tu laisses traîner tes cochonneries, tu ne nettoies jamais derrière toi et tu passes ta vie devant la télé ! Ce n’est pas un hôtel ici ! Tu t’es marié avec ma mère, tu te souviens ? Tu dois l’aider ! Pas te servir d’elle comme d’une femme de ménage ! Tu es chez nous ! débita-t-il, fixant rageusement son beau-père qui avait lâché son paquet de chips et qui lui rendait haineusement son regard. »


La scène passa très vite. Simon se leva brusquement du canapé, attrapa violement Alex par le col et le plaqua contre le mur opposé. Il souffla son haleine putride sur le visage de l’adolescent en criant :

« C’est ma maison, gamin ! hurla-t-il resserrant sa prise sur la gorge du blond. Je fais ce que je veux ! Et ce n’est pas un assassin qui va me dicter ma conduite ! »


Alex n’arrivait plus à respirer. La main grasse de Simon appuyait trop fortement sur sa gorge. Au bord de l’évanouissement, il entendit vaguement sa mère hurler et se jeter sur Simon, essayant de libérer son fils de la poigne de son mari. Simon l’envoya violement s’écraser sur le canapé.

Alors qu’il essayait de réduire la poigne de son beau-père sur sa gorge, une cicatrice de griffure, trois longs traits parallèles, apparut au niveau de l’œil droit d’Alex. C’est alors que le cou de l’adolescent commença à s’épaissir, se couvrant d’une magnifique fourrure blanche. Les yeux dans le vague, Alex vit le poing flou de Simon le frapper en plein visage avant qu’il s’évanouisse.


OoO


Le lendemain matin, Alex se réveilla dans le noir. Lorsqu’il voulut porter ses mains à son visage pour se frotter les yeux, il sentit quelque chose de froid encercler ses poignets et le retenir dans son geste :

« Mais qu’est ce qu… »

Des menottes. Il était enchaîné. Et selon l’odeur et la température, il était à la cave. Il tira sur ses liens qui tintèrent sur le béton et la peau de ses poignets se fit plus douloureuse. Alex arrêta d’insister, se demandant s’il oserait appeler à l’aide. Plusieurs minutes s’écoulèrent sans que personne ne vienne.

Soudain il entendit une porte s’ouvrir et des pas descendre des escaliers. Il se recroquevilla contre le mur, croyant entendre la lourde démarche de son beau-père :

« -Alex ? C’est moi, chuchota une voix douce.

-Maman ? demanda-t-il doucement.

-Oui mon cœur, c’est moi, rassura Brenda en faisant cliqueter la clé dans la serrure des menottes qui s’ouvrirent instantanément. »

Alex enleva précautionneusement les anneaux et libéra ses mains sans faire de bruit. Une fois les menottes posées au sol, il prit sa mère dans ses bras :

« Tu vas bien ? demanda l’adolescent inquiet. »

Ne répondant rien, elle le serra fort dans ses bras avant de l’aider à se relever. Puis, elle lui donna son sac de cours et lui ouvrit la porte de la cave pour qu’il puisse partir :

« - Va à l’école mon chéri. Ca va aller, je vais essayer de le raisonner, fit-elle en surveillant que personne ne venait.

-Il est complètement fou, maman ! Il faut qu’on parte d’ici ! insista l’enfant en touchant son cou douloureux.

-Je ne peux pas fuir, Page serait encore capable de revenir sur sa parole. »

La lumière du jour éclaira le visage de Brenda et Alex la regarda, horrifié. Ses lèvres étaient violacées et sa lèvre inférieure était encore fendue. Elle avait un œil au beurre noir mais elle souriait à son fils malgré ses blessures :

« -Maman…

-Ne t’inquiète pas, je trouverai une solution. Je t’aime, Alex, dit-elle, en l’embrassant sur la joue, laissant échapper un sanglot discret. »

Il la serra dans ses bras et Brenda ferma doucement la porte avant de s’y appuyer pour pleurer toutes les larmes de son corps.

- Retour au présent -

Alex frissonna. Ce soir, tout allait changer. Sa mère le lui avait promis.

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