10 - Nixie-Elle

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21e jour de la saison du soleil 2449

Le trio avait pu dénicher assez de peaux d'animaux pour recevoir un montant considérable d'argent, assez pour la maintenance de l'équipement d'Azéna et de Tyrath puis, pour commissionner une nouvelle selle. Elle n'avait pas acheté ses livres puisqu'elle n'avait pas la liste de ses cours pour cette année, mais elle pourrait toujours revenir à Agmeath.

Pour tenir compagnie à Argoshin, Azéna avait refuser de dormir à la taverne et chez Melanh'tash qui était trop ivre pour comprendre ce qu'elle offrait et s'était contenter d'un sac à couchage et de la chaleur corporel de Tyrath, le tout à la belle étoile.

Le lendemain, ils s'étaient remis en route et avaient atteint Atgoren en après-midi. Argoshin était demeuré à l'écart, donnant rendez-vous à son élève dans quelques jours. De leur côté, Tyrath et Azéna se présentèrent à la porte principale de la ville. Celle-ci était fermée et surveillée par deux dragonniers ainsi que de leur dragon. Notre duo ne connaissait pas le mot de passe donc, ils durent demander accès à la bonne vieille façon.

Normalement, l'archère s'aurait présenter la première, mais les évènements récents la hantaient toujours et elle n'avait pas eu le temps de s'y faire.

- Gardiens d'Aerinda, ouvrez-nous vos portes ! Nous sommes des vôtres !

- Vos noms et vos titres ! demanda sèchement l'un des deux gardes qui portait une longue lance et un bouclier triangulaire.

- Nous sommes Tyrath du clan Latent, drake du vol draconique gris et... Azéna de...

Elle se mordit légèrement la langue, indigné par sa propre faiblesse.

- Continuez ! ordonna le même garde.

Tyrath plongea ses griffes acérées dans le sol, irrité par leur interlocuteur qui se faisait impatient et rude. Azéna perçut des vibrations qui provenaient de son ventre, indiquant qu'il grognait silencieusement. Elle posa une main sur ses brillantes écailles argentées pour l'apaiser et leva le regard.

- Je suis Azéna de la tempête, apprentie qui va débuter sa troisième année d'entraînement en début de la saison de la faux ! déclara-t-elle en refoulant ses émotions.

- Que fais-tu ici si tôt, apprentie dragonnière ? siffla le dragon aux écailles d'une teinte blé qui semblait être le partenaire du garde à l'attitude autoritaire.

- Je suis originaire de Daigorn et les dragonniers ne sont plus la bienvenue là-bas, s'efforça l'adolescente. Je désire tout simplement un refuge jusqu'à ce que les autres apprentis arrivent. Entretemps, je n'entraînerai tranquillement dans mon coin.

Cette déclaration lui faisait du mal, mais elle préférait leur dire la vérité que de tourner autour du pot. De toute façon, Daigorn était toujours sous la protection de Zorn donc, tout devrait bien aller.

- Tu t'es fait renier de ta famille, en conclut le dragon jaunâtre en renâclant, laissant des particules de terre s'échapper de ses narines.

À ces mots, la dragonnière sentit une pression sur son cœur et elle baissa instinctivement le regard au sol, impuissante face à sa défaite.

- Ce n'est pas important, continua son interlocuteur. Tu es l'une des nôtres et ta famille réside à Atgoren. Nous ouvrons les portes pour vous, ma sœur et mon frère !

Au travers du biais de la magie, lui et son dragonnier se mirent au travail. Le géant cadenas en forme de tête de dragon fixait les nouveaux venus de son regard intimidant. Sa gueule ouvrit dans un bruit sourd de métal et il se divisa en deux dans un rugissement titanesque. Ensuite, les deux gigantesques portes fortifiées s'ouvrirent lentement, mais sûrement.

Bien sûr, Tyrath aurait tout simplement pu entrer en volant par-dessus les murs, mais cela aurait été impoli et aurait alarmé les habitants, causant possiblement une réaction de panique. Non, il était plus sage de calmement marcher jusqu'à l'intérieur. Il ne fallait pas qu'elle montre son état émotionnel démolit se manifester non plus. Elle leva la tête droite et s'avança fièrement malgré son cœur en lambeaux. Elle avait si peur de tourner le regard derrière elle et que Daigorn aurait été soumis à la torche, mais elle ne pouvait pas se permettre cette angoisse. Elle devait croire en son Haut-Roi.

