Pétales tranchants, éclatantes collisions (part 3/7)

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- Quelques heures plus tôt, avant son introduction à l’Orphelinat.

A l’entrée de l’Orphelinat-


« Une orpheline, c’est une enfant sans parents, expliqua gentiment l’inconnu qui lui prit doucement la main en poussant le portail en fer noir de l’Orphelinat. »

La petite ne savait pas comment, ni pourquoi elle s’était retrouvée devant de grandes grilles noires à tenir la main d’un inconnu. Elle avait ouvert les yeux, puis s’était rendue compte que quelque chose n’allait pas.

Rien. Elle ne se souvenait de rien. Reagan eut beau se concentrer mais rien n’y fit. Ses souvenirs n’avaient jamais existé. C’était comme si elle venait de se réveiller d’un sommeil sans rêves, avec, pour seule attache, un homme qu’elle ne connaissait pas lui tenant la main.

L’inconnu qui l’accompagnait perçut son trouble alors qu’elle s’arrêta, effrayée par la nouveauté et lâcha brusquement sa main. Il stoppa son avancée, se pencha vers elle et posa doucement ses mains sur les frêles épaules de l’enfant :

« Hé, ne pleure pas, lança-t-il en posant une main sur la joue de la petite qui le repoussa en regardant ailleurs. Je sais que tout ça est nouveau pour toi, Reagan, continua-t-il, alors que l’intéressée se tourna de nouveau vers lui. C’est une nouvelle vie…, annonça-t-il, d’un ton rassurant, pressant ses épaules avant de se relever. »

La petite fille avait évité son regard tout en acquiesçant sans vraiment comprendre. Grâce à quelques lambeaux de sa mémoire enfuie qui revenait petit à petit pour des choses aussi futiles soient-elles, elle avait compris que cet inconnu était un homme : il possédait une voix grave et forte et de grandes mains rugueuses. Elle l’aurait déduit immédiatement si elle avait vu son visage. Cependant, ce dernier était caché par le grand col du long manteau noir qu’il portait.

Soudain, la petite fille, qui avait recommencé à marcher, s’arrêta encore, remarquant à sa gauche, la seule trace de couleur dans cet endroit grisâtre:

« C’est quoi ça ? demanda la petite Reagan, montrant l’objet de sa curiosité qui poussait dans le gazon mal entretenu. »

Elle était intriguée par la lumière qui réfléchissait les couleurs. Reagan tira sur le bras de l’inconnu qui laissa échapper un petit rire, amusé par la candeur de la petite fille :

« C’est une fleur, Reagan, déclara-t-il fixant la primevère, Elle est belle, n’est-ce pas ? interrogea l’inconnu, pressant brièvement la main de l’enfant. »

C’était une primevère spéciale. Ses pétales, tantôt rouges tantôt dans les orangés semblaient brûler littéralement au soleil. Toujours intriguée par cette fleur, la petite fille s’accrocha fermement au bras de celui qui était devenu son protecteur. Reagan se surprit à sursauter quand son inconnu se détacha de sa poigne et elle essaya de le retenir de s’avancer vers la« fleur ». Il traversa rapidement les hautes herbes qui craquèrent légèrement sous ses pas aériens.

Il se pencha gracieusement vers la tache de couleur. Reagan crut que sa main allait s’enflammer et lui cria de revenir avant que cette « fleur » ne lui mange la main :

« Non, reviens ! »

Elle entendit en réponse un rire moqueur et retint son souffle lorsque la main tannée de l’homme toucha l’étrange plante. Il la cueillit et la montra triomphalement à la petite fille qui écarquilla les yeux, surprise de voir ses mains intactes. L’homme revint vers elle, en riant et plaça doucement la fleur dans les cheveux de sa protégée qui, lui faisant confiance, ne broncha pas :

« Tu vois, il n’y a rien à craindre, la rassura-t-il. Avec un sourire ? demanda l’homme en riant.»

