Niveau 15 – Buzz

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— Hé mec, t’es viral ! me lança Paul, mon voisin de bureau, alors que je débarquai dans l’open-space.

— Hein ? dis-je, pris de court. Non. Enfin je crois pas. J’ai pas le nez qui coule ni rien.

Il tombait bien celui-là. De tous les candidats potentiels qui pouvaient être à l’origine de la transmission, il m’apparaissait comme le plus crédible. À tous les coups, il avait bavé dans mon dos, et ses commérages avaient atteint les oreilles mal intentionnées des chourraveurs d’Artefacts. Comment ? Aucune idée, mais il fallait bien commencer mon enquête quelque part.

— T’as été séquestré dans une cave ces dix dernières années pour pas savoir de quoi je parle ? insista mon collègue. T’es célèbre sur les réseaux sociaux mon gars. Tu sais, l’internet.

— Ah ah, oui, dis-je, mon cerveau pas vraiment focalisé sur ce qu’il me disait. Super. Mais je suis pas là pour ça, j’ai deux trois questions à te po… Attends quoi ?

— T’es pas au courant ? Faut vraiment que tu mattes ça, vient.

J’approchai en prenant soin de me recroqueviller entre les partitions, dès fois que ma patronne soit à l’affût. Un coup d’œil vers son bureau m’indiqua qu’elle s’y trouvait, occupée sur je ne sais quel dossier, ou une intense partie de solitaire, allez savoir. Tant mieux. Si je pouvais l’éviter, je préférai enquêter sur la transmission sans l’avoir sur le paletot.

— Matte le nombre de vues ! s’exclama Paul. Ça doit te changer. Je suis sur que les vidéos que tu fais de ton chat doivent faire genre deux vues, dont une est ta grand-mère.

Mon désagréable collègue pointait les chiffres sous une vidéo Youtube. 28 984 vues. S’il considérait ça viral, il devait penser qu’une ceinture jaune de judo était un permis de tuer. Le titre n’était guère plus glorieux: Patronne hystérique met stagiaire en PLS ! La vidéo démarrait peu après ma sortie du bureau de Mme Kirischenko, au milieu de sa fausse tirade. On distinguait clairement mon visage, d’abord souriant, puis soudainement crispé par l’arrivée de la transmission. L’ensemble semblait avoir été filmé par un épileptique devant un stroboscope.

— C’est le meilleur passage ! jubila mon collègue. Comment tu te figes avec l’air paniqué ! On dirait que t’es carrément au bout de ta vie.

Il s’esclaffa bruyamment, et ponctua son hilarité d’un claquement de ses paumes sur ses genoux.

Je retins un sourire. Oui ! La vidéo ! La transmission ! Le timing collait parfaitement. D’une façon ou d’une autre, ce clip avait attiré l’attention des chasseurs d’Artefact. Pourquoi ? Comment ? Aucune idée, mais ça ne pouvait pas être une simple coïncidence. Mes futurs agresseurs se planquaient parmi ces 28 984 spectateurs. Autant dire que je n’avais fait qu’enlever une touffe de foin de la botte dans laquelle se planquait l’aiguille que je cherchais, mais c’était un début.

— Fais pas la gueule, me dit Paul. T’es une légende dans tout le service maintenant. Pour ça. (Il se pencha à mon oreille, une main en coupe, et murmura.) Et pour Sandra. (Il se redressa, l’œil pétillant.) Tu caches bien ton jeu mon cochon. Pourquoi tu m’en as pas parlé ? À ta place, j’arriverais tellement pas à me retenir. Je m’en vanterais pendant deux éternités. Minimum. Alors ? Elle est aussi bonne sans qu’avec vêtements ? Et ses nibards ? C’est des vrais ? La tapisserie est raccord avec les rideaux ?

À ce rythme, sa lourdeur allait générer un trou noir. Sa jubilation titilla quelque chose en moi, et une vague de colère me brûla la poitrine. S’il était si bien renseigné, cela voulait dire que…

— C’est toi qui l’a balancée ? demandai-je, me retenant à grande peine de ne pas le secouer pour faire disparaitre son sale sourire narquois. Tu pouvais pas te mêler de ce qui te regarde pour une fois, connard ?

Paul écarquilla les yeux, les joues rosies par la surprise.

— Détend toi mec. Qu’est-ce qui t’arrive depuis ce matin ? C’est rien qu’une vidéo débile. En plus c’est même pas moi qui l’ai filmée, c’est Xavier. Lâche-moi.

— Je m’en tamponne de la vidéo. Sandra ! C’est toi qui a balancé notre aventure à son mec ?

Il n’aurait pas eu l’air plus vexé si je lui avais introduit un doigt dans les fesses sans prévenir.

