Chapitre 3

6 minutes de lecture

J’arrête le jet d’eau vivement et je me retourne, ne pouvant détacher mon regard de la personne qui se trouve en face de moi. J’essaie ensuite d’articuler des mots tant bien que mal :

« Que…Qu’est-ce que tu fais là ? je demande, en bégayant de stupeur.

-C’est moi qui devrais dire ça. »

Question stupide, réponse stupide.

Je suis tellement apeurée que je n’arrive pas à m’exprimer correctement. Il faut dire que Tyee est le garçon le plus imposant de la classe, et même certainement de toutes les classes de première. Du haut de sa grande taille et de ses muscles, il est la dernière personne avec qui je veux me confronter.

Après avoir ébouriffé ses cheveux bouclés noirs, il me scrute attentivement, accompagné d’un sourire malicieux sur les lèvres. Et je n’aime pas ça du tout.

« Bon, allez, on a assez discuté, dit-il.

-Quoi ? »

Il retire sa main droite de la poche de son jean avant de m’arracher le poignet.

« Qu’est-ce que tu fais, espèce de malade ? m’exclamé-je.

-Ana, la seule et l’unique, qui tente d’épier les garçons aux toilettes ! Quelle ironie ! pouffe-t-il de rire, tout en me traînant dans le couloir pour me forcer à remonter l’escalier avec lui. »

Il est dingue.

« Ca va pas ? Pourquoi je ferais une chose pareille ?!

-C’est toi qui vas nous le dire ! »

Je tente de me débattre, en vain. Il est bien trop fort pour la fille frêle que je suis.

« Lâche-moi !

-Décidément Ana, c’est ta journée ! »

Nous ne tardons pas à arriver devant la salle de madame Lyre. La pause semble être terminée, puisque toute la classe s’est attroupée devant la porte. Les élèves nous remarquent immédiatement :

« Tyee, t’étais passé où ? questionne un de ses amis.

-Vous n’allez pas en croire vos yeux ! répond Tyee. »

Je sens les regards intrigués se poser sur nous. Plus particulièrement sur moi.

Je tente une dernière fois de me détacher de l’emprise de Tyee, mais je n’y arrive pas.

« Tu veux retourner aux toilettes des garçons ? me propose-t-il, tout en me serrant plus fort. »

La classe se met à s’agiter dans tous les sens et des murmures se font entendre :

« Quoi ? Est-ce que j’ai bien entendu ? demande une fille.

-Il a dit Ana dans les toilettes des garçons ? Sérieusement ? Elle cache bien son jeu ! rétorque son amie. »

Au même moment, un groupe de garçons arrive en provenance du fond du couloir. J’arrive à distinguer la silhouette de l’un d’entre eux. C’est encore Ben. Je me demande pourquoi il n’arrive que maintenant.

« Oh, Ben ! s’écrie Tyee.

-Qu’est-ce qui se passe ? demande le concerné en levant un sourcil.

-Tyee lâche-moi, tu me fais mal ! hurlé-je.

-Haha, les garçons sont ici si tu veux les épier, Ana ! »

Sur ces propos, Tyee me lâche brutalement. Je manque de m’écrouler pour la deuxième fois consécutive, lorsque je sens des bras m’agripper. Je tente d’effacer les larmes qui sont sur le point de couler des coins de mes yeux avant de relever ces derniers :

« Merci », étais-je sur le point de prononcer, avant d’entendre la voix de mon interlocuteur :

« Est-ce que ça va ? »

En haussant la tête, je m’aperçois que la personne se tenant devant moi n’est autre que Ben. Il me contemple, un peu surpris. Ses yeux sembleraient presque traduire de l’inquiétude à mon égard.

Cependant, à la seconde même où je réalise la situation, je détache brusquement mes bras des siens :

« Ne me touche pas !

-Ana, attends, laisse-moi t’aider. »

Il tente de nouveau d’agripper ma main, mais je refuse.

« Qu’est-ce que tu fais, Ben ? demande Tyee. »

Ben se relève et lance un regard austère à son ami.

« Qu’est-ce que tu fais ? répond-il.

-Euh, je comprends pas, continue Tyee. Si tu dois blâmer une personne, c’est Ana, pas moi ! »

Quel toupet.

Sur ces paroles, Ben suspend Tyee par le col de son sweat et le plaque contre le mur.

« Tu veux que je t’explose ou quoi ?! braille Tyee, tout en tenant tête à son adversaire.

-C’est quoi ton problème ?! réplique Ben. Je crois qu’on a suffisamment de soucis pour que t’en rajoutes, idiot !

-Pardon ? Mais t’es le premier à avoir humilié Ana ce matin, Ben !

-Arrêtez ça ! crie Lola. »

Un silence pèse dans le couloir. La classe semble choquée de la scène à laquelle elle fait face. J’avoue que moi aussi, j’ai du mal à saisir la situation. Tyee et Ben sont les meilleurs amis du monde, je ne les ai jamais vus s’accrocher d’une telle manière. Et surtout, je ne comprends pas pourquoi Ben me défend.