- Azéna ! appela un dragonnier avec un embonpoint assez évident.

L'homme s'approcha, sa démarche maladroite et pressée. Il ne voulait pas la perdre de vue, mais il était si lent et déjà épuisé. Sa dragonne brune Tonxa semblait lui offrir de l'aide, mais il le lui refusa, sûrement par fierté. L'archère s'arrêta, Tyrath l'imitant et ils attendirent.

- J-je m'appelle Dogan, dit son interlocuteur à bout de souffle. T-tu me reconnais, pas vrai ? Ouuff...

Son souffle haletant, il posa ses mains sur ses hanches et s'étira comme s'il essayait d'étirer ses muscles raides. Il était presque aussi court qu'elle ce qui était assez rare chez les hommes. Ça lui donnait un air mignon.

- Bon sang ce que j'ai un dos médiocre, se déplora-t-il en s'accotant sur sa lance. Mère Elysia, ayez pitié de votre enfant.

Azéna et Tyrath l'observèrent avec curiosité, clignant des yeux.

- Je sais qui tu es Dogan, dit Azéna en poussant un petit rire. Mais toi, est-ce que tu va bien ?

Elle se tourna vers Tonxa et croisa ses perles rose pâle qui étaient si uniques qu'elle en était fascinée par leur beauté à chaque fois.

- Jolie dragonne, complimenta-t-elle en faisant une brève et subtile révérence. Toi, au contraire, tu me parais en santé.

Tonxa renifla et haussa la tête comme une reine. Ce n'était pas tout, elle se tortilla étrangement comme s'il elle voulait frimer ses écailles qui resplendissaient sous la lumière des soleils.

- Bon ça va quand-même, ronchonna l'humain en fronçant ses minces sourcils qui réussissaient tout-de-même à paraître broussailleux. Nous sommes ici en mission.

- Oh si, en mission d'importance cruciale ! confirma la petite dragonne au crâne plus endurant que de l'acier.

- Laisse-moi lui annoncer Tonxa ! dit Dogan en redressant son dos comme s'il essayait de paraître plus majestueux.

- Non mais ! Tu es peut-être le dragonnier, mais je suis aussi importante que toi ! couina sa partenaire.

- Je n'ai jamais dit cela ! Ne me culpabilise pas, mademoiselle !

Et alors qu'ils continuèrent à se chamailler ainsi, Azéna et Tyrath s'échangèrent un regard peu impressionné. Et c'était eux qui étaient supposé être les apprentis dans cette situation ? Le drake s'impatienta plus rapidement que la demie-elfe :

- Donc c'est quoi votre mission !?!? grogna-t-il.

Le visage de Dogan et de Tonxa s'empourpra simultanément puis, ils se tournèrent vers leur audience et d'une petite voix timide, ils couinèrent comme des souris.

- Dogan, à toi l'honneur, dit Azéna en croisant les bras, impatience de savoir ce qui se passait.

- Nous devons t'escorter à Grand Maître Terenas dès ton arrivé à Atgoren, révéla le bouboule en se grattant la joue nerveusement.

- À quel sujet ? interrogea l'archère, maintenant suspicieuse.

- Je n'ai pas été informé !

- C'est la vérité ! supporta Tonxa.

- Ça va, ronchonna Azéna qui désirait en terminer avec cette situation bizarre. Allons voir le vieux schno... errr... Grand Maître Terenas.

Dogan qui avait deviné le reste de la phrase incomplète pouffa de rire et Tyrath cligna des yeux, incertaine de ce qu'il avait manqué.

- Mais Terenas n'est pas tellement âgé, corrigea Tonxa. N'oublions pas qu'il est une elfe quand-même et sa longévité est de quelques siècles.

Parlant de cela, l'adolescente n'avait aucune idée de comment rapidement elle allait vieillir. Allait-elle mourir aussitôt qu'un humain ou allait-elle suivre le chemin elfique ? Peut-être allait-elle tout simplement s'arrêtée au centre ?

