Niveau 17 – Impasse

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Pris en tenaille entre deux chasseurs d’Artefacts, et une « ex » vengeresse flanquée de son copain bourrin, le hall de mon immeuble paraissait foutrement petit. Pour ne rien arranger, un seul choix s’offrait à moi : par qui préférai-je être tabassé ? Autant me décider entre l’hyper-sida et la peste bubonique.

Du moins, en apparence !

J’accrochai le regard noir d’Amandine alors qu’elle pointait le museau de son arme en plein vers le mien, et appelait mentalement : « Gentille Interface d’amour, inverse son dégoût pour l’autorité ! Grouille, grouille, grouille ! »

Les pupilles de la belle tatouée se dilatèrent, et je fixai l’icône de cœur vide au-dessus de sa tête en priant six panthéons pour qu’il retrouve des couleurs, comme il l’avait fait dans le métro.

Rien ! Pas même une lichette de rouge ! Faudra pas s’étonner si je reste athée après ça.

J’imagine qu’avec mon escorte et mon nez de traviole, je n’évoquais pas vraiment l’autorité, mais tout de même. À moins que la capacité inversion ne soit pas capable d’affecter deux fois le même gout ? Ou pire, la tatouée était devenue totalement immunisée aux effets de l’Interface ? Pourquoi ? Comment ? Merde, on s’en foutait pour le moment. J’aurais tout le temps d’y réfléchir si je m’en sortais. Dans l’immédiat, mon plan venait de se prendre une belle décharge de chevrotine dans l’aile. Déjà qu’il volait mal à la base…

— Quel merdier, commenta le chasseur d’Artefact, presque en écho à mes propres pensées.

Les flingues pointés sur sa tronche ne lui avaient pas arraché son sourire. Soit il bluffait, soit il préparait un truc. La blonde, quant à elle, ne pipait mot. Sa main gauche tremblait d’anticipation contenue, et je remarquai qu’elle rapprochait doucement son bras droit, celui orné de la montre Barbie.

Incertain des effets de l’interface sur Amandine, je visai Vladimir et lançais : < Je ne dois pas les laisser esquisser le moindre geste. Ils sont dangereux. Surtout la blonde. >. J’espérai qu’en dépit du cœur vide, cette pensée résonnerait avec sa parano, ou son instinct de survie.

Étonnamment, c’est la tatouée qui réagit la première, sans mon aide.

— Ne faites pas un putain de geste, cracha-t-elle. Surtout toi la blondasse.

La chasseuse se figea. Mais je devais la tenir à l’œil. Si elle parvenait à stopper le temps, tout serait foutu. Elle avait mentionné un délai d’activation. J’espérais qu’il était assez long pour me laisser le temps de réagir le cas échéant.

Vladimir avança d’un pas, son arme à quelques centimètres du bide du chasseur d’Artefacts. Le hall de l’immeuble sembla se réduire encore un peu plus.

— Vous n’avez vraiment aucune idée de ce dans quoi vous mettez vos gros sabots les jeunes, tenta le chasseur.

— C’est moi qui pose les questions, grogna Amandine. Pigé le gros ?

Le gros ? Le chasseur avait peut être un sourire de poney, mais sa silhouette longiligne ne débordait pas de gras.

Oh.

Selon ma patronne, le flic qui l’avait interrogé aurait pu servir d’ancre à un paquebot. Et s’il s’agissait en réalité du chasseur, et que son Artefact lui permettait de changer son apparence ? Une information parfaitement inutile dans ma situation que je rangeais dans la case « pourra peut-être servir, si je survis, aaaaaah ! »

— Je suis flic, lâcha le brun. J’ai ma carte pour le prouver. Laissez-moi juste la sortir de ma veste.

Amandine marqua une pause, sourcil dressé.

« Suggestion » n’avait pas eu le temps de se recharger. Bordel. Impossible de les avertir que le tordu leur pondait une excuse pour récupérer son flingue.

— On n’est pas venu pour vous, dit la tatouée, sa voix un peu radoucie. On est la pour lui. (Elle me gratifia d’une nouvelle tentative de meurtre par regard interposé.) Vous savez ce que ce fils de. (Elle s’arrêta lorsqu’elle croisa le regard bleu perçant de la blonde.) Ce que ce connard m’a fait ?