Alors que le chaos fait rage, j’arrive à percevoir le son d’une douce voix se diriger vers nous :

« Allez on va reprendre ! La pause est finie ! »

C’est madame Lyre. Il ne faut absolument pas qu’elle s’approche davantage !

« Qu’est-ce qui se passe, ici ? demande-t-elle, l’air inquiète en voyant l’attroupement au loin. »

Ben finit par lâcher son ami avant que la situation ne dégénère.

« Bon, ça suffit, je ne sais pas ce qu’il se trame ici mais maintenant vous vous dépêchez de regagner vos places ! Tout de suite ! termine la professeure. »

La classe s’exécute sans broncher, pour une fois. Je suis le mouvement en tentant de croiser le regard de Ben, mais ce dernier retourne en classe sans adresser la parole à qui que ce soit.

Contrairement à la première, la deuxième heure de cours semble durer une éternité. Les bavardages ne sont pas d’actualité, ce qui satisfait madame Lyre. J’essaie tant bien que mal de prendre des notes, mais je ne peux m’empêcher d’être perturbée par le comportement de Ben. Sérieux, pourquoi a-t-il fait ça ?

Après avoir décroché quelques instants du cours, je décide de me retourner pour jeter un œil au fond de la classe. Ben et Tyee se sont placés à côté, comme à leur habitude, mais un silence pesant règne autour d’eux. Je dois avouer que l’atmosphère est étrange et me fait légèrement frissonner.

Quelques temps plus tard, la sonnerie finit par retentir.

« Pour la semaine prochaine, apportez votre manuel de littérature ! » conclut madame Lyre.

Pour la première fois, je ne prête pas attention à ce que dit la professeure en fin de cours. Il faut que je rattrape Ben pour tirer au clair toute cette histoire.

Je m’empresse donc de ranger mes affaires avant de m’apercevoir qu’il n’est déjà plus dans la salle.

Je sors en vitesse de la pièce et je descends au rez-de-chaussée pour entrevoir la cour de récréation. Mais il n’y est pas. J’ai beau scruter attentivement chaque coin du lycée, il n’est absolument nulle part. Où a-t-il bien pu aller ?

Après un quart d’heure de recherche infructueuse, je finis par me faire une raison. Il a dû rentrer.

C’est en passant les portes de l’entrée que me vient une dernière idée. Il est peut-être dans le jardin situé juste à côté de notre lycée ! C’est un petit espace fréquenté par les élèves lorsque le temps s’y prête.

Je me hâte donc vers cette piste et quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’effectivement, j’aperçois la silhouette du brun, sur le point de se diriger vers la sortie du parc.

« Ben ! m’exlamé-je sans même réfléchir. »

Il ne se retourne pas. Je tente de parler plus fort :

« Ben arrête-toi ! crié-je à en souiller les tympans des personnes autour de nous. »

Mais ce dernier ne s’exécute pas. Il se moque de moi ?

J’abaisse la lanière de mon sac de mon épaule pour la diriger vers mes mains, avant de me décider à lui lancer ce dernier sur la figure :

« Réponds lorsqu’on te parle, enflure ! »

Il se retourne enfin, particulièrement étonné.

« Mais t’es malade ? me demande-t-il, les yeux ébahis. »

Au moins, ça a eu le mérite de fonctionner ! Je hâte le pas pour le rejoindre :

« Tu es sourd ou quoi ?

-Désolé, j’avais pas entendu. »

Je me demande pourquoi cette conversation m’est familière.

« Arrête de te moquer de moi, j’ai hurlé de toutes mes forces. »

Alors que j’étais en train de finir ma phrase, il retire ses écouteurs de ses oreilles.

« Tu disais ?

-Ah… »

Le rouge me monte aux joues. J’ai un peu honte d’avoir été stupide.

« Euh, je disais que je voulais te parler, dis-je en ramassant mon sac.

-Ah bon ? C’est une première ça ! »

Il m’agace déjà.

« Ben, c’est quoi ton problème au juste ?

-Quoi ?

-Ce matin, tu m’humilies devant toute la classe en me traitant de fille inintéressante et là, d’un coup, tu me défends contre Tyee ? Tu joues avec moi, c’est ça ? »

Il ne répond pas.

« Ecoute, ça t’amuse peut-être, mais moi non. Trouve quelqu’un d’autre, merde ! »

Il serre alors son poing droit en tremblant. Est-ce qu’il veut me frapper ? Tyee ne lui a pas suffi ?

Je recule d’un pas par réflexe. Il relève la tête et me transperce de son fameux regard, avant de prononcer des mots que je qualifierais d’inattendus :

« Je suis désolé, Ana. »

Non, je dirais même que ces mots sont improbables.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Enyris ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0