Feu follet, esprit lointain (part 2/4)

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Il ferma les yeux, attendant ainsi que la sentence tombe lorsque deux bras s’enroulèrent familièrement autour de son cou :

« Tu n’oublierais pas quelque chose demanda une voix grave, familière. »

Lyle écarquilla les yeux et soupira, mi-agacé, mi-soulagé. Il se retourna lentement alors que son meilleur ami se détachait de lui.

C’était un beau jeune homme d’un mètre 80 qui surplombait Lyle de son corps svelte et finement musclé. Ses pectoraux saillants ressortaient sous son simple tee-shirt blanc tandis que ses longues jambes étaient couvertes par un slim noir. L’inconnu passa sa main gauche dans ses cheveux blonds en bataille dans le but de les discipliner un peu, même si ce geste ne servit à rien. L’adolescent de dix-sept ans servit à Lyle son sourire « Publicité pour dentifrice » et plongea son regard océan dans les yeux de son meilleur ami.

Lyle n’avait pas revu Alex pendant ces vacances, ce qui était assez long pour ce duo. Et maintenant, il se rendait compte à quel point son meilleur ami avait changé durant l’été. Il était devenu magnifique. Waouh, il en était presque jaloux.

Mais ce n’est pas son sourire ravageur qui allait effacer son retard. Lyle croisa les bras et le regarda malicieusement :

« Eh bien, ce n’est pas trop tôt ! constata-Lyle en regardant une montre imaginaire. Tu me voulais étendu au sol, mort, couvert de bleus et d’égratignures à l’entrée du lycée ? Et ça ne va pas de me faire une frayeur pareille ? fit le bouclé, d’une voix enjouée, espérant qu’Alex comprenne par ce discours qu’il avait eu très peur de devoir aller au lycée seul.

Soupirant de dépit, Lyle passa une main dans ses cheveux et reprit son chemin, faisant signe à Alex de se dépêcher de le suivre.

OoO

Alex soupira en regardant son meilleur ami s’éloigner, observant à quel point la stature de l’adolescent était frêle.

Il ne pouvait pas laisser Lyle aller au lycée seul. Il était une proie aux yeux des autres. Certes, le bouclé pouvait toujours courir chez Logan, ce grand métis à l’air colérique qui faisait peur à tout le monde et que Lyle semblait apprécier embêter mais ce n’était pas pareil.

Alex devait être là pour son meilleur ami. Il s’en était déjà voulu énormément quand il avait retrouvé Lyle couvert d'ecchymoses alors qu’Alex, retenu par un enseignant qui voulait lui parler, n’avait pas pu l’accompagner à la sortie des cours.

Alex secoua la tête et rattrapa rapidement son meilleur ami. Lorsqu’ils se retrouvèrent à la même hauteur, le blond glissa sa main dans celle de Lyle, comme ils le faisaient souvent quand les mots ne suffisaient pas.

Lyle se tourna vers son meilleur ami et, déliant leurs doigts, il lui sourit tout en lui caressant le dos.

Puis Alex s’exclama sans prévenir :

« -Je serais le premier arrivé au lycée ! »

Il commença à sprinter en riant, entendant Lyle démarrer au quart de tour :

« Dans tes rêves ! fit le bouclé, son regard flamboyant dans le brouillard matinal."


- Il y a six ans-


« Mais ce n’est pas vrai ! »

Le garçon de onze ans traversait les sinueux couloirs de sa nouvelle école à toute vitesse. Il s’arrêtait parfois quelques secondes devant chaque porte et les étudiait, l’air de chercher quelque chose. Puis il repartait en courant.

Entre chaque porte, sagement accrochés, s’étalaient les manteaux colorés de chaque élève qui avaient eu la chance de débuter leur année de façon totalement normale.

Pas comme ce petit garçon. Il était en retard.

Il trébucha sur une veste qui était tombée du portemanteau, se rattrapa au dernier moment à l’encadrement de l’entrée des escaliers et prit néanmoins le temps de raccrocher l’obstacle avant de continuer sa course effrénée.

En retard. Le mauvais jour en plus.

Le jour si spécial de la rentrée de 6ème avait commencé il y avait dix minutes et lui, toujours à l’extérieur des classes, cavalait dans les escaliers et couloirs qui composaient le collège de Downe.

« Dites-moi que c’est une blague ! »

Le souffle court, il avait les larmes aux yeux, désespéré et perdu. Il continuait malgré cela à courir en s’encourageant :

« Si je suis en 6e A, c’est qu’il y a bien une 6e A non ? »

5e A, 5e B … les classes défilaient et il cherchait toujours. Il négocia le virage, manqua de s’étaler dans les escaliers et atteignit enfin le troisième étage.

Il fit quelques pas avant d’écarquiller les yeux.

Là !! 6e A ! C’était sa classe !! Euphorique, un sourire fleurit instantanément sur son visage, l’éclairant pour la première fois de la matinée. L’ayant enfin trouvée, il eut soudain très envie de danser. Mais il se renfrogna rapidement, le stress revenant.

Il arriva à la hauteur de sa classe, s’arrêta et entra brusquement sans frapper:

« Désoléduretard, leréveiln’apassonné, bredouilla-t-il, essoufflé. »

Il ferma la porte, puis il se tourna vers son nouvel environnement qu’il commença à détailler.

