Niveau 9 – Player One

13 minutes de lecture

Je me retournai pour observer la femme désignée par Mélissa comme « la moitié de mon challenge ».

La grande brune qui s’installait à une des tables proches de la vitrine du petit bar ne me frappa pas immédiatement comme aussi brutalement jolie que Sandra ou ma patronne. Cela ne l’empêchait pas d’avoir un physique à faire tourner des têtes au point du torticolis, juste que son charme paraissait plus subtil, presque délicat. Ses longs cheveux noués en une multitude de tresses tombaient le long d’épaules à la chair bronzée. Elle portait une simple robe à fleurs dont le fin tissu s’écoulait le long de hanches magnifiquement dessinées.

Sans surprise, le cœur au-dessus de sa tête était plus vide que le crâne d’une victime d’invasion zombie.

— Ok, euh, donc, bafouillai-je sans quitter ma cible du regard. C’est elle hein ?

— Bravo capitaine évidence, dit Mélissa. Mais tu ne devrais peut-être pas la reluquer aussi ouvertement.

La barmaid m’observait, son visage illuminé d’un franc sourire. Me voir excité par son challenge l’amusait.

— Ah, oui, désolé. Et l’autre « cible », dis-je en mimant les apostrophes avec mes doigts.

— L’autre, comme tu dis, se prénomme Émilie. Elle va descendre la rue d’ici environ trente minutes pour se rendre à l’université. Marie ici présente. (Elle jeta un regard en direction de la grande brune.) Elle vient tous les jours dans le bar un peu avant.

— Tu ne m’avais pas dit qu’elles se détestaient ? Avec un timing pareil, c’est comme si elles cherchaient à se croiser.

— Exactement. C’est parce qu’elles se surveillent, en quelque sorte. Enfin surtout Marie.

— Qu’est-ce qui s’est passé entre elles pour qu’elles se détestent ?

— Le truc habituel, dit Mélissa dans un haussement d’épaules. Elles s’entendaient très bien pendant longtemps, ce n’est plus le cas, et elles ont du mal à lâcher l’affaire.

À la façon dont la jolie goth souligna le « très bien » d’un sourire des plus salace, je compris qu’il s’agissait d’une rupture douloureuse entre les deux. La jalousie expliquait parfaitement l’attitude de Marie. Comportement typique d’exs jalouses quoi. Du moins, je l’imaginai, basé sur mon étude assidue des séries télé romantiques, n’ayant jamais été que l’épaule pour pleurer des filles larguées.

Je réalisai alors qu’une évidence m’avait échappé jusque là. Je rougis comme un gros prude. Cela voulait dire que…

— Elles sont lesbiennes toutes les deux ?

— Tu as eu un prix de gros sur les évidences ? dit-elle, son sourire atténuant le mordant de sa pique.

— Non, c’est juste que, j’ai pas tellement envie d’aller contre l’orientation sexuelle, et si c’est le but de ton test…

— Oh, comme tu es mignon quand tu es naïf. Cela dit, maintenant que tu le mentionnes, ça serait un très bon moyen de connaitre la puissance réelle de ton Artefact. Tu devrais essayer un de ces quatre. Mais ce n’est pas ce que je cherche à vérifier. Rassure-toi, ces deux charmantes demoiselles jouent pour les deux équipes. Comme moi.

Oh bon sang. Déjà que Mélissa m’excitait, mais cette dernière remarque lui fit gagner plusieurs places dans mon échelle des fantasmes. Dommage que l’Interface ne fonctionnait pas sur elle. Je manquai de rire. Quel bel exemple de l’éternelle insatisfaction des êtres humains je faisais. J’avais à ma disposition une compétence qui me permettait de coucher avec quasi toutes les femmes que je désirai, et je me focalisai sur celles avec lesquelles cela ne fonctionnait pas. Très constructif. Bravo mon cerveau.

— Et sinon, elles sont célibataires ? demandai-je, le souvenir du fiasco avec Sandra encore frais dans ma tête. Elles n’ont pas un fiancé qui traine, ou je ne sais quelle surprise du genre ?

— Tu t’imposes beaucoup de limites dis moi. Tu as un Artefact maintenant, tu ne devrais plus penser autant en ces termes. Mais pour répondre à ta question, oui, elles sont toutes les deux célibataires.

Quelque peu rassuré, je refocalisai mon excitation sur la prénommée Marie. Elle passait commande au serveur. Celui-ci avait abandonné l’air ennuyé dont il m’avait gratifié, remplacé par le classique numéro du sourire Colgate. Un sale élan de machisme me donna encore plus envie de séduire la brune, juste sous son nez.

— Ton Artefact marche juste en regardant tes cibles à distance ? demanda Mélissa. Comme des phéromones ?

— Oh, euh, non, bafouillai-je. C’est juste que.

Je n’achevai pas ma phrase. Avouer que j’étais encore un peu intimidé par les jolies femmes, malgré la béquille de l’Interface et mes expériences plus qu’intimes avec plusieurs d’entre elles, paraissait ridicule. Si je voulais des réponses, il fallait que je prouve à Mélissa les capacités de mes lunettes. Et puis, maintenant que l’idée avait fait son chemin, je ne rechignais pas à découvrir les charmes secrets de la jolie Marie.