— Mais carrément pas. Merde, mec, c’est ça que tu penses de moi ? Je sais que j’ai l’amour vache, mais j’irai jamais balancer un pote comme ça.

Un simple coup d’œil au cœur vide qui le surplombait suffit à aviver mon ressentiment.

— Un pote ? T’as pas arrêté de me charrier depuis le début de mon stage. On est aussi pote que… que… Que Jeanne d’Arc et un tas de bois !

— La faute à qui ! dit-il en bondissant de sa chaise. Depuis que t’es arrivé, tu te comportes comme si on était tous les pires merdes de la terre. Le boulot te fait chier ? T’inquiètes, t’es pas le seul, c’est pas une raison pour prendre les gens de haut. Surtout qu’une fois ton stage finit, toi tu peux te barrer. (Il soupira.) Ça me fait chier parce que je t’aime bien.

Sa voix s’érailla sur ces derniers mots. Il serrait ses poings, comme pour contenir l’envie de se jeter sur moi. Il ne feignait pas sa vexation, et tapait juste. J’étais à la sociabilité ce que la Corée du Nord est à la liberté d’expression : pas franchement potes. Mon collègue, grand extraverti, avait de toute évidence souffert de mon attitude et en entretenait une certaine aigreur. Le cœur au-dessus de lui n’indiquait peut être donc que l’attirance sexuelle, pas l’amitié.

Cela n’excusait pas ce qu’il avait fait.

— C’est pour ça que tu as voulu te venger en balançant tout au mec de Sandra ?

« Lecture de pensée » appelai-je.

« Mais quel fumier ! Je ferai jamais un truc pareil. Je sais pas ce qu’il a bouffé depuis ce matin, il vire barjot ! »

— Je n’ai rien balancé du tout ! dit-il en stéréo avec l’écho de ses pensées. Comment j’aurai pu faire ça en plus ? Je le connais même pas son fiancé.

— Ok, d’accord, je te crois, dis-je.

— Quoi, c’est tout ?

Mon collègue me fixait avec l’air de se demander si j’avais encore la lumière à tous les étages. Je me posai la même question. Tout allait trop vite, trop intensément, depuis l’arrivée de l’Interface. La colère me brouillait le jugement, et je me prenais la tête avec la moitié des personnes que je croisai.

— Désolé de t’avoir accusé, bafouillai-je honteux. Tu saurais à tout hasard qui a pu baver ? Quelqu’un a forcément prévenu son mec. Il aurait jamais pu être au courant si vite autrement.

Pour seule réponse, il regagna précipitamment son fauteuil.

— J’espère que je n’interromps pas votre petite réunion ? grinça une voix douloureusement familière dans mon dos.

J’eus l’impression qu’un bac à glaçon au grand complet s’écoulait le long de ma colonne vertébrale.

Ma patronne me toisait avec son dédain habituel. Aucune chaleur ne perçait de la carapace froide de son visage, et rien dans son attitude n’indiquait que nous avions effectué un échange de fluide des plus torrides pas plus tard que ce matin. Seul le cœur rempli au-dessus de sa tête confirmait que je n’avais pas tout halluciné. Ça et la pointe de ses tétons que je devinai, libres de la barrière de tout soutien-gorge, sous le tissu léger de son chemisier.

— Vous, dit-elle en se tournant vers mon collègue. Actionnez un peu plus les touches de votre clavier et moins les muscles de votre mâchoire. (Elle reporta son attention sur moi, posa les mains sur ses hanches, et me dévisagea comme on jauge une jument de compétition.) Quant à vous. Dans mon bureau. Maintenant.

Elle ouvrit la voie. Sur le chemin, en plus du balancier de ses fesses, je remarquai les regards appuyés de mes collègues. Certains s’accompagnaient de sourire de connivence, d’autres de dédain. Je distinguai même quelques doigts pointés plus ou moins discrètement. Yep, à part les rats du bâtiment, tout le monde devait être au courant de mon aventure avec Sandra. Dans une autre vie – soit ce matin – j’aurai apprécié l’attention. Mais cette notoriété m’exposait dangereusement aux yeux des types qui en avaient après mon Artefact, aussi ne ressentis-je qu’un malaise diffus.

Arrivée à destination, ma patronne referma les persiennes et verrouilla la porte à clé. Ce rituel pouvait être tout autant bon signe, que mauvais. Vu l’état de ma journée, je plaçais quelques billets sur la seconde option. En anticipation, je lançai « Lecture de pensée. »

« J’aime pas ça putain. Ça se passait trop bien, il fallait forcément que je tombe sur un connard de type louche. »

Un type louche ? De quoi parlait-elle ?