— J’ai une petite idée, dit la chasseuse avec un regard dédaigneux dans ma direction. Mais dites toujours.

Amandine trembla de la lèvre inférieure, sa bouche entrouverte sur des mots qui refusaient clairement de sortir. Vladimir lui adressa un sourire en coin, et hocha la tête. Ce geste de soutien silencieux sembla redonner sa détermination à la tatouée, les traits de son séduisant visage se durcirent.

— Il m’a agressé. Sexuellement.

Elle avait murmuré ces quelques mots, mais ils résonnèrent dans le hall de l’immeuble, et en moi, comme un hurlement. Aucun des deux chasseurs ne broncha. Leur absence de surprise claire, et franchement vexante. Vladimir redoubla ses tentatives de me faire éclater la cervelle par la seule force de ses yeux.

— C’est complètement faux ! me défendis-je d’une voix un peu trop geignarde.

La belle tatouée avait été consentante. Certes, son consentement tenait aux effets magiques de l’Interface, ce qui rendait ce concept quelque peu nébuleux, mais si elle ne m’avait pas menacée, je ne lui aurais jamais rien fait. Et certainement pas quelque chose qui me déplaisait… initialement.

Merde. Même moi, je ne croyais qu’à moitié à ces excuses.

— Je rêve ou tu me traites de menteuse ? s’insurgea Amandine, son arme presque à venir caresser mon nez pété.

D’instinct, je reculais, percutant le chasseur dans mon dos qui en profita pour me saisir l’épaule.

Double merde ! Je ne voyais plus qu’une seule échappatoire à cette nasse. Même si l’inversion avait foiré, Amandine et son mec devaient prendre le dessus, et m’arracher des mains des chasseurs. Certes, cela signerait le décès de mon faciès, mais comme ni elle, ni Vladimir, ne connaissaient l’existence des Artefacts, ils représentaient mon seul espoir de sauvetage de l’Interface. Du moins, si mes lunettes ne volaient pas en éclat dans la manœuvre.

La mâchoire crispée, et les poings serrés à m’en blanchir les phalanges, je canalisais tous mes instincts suicidaires. Ça allait faire plus mal que de jongler avec des couteaux quand on a les deux bras pétés, mais pas le choix !

— Bien sur que je te traite de menteuse espèce de mytho, lâchai-je. Limite c’est moi qui devrait porter plainte. Ou alors tu as déjà oublié comment tu as fait mumuse avec un taser pour me forcer à te faire des trucs contre mon gré ? Des trucs de dépravés à ton gros cul même !

Si son cul était gros, j’avais un sexe d’acteur porno. Mais la fin, les moyens, toussa.

— Je vais te…

Pendant un flash, Amandine eut l’air de vouloir m’éclater la tête d’un coup de crosse. Pourtant, lorsque son regard croisa celui du chasseur dans mon dos, elle recula d’un pas, un pli nerveux ridant son front.

Quoi encore ? Les chasseurs n’auraient jamais le temps de sortir leurs armes si elle frappait la première. Alors pourquoi n’en profitait-elle pas ? Une seule façon de clarifier le truc : « Lecture de pensée. »

« Putain, rien ne peut jamais être simple. Son père est flic. Je vais quand même pas m’amuser à déglinguer un keuf comme ça ? Mais en même temps, je peux pas laisser ce connard s’en tirer. Fais chier. »

Piégé par mes propres pouvoirs ! Youpi…

Je tentai un « Annulation inversion ». L’interface demeura muette. Œuf course…

Par dépit, j’envoyai < Je peux les attaquer, ils n’auront pas le temps de réagir. Ils ne sont pas vraiment flics, et j’ai un petit tête-à-tête à régler avec l’autre roulure. >, mais autant pisser dans un violon en espérant produire du Mozart. Amandine resta en retrait, plongée jusqu’au cou dans l’indécision.

— Inutile d’en venir aux mains., intervint la blonde qui devait avoir senti le vent tourner. Nous savons qu’il a commis plusieurs agressions sexuelles.

— Mais pas du to… commençai-je

— La ferme ! crièrent Amandine et la chasseuse de concert.

Je ravalai mes contre arguments en grommelant.

