Pensées fragiles, douce violence (part 4/7)

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Incapable d’éprouver des sentiments positifs, Lauren n’aurait jamais pu compatir à la douleur qu’éprouvait Ashley au simple contact de Page.

-Il y a quelques jours-

« Cette année, je ne veux aucun problème, jeune fille, commença Page, d’un ton rude. A moins que tu ne veuilles revoir de près les seringues et aiguilles de l’hôpital, c’est toi qui vois, ricana-t-elle, avec une grimace sadique qui déforma ses traits. »

Page était une de ces grandes femmes qui avaient la désagréable habitude de penser qu’elles pouvaient diriger le monde d’un seul claquement de doigts. Adoptant une posture rigide, la femme se positionna un peu plus près de l’adolescente qui vivait avec elle depuis ses sept ans.

Perchée sur ses talons hauts, Page jaugeait Ashley de ses yeux vairons, noir et bleu, et se mordit la lèvre inférieure. Elle n’avait pas de rides du sourire, juste de grosses lignes qui lui descendaient du front jusqu’aux sourcils ou encore au niveau de son double menton.

Ashley ne répondrait pas aux provocations de sa tante. Elle en connaissait les conséquences. Son dos éternellement couvert de lacérations sanglantes, de bleus et de cicatrices à peine refermées pouvait en attester. La violence psychique et physique que lui faisait subir sa tante lui avait offert, dans ses plus jeunes années, de multiples séjours à l’hôpital. Les médecins n’avaient jamais dénoncé Page aux services sociaux et Ashley apprit plus tard que leur silence avait été payé par sa tante. Quelque part, la jeune fille se disait que Page tenait tellement à son jouet qu’elle ne pouvait permettre à celui-ci de mourir. L’adulte faisait toujours en sorte que l’adolescente se trouve toujours en état de faiblesse, autant physique que mental.

« Ta mère et son amant n’ont pas perdu de temps pour t’abandonner. Pourquoi ont-ils attendu tes sept ans pour le faire est une question qui me trottera toujours dans la tête. »

Le corps d’Ashley se crispa involontairement. Elle ne se souvenait de rien. Ni de l’abandon de ses parents, ni de son arrivée dans cette maison de fous. Elle n’avait aucun souvenir d’avant ses sept ans. Ses parents étaient morts peu après l’avoir abandonnée tout du moins c'était ce que sa tante lui avait sèchement déclaré. La jeune fille n’avait pas cherché à en savoir plus. Après tout, si sa mère l’avait abandonnée à Page, qui libérait sa frustration en rouant sa nièce de coups, elle ne devait pas être mieux que sa tante.

« Ne me regarde pas comme ça, siffla Page en observant le regard vide d’Ashley qui se préparait à un élan sanguin de la part de sa tante. Baisse les yeux, tu me dégoûtes. »

Ashley mit une milliseconde seconde de trop à exécuter l’ordre de sa tante, déclenchant la colère de cette dernière. Une gifle partit. La force du coup résonna dans les oreilles d’Ashley qui n’entendit pas l’inspiration presque inquiète de Lauren qui descendait les escaliers au même moment. Ashley posa une main tremblante sur sa joue brûlante et leva les yeux vers le regard acier de sa cousine qui détourna la tête, remontant vers sa chambre.

Assommée par les coups qui pleuvaient sur elle, la jeune fille aux cheveux fauves ne vit pas la mâchoire crispée de Lauren ou ses poings refermés fortement sur eux-mêmes. Elle ferma les yeux, attendant patiemment que l’avalanche de coups se termine.

La douleur se propageait de plus en plus dans ses membres, se faisant difficile à ignorer. Elle sentit ses jambes trembler puis elles ne la soutinrent plus, laissant l’adolescente s’effondrer sur le sol froid. La fatigue, sa faible constitution et sa malnutrition entrainèrent l’affaiblissement de sa résistance à la correction que Page lui faisait subir.

Les doigts de sa tante s’enfoncèrent sur l’avant-bras d’Ashley, la soulevant sans difficulté. L’adolescente grimaça et lâcha un sanglot bruyant quand les ongles de sa tante percèrent sa peau. La poigne de Page se raffermit alors qu’elle lui faisait rapidement descendre l’escalier menant à la cave. Sa tante la balança dans la chambre poussiéreuse et claqua la porte en ricanant. Le rictus effrayant accompagna Ashley dans sa douce descente vers l’inconscience.

-Retour au présent-

Ashley remonta discrètement les manches de sa veste. Les cicatrices se détachaient de sa peau en de longues trainées rouges et violettes. Elle passa la main dessus, essayant de calmer les rougeurs qui se propageaient sur son bras à cause des frottements de sa veste sur ses plaies à peine cicatrisées.

Levant la tête, elle remarqua qu’elle se trouvait à quelques mètres du troupeau formé par les lycéens qui se serraient dans leurs bras alors qu’ils s’étaient vus la veille ou qui se racontaient leurs vacances au Pérou ou en Australie.

Certains se détendaient en fumant leur première cigarette en recrachant la fumée blanche qui se mêlait à la brume matinale, d’autres resserraient leurs manteaux en regardant avec admiration les pimbêches qui gloussaient, elles-mêmes se moquant des tenues ridicules que portaient les filles débraillées et échevelées qui venaient d’arriver en courant, apeurées de rater le bus.

Elle s’arrêta à quelques mètres de la foule et positionna son sac sur son dos le plus minutieusement possible, ne prenant pas la peine de se soucier des regards curieux que certains lui adressaient. Fixant les myosotis plantés dans un bac de l’autre côté de la route, elle espéra que son maudit bus arrive bientôt, déjà fatiguée par l’ambiance malsaine et inquisitrice que faisait peser le groupe de lycéens sur l’ensemble des personnes qui se trouvaient à l’arrêt.

* *

*

Le jeune homme à la peau dorée marchait une main dans la poche, des bouffées de cigarette sortant de sa bouche, les yeux fixés sur l’horizon. Son regard vert brillait d’une colère maîtrisée, ses muscles étaient tendus et sa mâchoire serrée. Le métis releva la tête vers le ciel, se frottant le lobe d’oreille gauche où pendait une boucle d’oreille en métal. Il aurait dû enlever le bijou, il y a bien longtemps maintenant. Mais c’était le seul objet qui lui rappelait constamment qu’il n’avait aucun souvenir d’avant ses sept ans et que ceux d’après cette date auraient dû aussi être effacés, pour l’équilibre mental du jeune homme.

Une fille aux yeux enamourés s’approcha à grands pas de lui, s’accrochant au bras du métis et commença à lui raconter combien il lui avait manqué. Il lui sourit mais ne fit pas l’effort d’écouter.

Voix multiples.

Logan ne se rappelait même pas du prénom de la fille. Il avait dû coucher avec elle ou l’accompagner au cinéma. Un rictus cruel secouant sa gorge, il se détacha de la fille pour tirer une autre bouffée de cigarette. Il n’entendait rien. Il ne voulait pas écouter.

« Dégage, siffla-t-il, impitoyable »

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