Pétales tranchants, éclatantes collisions (part 2/7)

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Elle ne possédait pas de courbes pulpeuses, ses cheveux noirs de jais étaient filasses et coulaient jusqu’à sa taille. Elle était plate et n’avait pas le décolleté plongeant, ni le maquillage ou les habits de créateurs de Lauren, une fille qu’elle n’avait pas eu le temps d’oublier, malheureusement. Ses yeux noirs étaient tirés sur les extrémités et lui donnait un air asiatique. Bon, après tout, elle était comme ça, il fallait juste l’accepter !

Reagan haussa les épaules et tira la langue à son reflet ; pas question de s’embêter pour si peu de chose. Elle fit quelques pas jusqu’à une vielle armoire où elle choisit un simple jean et un tee-shirt rouge, qu’elle enfila avant de partir déjeuner, sautillant, pleine d’énergie, dans le Réfectoire au rez de chaussée. Elle dévala les marches et ouvrit les portes à la volée, causant un grand bruit sourd quand leurs battants heurtèrent les murs en béton de la salle. Devant elle, sur une dizaine de mètres s’étendaient deux longues tables en bois vernis, sur lesquelles les habitants du vieux manoir avaient pris l’habitude de déjeuner. Quelques adolescents mangeaient seuls, dispersés autour des tables rectangulaires. La jeune femme leur sourit tout en marchant jusqu’au fond de la grande salle puis elle ouvrit la porte de la cuisine sur sa gauche. La cuisine, n’ayant pas été aérée contenait encore l’odeur des petits pains que Mme Rose confectionnait chaque matin pour ses protégés. Reagan inspira profondément, prit un des derniers rescapés et se prépara son bol de céréales, accompagné d’un verre de lait, avant d’aller s’assoir seule, à l’une des grandes tables en bois verni.

Il n’y avait pas grand monde ce matin. Ils avaient probablement tous dû rester chez des amis pour préparer la rentrée ou quelque chose dans ce goût-là. Elle fit un maigre signe de main à ceux qui étaient présents avant de plonger sa cuillère dans son bol. Dylan lui manquait. Mais elle comprenait qu’il avait besoin de passer du temps avec Logan.

Elle mordit dans le petit pain, savoureux, comme d’habitude. Elle ne savait pas grand-chose sur Logan. Il ne parlait pas beaucoup et arborait toujours un air colérique qui faisait peur à la jeune fille.

Rien que d’y penser, elle en frissonna. Dylan et Logan s’étaient rencontrés au collège alors qu’ils s’étaient tous les deux pris deux heures de colle. Même si elle n’arrivait pas à comprendre ce que son ami trouvait à Logan, Reagan voulait bien accepter le fait qu’une personnalité aussi douce et compréhensive que celle de Dylan pouvait faire du bien au métis.

La présence de l’orphelin lui faisait défaut aujourd’hui, ce qui remplissait la salle d’un grand vide et mura la jeune fille dans un silence inconfortable.

Un grand vide.

Comme à son arrivée.

- L’Orphelinat de Downe, 10 ans plus tôt -

Le Réfectoire était plein. Assis sur les longs bancs, les orphelins de tous âges et de toutes contrées fixaient l’estrade où se tenait leur très chère Directrice. Pas un bruit ne troublait le silence précédent au discours de Madame Rose. Si tout le monde était rassemblé ici, c’était signe qu’un nouvel arrivant allait se joindre à la famille de l’Orphelinat. Tous les visages étaient tournés vers cette petite fille en robe noire, avec ses deux gros bracelets en acier enserrant ses poignets, qui regardait la salle d’un air triste, les yeux remplis d’incompréhension.

Elle était mignonne : des joues encore poupines et de grands yeux noirs lui donnaient l’air délicat d’un chaton. Elle aurait été encore plus jolie si elle avait souri. Cependant, elle semblait ne pas être d’humeur à laisser échapper un éclat de rire.

On devinait à ses yeux rouges et aux traces mouillées sur ses joues qu’elle avait pleuré. Et sa crise ne semblait pas être passée puisque ses yeux restaient humides et brillants. La petite fille possédait une peau pâle qui contrastait avec ses longs cheveux lisses d’un noir corbeau qu’elle secouait quelques fois quand elle levait la tête pour regarder indifféremment Madame Rose, à sa gauche, discourir sur les règles de l’Orphelinat. Ne pas sortir la nuit, ne pas consommer de substances illicites, s’occuper des plus jeunes….

Le corps de la petite était présent mais son esprit voguait ailleurs. Elle comprenait un mot sur deux et ne faisait pas vraiment attention à ses nouveaux « frères et sœurs » ni à Madame Rose qui la couvrait d’un regard inquiet. Perdue dans ses pensées, la petite fille fixait le mur de pierre au fond de la salle, droit devant elle. Ses yeux de jais s’étaient voilés au moment où la Directrice l’avait présentée comme une nouvelle orpheline.

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