Chapitre 9

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Après un certain temps de latence, Tyee finit par se résigner. Il émet un soupire, retire sa casquette et passe sa main dans ses cheveux bruns bouclés, avant de reprendre :

« Bon, t’as gagné… Je ferai ce que tu veux. »

Nan, sérieux ?!

J’esquisse un sourire démoniaque pour dissimuler ma joie intérieure :

« Marché conclu. »

Je tends ensuite mon bras avec satisfaction dans l’espoir que mon interlocuteur m’accorde sa poignée pour achever cette discussion. Cependant, il ne semble pas vouloir coopérer.

« Franchement, au point où t’en es… dis-je, malicieusement. »

Ce à quoi il répond spontanément :

« J’sais que tu meurs d’envie de me toucher la main Ana, mais j’t’accorderai pas ce privilège… »

Pardon ?!

Je retire furtivement mon bras, décontenancée. Le rouge me monte aux joues, mais je tente de broder quelque chose :

« T’es vraiment cinglé… »

Décidément, je le déteste !

« Ben alors Tyee, on a perdu ses bonnes manières avec les filles ? »

Je me retourne, ne sachant pas de qui provient cette voix grave.

« Patron ! rétorque Tyee.

-C’est bien moi ! »

Un vieil homme légèrement charnu se tient devant nous.

« Bonjour ! fis-je, intimidée.

-Bonjour jolie demoiselle… »

Il me scrute de haut en bas, accompagné d’un sourire béat sur le visage.

Je suis gênée. J’ai envie de m’enfuir en courant.

« Tyee, tu m’avais cachée que tu avais une petite amie aussi jolie, petit cachotier ! »

Passez-moi un saut je vais vomir.

« Hein ?! Ma petite amie ?! Plutôt mourir ouais ! »

Le patron du casino tapote l’épaule de Tyee amicalement :

« Pas à moi Tyee !

-Euh, non il a raison vous faîtes erreur… »

Alors que je peine à terminer ma phrase pour me justifier, le vieil homme perd soudainement patience :

« Eh la jeunesse, vous commencez à m’agacer là… Vous osez me contredire et me mentir ouvertement ?! A moi ?! »

Mais qu’est-ce que c’est que cet énergumène…

Au même moment, je sens une main se poser délicatement autour de ma taille. Je me retourne vivement :

« Tu crois faire quoi là ?! » m’exclamé-je.

Tyee soupire, avant de me susurrer délicatement à l’oreille :

« Tais-toi deux secondes… Tu vois bien qu’il est en train de taper sa crise de la quarantaine…

-T’as vraiment un patron dérangé... murmuré-je à mon tour.

-Crois-moi, ça me fait autant plaisir qu’à toi de feindre l’illusion, mais j’ai pas envie de m’le mettre à dos. Alors fais un effort.

-C’est une blague ? »

Dans quel pétrin est-ce que je me suis encore fourrée ?

« Ah, voilà je préfère ça ! Comme vous êtes mignons ! s’émoustille le patron.

-Pardon ?! »

Je me mets en retrait, très embarrassée.

« Allons jeune fille, c’est pas la peine de faire ta timide !

-C’est vrai, elle a pas l’habitude d’être au centre de l’attention… Excusez-la ! » ajoute Tyee en me caressant le cuir chevelu, avant de me jeter un regard sordide.

Il tire profit de la situation. Je vais le tuer !

« Bon, vous m’avez mis de bonne humeur !

-Hein ?

-Prends ta journée c’est bon mon grand ! »

L’assurance de Tyee se perd automatiquement :

« Quoi ? Mais pourquoi je ferais une chose pareille ?!

- Mon dieu, mais où est passé le gentleman que j’affectionne tant ? Tu vas pas laisser ta copine rentrer toute seule quand même, va la raccompagner ! »

Un silence s’installe. Je me mets à pouffer de rire intérieurement. Alors Tyee, on fait moins le malin ?

Malgré la situation, Tyee insiste auprès de son chef pour continuer de travailler, spéculant son besoin d’argent et d’autres raisons que j’ai écoutées à moitié.

« T’inquiète pas pour ça, je comptabiliserai pas ta journée comme un congé ! Va t’amuser mon jeune, tu travailles beaucoup trop. »

Tyee qui travaille beaucoup ? J’ai l’impression d’être actuellement dans une dimension parallèle…

« Allez, je vous laisse les tourtereaux ! Je dois retourner à mes occupations.

-Bonne journée ! »

De nouveau, un silence s’installe.

Tyee me regarde de haut avant de me prendre par l’épaule :

« Viens on y va. »

Nous finissons par rejoindre la rue à l’extérieur.

« C’est bon lâche-moi maintenant, ça me dégoûte ! »

Tyee s’exécute :

« Tu crois vraiment que ça m’fait plaisir de faire croire à mon patron que je sors avec la pouilleuse de service ?!

-Tu viens de m’appeler comment là ?!

-T’as très bien entendu !

-Toi t’as la mémoire un peu courte on dirait…T’as déjà oublié la situation dans laquelle t’étais ?! »

Allez c’est bon, j’ai juste à lui rappeler que je détiens l’arme qui peut sauver ou ruiner son avenir, et il se calmera illico presto. C’en est presque insultant pour lui.

Tyee s’arrête net.

« Alors, t’as plus rien à dire ? »

Il s’ébouriffe les cheveux avant de hurler :

« Eh c’est bon ! J’en ai ma claque, t’as qu’à aller balancer à tout le lycée ce que t’as vu j’en ai plus rien à faire !

-Quoi ?!

-Allez bouge de mon chemin, si tu crois que j’vais te raccompagner tu te mets le doigt dans l’œil.

-Pardon ?! Mais qui t’a dit que j’avais besoin de toi en fait ?! Tu crois que je sais pas rentrer toute seule juste parce que c’est pas ma ville ?!

-Me raconte pas ta vie ! J’espère que tu vas t’perdre ! »

Nous continuons de nous disputer tout en marchant. Je réalise alors que mon objectif de base n’est pas de rentrer chez moi, mais d’apporter des courses à tante Lysa.

« Eh mince, purée ! braillé-je.

-Quoi encore ?!

-A cause de toi, j’ai complètement oublié de ramasser ce que j’ai fait tomber au casino ! Résultat, je suis sortie les mains vides ! »

Tyee se met à se moquer de moi.

« Hahaha, mais quelle idiote ! Bien fait ! »

Je le tape sur l’épaule, énervée :

« Je te déteste ! T’es vraiment un aimant à malheur ! »

Je me rends alors compte que depuis le début, je suis la direction de Tyee sans prêter attention à mon propre chemin. Au moment où je le réalise, nous sommes déjà bien avancés.

« Attends mais on est où là ?! m’exclamé-je, paniquée. »

Tyee pointe du doigt un petit immeuble avant de reprendre :

« Tu vois cet endroit ? C’est chez moi, alors maintenant bouge de là avant que je m’énerve.

-Quoi ?! »

Alors que je suis sur le point de m’affaler, désemparée, j’aperçois la silhouette d’une petite fille sortant en courant de l’immeuble en question. A la seconde où elle entrevoit Tyee, elle se met à s’exciter et lui foncer dessus.

« Attention, c’est dangereux ! »

Je m’interpose vivement devant ce dernier, laissant le temps à la petite fille de ralentir.

« Grand frère ! » finit-elle par prononcer.

Hein ?

« Doli ?! Mais qu’est-ce que tu fais là ?! »

Cette journée n’a vraiment ni queue ni tête.

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