La salle de classe lui semblait parfaitement normale : quatre rangs dans la largeur sur laquelle couraient des fenêtres sales et trois colonnes de deux tables dans la longueur, leurs chaises occupées par des filles et des garçons de son âge : des bruns, des roux, un blond…

Ils avaient tous un air ahuri. L’atmosphère était pesante, ce sentiment d’oppression et de gêne ne faisait qu’augmenter au fur et à mesure qu’il prenait conscience de tous ces regards qui fusaient vers lui.

Chacun se demandait ce qu’il faisait là, rouge telle une tomate qui transpirait à grosses gouttes. De petits rires se firent entendre une fois que le garçon eut été étudié par ses camarades de classe et quelques doigts moqueurs le pointèrent. Lyle rougit et baissa la tête, honteux.


OoO


Du fond de la classe, le blond étudia en silence celui qu’il connaissait depuis toujours, ne faisait pas attention aux coups de coudes et aux moqueries de son voisin.

Près de la porte se trouvait un garçon d’un mètre soixante, à peu près. Il paraissait frêle au premier coup d’œil : des jambes faibles, les bras mous.

Son visage, finement dessiné, était encadré par de larges boucles brunes qui lui arrivaient au milieu du cou. Il possédait des prunelles orangées, taillées en amande, un petit nez en trompette et des fossettes qui se creusaient quand il sourit avec gêne :

« Désoléduretard, leréveiln’apassonné »

Sa voix était tremblante, mal assurée et Alex, assis au fond de la classe et frustré de ne pas pouvoir l’aider, le regarda baisser la tête quand il entendit les premiers rires.


OoO


Soudain le silence se fit et la voix du professeur retentit :

« Qui êtes-vous jeune homme et pourquoi êtes-vous en retard ? »

Le bouclé releva la tête et se tourna vers son interlocuteur remarquant enfin son professeur principal. C’était un petit homme doté d’un ventre proéminant et d’un double menton. Il portait un pantalon brun et une chemise à carreau qui le grossissait encore plus. Il fusillait le retardataire du regard derrière ses lunettes rondes. Il était appuyé sur son bureau et avait poussé un écriteau argenté sur lequel était inscrit son nom : Ward, professeur de mathématiques.

Le garçon baissa les yeux et commença à trouver ses chaussures bien plus intéressantes que le visage de l’adulte.

« Je m'appelle Lyle et…, commença-t-il en inspirant un bon coup, je …

« Sonréveiln’apassonné ! cria une voix au fond de la classe, imitant la voix tremblotante de Lyle. »

Lyle se tourna, penaud, vers celui qui prolongeait son supplice alors que les autres rigolaient en le fixant de leur regard moqueur.


OoO


« Je m'appelle Lyle et… je … »

Max ricana. Quelle victime idéale ! Se tournant vers son voisin, ce blond au regard océan qui faisait chavirer son cœur, le garçon remarqua qu’il n’avait pas l’air amusé. Max pensa qu’il n’en avait alors pas fait assez. Même si la classe semblait apprécier les moqueries du garçon, rien ne comptait plus pour Max que de faire rire Alex. Alors il lança alors d’une voix forte :

« Sonréveiln’apassonné ! »

Max sourit quand il entendit les premiers rires et se pencha vers le blond, sans remarquer que celui-ci serrait les dents :

« Eh Alex, viens …

Il s’interrompit quand il sentit le regard de Lyle parcourir le fond de la classe avant de se poser sur Alex. Max vit son voisin retenir son souffle et soutenir le regard du nouveau. Une once de jalousie électrifia Max qui prit un air de défi.


OoO


M. Ward laissa échapper un éclat de rire en regardant Lyle avant de reprendre son rôle de professeur :

« Il…, commença-t-il doucement. »

Mais il se fit de nouveau interrompre par Max qui reprit, vociférant toujours:

« Regardez, il rougit ! La hooonte ! »

Les élèves assis éclatèrent de rire et le huèrent méchamment.


OoO


« - Je vais l’achever, murmura malicieusement Max en se tournant vers Alex qui n’avait pas une seule fois lâché Lyle du regard. Regardez, il rougit ! La hooonte ! hurla-t-il en montrant le nouveau toujours planté devant le tableau. »

Alex serra les poings sous sa table, tiraillé entre l’envie de sauver Lyle de cet harcèlement dont il se sentait partiellement responsable et l’obligation morale de bien se tenir en classe. Le blond regarda Lyle rougir, le regard de se dernier se baissant vers ses chaussures. Il n’aurait jamais voulu lui faire subir cela. Surtout pas à Lyle qu’Alex savait hypersensible. Pourquoi, lorsque Brenda était venue déposer Alex chez Faith, Lyle ne lui avait pas dit qu’il allait être dans le même collège que lui ? Connaissant Lyle, Alex se doutait que son ami avait surement prévu de le surprendre.

Le blond pinça ses lèvres, et, alors que Max allait recommencer, lui saisit le poignet et enfonça ses ongles dans la peau du garçon. Son regard se fit dur et Alex vit son voisin pâlir. Alex se tourna vers Lyle qu’il sentait bouillir mais pour une raison qu’il ignorait, son ami continuait à se tenir droit devant toute la classe, maintenant un calme apparent.

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