Niveau 13 – Confrontation

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Avec ces deux paires de regards noirs rivés sur moi, je vivais en live l’angoisse du condamné face un peloton d’exécution. Un condamné cul nu !

— Ma… ma mère est ta copine ? demanda Émilie incrédule, ses mains pressées contre ses tempes comme pour empêcher sa cervelle d’éclater.

Le cœur au-dessus de sa tête se vidait avec l’efficacité d’une passoire.

— Je n’en savais rien, plaidai-je. Je vous jure que je n’en savais rien, je pensais que…

— Tu pensais quoi ? intervint Marie après un long mutisme, les couleurs de son visage toujours passablement délavées. Tu pensais quoi ?

L’icône qui la surplombait suivait le même chemin que celle d’Émilie : le néant ! Ce phénomène n’avait rien de surprenant. Interface ou pas, je venais de les pousser à commettre un... À commettre un…

Mon cerveau calait, bloqué dans l’ornière qu’était l’énormité de ce qui venait de se produire. En même temps, comment aurais-je pu savoir ? Entre le physique de Marie qui ne laissait qu’à peine deviner son âge, ou un quelconque passage de grossesse, et le fait qu’Émilie ne lui ressemblait que très vaguement, impossible de deviner ! Quoique, maintenant que j’y prêtais attention, leurs mâchoires fines, leurs grands yeux, leurs pommettes hautes avaient des airs de… famille. Bordel !

Enfin, tout ça revenait à dire « je savais pas que tuer tuait » aux parents d’une victime. Un peu faible, et surtout vachement trop tard comme excuse.

Bon sang. Comment avais-je fait pour me retrouver dans une situation pareille ? À cette pensée, ma poitrine flamba de colère. Mélissa ! C’est à elle que je devais ce merdier. C’est elle qui m’avait parlé d’ex, et non d’une mère et de sa fille. Elle ne pouvait pas ignorer dans quoi elle me lançait. La salope s’était bien payé ma tronche.

— Je… Mélissa m’a dit que… balbutiai-je.

— Dis quoi ? demanda Marie, sa voix s’envolant dangereusement dans les aigus façon sirène de pompier.

— C’est pas possible, gémit Émilie. C’est pas possible.

Toujours affectée par l’Inversion, la jolie rousse tentait de dissimuler sa poitrine et son sexe tout en se tenant le crâne. N’étant pas croisée poulpe, elle galérait. Ses tremblements s’intensifiaient.

Je balançai à la volée un < Du calme, pas de raison de paniquer > qui s’avéra aussi utile que des moon-boots sur un cul de jatte en plein été. Marie esquissa un geste vers sa fille, paume tendue pour l’apaiser. Cette dernière gifla sa tentative avec une rage normalement réservée aux mains au cul impromptues.

— Tu m’approches pas, grogna la rousse. Tu me touches pas ! Crois pas que j’ai oublié et encore moins pardonné ce que tu as fait à notre famille !

Mais dans quelle quiche au drame avais-je foutu mes gros sabots ?! Tout allait trop vite, trop fort. Je restai figé dans le vague espoir que les deux femmes fonctionnaient comme le T-Rex de Jurassic Park, et cesseraient de remarquer ma présence si j’arrêtais de bouger mes miches.

— Je suis désolé ma chérie, dit Marie. Pour ça, pour tout. Je ne savais pas.

— La ferme, la ferme, la ferme ! Je veux plus rien entendre venant de toi. (Elle se tourna vers moi, son regard aussi vif que ses cheveux.) Et encore moins de toi ! Je suis qu’une pauvre conne putain.

Le cœur au-dessus de la rousse se vida entièrement avant de se griser. Je devinais d’instinct qu’elle et moi ne risquions pas d’avoir de second rendez-vous.

Elle récupéra ses vêtements, et les enfila aussi vite que si elle était en retard au taf. Elle ne prit ni la peine de réajuster son string, ni même de remettre son soutien-gorge. Le tissu clair de sa veste ne cachait strictement rien de ses tétons, ni rien de sa poitrine en fait. En temps normal, cette vision m’aurait envoyé des papillons dans le ventre, mais en l’état, les malheureux insectes se contentèrent d’agoniser dans l’acidité de mon estomac.

Elle claqua la porte derrière elle à en faire sauter le chambranle.

