Niveau 14 – Ganking

17 minutes de lecture

J’avais autant envie de retourner à mon taf que de fourrer ma teub dans un nid de murènes. Mais si Mélissa disait vrai – chose qui restait à prouver – je n’avais guère le choix. Je ne tenais pas à me faire chourer l’Interface, voir, pire, choper un décès aux mains de ceux qui souhaitaient m’en alléger.

Cela ne m’empêcha pas de faire mon possible pour retarder l’inéluctable. Entre un savant trainage de savate, et le fait que, pour ne pas risquer de croiser Amandine - et donc éviter un coup de rangers dans les roustons - j’avais volontairement pris le métro deux station après mon arrêt habituel, je débarquai non loin de mon taf aux environs de 16h.

La simple vue du bâtiment de verre et d’acier au bout de la rue me remua les intestins. Capacités magiques de l’Interface ou pas, entre Sandra, ma patronne en rogne, et mon enquête sur ce qui avait bien pu déclencher la transmission, je ne voyais pas comment me tirer de ce guêpier sans un tas de piqures aux fesses, et un gros choc anaphylactique.

D’ailleurs, en parlant de capacités, je trouvai un énième moyen de retarder l’inéluctable. Il me restait un joli tas d’xp à dépenser. Je grimaçai. J’avais bien mal acquis pactole, et l’idée d’en profiter me laissait un goût amer, mais est-ce que j’avais le choix ? Si les gens qui en avaient après l’Interface étaient moitié moins déterminés que Mélissa, je ne pouvais pas mégoter avec mes pouvoirs.

J’appelai mentalement la liste des compétences.

« Voyeurisme – Niveau 1 – Débloquer : 100 Xp »

« Lecture pensées – Niveau 2 – Débloquer : 400 Xp »

« Inversion – Niveau 2 – Débloquer : 500 Xp »

« Suggestion – Niveau 2 – Débloquer : 800 Xp »

« [Compétence inaccessible] – Niveau 1 – Débloquer : 500 Xp »

« [Compétence inaccessible] – Niveau 1 – Débloquer : 1000 Xp »

Mes 400Xp m’ouvraient… pas grand-chose ! Rhâ ! Tout ça pour si peu sérieux ? À part « Voyeurisme » que je n’avais pas encore débloqué, il n’y avait bien que lecture de pensée au niveau 2 en vague nouveauté. Par curiosité, j’en demandai la description à l’interface.

« Lecture de pensées – Niveau 2 : Cette compétence permet de lire les pensées du sujet cible pendant 5s. Temps de recharge par cible : 2.5 minutes. »

Une réduction du temps de recharge, pas mal, mais j’avais espéré quelque chose de mieux. Quand je vous dis que l’Interface me transformait en sale pourri gâté !

Plus déçu que rassuré, je chassai le menu compétence d’une pensée. De toute façon, j’arrivai.

Agglutiné devant les portes automatiques de mon taf, un groupe de badauds observait un type tout en muscle qui agitait les bras comme pour remporter je ne sais quel championnat d’air guitare. La jolie hôtesse d’accueil se ratatinait devant lui.

Je prononçais l’extrême onction à ma face, et avançait vers la scène de ménage public. C’était le moment tant attendu où le caca percutait le ventilo !

— Comment tu as pu nous faire ça ? entendis-je le grand baraqué dire. À un mois du mariage ? Si tu avais des doutes, il fallait m’en parler, pas me tromper avec le premier blaireau venu.

Sandra m’aperçut la première. Le fiancé, captant sa réaction, se retourna avec une vivacité qui dû lui faire craquer les vertèbres. Son visage semblait avoir été conçu par des scientifiques en tampons hygiéniques pour tester leur capacité d’absorbation de fluides. Enfoiré de veinard.

— C’est lui ? beugla-t-il pour en faire profiter les curieux rassemblés. C’est bien lui ?

Sandra acquiesça, et répondit quelque chose que je n’entendis pas.

— Tu te fous de moi ? Avec un gringalet pareil en plus ? T’es vraiment une salope sans amour propre !

Cette insulte me fouetta les sangs. Pas celle sur mon physique, j’avais déjà entendu bien pire – comme la fois où une fille de mon lycée avec qui j’avais tenté de fricoter m’avait répondu qu’elle ne sortait pas avec des mecs qui ont l’air d’avoir marché sur une mine dans un champ de gravier – non, l’autre, sur Sandra.