— C’est d’ailleurs pour cela que nous sommes ici, poursuivit la blonde. Mon collègue vous dit la vérité, nous ne sommes pas ses parents, mais de la police, et nous prenons votre témoignage très au sérieux. Croyez bien que nous comprenons votre détresse, et que nous sommes prêts à passer l’éponge sur toute cette histoire de menace, port d’arme, et autres outrages à magistrat. Mais si vous interférez plus avant dans notre enquête, je ne pourrais pas me montrer aussi magnanime.

Un large sourire chassa le doute du visage d’Amandine.

— Oh, d’accord, je comprends. Si l’affaire est prise en charge, j’imagine que je n’ai plus besoin de m’en mêler du coup.

Vladimir lui lança un regard en coin.

— Qu’est ce que tu racontes Am’ ? On s’en fout que ce soit des condés ou pas ! Ils font jamais rien ces blaireaux de toute façon. Tu le sais bien. Ils vont le foutre en GAV histoire de, et demain il sera libre, comme de rien. On a un plan, on s’y tient. (Il fixa à nouveau les chasseurs.) Pour la dernière fois, livrez-nous ce connard !

La tatouée le toisa comme s’il venait de parler en Moldave ancien.

— C’est toi qui racontes n’importe quoi, dit-elle. C’est la police bordel.

— Depuis quand ça te pose un problème ? Qu’est-ce qui te prend ? Je suis prêt à courir tous les risques moi. Pour toi.

La tension se concentrait presque complètement sur le grand musclé désormais. Son flingue menaçait toujours le chasseur, mais il ne surveillait qu’à peine la blonde. Pour le moment elle ne tentait rien, mais je le sentais, ça ne durerait pas.

— Il a raison, dis-je pour pousser à la confrontation. Si tu me laisses avec eux, ils ne feront rien du tout. (La blonde tenta de me faire taire du regard, et la poigne du chasseur se resserra douloureusement sur mon épaule alors qu’il me forçait à reculer encore d’un pas.) Pire, tu ne sauras jamais ou j’ai planqué les photos de ton téléphone. Je sais que tu sais de quoi je parle.

Je lui adressai mon plus beau sourire salace. Vladimir se mit à osciller d’un pied sur l’autre, l’air frappé par une envie de pisser aussi pressante que soudaine.

— Bordel Am’, c’est bien ce que je pense ?

— On vous remettra tout élément compromettant, tenta la blonde pour intercepter le gros pavé que je venais de lancer avant qu’il n’atteigne la mare.

— Toi ferme là ! hurla le grand musclé.

— Franchement, excellent boulot sur la mise en scène, continuais-je de ma plus belle voix de troll. T’as bien su mettre en valeur les gros atouts de ta copine.

J’appuyai mes propos en mimant une poitrine avec mes mains.

Je faisai mon mariole, mais je n’en menais vraiment pas large. À ce rythme, j’allais décorer le hall avec ma cervelle. À croire que le danger dans lequel je baignais me montait à la tête. Je me sentais capable de tout tenter, même des trucs suicidaires, pour en finir au plus vite, et avoir vaguement l’impression de contrôler le merdier. Sans ça, menace d’un flingue ou pas, je n’aurai jamais osé sortir :

— Pas étonnant que tu aimes jouir sur des nichons pareils, dis-je avec l’impression de cracher dans l’œil d’un taureau furieux. C’est dommage que tu ne saches pas t’occuper de son cul aussi bien que moi.

Tellement focalisé par les réactions de Vladimir, et les mouvements de bras de la chasseuse, je ne vis pas arriver le poing d’Amandine. Elle m’atteignit en pleine joue ! Je valdinguai en arrière dans un héroïque cri de goret., l’arrière de mon crâne percuta la mâchoire du chasseur dans mon dos.

La blonde profita aussitôt de la diversion pour agripper sa montre. Je ne pouvais pas la laisser faire. Malgré les lames en fusion plantée dans mes narines, je lui agrippai un bras. Sans hésiter, elle me colla un pain de l’autre, en pleine mâchoire, lançant l’ensemble de mes chicots dans un concert de percussions. Avec des larmes aux yeux, je lâchais ma prise pour me tenir le visage. Geste réflexe stupide qui me fit percuter mon propre naseau, augmentant d’autant la douleur, et mes gémissements.