— Détache-moi enfoiré, cracha Marie. J’aurais jamais dû accepter de te suivre. J’aurais jamais du accepter ton plan à trois de merde. (Sa voix s’érailla avant de devenir presque plaintive.) J’ai tout foiré, encore une fois. Je pourrai jamais rattraper ça.

Je libérai ses mains dans un silence pesant. Qu’est-ce que je pouvais répondre à ça ? Oh, c’est pas si grave, vous étiez toutes les deux sous l’influence de lunettes magiques du cul, alors ça compte pas vraiment comme un inceste.

Inceste.

Le mot venait enfin d’atteindre ma cervelle. Il eut le double effet de glacer mes pensées, et d’enflammer encore plus ma colère. Une colère qui se doubla de dégoût lorsque je me rendis compte que le tabou de la chose m’excitait. Quel connard j’étais. Rien ne valait la souffrance infligée à Marie et Émilie, et certainement pas une simple satisfaction perverse.

Marie, d’ailleurs, tentait toujours de m’assassiner occulairement, des larmes au coin des yeux. Son icône cœur acheva de se vider avant de virer au gris, comme touchée à une artère.

— C’est pas ta faute, tentai-je

— Casse-toi ! hurla-t-elle. Tout de suite.

Elle agrippa le premier coussin à portée, et me l’envoya au travers de la truffe. J’aurai surement dû insister, essayer de la consoler, peut être même que l’Interface aurait pu m’aider à trouver les mots justes, mais Marie venait de m’offrir une porte de sortie et, comme un lâche, je la franchis.

Je me rhabillai avec autant de hâte qu’Émilie, et c’est la chemise boutonnée de travers et le pantalon en équilibre précaire que je descendis les escaliers, le cœur nettement plus lourd qu’à l’aller.

Lorsque je débarquai dans le bar, tous les regards se tournèrent vers moi, soit environ dix pochtrons qui avaient dû assister à la sortie dramatique d’Émilie. Je m’en battais totalement la breloque. Une seule personne m’intéressait dans ce bouge : Mélissa !

La jolie goth se tenait appuyée contre un mur dans un coin du bar, agrippée à son portable. Elle dut lire quelque chose dans mes yeux, car elle saisit aussitôt à la sacoche qui battait ses reins. Je l’approchai, non sans percuter tables et chaises sur le chemin avec la délicatesse d’un bulldozer bourré.

— Tu savais ! beuglai-je

— Tu as vraiment réussi ? Tu l’as vraiment fait ? Merde, oui, tu l’as vraiment fait.

Un sourire brisa un court instant son masque d’inquiétude. Un sourire admiratif qui piqua ma colère plus efficacement que s’il avait été moqueur. Je manquai d’oublier un des rares principes sur lequel je n’avais pas encore déféqué, et lever la main sur elle. Je serrai les poings jusqu’à m’enfoncer les ongles au creux de mes paumes. La douleur m’aida à contenir ma montée de rage.

Elle fronça le nez, mais ne broncha pas, comme si elle savait que je n’oserais rien tenter. Je fulminai encore plus intérieurement. Elle n’avait pas tort.

— Comment tu as pu me faire ça ? demandai-je plaintivement puis, constatant que je pouvais compléter cette question par « alors qu’on se connait depuis presque 1h ! », j’ajoutai : Comment tu as pu leur faire ça ? Tu es pas censé être leur amie, ou au moins bien les connaitre ?

— Tu devrais parler moins fort, tu ne veux vraiment pas attirer autant l’attention, crois-moi.

— Crois-moi ? Crois-moi ? Tu te fous de ma gueule ? Comment je peux croire quoi que ce soit venant de toi après… après ça !

Malgré mon soudain éclat de voix, ce que je lu dans les traits froissés de son visage me doucha. Elle avait peur, mais pas de moi. Je jetai un œil dans mon dos. Seuls quelques curieux nous écoutaient avec l’air de ne pas y toucher.

— Installe-toi, dit-elle. On a beaucoup à se dire maintenant que tu as rempli ta part du contrat.

Mélissa montra l’exemple. Assise bien droite sur sa chaise, probablement pour se donner bonne figure, elle me fixait avec l’air satisfait de l’usurière venant de conclure un marché aussi fructueux que dangereux. J’attendis quelques secondes histoire de me donner la bonne conscience de n’avoir pas cédé trop facilement, puis je m’avachis en face d’elle.