Parce que bon, mine de rien, je me sentais quand même responsable de la situation dans laquelle elle se trouvait. Sans l’Interface, elle n’aurait pas trompé son mec. Enfin, si, peut-être, mais pas avec moi, et sûrement plus discrètement. Et puis, même sans cette culpabilité, je ressentais envers la jolie hôtesse quelque chose de plus profond qu’une simple attirance sexuelle. Pourtant, je ne la connaissais pas vraiment. Mais peut-être que le fait simple qu’elle ait été ma première fois la plaçait dans une ligue à part ?

Peu importe. J’avançai et balançai :

— Hé… c’est… euh… Pas très gentil de dire ça !

Purée. J’étais à l’improvisation ce que Bernardo – le pote de Zorro – était au chant lyrique : un gros incapable !

Piqué par mon intervention, l’apollon approcha à deux doigts de ma face, et m’adressa un rictus digne d’un type qui vient de s’assoir cul nu sur une poignée de punaises. Le bourrin me dépassait de deux têtes, et d’au moins 6 tonnes de muscle. Facile. Je vous laisse deviner la couleur du cœur qui le surplombait. Petit indice : ça commence par NO et ça finit par IR.

— Tu crois que tu peux jouer les caïds juste parce que t’as baisé ma fiancée ?

Je fus le premier étonné par le fait qu’il ne me colle pas une patate pour ponctuer sa phrase. J’avais même serré dents et fesses en prévision. Heureusement, remarquez. Parce que s’il s’amusait à me fracasser le pif, il risquait de bousiller mes lunettes, et donc, l’Interface.

— Éric. Je t’en prie, plaida Sandra. On peut en discuter entre adultes. Mais arrête de faire une scène devant mon travail. Je t’en supplie.

— Fallait y penser avant de troncher ce connard au lieu de bosser, justement ! T’as tout gâché putain !

— Hé ! Laisse Sandra tranquille, parvins-je à éructer sans trop bafouiller. Elle n’y est pour rien.

Le fiancé reporta son attention sur moi, et son rictus s’élargit. Étrangement, son attitude presque joviale me terrorisait bien plus que s’il s’était contenté de me cogner dessus. Un peu comme s’il se délectait de la situation, et comptait en profiter au maximum à mes dépens.

— Ah oui ? demanda-t-il. Pourtant, jusqu’à preuve du contraire, baiser ça se fait à deux ? Ou alors tu essaies de me dire que tu l’as violée c’est ça ?

— Bien sur que non. C’est juste que, c’est moi qui l’ai séduite, et, euh, je peux me montrer assez irrésistible.

Le visage d’Éric se froissa comme une vieille serpillière, avant d’exploser de rire. J’entendis quelques curieux imiter son hilarité. Sympa… Seule Sandra me lança un regard illuminé d’un fugace sourire.

— Toi ? Irrésistible ? T’as même pas l’air d’avoir les testicules qui sont descendus, et tu veux me faire croire que t’as le game pour séduire ma fiancée ? Je sais pas ce que tu t’imagines, mais je suis pas dupe. (Il se tourna vers Sandra.) Avoue. Tu voulais me blesser c’est ça ? Tu as choisi le pire type possible juste pour me foutre la honte ?

— Peut-être que si tu la traitais moins comme une merde, crachai-je. Elle n’aurait pas autant envie d’aller voir ailleurs.

L’horripilant sourire du fiancé s’effaça d’un coup. Ça, c’était pour la bonne nouvelle. La mauvaise était que je risquais gros – soit l’Interface et ma face - à le provoquer. Mais son attitude m’avait scié les nerfs.

Sa réaction ne se fit pas attendre. Il me saisit par le col. Sandra lui agrippa l’épaule pour essayer de l’en empêcher. Il la chassa d’un haussement.

— Répète fils de pute ! hurla-t-il, sa voix aussi acide que du sang d’Alien.

Je tentai de lui balancer en suggestion < Je devrais le relâcher, si des vigiles ou les flics débarquent, je vais avoir de sérieux ennuis. >, mais il tressaillit à peine. Il fallait pourtant que je me tire de ce merdier. Si possible avec l’intégralité de mes chicots.

Boostée par la panique, une idée folle me vint. Et si ?

J’appelai intérieurement « Active le mode séduction ! ».

« Mode séduction – Activé »

— Alors ? cracha le fiancé. T’as perdu ta langue, connard ? T’as pas les couilles d’assumer ?

