Pensées fragiles, douce violence (part 2/7)

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Elle pinça les lèvres de douleur quand elle dût tourner à gauche, son dos lui faisant toujours très mal. Ses cicatrices n’avaient jamais réussi à guérir. Elles s’ouvraient sans cesse et la rendaient tous les jours de plus en plus faible. Mais elle continuait à se lever tous les matins, la souffrance faisant partie de son quotidien.

Elle leva la tête vers le vieux panneau délabré, sur lequel était lamentablement inscrit « Arrêt : Coup de Foudre. » Ne manquant pas l’inscription, elle soupira et continua son chemin jusqu’aux bandes jaunes où le bus était susceptible de s’arrêter.

Cet arrêt de bus était un des seuls de Costa Verde. Petite ville perdue au sud de la France, peu de gens habitaient à Costa Verde, préférant la ville et ses gratte-ciels immenses plutôt que la chaleur tranquille du petit village pittoresque. Les gens se montraient aimables entre eux et se saluaient toujours avec un entrain admirable. Souriants, serviables, ils avaient tout pour plaire. Ils ne faisaient pas de différence entre les jeunes et les vieux, les punks et les playboys, les filles simplettes et les mannequins, les traitant toujours avec gentillesse et cordialité.

Honnêtement, c’était tout à leur honneur. Cela faisait toujours du bien quand quelqu’un prenait la peine de vous connaître sans vous juger hâtivement. Quelqu’un de pas trop curieux, quelqu’un qui voudrait juste s’assurer si tout allait pour le mieux. Quelqu’un qui vous soulagerait de toute peine, de toute douleur.

La jeune adolescente se rappelait très clairement de cette boulangère qui vendait des croissants avec chaleur à l’angle de sa rue. C’était une petite femme d’une quarantaine d’années qui s’était toujours souciée de la jeune fille aux habits déchirés. Malgré ses longues journées, son sourire brillant ne la quittait jamais. Cela lui creusait quelques rides sur sa peau tannée et ses yeux noirs brillaient de bienveillance à l’égard de tous ses clients.

La lycéenne se souvenait de l’avoir toujours admirée. Maria avait tant de force pour une femme. L’assurance de la voix et la posture fière qu’arborait la boulangère avaient toujours été quelque chose que la jeune fille avait admiré. Lorsque, cette dernière s’enfuyait de la maison, elle se réfugiait souvent dans sa boutique.

Ashley voyait encore l’alignement précis des pains derrière le comptoir en bois de chêne strié de marques que le couteau avait tracé amoureusement. L’air était chaud et une trace de menthe s’échappait de l’arrière-boutique où Maria confectionnait ses merveilles. Elle se souvenait qu’elle se faufilait à l’intérieur et elle était accueillie avec un faux air courroucé. La boulangère lui répétait souvent qu’elle n’avait pas le droit d’entrer là, mais l’adulte finissait par la prendre dans ses bras forts, ne pouvant pas résister à la petite moue d’Ashley.

Pendant toute son enfance, elle avait été là. Toujours à lui réserver une place sur ses genoux quand elle rentrait de l’école et qu’elle faisait ce détour interdit par la boulangerie.

Ashley lui racontait tout. Du moins tout ce qu’elle était autorisée à raconter.

Fronçant les sourcils, la jeune fille serra ses bras contre sa poitrine. Son cœur lui faisait mal. Maria avec son grand cœur, si généreuse, lui avait témoigné tant d’intérêt et d’amour, qu’Ashley avait cru trouver en elle une maman.

- Il y a une dizaine d'années-

L’enfant sentit sa gorge se serrer et ses larmes coulèrent à flots quand elle eut appris la nouvelle. Le détour interdit n’avait plus aucun but. Le cœur brisé, le souffle court et la tête lourde, la gamine perdit tout espoir de retrouver un jour un tel lien, une telle émotion.

La boutique était vide, barrée d’un rideau de fer. Elle tira, secoua, hurla mais il n’y avait personne. Elle resta un long moment devant le local désert avant de rentrer, trempée par la pluie, le cœur vide.

-Retour au présent-

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