— Alors ? crachai-je. Comment tu comptes excuser ce merdier ?

La barmaid prit une longue inspiration.

— Pour être honnête, je ne pensais pas que tu y arriverais, mais je te félicite d'y être parvenu. C'était un pari risqué, et tu as eu le courage de t’y attaquer. Tu m’as convaincue, tu as non seulement un artefact puissant, mais tu sais aussi parfaitement t'en servir.

Elle avait dit ça avec un large sourire ravi, ses mains jointes posées au centre de la table.

— J’apprécie le coup de brosse à reluire sur mon égo, mais pourquoi ? Tu aurais pu me mettre à l’épreuve de milles façons sans tomber dans. (Je marquais une pause pour ravaler un filet de bile acide.) Dans ça.

— Je n’ai vraiment pas eu l’impression d’avoir eu à beaucoup insister pour que tu acceptes de participer à ce petit plan à trois. (Elle avança un peu plus ses mains au travers de la table, presque à toucher les miennes que je reculais légèrement.) Dans le fond, l'idée te plaisait.

— Bien sur qu’elle me plaisait ! (Mon éclat de voix nous surprit tous les deux. Elle me lança un regard désapprobateur, et je remis un semblant de bride sur mes nerfs.) Mais elle me plaisait parce que je pensais qu’il s’agissait de deux ex ! Si j’avais su que. (Je m’arrêtai.) Si tu ne m’avais pas menti, je n’aurai jamais accepté de faire un truc pareil.

Mélissa perdit son sourire, remplacé par un rictus qui plissa la commissure de ses lèvres.

— Des exs ? Je n'ai jamais parlé d’exs ! Je suis bien des choses, mais menteuse n'en fait pas partie ! Je ne t'en ai pas dit plus, simplement parce que cela n'avait pas l'air de t'intéresser.

J’allais lâcher une bordée d’injures avant de me rendre compte que la goth disait vrai. J’avais tiré mes conclusions tout seul, comme un grand. Ce n’était pas la première fois que je merdais en me lançant en aveugle. La preuve avec le fiancé de Sandra. Quel gros imbécile. Clairement, ma libido était la plus grosse génératrice de stupidité depuis l’invention de la lobotomie.

— Écoute. (Le visage de Mélissa s’était radouci, et elle esquissa un mouvement de main vers les miennes. Je me reculai une fois encore.) Je comprends que ça te retourne le bide pour le moment, mais est-ce que c’est si grave au final ?

— Bien sur que c’est grave ! On ne peut pas jouer avec la vie des gens comme ça !

— Pourquoi ? demanda-t-elle, l’air sincèrement intriguée. Tu penses vraiment avoir hérité d’un Artefact juste pour le laisser prendre la poussière ? D’ailleurs, d’après ce que tu m’as dit, tu ne m’as pas attendu pour en profiter.

— Mais ça n’a rien à voir. Je n’ai forcé personne à faire des trucs qu’ils ne voulaient pas. Toutes les femmes que j’ai séduites étaient d’accord. Je leur ai donné ce qu’elles désiraient. Sandra, ma patronne…

Je m’arrêtai avant de mentionner Amandine. De qui je me moquai avec ces excuses ? Certes, dans l’instant, toutes mes conquêtes avaient été enthousiastes, et l’Interface faisait son possible pour que je les satisfasse sexuellement, mais cela ne voulait pas dire qu’elles étaient réellement consen...

— Je vois que tu commences à comprendre, dit Mélissa. Toi et moi, on est pareil. Ce que l’on fait avec nos Artefacts ne peut pas être considéré comme bon ou mauvais. Pas vraiment. Après tout, la morale, l’éthique, toutes ces choses, c'est bon pour eux. (Elle désigna le reste du bar d'un coup de tête.) Nous ? Nous pouvons faire tellement plus, tellement mieux. Et puis, nous restreindre ou nous imposer des barrières, c’est prêter le flanc à nos ennemis, qui eux n’ont pas les mêmes scrupules.

Son regard se brouilla un court instant, comme si elle voyait à travers moi. Elle chassa ce trouble d’un sourire.

— Facile à dire quand je suis le seul à me foutre dans la merde.

— Tu n’as aucune idée de ce que j’ai été amenée à faire pour oser me sortir une stupidité pareille. Merde, tu n’as même pas idée de ce que j’ai fait pour toi.