A – Peut-être que si tu la traitais moins comme une merde. Elle aurait pas envie d’aller voir ailleurs. Voilà. T’es content ou tu veux que je le redise une troisième fois pour la beauté du geste ? (DANGER)

B – T’es bouché à l’émeri ? Me semblait avoir parlé vachement fort pourtant ! (DANGER)

C – Désolé ! Ah ah ! Je me suis emballé, et c’est vrai que c’est pas très malin si longtemps avant Noël. (DANGER)

Bien sur… Merci la poisse !

Mon silence eut l’air d’aggraver l’énervement du fiancé puisqu’il entreprit de me serrer encore plus la chique. J’avais beau avoir amélioré mes compétences en apnée avec mon entrainement contre la poitrine d’Émilie, je n’ai pas honte de le dire, je commençai à paniquer. Le fait que ce psycho souriait de plus bel ne faisait rien pour me détendre.

— Relâche-le ! hurla Sandra. Tu vois pas qu’il peut plus respirer ?

Je doutais que sa vue soit le problème, mais merci d’essayer.

— Je… je vais devoir appeler la sécurité, tenta encore Sandra. Je veux pas te mettre dans les ennuis, je t’en prie, arrête.

Mon cerveau carburait à plein régime, ce qui, vu la situation, revenait à patiner dans la bouillasse. Je tentai « Inverse son goût pour la violence ! ». Le fiancée tressaillit, ses pupilles se dilatèrent un court instant, mais il ne relâcha pas son étreinte pour autant.

Merde merde merde. Évidemment. Pas besoin d’aimer la violence pour y avoir recours.

La foule de curieux s’agitait. Peut-être que quelqu’un allait enfin se sortir les doigts et rameuter un flic ? Peut-être même que les vigiles de mon taf débarqueraient avant que je décède ? Restons positifs !

Sans grand espoir, je grillais ma dernière cartouche. « Lecture de pensée. » Le timbre d’éboulis du fiancé gronda dans ma tête « Putain, je pouvais pas rêver mieux comme situation. Elle pourra plus rien me refuser maintenant. »

C’est quoi la baise, comme disent les anglais. La situation lui plaisait ? Boosté par l’adrénaline qui pulsait dans mes veines, je tentai de donner un sens à la situation. Les paroles de Sandra me revinrent alors en mémoire, celles de notre discussion sur l’oreiller en forme de chiottes.

Mais bien sûr !

« Activation de la compétence voyeurisme », pensai-je. « Maintenant, s’il te plait bordel parce que je doute que mon champs de vision qui rétrécit soit parfaitement normal ! »

« Compétence voyeurisme niveau 1 – acquise »

Je n’hésitai pas une seconde et appelai « Activation voyeurisme » sans quitter le fiancé du regard.

Tout me parvint dans un flash qui me brûla la cervelle, comme si un neurochirurgien y jouait du tison. Dix minutes d’existence de ce type en train de m’étrangler se gravèrent dans mes propres souvenirs, comme s’ils m’appartenaient.

Et quels souvenirs !

Malgré le danger et le stress, je ressentis une puissante onde d’excitation à les revivre. Ou plutôt à les vivre tout court ? Voir quelque chose pour la première fois tout en ayant la certitude de l’avoir déjà vécu est une expérience particulièrement déroutante, ça et le fait de se sentir dans le corps d’un autre, dans un endroit inconnu.

L’endroit en question était une pièce en béton orné d’un énorme miroir sur tout un pan de mur. Une table en métal cernée de deux chaises y faisait office d’unique mobilier.

— C’est risqué, on ne devrait pas, dit une jeune femme blonde des plus mignonnes, dont le timbre enjoué indiquait qu’elle n’en pensait pas un mot.

— J’avais trop envie de toi, dis-je, enfin dit le fiancée plutôt – rhâ que c’est perturbant ! -. T’inquiètes, j’ai vérifié, il y a personne de prévu.

Yes ! Hypocrisie de cette enflure : confirmée !

— Tu sais qu’on peut jamais savoir, dit-elle, ses lèvres pulpeuses étirées en un sourire aguicheur, clairement excité par le risque d’être surprise.