Avec une lenteur calculée pour torturer mes nerfs, ma patronne s’installa dans son fauteuil alors que je restai courageusement tétanisé au milieu du bureau. La dureté de ses traits me maintenait à la frontière entre excitation et angoisse.

— Tu me dois quelques explications, commença-t-elle.

Sa phrase flotta dans l’air avant que je comprenne qu’elle n’en dirait pas plus. Vu les circonstances, je n’imaginai pas dix mille raisons à sa rogne.

— Vous voulez parler de Sandra, à la réception ?

L’atmosphère glaciale du bureau perdit quelques degrés.

— Ça aussi, dit-elle en balayant l’air d’un revers de main. Mais il y a autre chose.

J’eus beau faire tourner la roue de hamster qui me faisait office de cervelle, je ne voyais vraiment pas de quoi elle parlait. La vidéo peut-être ? Je le lui exprimais mon désarroi de mon plus bel air ahuri.

— Qui es-tu vraiment ? demanda-t-elle.

QUOIIIII ?

— Bah, je suis, moi. Enfin, Je ne vois pas bien quoi répondre à ça. Désolé si je vous ai blessée ?

Elle soupira longuement. Le cœur au-dessus de sa tête clignota en rouge à plusieurs reprises. Pas besoin d’être expert pour savoir que je m’aventurais en terrain dangereux.

— Alors pourquoi la police s’intéresse à ton cas ? demanda-t-elle. On est venu m’interroger à ton propos en début d’après-midi, et on attire rarement l’attention des flics sans quelques squelettes dans ses placards.

QUOIIIII BIIIIIS ?!

— Je ne comprends pas. Je n’ai vraiment rien à me reprocher. (Je réalisai soudain.) Vos policiers, ils ressemblaient à quoi ?

— Il. Singulier. Un petit gros avec l’air d’être la photo avant d’une publicité pour produits amaigrissants.

Raté. J’avais presque espéré qu’il s’agissait de l’étrange couple croisé dans le métro. Est-ce qu’un autre groupe de chasseurs d’Artefacts me pourchassait ? De vrais flics ? Peut-être que le fiancé de Sandra avait envoyé un collègue pour me nuire ? Non, trop tordu.

— Est-ce qu’il vous a dit pourquoi il me cherchait ?

— Il s’est contenté de me montrer une photo.

— Cette photo, à tout hasard, ça ne serait pas moi sortant de votre bureau ?

La virgule de ses sourcils plongea vers son petit nez que j’aurai trouvé délicieusement froncé si elle ne me collait pas autant les miquettes.

— Oui. Pour quelqu’un supposé ne rien savoir de cette histoire, tu sembles bien renseigné.

— Ah ah… non, c’est juste que, comment dire.. Ça vient d’une vidéo sur Youtube.

Le cœur accéléra son clignotement. Pas étonnant, j’avais l’air d’un lunatique. Il s’agissait donc bien de voleurs d’Artefacts, et ils avaient trouvé ma piste je ne sais comment grâce au clip, comme je l’avais deviné.

— Je t’ai couvert en prétendant que tu n’étais plus employé ici, dit ma patronne. Que je t’avais virée.

— Euh… et je le suis ?

— Bien sur que non, je voulais juste qu’il dégage.

— Oh, merci merci merci ! Je suis vraiment désolé pour les soucis que je vous cause. Je ne sais pas ce qu’il se passe, vraiment. Et pour Sandra, je vous promets que je ne voulais vraiment pas vous blesser. Tout s’est passé si vite et…

— Épargne-moi tes excuses, lâcha-t-elle, acide, pour interrompre ma diarrhée verbale.

Les clignotements du cœur passèrent d’un rythme que je qualifierais de « modéré » à « arg ! je vais avoir une crise d’épilepsie si je le regarde trop longtemps. ». Qu’est-ce qu’il se passait avec ma patronne que je ne pigeais pas à la fin ? Un seul moyen de le savoir. « Lecture de pensée ! »

« Cette loque est vraiment le type qui m’a baisé ce matin ? Il bégaye presque, c’est pathétique. Mais à quoi j’ai joué encore ? Je vais quand même pas me taper n’importe qui. Je vaux mieux que ça. »

Ses pensées m’échauffèrent les sangs… et le slip je dois avouer. Je n’avais rien retenu des enseignements de l’Interface sur comment « gérer » ma patronne. Mes vieux réflexes avaient la vie dure. Elle attendait de moi que je sois arrogant, ferme, et dégradant. Et bien, s’il n’y avait que ça pour lui faire plaisir…

J’appelai « Activation du mode sexe. ». Je n’avais encore jamais essayé de lancer ce mode une seconde fois, mais si j’en croyais l’icône cœur toujours rempli, pas de raison que je ne puisse y accéder.