Elle désigna d’un mouvement de tête l’angle opposé du bar. Le serveur qui m’avait agressé verbalement un peu plus tôt s’y tenait, le regard vide et la lippe pendante ; l’air moins dynamique qu’une fougère. Seul le mur dans son dos l’empêchait de câliner le sol.

— Il commençait à se poser trop de questions à ton propos, enchaina Mélissa. Tu n’as pas envie que les gens se posent trop de questions sur ton compte, alors j’ai dû jouer avec sa mémoire. C’est dangereux, je ne maitrise pas encore suffisamment mes philtres d’oubli. Il pourrait finir en légume. Mais tu sais quoi ? Ça n’a pas d’importance, parce que seule la sécurité des élus m’importe. On doit se serrer les coudes.

Merde. Le serveur et moi, on ne risquait pas de devenir pote dans un futur proche, mais de là à lui souhaiter une lobotomie surprise, fallait pas pousser. Malgré tout, j’envisageais un court instant la possibilité d’utiliser son philtre sur Marie et Émilie. Si elles oubliaient ce qui s’était passé, ça réparerait une partie du problème. Non. Mauvaise idée ! Un légume suffisait, pas besoin d’une cagette complète.

— C’est quoi ton truc d’élus ? Tu parles comme dans une secte.

— Je me contente simplement d’appeler un chat un chat. N’as-tu pas été choisi comme héritier d’un Artefact ? Penses-tu que c’est un simple hasard qu’il soit taillé sur mesure à tes désirs, et à ta personnalité ?

Elle n’avait pas tort, une fois de plus. L’Interface collait bien trop à ma psyché et à mes goûts pour n’être qu’une coïncidence. Quelqu’un, ou quelque chose l’avait conçue pile pour moi. Mais pourquoi ? Et puis, pourquoi moi ? Pour avoir aidé un clodo par inadvertance ? Si c’est tout ce qu’il fallait faire pour mériter un Artefact, les bénévoles du monde entier devraient déjà en avoir une collection complète.

— Et tu pouvais pas m’expliquer tout ça avant, au lieu de me faire jouer à ton défi dépravé ? C’était plus facile et amusant de me coller le nez dans la chiasse, j’imagine…

— Je te l’ai déjà dit. Si tu avais eu un Artefact à faible potentiel, tu n’aurais été qu’un danger pour moi, et pour d’autres, je devais être sûre avant de t’en dire plus. Si tu n’avais pas été à la hauteur, je… (Une crispation fugace assombrit ses traits.) Tu ne sais pas encore dans quoi tu as mis les pieds. Que tu le veuilles ou non, ton pouvoir, le mien, tous les Artefacts, sont très convoités. Et si tu crois que ceux qui cherchent à mettre la main dessus se foutent des règles morales, de la bienséance ou de je ne sais quelle stupide éthique, tu te fous le doigt dans l’œil jusqu’à l’anus. Je suis désolée d'avoir dû te mettre face à ça à la dure, mais il fallait que tu t'en rendes compte dès maintenant. C’est parce que je ne suis pas une tendre que j'ai survécu, et je l'espère, toi aussi.

— Super, rien de tel que deux trois traumas pour me faciliter l’existence. Merci. (Une question incongrue envahit ma tête.) Mais le clodo, c’est dieu du coup ?

— Henri n’est pas un dieu, c’est plus une sorte de messager, un vecteur. Ce n’est pas le premier Artefact qu’il transmet, mais il ne se rappelle jamais l’avoir fait. J’ai essayé d’en discuter avec lui, et soit il joue parfaitement la comédie, soit il est sincère. De toute façon, d’autres possesseurs d’Artefacts ne l’ont jamais croisé de leur vie, donc je doute qu’il en soit le créateur. (Elle haussa les épaules.) On est nombreux à chercher l’origine de ces objets, tu sais. Tu pourrais nous y aider.

— Nombreux ? Tu en connais combien en dehors de moi ?

— Dur à dire, je dirai environ une vingtaine en ville. Dans le reste du pays probablement plus, et dans le monde, va savoir. Mais chaque chose en son temps. Tu m’as parlé d’une transmission, c’est bien ça ?

J’acquiesçai.

— Je pense savoir de quoi il s’agit.

Enfin ! Du concret !