Dans le reflet du miroir, je me vis dans la peau de mon étrangleur en train d’enlacer la jeune femme. Un détail me prit de court. Un détail qui, a la réflexion, crevait les yeux vu le contexte : tous deux portaient des habits de flics. Et attention, pas le truc bas de gamme pour mettre du piment dans la soupe au zizi, mais LE déguisement officiel de la police nationale. Soit ça, soit ils avaient fait fort niveau accessoire vu le poids du flingue au holster de ma ceinture. D’ailleurs, j’étais en train de déboucler celle de la jolie flic blonde – non le fiancé, bon sang ! – sans ménagement. Son pantalon, alourdi par l’arme, glissa le long de ses jambes fuselées, seulement stoppé par ses rangers qu’elle déchaussa bien vite.

Oh bon sang, elle ne portait rien en dessous. Je ressentis l’excitation du fiancé à la vue de la vulve parfaitement glabre lovée entre ses cuisses entre-ouvertes.

— J’ai suivi tes conseils, susurra la flic en glissant un doigt le long de son entrejambe. Tu sais que je suis prête à tout pour te plaire.

Sans lui répondre, mon étrangleur acheva de la désaper. Il souleva son petit polo bleu marine, et fit de même avec le soutien-gorge de dentelle en dessous, qu’il laissa en surplomb de la petite paire de seins qui en avait surgi, bien ferme. De ses grosses paluches, il saisit les tétons bruns au centre de larges mamelons presque transparents, et les martyrisa sans ménagement. Il tirait dessus, les pinçait, les tordait, déformant la petite poitrine telle la plus érotique des pâtes à modeler.

Je remarquai alors que les sensations me parvenaient atténuées, comme au travers d’un préservatif mental. Cela ne rendit pas cette séance de pelotage par souvenir interposé moins vivifiante pour mes sangs, juste moins gratifiante que la réalité. L’absence d’Interface autour de ma – sa – compagne contribuait à me faire sentir tout nu.

— Si tu es prête à tout, murmura le fiancé à l’oreille de la jolie flic. Tu sais ce que j’attends.

La blonde sourit franchement, plus excitée que jamais. Elle recula sans se retourner, et j’admirais le superbe balancier de ses hanches. Lorsque que ses fesses mordirent dans le flanc de la table, elle s’y allongea sur le dos, releva ses jambes avec l’agilité d’une gymnaste, et écarta grand les cuisses. De ses mains, elle saisit ses fesses pour les écarter. Ce geste ne laissait aucun mystère sur son intimité. De sa vulve luisante à la fente grande ouverte, jusqu’à l’entrée ourlée de brun de son anus.

Je sentis les mains du fiancé s’acharner sur son propre pantalon. Il en extirpa son sexe, et je retins un juron. Le saligaud était bien mieux membré que moi. Pour faire dans la métaphore italienne, si mon zgueg était un spaghetti, le sien était un cannelloni. Bon, j’avoue, j’en rajoute, mais j’ai une excuse : j’étais jaloux comme un pou de la plus stupidement machiste des façons. Je sais, peut importe la taille, toussa, mais la loterie génétique distribue bien mal ses numéros gagnants !

Son sexe en main, le fiancé se glissa entre les jambes écartées. Aussitôt, la flic fit passer ses cuisses par-dessus les épaules de son amant, et je sentis le poids de ses mollets m’alourdir. Mon étrangleur s’amusa à faire glisser son sexe le long de la fente de la blonde qui frémissait d’anticipation. Son gland toucha l’entrée du vagin, avant de descendre caresser la corolle brune.

Comme un gros naïf de l’espace, je lançai mentalement « Mais, c’est pas le bon trou ! Apprends à viser ! » à l’instant ou l’extrémité de son sexe tenta de s’insinuer dans l’étroit orifice. Enfin, pas si étroit que ça puisque, malgré son imposant membre, il n’eut aucune difficulté à en écarteler l’anneau. À croire que la flic avait l’habitude de la chose. Une idée dont la perversion ne me laissait pas indifférent.

Malgré mes sensations atténuées, la pression de ce fourreau velouté me fit gémir intérieurement. Le plaisir de cet orifice ne ressemblait à rien de ce que j’avais pu m’imaginer. Sans parler du fait qu’il y avait quelque chose de particulièrement érotique à admirer cette vulve ouverte sur un vagin parcouru de contraction à chaque va-et-vient du pieu planté en dessous, comme pour réclamer l’attention supposée lui être réservée.

— T’aimes ça t’en prendre dans le cul, commenta le fiancé en mode capitaine évidence.

La flic sous lui gémissait en sourdine, une main plaquée contre sa bouche. Ses sourcils et les commissures de ses lèvres se tordaient de douleur et plaisir mélangé.