— Je n’apprécie vraiment pas votre ton, dis-je avec – et j’en fus le premier surpris - beaucoup plus d’assurance que ce dont j’avais été capable ce matin.

Le message « Sexe mode – Activé » surgit avec la ribambelle d’informations et graphiques qui ne m’impressionnait plus autant. Je constatai, ravi, qu’il s’agissait de la bonne approche. Sa jauge « Humiliation » brillait d’un encourageant vert, calé à 59%. Sa jauge rose se hissait déjà à 25%.

— Et bien moi, je n’apprécie pas de passer en second, dit-elle avec, cette fois, un soupçon de sourire aux lèvres.

Il fallait que je la remette à sa place, et fort. J’avais bien quelques idées, mais elles se payaient tout le mur de ma peur de me manger une grosse tarte aux doigts. Je manquais de rire. Après les insultes que m’avait suggérées l’Interface ce matin, et qu’elle avait accueillies avec plaisir, je m’inquiétais pour rien.

Ce souvenir me donna l’inspiration nécessaire, et j’osai balancer :

— Je me fous de ce qu’une salope apprécie ou pas. Vous êtes à moi, pas l’inverse.

Ma patronne frémit de manière visible. Humiliation bondit à 75% et la jauge rose à 30%. Je l’excitai juste avec mes mots ! Jackpot.

— Et tu penses que le dire suffit à en faire une réalité ? rétorqua-t-elle.

Merde, quoi faire maintenant ? « Lecture de pensée » n’était pas encore rechargé, et je ne pouvais pas me contenter de la regarder dans le blanc de l’œil pendant de longues minutes. Comment lui donner ce qu’elle désirait ?

Mon esprit pervers m’offrit l’illumination !

— Oh mais je compte bien vous punir pour vous rappeler l’ordre des choses.

Cette fois, elle se mordit la lèvre inférieure pour contenir l’accélération de son souffle. Sa jauge « Masochisme » apparue, au côté de celle « Humiliation » qui grimpait toujours plus. Yes !

— Tu sais qu’une simple fessée ne suffira pas, j’espère ? Je ne suis pas une gentille petite fille docile que l’on peut dompter avec deux claques sur le cul.

Oh bon sang, son regard ! J’en frémis de partout.

Maintenant que mon option la plus évidente s’envolait, il je devais trouver quelque chose tout à la fois douloureux, et dégradant, qui assouvirait ses désirs profonds. Je trouverais surement la réponse dans les données de l’Interface, mais il me fallait quelques minutes pour les explorer.

— Va te placer devant la vitre, improvisai-je pour l’occuper. Et relève ton tailleur, que tout l’immeuble d’en face voit que tu ne portes pas de culotte.

Ma diversion s’avéra une épée à double tranchant. Le spectacle de ma patronne qui se levait, son regard de braise souligné par ses petites lunettes planté dans le mien, avant de se tourner vers la baie vitrée, postérieur cambré, me coupa le souffle, et l’accès à mes neurones.

Des deux mains, elle releva son tailleur. Très lentement. J’avais beau connaitre la chute de ce spectacle, le suspense me maintint scotché jusqu’au bout. Par delà le canyon de ses cuisses, la fente de son sexe apparut déjà bien ouverte. Les orbes de ses fesses formaient des fossettes à la base de ses hanches qui s’évasait sur son torse fin, véritable appel à la saisir sans ménagement.

Une main plaquée contre la vitre, elle fit glisser l’autre contre sa vulve pour jouer avec. Les chanceux de l’immeuble en contrebas qui aurait la bonne idée de lever les yeux de leur fenêtre à ce moment-là allaient avoir droit à un show live gratos. « Humiliation » grimpait à 70%, mais « Masochisme » sombrait doucement, sa couleur passant de vert à jaune.

Lorsqu’elle commença à gémir doucement sous ses propres caresses, je me ressaisis. Jugulant la montée de mon désir, j’appelai « Liste des pratiques détestées ? ». Comme pour Marie, au milieu d’un tas de suggestions dont la simple évocation valait une place dans les fichiers S, se trouvait ce que j’avais secrètement appelé de mes vœux.

Mon esprit pervers se demanda aussitôt si elle avait déjà tenté ça avec quelqu’un qui s’y était pris comme un manche, expliquant du même coup sa piètre opinion de la chose. Je ne m’attendais pas à ce que l’Interface réagisse, mais elle le fit : « Nbr fois pratiquée : 0 ».

Si je n’étais pas déjà excité, maintenant, plus de doute possible, j’étais turbo excité.

— Tu sais quoi, dis-je. Je n’aime pas non plus passer en second. Et je suis sûr qu’une salope dans ton genre a été visitée par des kilomètres de queues. Heureusement pour toi, je sais comment y remédier.

