Pensées fragiles, douce violence (part 5/7)

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Il la regarda s’éloigner d’un air mauvais, se moquant de la colère qui se lisait sur le visage barbouillé de maquillage de la jeune fille. Sauvage, Logan ricana, ses yeux verts étincelant d’une lueur malfaisante. Il plaisait, c’était certain mais il n’était pas là pour ça. Il ne lui fallait que son baccalauréat avant de partir de cette ville qui ne lui apportait absolument rien. Il serait enfin délivré de l’ignorance de sa mère, Charlotte et de l’indifférence de son frère Nathan.

Logan souffla une bouffée de cigarette qui se perdit dans la brume de ce matin de rentrée. C’était sa dernière année aux côtés de Dylan qui arrivait, par malheur ou par bonheur, à tempérer la personnalité hostile et inflexible de Logan. Ils auraient tout le temps de se dire au revoir pendant cette année de terminale. Cependant, Logan savait très bien qu’il ne ressentirait rien à partir loin de Dylan. S’attacher aux personnes ne conduisait qu’à des blessures plus ou moins profondes. Après tout le métis était conscient du fait qu’il ne pouvait compter sur personne d’autre que lui-même. Et cette vérité lui plaisait bien.

* *

*

Lorsqu’il tomba une deuxième fois sur le répondeur, Dylan raccrocha. Il n’arrivait pas à joindre Reagan qui n’avait pas dû se réveiller, étant donné qu’elle avait pris la détestable habitude qu’il vienne la sortir du lit. Malheureusement pour elle, Dylan n’avait pas dormi à l’Orphelinat et ne pouvait donc rien faire pour que sa protégée se secoue. Il pesta, se promettant de faire comprendre à cette tête de linotte que quand on entrait en seconde, il fallait apprendre à se lever toute seule. Reagan lui répondrait sûrement qu’elle était une pauvre orpheline comme lui, qu'entre orphelins il fallait s’entraider et pas se plaindre de l’autre. Il finirait par soupirer et se laisser amadouer par celle qu’il considérait comme une petite sœur stupide.

« Dylan ? demanda une voix féminine derrière la porte fermée de la chambre de l’adolescent. »

Pris de court, il passa une main dans ses cheveux roux en bataille et s’éclaboussa le visage, essayant de faire sorte que ses yeux gris ne paraissent pas trop fatigués. Il courut vers la porte, l’ouvrit et tomba sur Charlotte Smith, la mère des deux zozos avec qui il était ami depuis la seconde. Elle l’avait accueilli à bras ouvert la nuit dernière quand elle avait appris qu’il était trop tard pour qu’il rentre seul à l’Orphelinat.

« -Tu devrais y aller, Logan est déjà parti, l’informa-t-elle gentiment. Et Nathan est presque prêt.

- Quoi ? Il est déjà parti ? Mais quel …, s’interrompit-il en voyant Charlotte hausser un sourcil interrogateur. J’arrive ! »

Il ferma la porte, s’habilla, prit son sac et courut en trombe hors de la maison, saluant Charlotte au passage. En accélérant sur quelques mètres, il put rattraper le deuxième fils, Nathan, qui rentrait en première cette année.

« - Il ne t’a pas attendu ? demanda doucement l’adolescent, d’un air perdu.

-Non, comme d’habitude, soupira Dylan en fourrant ses mains dans ses poches. »

Nathan hocha la tête mais n' ajouta rien de plus. Il leva son regard bleu arctique vers le ciel et sortit un petit carnet de sa poche. Dylan le regarda dessiner ce que lui seul pouvait distinguer derrière ce ciel nuageux qui ne se prêtait pas tant au dessin.

Le jeune homme aux cheveux roux continua de marcher en silence aux côtés du frère de Logan. Nathan ressentait le besoin de parler seulement pour des choses qu’il estimait réellement importantes. Cela pouvait le rendre inapprochable car il ne se souciait pas vraiment de ce que les personnes qui gravitaient autour de lui pouvaient dire ou comprendre.

Logan n’avait jamais saisi les particularités de son frère, préférant s’éloigner plutôt que de se fatiguer à essayer de s’ouvrir à Nathan. Dylan ne savait pas ce que l’adolescent aux yeux bleus et aux cheveux noirs pensait de Logan. Il ne lui avait jamais demandé, étant pratiquement sûr que Nathan ne lui répondrait pas.

Dylan shoota dans un caillou en pensant à Charlotte qui devait essayer de concilier un adolescent muet et un autre constamment en colère contre tout le monde dans sa propre maison. Il admirait la patience de cette femme.

-Hier soir ; veille de la rentrée-

« -Je vais me barrer de cette maison dès juillet prochain, annonça sèchement Logan en se levant de table.

-Pour aller où jeune homme ? Tu ne sais pas comment la vie active fonctionne, déclara simplement Charlotte. Il te faut plus qu’un bac pour réussir ta vie Logan.

-Parce que toi, femme au foyer, tu sais comment la vie active fonctionne ? cracha le métis, sa colère habituelle refaisant surface.

-Ce n’est pas ce qu’il a voulu dire Charlotte, lança doucement Dylan, se levant pour s’interposer entre Logan et sa mère qui s’était aussi levée de table.

- Qu’est-ce que tu en saurais de ce que je veux dire toi ? fit Logan d’un ton cinglant, ses yeux verts brillant d’animosité. Tu penses que tu me connais ? Vous pensez tous me connaître ?

-Laisse-nous une chance Logan, au lieu de t’enfermer dans ta colère protectrice, dit Charlotte, essayant de s’approcher de son premier fils pour qu’il comprenne qu’elle ne voulait pas le blesser. »

Dylan s’écarta un peu, laissant de l’espace à la mère et son fils. Il pouvait distinguer cette colère non maîtrisée mais aussi cette éternelle étincelle de tristesse qui ne cessait jamais de flamboyer dans les prunelles vertes du métis. Celle-ci avait toujours été présente quoique bien cachée par le courroux permanent de Logan mais l’adolescent aux cheveux roux savait depuis le début qu’elle était là. Mais il n’avait pas demandé pourquoi, sachant très bien que le métis ne se livrerait pas aussi facilement même s’ils se connaissaient depuis trois ans.

« Ne me touche pas ! s’écria-t-il en s’écartant de Charlotte. Ne fais pas comme si tu étais ma mère ! Tu ne l’es pas, gronda sèchement le métis avant de s’enfermer jusque dans sa chambre.

Dylan vit les lèvres de Charlotte trembler alors qu’une larme solitaire roulait sur sa joue. Se sentant démuni et ne sachant quoi dire, le roux voulut s’avancer vers la jeune maman mais fut interrompu par le raclement d’une chaise sur le sol. Dernier à se lever de table, Nathan s’avança vers sa mère et la prit dans ses bras, sans rien dire. Ses yeux étaient fixés sur le mur derrière sa mère qui sanglotait doucement contre lui.

-Retour au présent-

Dylan regarda Nathan s’arrêter au milieu du trottoir, dessinant frénétiquement. Il faisait souvent ça pour signifier aux autres qu’il voulait être seul. Ou du moins c’est comme ça que le roux le prenait. Il continua donc à avancer, lançant un dernier signe de main à Nathan qui ne leva pas la tête de son carnet.

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