Je ne pus m’empêcher de me rapprocher de Mélissa, coudes sur la table. Ma réaction lui arracha un léger sourire qui m’énerva quelque peu. Je réalisais malgré tout que ma colère ne brûlait plus aussi violemment qu’au début de notre conversation, et que j’en voulais plus à ma propre stupidité qu’à sa sournoiserie. En dépit de sa logique de psychopathe, elle semblait sincère, et avait vraiment voulu m’aider. Je ricanai intérieurement. Si c’était ça son aide, mieux valait ne pas m’en faire une ennemie.

— Pour faire simple, dit-elle. Ton Artefact t’as envoyé une vision du futur.

Je bronchai à peine. Ma réalité était devenue un tel foutoir que cette explication ne me paraissait pas plus incongrue qu’une autre.

— D’accord, mais pourquoi ?

— Ça, c’est toi qui vas devoir le découvrir. (Elle remarqua le pli nerveux qui agitait mon visage, puisqu’elle s’empressa d’ajouter.) Tout ce que je sais, c’est que la vision que tu as eue est un avertissement de ton Artefact. Tu es en danger, à court terme.

— Attend, c’est pas une connerie de prophétie auto-réalisatrice ton histoire ? Du style, tout ce que je ferais pour empêcher cette vision va contribuer à en faire une réalité ?

— Au contraire, c’est un futur possible, qui se produira à coup sûr si tu n’agis pas pour le contrecarrer.

— Ca me fait une belle jambe si je n’ai aucune idée de ce qui me menace, ni ou, ni quand, ni comment. À part me rendre complètement parano, cette transmission est inutile.

— Pas forcément. Ce genre de vision se déclenche à un moment précis, au point charnière qui va causer la suite d’évènement amenant à sa réalisation. Si tu parviens à identifier ce point, tu peux en anticiper les conséquences, et les supprimer.

La façon qu’elle eut de prononcer ce dernier mot, son poing serré cognant le creux de sa paume, me cailla les sangs.

— Tu en a déjà eu une pour en connaitre autant sur le sujet ? demandai-je. Une « vision » ?

— Oui. (Elle fronça des narines, la virgule de ses sourcils assombrit encore plus son regard.) Mais peu importe. Essaie de te rappeler. À quel moment tu as eu cette transmission ? Qu’est ce qu’il se passait ?

Je n’eus pas besoin de faire un gros effort de mémoire. Les visions surprises accompagnées de maux de crâne carabinés, ça a tendance à créer des impressions marquantes.

— Juste après m’être fait faussement engueuler par ma patronne. (Mélissa haussa un sourcil.) Longue histoire. Mais je ne vois pas bien… Oh..

La réalisation me frappa. D’une façon ou d’une autre, la comédie exagérée de ma patronne avait dû mettre la puce à l’oreille de quelqu’un dans le bureau. Couplé à mon aventure assez peu discrète avec Sandra dans les toilettes, il n’était pas dur d’imaginer que quelqu’un avait compris que quelque chose se tramait, et… Et puis quoi ? Ce collègue avait appelé la police des artefacts du cul assisté par ordinateur ? Prévenu le FBI de la drague magique ? La CIA de la triche sexuelle ?

Merde. Ça ne m’avançait pas plus que ça.

— Tu as dit que des gens cherchent à s’emparer des artefacts, dis-je. Tu sais comment ils procèdent ?

— Vaste question. Il y a plusieurs organisations différentes, que je connais du moins. Certaines plus dangereuses que d’autres. Mais généralement, ils enquêtent sur tout évènement plus ou moins étrange ou paranormal dans l’espoir qu’un artefact en soit la cause. Pas pour rien qu’il vaut mieux rester discret.

Je me levai précipitamment. C’était peut-être ça ! Si l’un de mes collègues propageait la rumeur de mes talents de séducteurs aussi soudains que ravageurs, cela pourrait remonter aux oreilles de gens très mal intentionnés. Et j’avais ma petite idée de la balance la plus probable.

— Tu vas où ? demanda Mélissa.

— Au taf, je pense tenir une piste. (Je marquais une pause. Bordel, ça me paraissait une très mauvaise idée, mais avec l’épée de Damoclès qu’était la transmission, j’avais besoin de toute l’aide possible.) Tu veux venir ?

— Tu bosses où ? demanda Mélissa avec un franc sourire.

— Aux assurances Van Himton, pourquoi ?