Je grimaçais intérieurement à mes horribles propos. Je me fichais pas mal qu’elle ait couché avec d’autre avant moi, ou même avec combien de personnes, mais elle aimait que je sois cru et dégradant, et cela fonctionnait. Humiliation bondit à 85%, suivi par l’apparition furtive d’une jauge nommée « Appréhension ».

— Co… comment ? demanda-t-elle.

L’entendre bafouiller propulsa mon excitation à des niveaux impossibles à décrire avec les mots du dictionnaire.

Incapable d’attendre plus longtemps, je me plaçais derrière elle. Ma patronne ondula du bassin et s’arqua pour plaquer ses fesses nus contre moi. Je laissais tomber mon pantalon, extirpai mon sexe, et agrippai son opulent postérieur des deux mains pour aider la manœuvre.

Je frottai doucement ma verge le long du sillon formé par les deux orbes fraiches sous mes paumes, avant de me pencher tout contre son dos pour lui murmurer :

— Tu sais très bien de quoi je parle. Quelque chose que tu n’as jamais osé faire avec personne. Quelque chose que je vais te faire, que tu le veuilles ou non, pour te rappeler qui commande réellement dans cette pièce.

Tout en la titillant avec mes mots, je glissai mon sexe le long de sa fente humide pour caresser son clitoris avec l’extrémité de mon gland. Ma patronne tremblait désormais. D’anticipation ou d’inquiétude ? Dur à dire. Je lançai « Lecture de pensée. »

« Il ne va quand même pas ? Je déteste l’idée… et je meure d’envie qu’il me l’impose. Putain, il sait trop bien sur quels boutons appuyer pour me rendre dingue. »

— Alors ?

Le rose monta aux joues de ma patronne. Histoire de m’assurer que nous étions sur la même longueur d’onde, j’humidifiai mon index dans sa mouille, le plaçait contre son petit anneau froncé, et l’y insérait doucement, profond de deux phalanges. Je sentis son sphincter se crisper pour repousser cette invasion. Sa croupe se tendit, et elle gémit une petite plainte aiguë. La vache. L’entrée secrète de ma patronne paraissait diablement étroite. Même avec mon sexe de Rocco Siffredi à l’échelle 1/3, j’espérai que cela ne serait pas un problème.

— Non, gémit-elle sans aucune conviction. J’ai compris. Je ne te défierais plus. Mais pas ça.

Malgré ses mots, la jauge rose venait de bondir à 35% et les jauges « Humiliation – 87% » et « Masochisme – 57% » brillaient du plus éclatant des verts.

— Un peu tard pour les regrets, et tu as intérêt à prendre ton pied.

Comme si ce genre de chose marchait sur commande. Mais bon, je n’allais pas faire taire mon bel élan d’inspiration.

Aidé par une main qui tremblait d’excitation contenue, je plaçais l’extrémité de mon gland luisant de mouille contre son petit froncement brun.

— C’est… c’est ma première fois par là, gémit-elle. Vas-y doucement…

Ma patronne avait presque murmuré ces derniers mots. J’en eus au moins trois orgasmes mentaux. Bon sang, je voulais l’entendre me supplier encore, et encore. J’appuyais très doucement mon sexe contre son entrée secrète avant de susurrer :

— Ce n’est pas une façon de demander.

Celle qui en tant normal me commandait trembla jusqu’à la base de se reins. Comme elle demeurait silencieuse, j’inclinai légèrement mon bassin pour accentuer la pression contre son anus.

— Je… je… s’il te plait, finit-elle par dire

Et hop, quatre orgasmes mentaux de plus.

N’y tenant plus, j’agrippai ses hanches avec fermeté. Des bourrelets de chair se formèrent entre mes doigts. Avec toute la délicatesse dont je me sentais capable – soit pas tant que ça vu mon état d’excitation - j’entamai la pénétration de ma patronne.

L’anneau résista, pressant l’extrémité de mon sexe comme pour le repousser. J’insistai. La dilatation imposée par mon membre s’élargissait doucement. Lentement. Ma patronne haletait de plus en plus fort. Une fine pellicule de sueur poissait la basse de ses hanches.

La jauge de masochisme explosait les scores à 87%, humiliation plafonnait presque, à 96%. En dépit des râles plaintifs qui échappaient de Mme Kirichenko sous l’assaut lent de mon sexe, la jauge de son plaisir montait. 37%.

La partie la plus large de mon gland avait presque franchi le barrage ourlé de son anus. Je résistai à la tentation de m’enfoncer en elle d’un coup. Je ne voulais pas courir le risque de réellement la blesser. Heureusement, le plus dur étant fait. Je glissais sur les derniers centimètres avec aisance.