Je fis mon possible pour respirer par la bouche, car le moindre souffle m’envoyait des lames atroces dans les narines.

Mais en dépit de la souffrance qui inondait mon visage, je tentai un < Je dois absolument récupérer la montre Barbie de la blonde. > général. La chasseuse en magouillait déjà le cadrant. Je lui décrochai un coup de pied pour tenter de l’arrêter. Elle esquiva ma pitoyable tentative d’un mouvement de buste, et recula hors de portée.

J’entendis un craquement accompagné d’un juron dans mon dos. Je ne me retournai pas. Je me tamponnais le coquillard de ce que Vladimir et le chasseur pouvaient bien magouiller. Je n’avais d’yeux que pour la blonde. Si le temps stoppait, ma vie aussi. Cette pensée me poussa à bondir de nouveau à l’assaut du bras de la chasseuse.

Amandine me balança un coup de crosse en plein sur la tempe qui me sécha en plein vol.

Bordel, non !

Entre mes paupières à demi-fermés par la douleur, je vis la tatouée saisir le bras de la blonde, et en agripper la montre. Le bracelet en plastique céda sous la traction.

Le cœur d’Amandine disparu au même instant ou un autre, tout aussi vide, apparaissait au-dessus de la chasseuse. Cette dernière, une déferlante de pure de la panique dans le regard, semblait prête à braver l’arme pointée sur elle pour récupérer son bien.

Je ne sais pas encore pourquoi j’eus cet étrange réflexe. Peut-être avais-je envie de quitter, au moins pour un temps le chaos de ma situation ? À moins que ce ne soit une forme de volonté de vengeance pour tout ce que la blonde venait de me faire endurer avec son collègue ? Ou bien ne s’agissait-il, tout simplement, que d’un accès de curiosité perverse né de mon cerveau de plus en plus dépravé ? Toujours est-il que, sans quitter la chasseuse du regard, j’appelai « Activation voyeurisme »

Le souvenir me parvint en un flash brûlant, aussi désagréable pour ma cervelle que celui du fiancé de Sandra.

J’entrouvris les yeux – enfin la blonde le fit, vous connaissez le topo maintenant – pour être aussitôt accueilli par une vision des plus agréable, celle d’une poitrine qui se soulevait doucement au rythme d’une respiration rauque.

La vache, elle cachait bien son jeu avec ses tenues sérieuses la chasseuse. Vue ainsi, en mode « première personne », ses seins s’écoulaient en forme de poire de part et d’autre de son torse, comme en éventail sexy. Ils avaient des mamelons si roses et si peu développés qu’ils en accentuaient la taille par effet de contraste. Si cela n’avait tenu qu’à moi, j’aurai tripoté joyeusement ses délicats tétons, mais « compétence voyeurisme » oblige, je ne contrôlai pas les choses. De toute façon, la blonde avait les deux mains occupées. Rien de salace - je vous vois venir - elle tenait simplement ses bras joints au-dessus de sa tête, les doigts agrippés au cadran de plastique de la montre Barbie.

Oh ! Cela voulait dire que ?

Avant que je puisse faire sens de la situation, mon attention fût détournée par une sensation des plus étranges, comme une pulsation de plaisir. Quelque chose que je n’avais jamais expérimenté de ma vie. Et à raison.

Le regard de la blonde glissa le long de sa poitrine frémissante, par delà son ventre plat et musclé juste ce qu’il fallait, pour terminer sur le vaporeux triangle d’or pur qui soulignait la jonction de ses cuisses fines et longues, placé de par et d’autre d’un homme allongé sous elle. Les lèvres de sa vulve s’écartaient doucement autour d’un membre puissant et large.

Oh bon sang, c’était donc ça que ressentait une femme lorsqu’on la pénétrait ?

C’était, comme dire… perturbant ? Oui, voilà ! Mais agréable, comme une douce chaleur qui se diffusait lentement à l’intérieur. Et la sensation d’être rempli, bien qu’elle me fasse me poser trouzemilles questions aussi stupides que « est ce que je suis gay du coup ? », me régala au plus haut point.