Reagan étira les lèvres discrètement avant d’éclater d’un rire franc. Il avait raison, il n’y avait rien à craindre. La petite fille lui reprit la main, plus par confiance que par peur. Ils continuèrent joyeusement leur chemin, complices, jusqu’à la porte du bureau de la Directrice de l’Orphelinat où leurs rires s’éteignirent petit à petit.

L’homme avait brusquement arrêté son bras alors qu’il allait toquer et avait baissé la tête, son visage disparaissant dans sa veste. La petite fille le regarda, l’inquiétude pour son nouvel ami se lisant sur son visage.

Il avait été doux avec elle, très prévenant et gentil, s’arrêtant quand elle s’émerveillait, riant avec elle et répondant à ses innombrables questions sur son environnement, son futur et elle-même. Mais maintenant, alors que tous les deux ne voulaient que rester ensemble, ils devaient se séparer.

Reagan l’avait compris quand la main de l’homme s’était crispée avec force sur la sienne. C’était une fille intelligente et elle se devait de garder un souvenir, son premier, de cet homme mystérieux. Rien qu’une preuve que ce qu’elle avait vécu il y a quelques minutes n’était pas un rêve. Elle baissa la tête et caressa la fleur, une « primevère » comme il avait dit, qu’il avait coincé dans ses cheveux. Elle respira quelques secondes avant de relever la tête et de se tourner vers son ami :

« Dis, je m’appelle R-r-eag-aan, tenta la petite fille, essayant de ne pas sangloter, en écorchant le nom qu’elle avait appris, mais toi c’est quoi ton prénom ? »

L’homme releva la tête et s’accroupit, rencontrant le regard embué de la petite fille. Il savait qu’elle allait pleurer et qu’elle allait devoir se montrer forte pendant quelques temps. Il s’autorisa alors à la fixer dans les yeux pour qu’elle puisse graver son regard, symbole de renaissance, dans sa mémoire.

« Reagan, je veux que tu sois forte, d’accord ? lui prenant les bras et les serrant doucement. Tu vas rencontrer de nombreuses difficultés mais tu vas les surmonter avec courage et t’intégrer dans ce monde. Pour toi et moi. »

La petite fille laissa échapper des larmes de tristesse, se sentant perdre une partie d’elle-même. Mais elle continua à écouter religieusement les paroles de « son » inconnu, hochant la tête à plusieurs reprises :

« A partir de maintenant, ta vie ne sera plus qu’un mensonge compliqué. Mais je te promets que viendra un temps où tout te sera révélé et tu comprendras toutes ces machinations qui m’amènent aujourd’hui à te laisser dans cet endroit, continua doucement l’homme, la voix assurée. Mais pour l’instant, promets-moi de ne pas faire de bêtises pour que je puisse te revoir, ma petite fleur, demanda-t-il en la serrant dans ses bras. »

La petite fille jeta ses bras autour du cou de l’inconnu, faisant tomber son chapeau haute forme, révélant des cheveux bruns coupés courts. Reagan le serra contre elle, pleurant maintenant à chaudes larmes. L’homme continua, se concentrant sur sa voix pour éviter qu’elle trahisse son émotion :

« Je sais que c’est dur, mais tu survivras. Ne t’inquiète pas, la rassura-t-il, en frottant gentiment le dos de la petite fille qui semblait collée à son torse. »

Il se détacha à regret de la petite fille qui sanglotait. Il farfouilla dans ses poches et en sortit une lettre qu’il tendit à Reagan :

« Je te laisse cette lettre que tu donneras à la dame dans cette pièce. Le contenu de cette enveloppe représente ton passé. Seulement pour cette dame et les autres orphelins mais pas pour toi. Toi seule sais que c’est faux. Laisse-les croire, ma chérie, laisse-les croire, répéta-il en replaçant une mèche de cheveux derrière l’oreille de la petite fille. »

L’inconnu se releva, ramassa son chapeau et se prépara à partir quand Reagan, la tête baissée vers le sol poussiéreux, murmura :

« Ton nom. »

Pas de cris, pas de pleurs sonores. Rien. Juste deux mots.

Une demande.

« Ton nom ».

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