Arrivé à la garde, ma patronne feula entre ses lèvres entrouvertes. Une série de contractions progressive glissa le long de ma verge, et je manquais de défaillir de plaisir. L’étroitesse, et l’idée que j’étais le premier, et donc le seul, à avoir le privilège d’explorer le plus intime du corps de ma patronne furent presque trop. Je restai immobile un long moment dans ce fourreau chaud pour regagner mes esprits.

Mon entrainement intensif portait ses fruits. Je n’eus même pas besoin d’invoquer les visions du clodo pour tenir le choc. J’entamai une série de lents va-et-vient pour jauger mes sensations. À chaque fois que je sortais presque entièrement, ma patronne retenait sa respiration. Quand je me réempalai, elle gémissait, et ses mains plaquées contre la baie vitrée se crispaient en poings.

Plaisir 45% ! Masochisme à 93%. Humiliation à la traine à 75%.

— Ça fait quoi de se faire déchirer le cul par ton stagiaire et d’y prendre plaisir ?

La jauge récalcitrante retrouva aussitôt des couleurs.

— C’est… trop… bon, gémit-elle entre deux halètements.

J’arrachai sa chemisette d’un geste nerveux tout en l’écrasant de mon maigre poids contre la vitre. Rien qu’imaginer le spectacle de sa poitrine comprimée contre le verre me fit presque envier les éventuels voyeurs. Presque. Parce que les sensations de mon sexe dans cet anus inexploré provoquaient des vagues de plaisirs auquel aucun adjectif, aussi dithyrambique soit-il, ne saurait rendre justice.

Les râles de ma patronne s’accéléraient, et avec eux, la jauge de son plaisir. 55%

Dans le reflet de la vitre, je contemplais son visage crispé de plaisir et d’ondes de douleurs ponctuelles. Concentrée sur chacun de mes mouvements de bassin, elle ondulait le sien pour m’aider à mieux la pénétrer. J’accélérai le rythme, prenant bien garde à ne pas dépasser les 100% de sa jauge de masochisme par peur d’aller trop loin, même pour sa résistance. La sensation de la contrôler intégralement avec mon sexe m’intoxiquait.

70%

J’ahanai en cognant de plus en plus fort dans son petit cul étroit.

70%

Oh non. Pas encore ! Rien ne peut être simple avec cette saleté d’Interface ? Tout en amplifiant mes mouvements, je lançais « Lecture de pensée ».

Rien. Pas même un grésillement !

C’est là que je remarquai l’évidence.

D’abord le silence. Lourd. Oppressant. Plus un seul brouhaha. Aucune vibration de clim ou d’ordi, zéro vrombissement de moteur de voiture dans la rue. Ensuite, ma patronne ne bougeait plus ! Et attention, pas genre, « merde elle s’est évanouie, ma bite est trop dangereuse tavu ! ». Non, elle était totalement figée, comme si quelqu’un venait d’appuyer sur le bouton PAUSE de la réalité.

Un craquement dans mon dos me tira de ma sidération. Toujours enfoncé dans ma patronne paralysée, je tournai le cou. Les doigts glacés de la peur me titillèrent l’arrière-train. Deux hautes silhouettes familières se tenaient dans l’encadrement de la porte forcée du bureau : le couple bien sapé du métro. Aucun cœur au-dessus de leur tête.

Pris la main dans le sac par les chasseurs d’Artefacts - ou plutôt, le pénis dans… enfin vous voyez quoi !

— Continue, dit l’homme dans un sourire tout en dents. Fait comme si on n’était pas là. On ne voudrait surtout pas déranger

Le gloussement qui accompagna sa pique laissait entendre tout le contraire.

***

(À suivre mercredi 7 août)