À la seule force de ses cuisses, la blonde se soulevait pour s’empaler, encore et encore, en une séquence de squat des plus sexy. Elle gémissait bruyamment alors que je dégustais ce nouveau monde de sensations. Sentir cette verge me caresser de l’intérieur, repousser mes chairs, m’envahir, tant de stimuli aussi déroutants qu’agréables.

Malgré les perceptions atténuées du souvenir, je sentis les ondes de plaisir enfler, partant de mon vagin – rhâ, même l’écrire parait bizarre – pour remonter dans mon ventre, comme une marée chaude qui gagnait implacablement du terrain.

Alors que la blonde penchait un peu la tête sur le côté, les yeux mi-clos, perdue dans la montée de son extase, j’eus enfin une vision complète de la petite pièce dans laquelle nous nous trouvions. Avec la télé en surplomb, la petite table basse vide, quelques tableaux cheap et une salle de bain en coin, l’endroit fleurait bon la chambre d’hôtel bas de gamme. Jusque là, rien d’anormal. Sauf qu’allongée sur la moquette, au pied du lit, se trouvait une femme nue comme un ver, les traits de son visage bloqués sur un O de jouissance, aussi figée que le type en moi. Ses cuisses très écartées révélaient une toison noire épaisse au milieu de laquelle apparaissait l’entrée humide d’un vagin qui semblait pénétré par une verge invisible. Une vision obscène de plus que je rangeais dans la case « étrange, mais quand même un peu excitant finalement. »

C’est la que je compris l’évidence – oui je sais, je suis lent à la détente, mais j’aimerais vous voir essayer de réfléchir en étant pénétré dans un vagin que vous n’avez pas. La montre + le type qui ne réagissait pas malgré la beauté qui la chevauchait + la femme par terre = elle avait mis en pause un couple en pleine partie de jambe en l’air pour piquer la place de la demoiselle !

Je ricanai intérieurement. Ça foutait quelque peu en l’air ses leçons sur les abus de mon Artefact. Elle pouvait pas se contenter de se masturber comme une grande avec un bête godemichet au lieu de jouer les Time Lord du cul ?

La montée du plaisir chassa mes réflexions. La blonde ahanait de plus en plus, sa poitrine secouée de soubresauts violents. Elle semblait piquer un sprint sur la verge du type sous elle, ou plutôt, sur son sex-toy humain. Ses gémissements se changeaient en cri de plaisir presque sauvage. Je craignais un instant qu’elle n’alerte tout l’hôtel avant de me rappeler qu’elle était virtuellement seule au monde dans sa bulle temporelle.

Le plaisir se localisa en un point, profondément, au creux de mon vagin, puis, comme un flash, il irradia tout, me submergeant dans une onde de chaleur. Tout mon corps se tendit, en commençant par l’extrémité de mes orteils. Filtre mental ou pas, l’intensité des sensations me sécha. Incroyable ! Les mecs ont peut être l’avantage d’avoir l’orgasme facile, ils ne l’ont pas aussi puissant.

Au sommet de cette vague de plaisir, la blonde pressa un bouton placé sur le côté de sa montre Barbie. Les frémissements de sa poitrine se ralentirent d’un coup, comme si le temps lui-même venait de se vautrer dans de la mélasse. Notre respiration, frénétique l’instant d’avant, se réduisit à une inspiration qui n’en finissait plus. Mais surtout, cette bombe orgasmique, au lieu de s’étioler, demeura au creux de mes reins, pulsant dans tout mon corps, brûlante comme jamais, pendant ce qui me sembla être des heures !

Ok, d’accord. Je retire ce que j’ai dit. Jouer les time lord du cul c’est tellement mieux qu’un simple sex toy !

J’aimerai pouvoir vous décrire l’expérience presque transcendantale que fut cet orgasme à rallonge. Un peu comme si l’on s’amusait à placer à la chaine l’ensemble des jouissances d’une vie, et qu’on les condensait en une confiture sexuelle avant de l’avaler à grands coups de cuillère.

Quelque part, le fait que les souvenirs de la blonde me parvenaient atténué me sauva. Si j’avais connu la véritable intensité de cette jouissance, mes orgasmes normaux de pauvre mortel auraient été ruinés à vie.