— J’ado… Oh putain oui c’est bon. Han vas-y plus fort… Oh oui, comme ça, comme ça… Elle te laisserait jamais faire ça. Han… Ta fiancée.

Le visage rougit par l’effort, la belle blonde fixait le fiancé. Un demi-sourire provocant fronçait la commissure de ses lèvres

— Je t’ai déjà dit de ne pas parler d’elle !

La voix forte du fiancé résonna dans la pièce dépouillée. La mention de Sandra déclencha quelque chose en lui. Ses gestes se firent plus secs, plus brutaux. J’observai le délicat anneau de la blonde s’étirer à chaque fois que le gland manquait de se retirer. Les muscles seyants sur son ventre plat se crispaient sur le long chemin du retour. Les mouvements puissants la secouaient, comme un fétu. La différence de taille entre elle et lui me fascinait, comme si cette fragilité malmenée à en être fendue en deux titillait mes désirs les plus primaux.

Cette brutalité plaisait d’ailleurs clairement à la blonde. Je pouvais la sentir vibrer de plaisir contre la verge empalée dans son cul. D’une main, elle torturait ses propres tétons avec encore plus de hargne que le fiancé il y a peu. De l’autre, elle s’agrippait au rebord de la table pour éviter de glisser sous les coups de boutoir.

— Oh putain, ça vient, gémit le fiancé.

— J’y suis presque, l’accompagna la blonde. Lâche tout ! Défonce-moi !

— J’ai une idée plus adaptée à une salope qui joue à me provoquer.

À ces mots, il se retira et vint se placer près du visage de la blonde, qu’il saisit d’une main par les cheveux. La jeune femme se débâtit, le regard noir, mais il pistonna violement son sexe et lui explosa sur le visage en longs filaments blancs avant qu’elle n’ait pu s’arracher à sa poigne.

— Putain, tu fais chier ! cria-t-elle, son regard noir contrastant avec les traces blanches qui dégoulinaient de ses joues, bouches et menton. Tu sais que je détes…

La fin de sa plainte s’étrangla sur le sexe que le fiancé fourra sans ménagement entre ses lèvres. Toujours une main dans les cheveux de la flic, il pompa sa verge dans sa bouche en à-coups rageurs qui la firent hoqueter.

— Si tu tiens tant que ça à faire mieux que Sandra, apprends à apprécier. (Sans cesser d’abuser des lèvres de la blonde, il gifla un de ses petits seins, y laissant une marque rouge.) Et tu devrais aussi penser à la chirurgie.

Le souvenir s’arrêta, et je retrouvai ma bien moins excitante réalité, les doigts du fiancé toujours enfoncés dans la chair de mon cou, et Sandra agrippée à son bras pour tenter de le raisonner. Non pas qu’être à deux doigts de suffoquer ne soit pas palpitant en soit, juste, d’une manière très différente.

Personne ne semblait avoir remarqué mes dix minutes de souvenir cochon. À croire que tout ça, le transfert du souvenir, et sa visualisation, n’avait pris qu’une fraction de seconde pour le monde extérieur.

Pas le temps de penser à ce genre de détail. Je tenais ce salaud !

Je ne sais pas si ce fut l’irruption soudaine de mon sourire niais, ou le fait qu’il craignait d’aller trop loin, toujours est-il qu’il relâcha son étreinte. Je m’étalai par terre en toussant comme un allergique après un rail de bouquet de fleurs. Sandra se précipita à mon côté. Son geste me réchauffa le cœur, à défaut d’apaiser la douleur de mon œsophage.

— Ça va, tu n’as rien ? (Elle se tourna vers son fiancé.) Qu’est-ce qui t’a pris de faire ça, t’es complètement malade ?

— Il mérite pire ! Et toi, tu ferais bien de baisser d’un ton si tu veux vraiment sauver notre mariage comme tu le prétends.

— Elle est pas la seule qui devrait baisser d’un ton, parvins-je à bafouiller malgré ma gorge douloureuse. À moins que tu ne veuilles lui parler de ce que tu fais dans les salles d’interrogatoires, et qui n’ont rien à voir avec ton taf ?

La jolie hôtesse d’accueil haussa un sourcil à ma remarque sibylline. Son fiancé me gratifia de sa plus belle poker face. Soit ça, soit il ne pigeait pas à quoi faisaient référence mes propos vagues. Histoire de m’en assurer, je lançai « Lecture de pensée ».

