9. Menace cicatrisée, folie élémentaire (1/6)

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Arrivé à l’infirmerie, Nathan déposa délicatement Ashley sur le lit qui se trouvait à côté de celui de Reagan. Il l’allongea doucement sur le matelas, soucieux de ne pas trop mettre de pression sur le dos ensanglanté de la jeune fille. Jetant un regard discret sur le côté, le lycéen remarqua la surprise dans les yeux d’Alex, assis au chevet de l’adolescente aux cheveux noirs.

« Que lui est-il arrivé ? demanda le blond, consterné. Elle était consciente quand on est partis… »

Alex s’interrompit quand il vit son camarade hausser les épaules et s’assoir entre les lits des deux jeunes filles. Il soupira en passant une main dans ses mèches rebelles. Le personnage de Nathan restait un mystère. Toujours perdu dans ses pensées, ses mains occupées à dessiner, Nathan avait toujours été quelqu’un d’inatteignable, trop distancé du monde pour le comprendre. Toujours à part quelle que soit la situation. Pourtant Reagan semblait être la seule personne capable le sortir de son mutisme naturel et de sa rêverie constante. Rien que pour ça, Alex savait que la jeune fille était spéciale pour l’adolescent. Silencieux, Nathan veillait à distance sur Reagan, ses regards en biais ne trompant personne, surtout pas Alex. Mais le garçon refusait d’adresser un mot à l’adolescente depuis l’incident avec Kate. Se sentait-il coupable de ne pas avoir été là pour elle ? Sûrement. Alex leva les yeux au ciel et se leva de sa chaise. Nathan était un imbécile.

« J’ai cours, je dois y aller. Veille sur elles deux, fit Alex d’un ton franc, sans un regard en arrière, sachant très bien que Nathan ne répondrait pas. »

L’adolescent descendit rapidement les escaliers. Il ne pourrait certainement pas remonter ceux-ci avant la fin de cours. Il espérait seulement que les filles seraient réveillées d’ici là.

OoO

Après une bonne heure de cours, Alex se rendit compte qu’il n’écoutait pas le professeur. Ses yeux se fermaient tous seuls, sa fatigue le rattrapant rapidement. Il s’appuya sur son coude, son regard se portant naturellement vers la fenêtre. Lyle aurait pu lui redonner le sourire, le distraire de son ennui. Le blond soupira faiblement en ébouriffant ses cheveux.

- Il y a 9 ans - Alex, huit ans-

« Regardez, regardez ! s’exclama un petit garçon brun qui courrait dans la cour de l’école primaire, poursuivant un beau papillon violet. Je vais bientôt l’avoir ! cria-t-il, ses mains se faisant de plus en plus proches des ailes finement ciselées de l’insecte qui essayait vainement de s’enfuir.

-Rocky, ralentis… Tu vas te faire mal ! prévint distraitement une des institutrices qui surveillait les enfants, se tournant, quelques secondes plus tard, vers les autres professeurs pour suivre leur conversation. »

Rocky ne ralentit pas. Au contraire, il accéléra. Il voulait ce papillon alors il l’aurait ! Le pauvre insecte battit plus fortement des ailes dans l’espoir que celui qui le coursait aurait l’intelligence de le laisser partir.

Rocky, absorbé par la créature qu’il voulait voir accroché sur son mur de trophées, ne remarqua pas le caillou qui se dressait sur son chemin. Son pied heurta la pierre et il tomba brusquement en avant. Le petit garçon battit des bras et se serait retrouvé face contre terre si une main ne l’avait pas retenu au moment où il allait s’écraser sur un tas de boue.

On le tira par le bras, le soutenant par les épaules et il put rétablir son équilibre sans problème. Sans un regard pour son sauveur, Rocky observa son papillon s’envoler loin de là, en sécurité. A cause de la personne qui l’avait retenu, il avait perdu la chance d’admirer sa proie épinglée au mur de sa chambre.

Rouge de colère, Rocky se retourna vers celui qui l’avait sauvé. C’était un petit garçon blond, de la même taille que lui, qui lui souriait de toutes ses dents. Ses cheveux partaient dans tous les sens et ses yeux bleu océan brillaient de contentement. Ses fossettes se creusèrent quand il sourit à Rocky en se présentant :

« Salut ! Je m’appelle Alex ! s’exclama le blond, en tendant sa main. »

Sans écouter, Rocky sentit sa colère monter d’un cran devant l’indifférence de celui qui se trouvait en face de lui :

« A cause de toi, mon papillon c’est envolé ! répliqua sèchement le brun en se relevant sans prendre la main tendue d’Alex.

- Tu ne l’aurais pas eu ! Tu allais t’écraser dans la boue là-bas, rétorqua gaiement le blond, baissant la main mais gardant toujours son habituel sourire.