- Pardon, s'excusa Azéna avec un petit sourire gêné. Je suis tellement habituée à librement m'exprimer que ça m'échappe parfois.

✦×✦

Une fois à l'académie d'Archlan, ils traversèrent l'enceinte du majestueux fort. Tout était comme d'habitude à l'exception de la présence d'un silence qui rappelait combien les apprentis étaient nombreux.

- C'est mort ! s'exclama l'archère en traversant le seuil de l'entrée.

Tyrath et Tonxa restèrent derrière puisqu'ils préféraient la liberté de l'extérieur plutôt qu'une boîte de pierre géante.

- C'est merveilleux le cal... Oh ! Maîtresse Nikala !

Devant eux, une elfe à la peau sombre et au long corps élancée s'approchait d'une démarche stricte. D'ailleurs, son visage l'était aussi. Elle ne semblait pas de bonne humeur.

- Apprentie Kindirah, vous êtes tôt, dit-elle en s'arrêtant devant l'archère.

Un pincement au cœur faillit faire grimacer la demie-elfe, mais elle garda un air neutre.

- Laissez-moi le plaisir d'emmener vos bagages à votre chambre, continua l'elfe grise sur un ton légèrement agressif.

- Je peux le faire, proposa son interlocutrice, ne désirant qu'améliorer l'humeur de la maîtresse qui ne faisait que lui causer du stresse en temps normal.

- J'insiste. Grand Maître Jarthen est impatient de vous voir.

- Très bien... D'accord. Merci.

Les deux femmes, quoi qu'elles ne s'appréciassent pas beaucoup, s'accordèrent un sourire avant que Nikala ramasse les affaires d'Azéna.

- N'oubliez pas que vous résidez dans la Tour de la Clarté cette année, informa l'elfe gris en se dirigeant vers celle-ci en montant les escaliers qui menaient au deuxième étage. N'oublie pas, Apprentie Kindirah !

- Mais... Je ne suis plus..., marmonna-t-elle en traînant la voix.

Elle abandonna, ne désirant pas dire à haute voix qu'elle ne faisait plus partie de cette famille.

- Répétez, s'il-vous-plaît, demanda Nikala qui était trop loin pour bien entendre.

Elle s'était arrêtée aux premières marches et observait la demie-elfe avec intérêt, quoi qu'elle semblât aussi un peu irritée.

- Rien du tout, dit Azéna en lui faisant signe de continuer. Ce n'est pas important. Je vais aller voir Grand Maître Terenas.

Elle fit volte-face, fixant Dogan alors qu'elle attendait son signal pour se mettre en route.

- Heu... C'est qu'il faut monter au deuxième étage pour se rendre à la Tour Mère, expliqua le garde en souriant bêtement.

- Mais bien sûr, répliqua la rebelle. Où avais-je la tête ? Cette académie est mon chez-moi... Comment aurais-je pu oublier ?

Elle fit le parallèle avec son ancienne demeure, là-bas à Nothar, la capitale opale de l'Aspérule de la Paix. Elle enveloppa sa main dominante de son autre, un peu pour se réconforter. Elle ne savait honnêtement pas trop quoi en faire, de toute cette tragédie, sa tragédie familiale.

- Clairement, ton esprit est ailleurs, gloussa Dogan. Allez, on va voir le Grand Maître !

À ces mots, l'archère revint à la réalité et se mit à suivre son interlocuteur à pas lent et paresseux. Tout le long de la marche, Dogan garda le silence, mais sa démarche semblait pressée comme s'il avait hâte de partir. N'était-il pas à l'aise avec ce qu'il faisait ? Quelque chose n'allait pas. Ou était-ce Azéna qui était trop paranoïaque ? Elle avait encaissé beaucoup de stresse dernièrement. Elle avait tout simplement besoin de repos. Après sa réunion avec Terenas, elle irait directement à son lit. D'ailleurs, elle se demandait si elle partageait encore une chambre avec Fayne. Ça serait étrange sans elle. Elle était une sorte de gardienne, une protectrice en arrière-plan. La présence était rassurante.