« Comment cet enfoiré peut savoir ça ? Il peut pas être aussi bien renseigné ? Merde, ça se trouve c’est Claire qui tente de me la faire à l’envers à cause de ce matin. S’il en dit plus, je suis foutu. »

Avant que je puisse balancer le nom de la flic blonde pour étayer mes propos, il me rechoppa à la nuque, étranglant mes mots. De sa main libre, il forma un poing et arma son bras. Tout sur son visage hurlait « je vais tellement te déglinguer qu’à l’hosto ils vont donner ton nom à un trauma crânien. ». Sandra hoqueta de surprise.

Non non non ! Il allait me péter le pif et l’Interface.

La vue du cœur toujours rose au-dessus de la jolie hôtesse me rappela qu’il me restait une dernière chose à tenter. Je lui beuglai mentalement < Il me trompe. Je le savais, je l’ai toujours su. Avec Claire, une collègue de travail. >. Sa réaction ne se fit pas attendre.

— C’est bien ce que je craignais, lança-t-elle, son regard soudain humide. J’ai refusé de le voir, mais tu me trompes avec Claire. Je n’aurai jamais dû te croire quand tu disais qu’il n’y avait rien entre vous. J’aurai dû suivre mon instinct.

Le visage du fiancé se décomposa. Il avait tenté de me faire taire avant qu’il ne soit trop tard pour ses miches. Peine perdue maintenant. Il me relâcha, et je tombai sur mon délicat postérieur qui n’avait rien demandé. Je m’éloignais d’un bond, dès fois qu’il décide de me finir la face malgré tout.

Heureusement, il semblait plus occupé à ne pas perdre toutes ses couleurs.

— Où est-ce que tu vas chercher des trucs pareils ? plaida-t-il. Je te jure qu’il n’y a rien entre nous, rien du tout. Je peux te le répéter autant de fois que tu veux.

Sa performance était aussi convaincante qu’un type de Daesh vantant l’amour de son prochain. Il faut dire que je ne l’aidais pas en lui balançant en suggestion < Elle sait tout ! C’est foutu. >. Je me foutais que cela fonctionne vraiment ou pas, lui coller des bâtons virtuels dans les roues s’avérait cathartique.

— J’ai l’impression que vous avez beaucoup à vous dire, dis-je. Je vais vous laisser.

— Certainement pas, répliqua le fiancé, un rictus haineux aux lèvres. On n’en a pas fini toi et moi.

— Oh que si, enchaina Sandra dont le regard de braise semblait vouloir évaporer les larmes qui perlaient sur ses joues. Tu le laisses en dehors de ça, et tu as intérêt à t’expliquer !

La voir tenir tête à ce type qui pouvait la décalquer d’un revers de main m’emplit d’admiration. Je mourais d’envie de rester l’épauler, mais je ne savais pas de combien de temps je disposai avant que la transmission ne se transforme en réalité. Je devais enquêter d’urgence.

À regret, je profitai de la diversion et franchis les portes automatiques de mon taf. J’espérai que la confrontation avec ma patronne serait moins physique… du moins, pas de cette sorte.

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Du grain de sel au grain de sable
                  