— Simple curiosité. J’aurai aimé pouvoir venir, mais j’ai mes propres soucis à régler. (Elle lança un coup d’œil vers le serveur végétatif.) Prends mon numéro, comme ça tu pourras me contacter au besoin. N’hésite pas. Comme je te l’ai dit, faut qu’on se serre les coudes.

J’extirpai mon portable de la poche arrière de mon pantalon, et fit la grimace en allumant l’écran. Une avalanche de SMS m’y attendaient. La popularité, ce fléau…

— Problèmes de cœur ? s’enquit-elle.

— On va dire ça comme ça. Je ne pensais pas que coucher avec qui je voulais serait si compliqué.

J’ajoutai rapidement le numéro de la goth à mes contacts.

— C’est l’euphorie des débuts ça. Quand tu commenceras à mieux maitriser ton artefact, ça se tassera. Et heureusement, parce que tu vas avoir plus gros à penser que ménager tes plans culs dans un avenir proche. (Elle lâcha un petit rire que je me fustigeai de trouver mignon. Je ne voulais plus céder au moindre de ses charmes.) Ça me rappelle mes premiers essais. Il y avait ce type sur lequel j’avais un gros crush, mais genre vraiment vraiment gros. Je lui ai fait boire un de mes philtre d’amour. Bien sur, je l’avais pas super bien dosé. Erreur de débutante, tu sais ce que c’est. Il est devenu raide dingue de moi au point de tout plaquer. Mais vraiment absolument tout : sa meuf, son boulot, ses amis. Il ne supportait pas d’être loin de moi plus de quelques minutes. Sur le coup, j’étais juste aux anges. On passait notre temps à baiser comme des dingues, et il bavait tellement sur moi que je te raconte pas comment il se pliait en quatre pour me faire partir au sept.

Je rougis à la mention de ces détails intime et blâmai mon cerveau pervers qui faisait son possible pour imaginer la jolie goth nue, dans toutes les positions du kamasutra. C’eut au moins le mérite de détourner mon attention de mes soucis, pour un court instant.

— J’imagine que ça s’est mal fini ?

Mélissa haussa les épaules.

— Question de point de vue. Quand il est devenu vraiment trop étouffant, et chiant au pieu…

Sa pause s’éternisa. Mon regard glissa vers le serveur en train de se baver dessus. Je réprimai un frisson.

— Tu lui a fait boire de ton philtre d’oubli ?

— Oh non. Je ne savais pas encore les faire, j’ai dû improviser. À la place, je j’ai concocté un autre philtre d’amour. Pas franchement mieux dosé que le premier, sauf que cette fois, j’en ai filé la moitié à mon ex-crush, et la moitié à une amie qui galérait à se trouver un mec. Je ne sais pas trop comment elle s’est démerdée, mais au lieu d’être la seule à en boire, ses colocs y ont toutes goûté. Autant te dire que chez elle, c’est devenu l’auberge espagnole du cul. Je sais pas comment mon ex fait pour trouver l’énergie de toutes les contenter, mais bon.

Elle m’adressa son sourire ambigu, impossible à déchiffrer. Elle venait peut-être de me balancer une serre complète de salades. Difficile à dire, surtout que je l’imaginais parfaitement capable d’un tel acte.

Un nouveau SMS clignota à sur mon smartphone. Un élan de curiosité malsaine m’y fit jeter un coup d’œil.

« Si tu crois que me baiser te donne tous les droits, tu te goures. J’ai dû te couvrir, alors tu me dois des explications. Si tu ne ramènes pas ton cul dans mon bureau immédiatement, inutile de revenir demain !!!!! – Natascha ».

Cinq points d’exclamation, rien que ça ? Avec quelques fautes en plus, et le tout rédigé en majuscules, elle serait digne de la section commentaires de Youtube. Comme pour enfoncer un peu plus le clou rouillé dans la plaie de mon existence, un second message flasha :

« Désolé de te harceler comme ça, j’ai l’impression d’être une ex-copine jalouse et je déteste cette impression, mais tout est en train de s’écrouler autour de moi. J’ai vraiment besoin ton aide pour mettre les choses au clair. Me lâche pas, je t’en prie - Sandra »

Nom d’un anus hémorroïdé ! Je ne pouvais plus repousser mes problèmes. Comme je devais de toute façon me rendre au taf pour enquêter, autant arracher le sparadrap d’un coup.

Youpi…

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