L'adolescente soupira, se questionnant sur ses motifs de désirer partager sa chambre avec sa meilleure amie. Elle ne l'avait jamais vraiment désiré sexuellement, mais elle était si proche d'elle que s'en était un peu floue par moment. Maintenant qu'elle n'était plus une Kindirah, elle pouvait considérer l'herboriste comme sa famille la plus proche. Elle était comme une sœur pour elle, c'est ça. Une grande amitié profonde. Elle avait tout simplement encore de la difficulté à assimiler sa sexualité. Voilà tout.

Mais merde, était-ce les filles, la romance et le sexe les seules pensées qu'elle pouvait avoir ? Elle était en train de se transformer en perverse et en romantique.

- Dégoûtant à deux reprises, marmonna-t-elle sans le vouloir.

Elle poussa une porte en bois légère, continuant d'avancer sans réaliser ou elle allait et s'arrêta enfin lorsque son guide s'immobilisa devant elle.

- Nous y sommes, annonça Dogan avec neutralité. Je vais disposer...

Il sortit une clef de la poche de son pantalon et déverrouille la porte devant laquelle ils se trouvaient. Cette-dernière était renforcée de métal et semblait lourde.

- Bon restant de journée à toi, souhaita l'humain.

- Pas si vite, ordonna une voix à la fois profonde et douce.

C'est à cet instant qu'Azéna détecta une présence dissimulée dans l'ombre de l'escalier à colimaçon qui débutait derrière l'entrée. Cet homme était grand, en contrôle de lui-même et approchait dans une sérénité qui le faisait presque glisser.

- Peux-tu aller me chercher Nixie-Elle ?

Dogan sursauta et il avala avec difficulté. Il détourna le regard dans tous les sens comme s'il essayait de trouver une réplique solide à cette question. Mais il n'avait pas le choix d'accepter C'était là une simple requête avec aucun danger ni de difficulté.

- Oh... Oh ! Nixie-Elle ? C'est donc elle que vous avez choisi, en déduit-t-il.

Que voulait-il dire par là ? Une dizaine de questions bourdonnèrent dans la tête d'Azéna qui sentit son calme se dissoudre alors que sa confiance se fit mince.

- Précisément, clarifia Terenas qui s'était installé entre son interlocuteur et l'archère. Est-ce qu'il a un problème ?

- P-pas du tout ! J'y vais tout de suite !

Il hésita, frottant ses le bout de ses doigts ensemble.

- Y a-t-il un souci, Dogan ? questionna le Grand Maître en haussant un sourcil curieux.

- C'est que... Grand Maître, sans vouloir offenser quelqu'un, est-ce vraiment une bonne idée d'assigner Nixie-Elle à une telle tâche ? demanda le dragonnier brun, ses grands yeux clignant innocemment.

- J'en suis certain.

- D'accord... J'y vais...

Lorsque Dogan disparut derrière la porte, Terenas invita son invité à le suivre jusqu'à son bureau qui se trouvait au tout sommet de la Tour Mère. Ils étaient à présent dans une petite salle dans laquelle y était installé un humble bureau en chênes avec quelques chaises en bonne condition. Le mur circulaire était longé de plusieurs chandelles allumée par le bien de la magie et ce malgré qu'il fît ensoleiller à l'extérieur. C'était curieux, mais l'archère ne le mentionna pas.

- Je travaille mieux à la luminosité douce, dit Terenas en fermant les rideaux rouge vin devant les fenêtres, bloquant les rayons.

- Ça explique tout, rigola l'archère.

Il s'installa à son bureau et invita l'apprentie à s'asseoir devant lui ce qu'elle fit. Il croisa ensuite les mains et plongea son regard dans le sien.

- Je ne vais pas passé par quatre chemins: tu dois être surveillée de près cette année. En gros, je t'assigne un garde du corps en permanence pour ta protection et cette personne dédiée à toi sera Nixie-Elle, une dragonnière qui excelle dans ce genre de tâche.

- Q-quoi ? Mais pourquoi ce changement ? rouspéta une Azéna offusquée.

Elle qui détestait être renié son privé, sûrement faute à son environnement stricte en grandissant. De plus, Dogan semblait inquiet quant au choix de Terenas à ce sujet. L'adolescente n'aimait pas ça du tout. En plus, elle avait planifié essayer de se rapprocher de Naëshirie. Cela allait être compliqué avec une double ombre qui la suivait partout. Mais ça, elle ne pouvait pas le révéler, surtout pas à Terenas.