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01 – La plage.
Il y a tellement longtemps que je n'ai pas pêché dans cette petite anse du massif de l'Estérel.
Pour être perdue, cette petite plage, elle est perdue, discrète et difficile d'accès.
Ce n'est pas la plage propre qu'on aménage pour les touristes. Elle est encombrée de bois flottés, de vieilles tongs dépareillées, de bouteilles en plastique, de débris de filets de pêche, d'algues qui fermentent en se décomposant dans une odeur de pourri salé, en bref, un vrai désastre écologique.
Je suis là, dans ce petit vent froid et salé, sur une langue de rochers, au cœur des bruits répétitifs des petites vagues qui viennent mourir sur le sable ou s'écraser sur les rochers. Il y a aussi le son incongru de l'air poussé et compressé par la mer dans une petite grotte sous-marine qui souffle un râle surnaturel.
Je suis seul devant l'immensité de la mer et du ciel, une canne palangrotte à la main qui s'immerge dans un trou d'une dizaine de mètres sous les rochers. Mes sens sont aux aguets en attente d'une touche, prêts à réagir immédiatement pour ferrer.
Cela ne pite pas beaucoup, comme on dit ici, il n'y a pas de touche franche.
Je surveille de temps en temps l'accès à la plage, j'ai un rendez-vous avec un gros poisson de la pègre. Il veut me consulter pour avoir mon avis, et sûrement me proposer un coup.
J'ai toujours travaillé seul, discrètement, je ne sais pas comment ni pourquoi, il a besoin de moi.
Je n'ai fait que deux gros coups dans ma vie, ce qui me permet de vivre tranquillement, discrètement, sans flamber, je travaille de temps en temps, en tant qu'artisan électricien pour donner le change et être couvert socialement. Je choisis des chantiers faciles parce que je commence à devenir vieux.
Ah, une touche ! Je ferre. Je sens au bout de la ligne le poids d'un poisson qui se défend, il a l'air beau et lourd. C'est un beau sar qui sort de l'eau. Je tourne la tête, un homme descend vers la plage, avec une canne et un seau à la main. C'est peut-être mon rendez-vous qui arrive.
Il me regarde, porte son index droit sur la bouche en signe de silence. Il s'installe à l'opposé de l'endroit où je suis. Il sort un petit carnet vert et écrit quelque chose dessus. Il se déshabille, se met en slip de bain, puis met ses vêtements en boule. Il vient vers moi après avoir déchiré une feuille du carnet vert. Il refait le signe de silence et me tend le papier. Il retourne à sa place, déplie sa canne à pêche, accroche son bas de ligne et appâte l'hameçon. Je suis interloqué. Je finis par lire son mot. « Mettez-vous en slip, je suis sous écoute, faite comme si vous l'étiez aussi. Rendez-vous loin des portables contre la falaise. Merci »
Il fait froid, je vais attraper la crève avec ses conneries. Il doit se cailler aussi. Je me presse de me déshabiller et de filer au lieu-dit.
Dans quelle merde, je me mets ?
C'est un violent ce type, il faut s'en méfier, obéir et respecter ce monsieur, j’y suis obligé.
Je vais essayer de refuser poliment ses propositions.
Il me rejoint sans sourire après avoir fouillé dans son seau. C'est un petit homme maigrelet et chauve. Il doit être très intelligent et violent pour être un chef de la pègre. Il doit avoir des appuis pour savoir qu'il est sur écoute.

— bonjour Astri,
— bonjour Monsieur.
— appelle-moi Eugène, faisons vite, je me pèle.
— oui Eugène.
— je vais monter un coup, j'ai besoin d'un bon électricien pour le préparer et agir. Plus qu'un électricien, un électronicien et un bricoleur de génie. Tu ne risques rien dans ce coup, si tu ne laisses pas de trace. Tu n'es jamais tombé, tu n'es pas répertorié pour sur ADN, ni sur tes empreintes. C'est ta force, et notre force.
Tu auras les plans et instructions dans une boîte aux lettres. Tiens voilà la clef, l'adresse est sur l'étiquette.
— je touche combien ?
Si ça réussit, tu auras un demi-million d'euros, sinon rien.
— pourquoi m'avoir choisi ? Comment savez-vous que j'ai fait un coup ?
— c'est mon secret, et tu as fait deux coups. Tu vois, tu ne me balades pas, je suis bien renseigné.
— je veux bien étudier la faisabilité. Je donnerais ma réponse après. Ne me dites pas où ça se passe. Je ne veux rien savoir.
— c'était prévu. On communiquera que par courrier, à l'ancienne, une enveloppe, un timbre, l'adresse du nom écrit sur la boîte aux lettres. Ce sera toujours la même boîte aux lettres.
— ok, Eugène.
—le courrier doit se relever le lundi à 5 heures du matin. Les flics dorment ou sont repérables à cette heure. J'ai confiance, tu n'es jamais tombé parce que tu es prudent, discret, très méfiant. Et ça me plaît.
—combien de gens seront au courant de mon existence.
—personne, si on se débrouille bien, il n'y aura que moi. Ce sera mon dernier coup.
—ok, Eugène. Le demi-million sera payé comment ?

Eugène me regarde, se met à ricaner, me tape sur l'épaule.
—l'argent est déjà dans un paradis fiscal. Tu auras un compte informatique et tu auras des bitcoins. Tu les vendras pour les transférer sur un compte à toi.
C'est là que tu peux te faire coincer. À toi de bien jouer.
Bon, je te laisse, j'attrape la crève à poil. Ciao Astri. Ne perds pas la clef, passe lundi à la boîte aux lettres à 5 heures. Soit rigoureux, et pas de téléphone pour aller à la boîte.
—ciao Eugène, merci. Je te tiens au courant. Je jouerai serré.