-Non, c’est de ta faute, siffla Rocky, qui croisa les bras, voulant lui faire payer son méfait par sa mauvaise foi.

-Tu ferais mieux de laisser les papillons tranquilles, ils ne t’ont rien fait. Tout comme les autres animaux que tu as essayé d’attraper, fit tranquillement Alex, nullement agacé par le comportement de sa nouvelle connaissance.

-Mais tu te prends pour qui ? T’es pas un défenseur de ces choses qui ne sont bonnes qu’à être tuées ! Laisse-moi faire ! fulmina Rocky, poussant violement Alex qui n’avait rien vu venir. »

Perdant son sourire, le blond finit par terre, les fesses dans la boue, interloqué par la violence dont Rocky faisait preuve. Il prit calmement le temps de se relever, s’épousseta et ne se formalisa pas de l’énorme tâche brune sur son derrière :

« Je ne t’ai rien fait ! déclara sèchement Alex, se tenant droit devant Rocky, le surplombant maintenant de quelques centimètres.

-Si ! Tu m’as…, commença le brun avant de s’interrompre brusquement. »

Il poussa encore Alex dans le but de le faire retomber dans la boue. Cette fois-ci, le brun se heurta au torse du garçon qui ne bougea pas. Alex observa son adversaire d’un regard blasé :

« On ne doit pas tuer les êtres vivants, annonça-t-il, d’une voix posée.

-Mais…

-Tais-toi, coupa durement le blond qui en eut soudain assez. Il n’y a rien à dire de plus ! Les animaux sont nos amis ! cria Alex sans attendre de réponse de la part du garçon, bouche bée devant ce changement d’attitude. J’aurais dû te laisser tomber dans la boue, c’est tout ce que tu mérites, lança méchamment Alex, tout en s’éloignant du garçon. »

Rocky resta planté là, abasourdi par ce retournement de situation. On lui avait fait la leçon ! Comment avait-il osé ! Il était Rocky ! Le plus craint, celui qui ne fallait pas énerver au risque de s’attirer des ennuis !

Alex ignorait vraiment à qui il avait affaire…

OoO

Refermant le portail de l’école derrière lui, Alex sortit assez content de son école primaire. Il avait été félicité par son instituteur pour sa capacité à tout comprendre de façon très rapide et pour le fait qu’il soit devenu un modèle de conduite pour la moitié des élèves de l’école. Cela l’avait beaucoup surpris, il ne s’était pas imaginé à quel point son comportement paraissait exemplaire.

Il passa une main dans ses cheveux blonds, dégageant les quelques mèches qui lui bloquaient la vue. A vrai dire, il pensait que la star de l’école était Rocky, le garçon cruel qu’il avait rencontré plus tôt. Mais, contre toute attente, il avait tort. On racontait que le brun attrapait divers insectes ou petits rongeurs pour les tuer et les empailler ou encore brûler leurs ailes alors qu’ils étaient encore en vie.

Ces nouvelles lui avaient fait froid dans le dos. Lui qui avait toujours ressenti une sorte de lien très fort avec les animaux ne pouvait pas laisser Rocky continuer ses tueries. Enfin, « toujours ressenti »... seulement depuis qu’il avait sept ans. Ses souvenirs avant cette date semblaient avoir été effacés. Mais ce n’était pas grave, sa maman le lui avait dit.

Le blond inspira un grand coup, les oreilles emplies des bourdonnements des abeilles, du bruissement des feuilles après le passage de lézards et du battements des ailes des moineaux qui survolaient la route. Entendre ces bruits le rassurait d’une certaine façon. Il se sentait partie à un tout qui était bien trop grand pour lui, enlacé par des bras bienveillants.

Parfois, pendant la journée, il se bouchait les oreilles, le bruit ambiant des voitures, des voix de ses camarades, du grattement de la craie sur le tableau étant trop fort pour lui. Le maître le laissait alors sortir hors de la classe, dans le couloir où il y avait toujours une fenêtre ouverte sur la forêt derrière l’école. Ca lui faisait du bien d’entendre autre chose que ces bruits artificiels, de respirer autre chose que cet air carboné et voir autre chose que les pigments fades de la peau de ses camarades.

Levant les yeux vers le ciel bleu automnal, il contempla deux oiseaux virevolter dans les airs, inconscients de la gravité qui rivait l’enfant au sol.

Puis, il sursauta, surpris ; on venait de jeter des boites en bois sur son chemin. Perdu dans ses pensées, le petit garçon n’avait pas remarqué d’où elles provenaient. Alex en prit une et la fit rouler entre ses doigts. C’étaient de petits rectangles en bois, longs d’une quinzaine de centimètres, larges d’une vingtaine, pas très épais et on pouvait faire coulisser une de ses faces pour en révéler le contenu.

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