- Du calme, insista le Grand Maître sur un ton relaxe. Ce ne sera pas aussi pire que tu ne le crois, tu verras. Je suspecte que l'académie va se faire attaquer bientôt; nous devons te protéger. C'est aussi crucial cette année que tu maîtrises mieux ton pouvoir. La guerre est à notre porte, les différentes armées se préparent à quelque chose et l'atmosphère est tendue partout où nos éclaireurs vont.

- Arf... Bon, c'est qui cette Nixie-Elle ? questionna l'archère en croisant ses bras et en fronçant les sourcils, incapable de se contenir.

- Sois patience. Elle devrait arrivée bientôt. Entretemps, voudrais-tu un peu de thé ?

Par habitude à Teriondil, la demie-elfe faillit refuser l'offre de son supérieur, mais elle s'arrêta avant de l'exprimer. Au lieu, elle força un sourire et hocha doucement de la tête.

- Ça me ferait plaisir. J'adore le thé.

- J'apprécie particulièrement les tisanes, mentionna Terenas. Elles adoucissent l'esprit. Que préfères-tu ?

L'archère réalisa qu'elle n'y connaissait rien aux thés. Où était Teri quand on avait besoin de lui ? Elle réfléchit aux maintes fois pendant lesquelles l'elfe des bois avait fait mention de diverses sortes de thés. Il était amateur de celui au miel et au melon ce qui ne semblait pas mauvais du tout.

- Avez-vous au miel et au melon ?

- Bon choix. Celui-là est juste assez sucré sans trop submerger les papilles gustatives. Il est originaire de Nadalé si je ne me trompe.

Une faible vague de panique envahit la dragonnière devant une question à laquelle elle ne savait pas la réponse. Nadalé mais, bien sûr que ça serait Nadalé. C'était là où Teriondil avait grandi. Ça semblait crédible.

- C'est cela, devina-t-elle en espérant ne pas faire une folle d'elle.

Terenas sourit, leva sa main en direction d'une petite station sur laquelle reposait toutes sortes d'objets reliés aux thés ainsi que des contenants en verre dans lesquels se trouvait différentes herbes puis, il s'immobilisa ainsi. Deux contenants : le premier marqué « Miel et melon » et le second, marqué Lune de minuit, s'ouvrirent d'eux-mêmes. Sans que l'elfe ne touche à quoi que ce soit, le processus de l'infusion des deux tasses de thés s'entama.

- Ces elfes sylvains produisent les meilleurs thés d'Aerinda, mentionna-t-il jovialement.

Il posa son bras sur la table et détacha son attention de la station de thé.

- Quelle savoir est le vôtre, Grand Maître ? interrogea l'archère en tentant de faire conversation.

Toc toc toc ! On cogna à la porte trois fois.

Terenas fronça légèrement les sourcils et observa l'entrée en silence pendant quelques instants. Il se redressa subtilement le dos comme s'il s'apprêtait à encaisser une attaque imminente.

- Entre Nixie-Elle, invita-t-il enfin.

La porte s'ouvrit sauvagement comme si un ouragan venait de naître à cet endroit précis. Puis, une jeune femme traversa le seuil d'un pas lourd. À première vue, elle portait un langage corporel très directe, brusque, mais à la fois décontractée. Elle était grande, aux épaules solides, au physique athlétique et possédait un visage aux traits ressemblants à ceux d'un faucon. Azéna se sentit petite dans son coin, intimidée par la guerrière qui était d'ailleurs vêtue de son armure de maille, de hautes bottes de cuir dont la pointe était de fer puis, d'un tabard qui mettait en valeur l'insigne d'Atgoren, soit une tête de dragon noire et enfin, croisées sur son dos reposaient deux épées courtes. Elle avait réellement l'air d'une dure à cuire et Azéna n'aimait normalement pas ce genre de personne. D'ailleurs, elle ne lui avait pas accorder la moindre attention comme si elle n'existait pas.

- Vous m'avez convoqué, Grand Maître Terenas, dit-elle en effectuant une brève révérence.