Eugène va se rhabiller et continue sa pêche. Je fais de même de mon côté en rangeant bien la clef de la boîte aux lettres. Je me repasse la conversation, pour ne pas oublier un détail.
Il ne s'appelle pas Eugène cet animal, je ne dois même pas penser à son vrai nom, pour ne jamais me couper plus tard, on ne sait jamais. Il faut que je me renseigne pour ces bitcoins, j'y comprends rien à ce truc, j'ai lu quelque part, que la pègre s'en servait pour blanchir de l'argent ou pour transférer des fonds sans trace.

Bien, je vais laisser venir, et savoir ce qu'il veut que je bricole en électricité. Que puis-je faire de miraculeux en électricité, en électronique ou en bricolage ? Pas aller au compteur et le couper bêtement pour un demi-million d'euros. Non, il y a un truc. C'est quoi l'embrouille ?.
Tient, ça pite, hop ! Une girelle sort de l'eau. Dommage, il fait trop froid, il n'y a pas de daurade au bord. C'est une jouissance à pêcher cette bête, quand on la ramène, il semble au pêcheur, qu'il remonte un fer à repasser.
Je ne pêche pas souvent, alors que c'est bien sympa. Dommage que cette plage soit si sale, et ce souffle de cette grotte finit par lasser et irriter. J'en ai marre, je vais rentrer, je n'ai même pas acheté à manger pour pique-niquer ici.
Mais avant je vais tester ma nouvelle trouvaille, mon invention. Je prends mon téléphone, je compose un numéro, j'attends de passer sur la messagerie, et je raccroche. Normalement dans les cinq minutes, un autre téléphone va me rappeler, me dire des phrases enregistrées, je vais répondre et dire tout haut que j'arrive de suite.
ÇA devrait bien marcher, je teste ce mécanisme depuis une semaine.
Je laisse mon téléphone sur la boîte de pêche, je relance ma ligne. Il suffit d'attendre 5 minutes et je pourrais partir avec une excuse valable.
Voilà ça sonne, c'est bien le numéro de mon téléphone robot. Je parle fort pour que monsieur Eugène entende. Je raccroche et je range ma canne et je m'en vais, sans un regard au soit-disant Eugène.
C'est beau le massif de l'Estérel, en couleur chaude, en végétation, en odeurs, en silence. C'est sauvage, grandiose, beau comme un premier matin du monde.
Je roule doucement pour rentrer chez moi, j'ai faim, mais je prends mon temps pour réfléchir. Je n'ai pas pu dire non, quand il m'a parlé du demi-million d'euro. Ma cupidité a été la plus forte.
Devenir demi-millionnaire en Euro, je n'y avais jamais pensé. J'étais multimillionnaire en francs. Mais, depuis les euros, j'ai perdu le titre de millionnaire. Bon, on va voir et peser la faisabilité de ce coup, ne nous emballons pas.
Trouver une affaire, c'est toujours un coup de chance, ou de hasard. Là, ça me tombe du ciel sans raison. Comment a-t-il su pour mes anciens coups ?
Je ne vois qu'une fuite de la banque, j'ai toujours travaillé en solitaire, la seule faiblesse, c'est de blanchir l'argent pour le remettre dans le circuit légal. C'est incompréhensible qu'il soit au courant.
Je vais rentrer, cuire et déguster mon sar. Il y a longtemps que je n'en ai pas mangé. Celui-là, je sais d'où il sort. Même s'il n'y aura pas grand-chose à manger, le plaisir de la pêche doit finir devant une assiette pour la récompense.
Dans un plat allant au four, un peu d'huile d'olive et des tranches fines de tomates au fond, on met dessus le sar vidé truffé de basilic, on décore de tranches de citron, on verse un grand verre de vin blanc au fond du plat. On arrose le poisson d'un filet d'huile d'olive et hop ! 25 à 30 minutes à four chaud.
Je n'ai pas de vin blanc, ni de belles tomates, ni de citrons non traités. Il faut que je m'arrête en route.
La girelle sera pour le chat.
Mais à quelle heure ça va me faire manger tout ça ?

Au fait, lundi, c'est dans cinq jours, cinq jours de vacances avant les emmerdes. Profite de ces cinq jours Astri… Profite !
Je n'ai aucune idée de ce qui m'attend, ma cupidité va me mettre dans de sales draps, mais un demi-million d'euros cela ne se refuse pas.
Jamais deux coups sans trois, l'adage se vérifie.
Putain, ça me rajeunit, et ça me donne un coup de jeune cette affaire.
 
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