01 – La plage.
Il y a tellement longtemps que je n'ai pas pêché dans cette petite anse du massif de l'Estérel.
Pour être perdue, cette petite plage, elle est perdue, discrète et difficile d'accès.
Ce n'est pas la plage propre qu'on aménage pour les touristes. Elle est encombrée de bois flottés, de vieilles tongs dépareillées, de bouteilles en plastique, de débris de filets de pêche, d'algues qui fermentent en se décomposant dans une odeur de pourri salé, en bref, un vrai désastre écologique.
Je suis là, dans ce petit vent froid et salé, sur une langue de rochers, au cœur des bruits répétitifs des petites vagues qui viennent mourir sur le sable ou s'écraser sur les rochers. Il y a aussi le son incongru de l'air poussé et compressé par la mer dans une petite grotte sous-marine qui souffle un râle surnaturel.
Je suis seul devant l'immensité de la mer et du ciel, une canne palangrotte à la main qui s'immerge dans un trou d'une dizaine de mètres sous les rochers. Mes sens sont aux aguets en attente d'une touche, prêts à réagir immédiatement pour ferrer.
Cela ne pite pas beaucoup, comme on dit ici, il n'y a pas de touche franche.
Je surveille de temps en temps l'accès à la plage, j'ai un rendez-vous avec un gros poisson de la pègre. Il veut me consulter pour avoir mon avis, et sûrement me proposer un coup.
J'ai toujours travaillé seul, discrètement, je ne sais pas comment ni pourquoi, il a besoin de moi.
Je n'ai fait que deux gros coups dans ma vie, ce qui me permet de vivre tranquillement, discrètement, sans flamber, je travaille de temps en temps, en tant qu'artisan électricien pour donner le change et être couvert socialement. Je choisis des chantiers faciles parce que je commence à devenir vieux.
Ah, une touche ! Je ferre. Je sens au bout de la ligne le poids d'un poisson qui se défend, il a l'air beau et lourd. C'est un beau sar qui sort de l'eau. Je tourne la tête, un homme descend vers la plage, avec une canne et un seau à la main. C'est peut-être mon rendez-vous qui arrive.
Il me regarde, porte son index droit sur la bouche en signe de silence. Il s'installe à l'opposé de l'endroit où je suis. Il sort un petit carnet vert et écrit quelque chose dessus. Il se déshabille, se met en slip de bain, puis met ses vêtements en boule. Il vient vers moi après avoir déchiré une feuille du carnet vert. Il refait le signe de silence et me tend le papier. Il retourne à sa place, déplie sa canne à pêche, accroche son bas de ligne et appâte l'hameçon. Je suis interloqué. Je finis par lire son mot. « Mettez-vous en slip, je suis sous écoute, faite comme si vous l'étiez aussi. Rendez-vous loin des portables contre la falaise. Merci »
Il fait froid, je vais attraper la crève avec ses conneries. Il doit se cailler aussi. Je me presse de me déshabiller et de filer au lieu-dit.
Dans quelle merde, je me mets ?
C'est un violent ce type, il faut s'en méfier, obéir et respecter ce monsieur, j’y suis obligé.
Je vais essayer de refuser poliment ses propositions.
Il me rejoint sans sourire après avoir fouillé dans son seau. C'est un petit homme maigrelet et chauve. Il doit être très intelligent et violent pour être un chef de la pègre. Il doit avoir des appuis pour savoir qu'il est sur écoute.

— bonjour Astri,
— bonjour Monsieur.
— appelle-moi Eugène, faisons vite, je me pèle.
— oui Eugène.
— je vais monter un coup, j'ai besoin d'un bon électricien pour le préparer et agir. Plus qu'un électricien, un électronicien et un bricoleur de génie. Tu ne risques rien dans ce coup, si tu ne laisses pas de trace. Tu n'es jamais tombé, tu n'es pas répertorié pour sur ADN, ni sur tes empreintes. C'est ta force, et notre force.
Tu auras les plans et instructions dans une boîte aux lettres. Tiens voilà la clef, l'adresse est sur l'étiquette.
— je touche combien ?
Si ça réussit, tu auras un demi-million d'euros, sinon rien.
— pourquoi m'avoir choisi ? Comment savez-vous que j'ai fait un coup ?
— c'est mon secret, et tu as fait deux coups. Tu vois, tu ne me balades pas, je suis bien renseigné.
— je veux bien étudier la faisabilité. Je donnerais ma réponse après. Ne me dites pas où ça se passe. Je ne veux rien savoir.
— c'était prévu. On communiquera que par courrier, à l'ancienne, une enveloppe, un timbre, l'adresse du nom écrit sur la boîte aux lettres. Ce sera toujours la même boîte aux lettres.
— ok, Eugène.
—le courrier doit se relever le lundi à 5 heures du matin. Les flics dorment ou sont repérables à cette heure. J'ai confiance, tu n'es jamais tombé parce que tu es prudent, discret, très méfiant. Et ça me plaît.
—combien de gens seront au courant de mon existence.
—personne, si on se débrouille bien, il n'y aura que moi. Ce sera mon dernier coup.
—ok, Eugène. Le demi-million sera payé comment ?

Eugène me regarde, se met à ricaner, me tape sur l'épaule.
—l'argent est déjà dans un paradis fiscal. Tu auras un compte informatique et tu auras des bitcoins. Tu les vendras pour les transférer sur un compte à toi.
C'est là que tu peux te faire coincer. À toi de bien jouer.
Bon, je te laisse, j'attrape la crève à poil. Ciao Astri. Ne perds pas la clef, passe lundi à la boîte aux lettres à 5 heures. Soit rigoureux, et pas de téléphone pour aller à la boîte.
—ciao Eugène, merci. Je te tiens au courant. Je jouerai serré.