- Azéna, voici Nixie-Elle qui sera ta garde du corps tout au long de ta troisième année d'entraînement à l'académie, annonça-t-il. Nixie-Elle connait les détails à propos de ta situation. Elle est une dragonnière spécialisé dans l'assassinat et j'ai pleinement confiance en ses capacités pour te protéger convenablement. Elle était prodige de son année et maîtrise à peu près n'importe quelle arme avec aise ainsi que son élément qui est le vent. D'ailleurs, j'ai pensé qu'elle pourrait t'entraîner à ce sujet et que vous pourriez bien vous entendre.

L'archère avait de lui dire que ce n'était pas du tout l'impression que Dogan avait laisser entendre de son idée, mais elle ne pouvait pas se permettre une impolitesse et répliqua avec un sourire jaune.

- M-merveilleux.

Quelque chose attira soudainement son attention : un point de beauté étrangement carré près de l'œil droit de Nixie-Elle. Ce n'était pas la première fois qu'elle le voyait.

- Un instant... Étais-tu une apprentie à cette académie ?

- J'en étais à ma cinquième année d'entraînement il y a deux ans, confirma la guerrière.

- Je crois que je te reconnais... vaguement...

- C'est très possible. Je faisais partie de l'équipe de Criecarlate en tant qu'attaquante de front.

- Ah ! Mais bien sûr. Ça me revient. Tu étais vraiment douée ! Tu étais l'étoile de cette équipe, sans aucun doute !

- Merci beaucoup du compliment, dit Nixie-Elle en tentant de dissimulé un sourire en coin qui n'échappa pas à la demie-elfe.

Avait-elle un côté espiègle ? Pourtant, elle était redevenue aussi froide qu'un bloc de glace. C'était un changement d'attitude qui semblait avoir passé inaperçu aux yeux du Grand Maître. Ce dernier gigota son index et trois tasses de thés flottèrent lentement jusqu'aux mains de leur destinateur.

- Vous me connaissez bien, Grand Maître, dit Nixie-Elle qui avait reçu une tasse de « Lune de minuit » identique à celle de Terenas.

Le liquide était bleu marine, produit par des pétales de fleurs qui berçait dans l'eau bouillante. Le breuvage d'Azéna était d'un jaune pâle translucide et était particulièrement sucré. Elle adorait ce thé et remercia silencieusement Teriondil pour ses bons goûts.

- Merci Grand Maître, dit l'archère.

- En revenant sur le sujet de skotar, Azéna j'ai quelque chose à te partager, avoua Terenas en posant délicatement sa tasse de thé sur son bureau.

Sa voix était neutre, dansant sur la ligne de la sévérité. Ce n'était pas un ton qui donnait confiance à Azéna. Allait-elle être bannis de jouer en raison de sécurité ? Ça serait complètement injuste; elle serait entourée de plein de dragonniers et de dragons.

- Tu as démontré beaucoup de courage durant ta deuxième année, continua-t-il. Peu de gens peuvent se vanter de ce que tu as accomplis, malgré que ce fût à tes yeux un échec. Tu n'aurais pas pu mieux faire. C'était une inspiration pour tes camarades en ce que tu as surement pu constater.

Elle remémora les dizaines de déclarations d'amour de multiples garçons qu'elle avait reçu et tous rejetés, les louanges, les hommages, mais plus particulièrement les célébrations dont certaines d'entre elles qui n'avaient pas impressionner Fayne. Pour une fois dans sa vie, elle s'était sentit un peu trop confortable avec son entourage et elle s'était laissé explorer les joies de la célébrité jusqu'à s'en lasser. Le surnom « La fille qui a tenue tête à un dieu » n'avait jamais émaner de bonheur chez elle. À ses yeux, elle ne comprenait pas ce qu'elle avait fait de tant exceptionnelle. Elle avait tout simplement renié un être avec qui elle n'était pas d'accord. Elle le faisait souvent d'ailleurs.

- Exactement, confirma-t-elle. Enfin... Je crois...

- Bon alors...

- Ce que l'vieux maître icitte essai de te dire c'est que t'as été nominé pour devenir capitaine de ton équipe de skotar, coupa Nixie-Elle après avoir poussée un long soupire d'impatience.