Le délicieux souvenir cessa d’un coup, et je quittai les bras chaleureux de l’extase pour les poings serrés de la pugilat générale. Comme pour fêter mon « retour » à la conscience, une déflagration retentit. Dans l’espace réduit du hall, ce bruit prit une ampleur dantesque qui résonna jusque dans mes os, déclenchant un sifflement persistant dans mes tympans.

Vladimir, ses yeux globuleux injectés de sang, contemplait le chasseur gisant à ses pieds. Ce dernier grimaçait, une main pressée contre son flanc. Les teintes crayeuses de son visage n’auguraient rien de bon. J’aperçus la crosse de son arme entre les replis de sa veste, il avait dû tenter de s’en emparer, forçant la main du grand baraqué.

— Merde merde merde, paniquait Amandine. Qu’est ce que t’a fou…

Elle se figea, le regard rivé sur le chasseur.

— Putain c’est qui ce mec ? Il est passé ou le gros ? Qu’est-ce qu’il se passe ?

— Il avait une arme ! marmonna Vladimir comme pour s’autoconvaincre. Je lui ai dit d’arrêter, il a rien voulu écouter. C’était lui ou nous ! Merde ! (Puis, de la voix plaintive de l’enfant qui demande à sa maman si elle l’aime.) Pourquoi on s’en est pas tenue au plan Am’ ? Pourquoi tu m’as pas écouté ?

La chasseuse profita de l’attention détournée d’Amandine pour se jeter sur elle.

— Rends-la-moi, hurla-t-elle, sa voix vrillée d’aigus. Rends-la-moi ! Rends-la-moi !

À peine décontenancée, la tatoué lui décocha un coup de crosse qui l’envoya au sol, ses cris transformés en couinement de surprise. Elle maitrisait cette manœuvre à la perfection cette dangereuse !

Avant que je ne puisse profite du pandémonium ambiant pour décamper, Vladimir me saisit par les cheveux, violentant mon pauvre cuir chevelu.

— Vous faites… l’erreur de votre vie… les gosses, haleta le brun, toute trace de sourire disparu. On vous retrouvera… ma patronne… vous retrouvera… je vous… le promets.

À l’aide d’une clé de bras autour de mon cou, Vladimir me plaqua contre son torse, son arme toujours pointée sur le chasseur au sol.

— Tu bouges, je te bute, dit-il.

— Va y ! le défia le brun. T’as pas les… couilles. Tu te la joues avec des tatouages de gros dur… mais tu auras jamais le cran… de finir ce que t’as commencé.

Avant que Vladimir ne réagisse, le chasseur saisit la visière de sa ridicule casquette, et en tourna la visière sur le côté.

Le grand tatoué gémit de terreur. Sa peau déjà pâle aurait pu servir d’étalon de couleur pour une robe de mariée.

Qu’est ce qu’il voyait ? Qu’est-ce qu’il se passait ?

— Ressaisit toi putain, lança Amandine à son mec tremblant. On décarre.

L’injonction redonna du poil de la bête à Vladimir. Il détourna le regard et recula, me tractant sans ménagement, son bras pressé douloureusement contre ma nuque. Je galopais aussi vite que possible à sa suite pour ne pas finir étranglé.

Arrivé près d’une bagnole plus thunée que deux parkings de supermarché un dimanche dans le nord, Amandine ouvrit la portière arrière, et son mec me jeta à l’intérieur ou j’atterris lourdement sur une banquette à l’odeur de vieux cuir.

Vladimir prit le volant, la tatouée avec moi à l’arrière. La voiture démarra dans un crissement de pneus.

— J’ai l’impression qu’on a pas mal de choses à mettre au clair, toi et moi ! dit Amandine

Elle ne ponctua pas sa phrase d’un « connard », mais c’était tout comme. La montre dans une main, le flingue dans l’autre, elle m’adressait un sourire qui dévoilait ses canines.

Je me ratatinai au fond de l’habitacle, aussi loin que possible d’elle, avec au creux du vendre la conviction que je venais de fuir des requins pour me jeter dans un banc de piranhas.


***


(Suite et fin de l'arc 1 au chapitre 18 que je publierais probablement d'ici très peu avant mon départ en vacance ou je ne pourrais rien publier ^^).

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