Eugène va se rhabiller et continue sa pêche. Je fais de même de mon côté en rangeant bien la clef de la boîte aux lettres. Je me repasse la conversation, pour ne pas oublier un détail.
Il ne s'appelle pas Eugène cet animal, je ne dois même pas penser à son vrai nom, pour ne jamais me couper plus tard, on ne sait jamais. Il faut que je me renseigne pour ces bitcoins, j'y comprends rien à ce truc, j'ai lu quelque part, que la pègre s'en servait pour blanchir de l'argent ou pour transférer des fonds sans trace.

Bien, je vais laisser venir, et savoir ce qu'il veut que je bricole en électricité. Que puis-je faire de miraculeux en électricité, en électronique ou en bricolage ? Pas aller au compteur et le couper bêtement pour un demi-million d'euros. Non, il y a un truc. C'est quoi l'embrouille ?.
Tient, ça pite, hop ! Une girelle sort de l'eau. Dommage, il fait trop froid, il n'y a pas de daurade au bord. C'est une jouissance à pêcher cette bête, quand on la ramène, il semble au pêcheur, qu'il remonte un fer à repasser.
Je ne pêche pas souvent, alors que c'est bien sympa. Dommage que cette plage soit si sale, et ce souffle de cette grotte finit par lasser et irriter. J'en ai marre, je vais rentrer, je n'ai même pas acheté à manger pour pique-niquer ici.
Mais avant je vais tester ma nouvelle trouvaille, mon invention. Je prends mon téléphone, je compose un numéro, j'attends de passer sur la messagerie, et je raccroche. Normalement dans les cinq minutes, un autre téléphone va me rappeler, me dire des phrases enregistrées, je vais répondre et dire tout haut que j'arrive de suite.
ÇA devrait bien marcher, je teste ce mécanisme depuis une semaine.
Je laisse mon téléphone sur la boîte de pêche, je relance ma ligne. Il suffit d'attendre 5 minutes et je pourrais partir avec une excuse valable.
Voilà ça sonne, c'est bien le numéro de mon téléphone robot. Je parle fort pour que monsieur Eugène entende. Je raccroche et je range ma canne et je m'en vais, sans un regard au soit-disant Eugène.
C'est beau le massif de l'Estérel, en couleur chaude, en végétation, en odeurs, en silence. C'est sauvage, grandiose, beau comme un premier matin du monde.
Je roule doucement pour rentrer chez moi, j'ai faim, mais je prends mon temps pour réfléchir. Je n'ai pas pu dire non, quand il m'a parlé du demi-million d'euro. Ma cupidité a été la plus forte.
Devenir demi-millionnaire en Euro, je n'y avais jamais pensé. J'étais multimillionnaire en francs. Mais, depuis les euros, j'ai perdu le titre de millionnaire. Bon, on va voir et peser la faisabilité de ce coup, ne nous emballons pas.
Trouver une affaire, c'est toujours un coup de chance, ou de hasard. Là, ça me tombe du ciel sans raison. Comment a-t-il su pour mes anciens coups ?
Je ne vois qu'une fuite de la banque, j'ai toujours travaillé en solitaire, la seule faiblesse, c'est de blanchir l'argent pour le remettre dans le circuit légal. C'est incompréhensible qu'il soit au courant.
Je vais rentrer, cuire et déguster mon sar. Il y a longtemps que je n'en ai pas mangé. Celui-là, je sais d'où il sort. Même s'il n'y aura pas grand-chose à manger, le plaisir de la pêche doit finir devant une assiette pour la récompense.
Dans un plat allant au four, un peu d'huile d'olive et des tranches fines de tomates au fond, on met dessus le sar vidé truffé de basilic, on décore de tranches de citron, on verse un grand verre de vin blanc au fond du plat. On arrose le poisson d'un filet d'huile d'olive et hop ! 25 à 30 minutes à four chaud.
Je n'ai pas de vin blanc, ni de belles tomates, ni de citrons non traités. Il faut que je m'arrête en route.
La girelle sera pour le chat.
Mais à quelle heure ça va me faire manger tout ça ?

Au fait, lundi, c'est dans cinq jours, cinq jours de vacances avant les emmerdes. Profite de ces cinq jours Astri… Profite !
Je n'ai aucune idée de ce qui m'attend, ma cupidité va me mettre dans de sales draps, mais un demi-million d'euros cela ne se refuse pas.
Jamais deux coups sans trois, l'adage se vérifie.
Putain, ça me rajeunit, et ça me donne un coup de jeune cette affaire.
 
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