L'accent et le ton de sa voix avait complètement changer. Azéna ne put s'empêcher de la fixer avec incrédulité. Ne réalisait-elle pas à quel point elle avait été impolie ?

- Umm... Comment le sais-tu ?

- Il m'a chanté un discours semblable. En premier temps, j'ai refusé son offre. J'étais trop...occupée... Mais lorsque not' capitaine a démissionné, les autres membres de l'équipe m'ont nominé et j'ai accepté à contre-cœur.

Un peu plus et le menton de l'archère aurait tomber au sol tellement elle était choquée par cette femme. De son côté, Terenas fronçait les sourcils et ses traits faciaux s'étaient accentués. Il n'était pas impressionné.

- Nous avions fait mention de ton attitude Nixie-Elle...

- Oh... Désolé Grand Maître... C'était plus fort que moi. Bah !

Elle vira en direction d'Azéna et lui agrippa la main pour la serrer avec entrain.

- Ravis d'faire ta connaissance, jeune demoiselle ! Je serai ta garde du corps pendant que tu t'entraînes comme une défoncée !

Azéna cligna des yeux, submergée par tout ce qui venait d'arriver. En plus, la guerrière s'était avancée un peu trop à son goût. Elle l'examina certes, mais la proximité rendait l'archère mal à l'aise. Une bouffée de parfum délicat envahit les narines de cette-dernière. Ses joues montèrent en température puis, elle détourna les yeux.

- Mmmm? Timide, eh? devina Nixie-Elle.

Elle pouffa de rire et recula.

- Maintenant, il faut répondre à monsieur Terenas. Tu sais... l'offre pour l'skotar !

- Oh ! Oui ! s'exclama la demie-elfe en se levant maladroitement de sa chaise. Je...J-je... J'accepte votre offre.

- D'excellentes nouvelles, dit le Grand Maître en souriant légèrement. Je m'excuse profondément pour le comportement de Nixie-Elle. Elle est très douée dans ce qu'elle fait, je te l'assure.

- Ehhhh ? grommela la guerrière en croisant les bras et en fixant son supérieur. Tu m'as choisi et tu ne le regretteras pas !

- Je l'espère. J'ai apprécié ton enthousiasme et que tu t'étais portée volontaire, sans oublier tes talents, bien sûr.

Ils terminèrent leur tasse de thé puis, Azéna et Nixie-Elle se dirigèrent vers la Tour de la Clarté en silence jusqu'à ce que l'archère énervée prenne parole :

- Tu as un prénom vraiment étrange. D'où ça sort ?

Comme l'avait si bien suggéré Terenas, il fallait qu'elles apprennent à bien se connaître pour ainsi bien fonctionner ensemble.

- M'mère est... comment dire...? Légèrement un peu beaucoup excentrique.

- Mais... Le Elle, c'est un pronom... Je suis incertaine de comprendre.

- N'essaie pas. M'mère est une femme étrange. Les enfants d'mon âge me taquinaient souvent à ce sujet. Ce n'as jamais été un cadeau.

- Je suis désolée. J'ai été victime de beaucoup d'intimidation aussi.

- Pourquoi donc ? T'sembles forte, t'es franchement une beauté donc, j'imagine que les garçons doivent te courir après...

- Errr... M-merci...?

- Inconfortable avec c'sujet?

- Un peu...

- Ça va. J'suis assez spéciale en mon genre aussi.

Elle s'étira les bras au-dessus de sa tête ce qui la fit paraître encore plus géante qu'elle ne l'était puis, elle poussa un soupir à la fois plaintif soulagé.

- Enfin sortit de s'te bureau d'merde ! J'déteste ces maudites formalités.

- On n'a ça en commun, dit l'archère qui sentait la fatigue prendre le dessus de son esprit.

- On va faire l'meilleures amies d'monde bientôt ! s'exclama la guerrière. En passant, t'peux tout simplement m'appeler Nix ou Nixie. J'suis pas très amateure d'mon prénom comme tu peux l'deviner.

La rebelle ne put s'empêcher de rouler les yeux, incapable de se décider si elle devrait s'enfuir ou grogner intérieurement.

- Merveilleux Nix, ronchonna-t-elle.

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