— Tu devrais t’y mettre alors. Émilie va débarquer vers 13h30 environ, et j’imagine que tu as besoin de temps pour préparer le terrain.

À la mention de la seconde cible, je demandai mentalement « Hé l’Interface ! Est-ce qu’il est possible d’afficher un timer de 30 minutes ? ». Aussitôt, une ligne de texte apparu en haut à droite, à la périphérie de ma vision : « 29mn59s ». Cool, conseiller en séduction ET chronomètre, la classe !

— Euh, oui, j’y vais, dis-je. (Une question purement logistique me crispa soudainement.) Euh… J’habite pas tout près et, hum, les toilettes, j’ai déjà don… enfin c’est pas franchement une super idée, surtout à plusieurs, et du coup, euh…

Mélissa me laissa galérer un peu avant de poser une clé sur la table :

— Tu peux emprunter ma chambre en haut du bar. On y accède par cette porte là-bas. (Elle pointa celle de laquelle je l’avais vu sortir, derrière le zinc.) C’est tout en haut d’un escalier, porte gauche. Oh, et avant que j’oublie, pense à les filmer en action, histoire que j’ai la preuve de ton pouvoir. Tu pourras garder la vidéo après pour ta culture personnelle. À moins que tu préfères que je vienne mater ?

Si ce n’était pour son grand sourire qui me fit comprendre que sa dernière proposition n’avait rien de sérieux, j’aurai presque été tenté de dire oui. L’idée de l’impressionner par mes prouesses de séduction avait quelque chose d’alléchant. Et puis, qui sait, elle aurait pu être tentée de participer plus activement.

« 29mn35s »

Je chassai cette idée aussi excitante qu’inaccessible pour me diriger vers ma cible. Mon timing était au moins aussi serré que les nœuds de mon estomac. Comment allai-je pousser deux exs en froid à coucher ensemble ? L’Interface se contentait de séduire, pas de contrôler contre la volonté. Bon, c’était déjà pas mal hein, mais ça imposait quelques limites. Je pouvais les draguer et coucher avec elles, l’une après l’autre, mais je doutai que l’argument « Comme elles ont toutes les deux touché le même pénis, c’est presque comme si elles avaient couchée ensemble ! J’ai bon ? », ne convaincs Mélissa.

À la pensée de la jolie goth, ses propos me revinrent en mémoire : « Quelqu’un d’excité est aussi bien plus manipulable ».

Mais oui !

Aussitôt, une ébauche de plan se mit en place dans ma tête, m’arrachant un sourire niais. Si je parvenais à mes fins, j’allais passer un moment encore plus agréable qu’avec Sandra et ma patronne. J’en frétillais d’avance du slip.

— Quoi que ce soit, dit Marie d’une voix dont la douceur atténuait à peine l’acidité de son ton. Je ne suis pas intéressée.

Perdu dans mon échafaudage de plans, j’étais arrivé à côté de sa table, mon air de pervers plaqué sur le visage. Merde, avec ses fins sourcils et ses yeux d’un noir profond surmontés de longs cils, elle était encore plus jolie de près. Son absence de maquillage soulignait la confiance qu’elle avait, et à raison, dans son charme naturel. L’air légèrement plus âgée que ma patronne, elle dégageait une aura de maturité sensuelle ravageuse pour l’espace libre dans mes sous-vêtements. Elle tenait à deux mains une tasse d’expresso qu’elle s’apprêtait à porter à ses lèvres superbement ourlées. Je vous laisse imaginer avec quoi ma cervelle remplaça ce récipient. Vous connaissez le topo !

Avant que je bafouille une stupidité, l’Interface vola à ma rescousse, tel un super héros du cul. « Mode séduction – Activé ». L’angoisse me tenailla à l’idée que, comme pour Amélie, les réponses proposées soient toutes négatives.

A – Pourtant je connais un tour de magie génial. Je peux faire disparaitre ma bite dans votre slip. (-25)

B – Oh, euh, ok, d’accord, désolé de vous avoir dérangée. (+0)

C – Pour être parfaitement honnête, je voulais vous demander si je pouvais m'asseoir à votre table, hormis le fait que vous êtes très jolie, j'ai bien envie de passer du temps à discuter. (+3)

Ouf, mon Artefact fonctionnait encore, et, agréable surprise, Madame aimait l’approche directe ! Tant mieux, parce que, comme disait le philosophe Plutarque, les chemins les plus courts sont quand même vachement moins longs.

— Pour être parfaitement honnête, dis-je d’une voix presque assurée. Je voulais vous demander si je pouvais m'asseoir à votre table. Hormis le fait que vous êtes très jolie, j'ai bien envie de passer du temps à discuter.

Le cœur se remplit imperceptiblement. Elle avala une gorgée de son café avant d’inspirer. Sa respiration fit faire des choses merveilleuses à l’avant de sa robe à fleurs retenue par deux fines bretelles à ses épaules. Le tissu particulièrement fin glissait à chaque mouvement sur ses formes dissimulées, comme pour en dévoiler tous les contours. Le résultat longeait la frontière ténue entre pudeur et indécence, sans jamais la franchir.

Autant dire que j’eu autant de mal à déglutir qu’à retrouver le chemin de ses yeux.

— Vous êtes bien gentil, dit-elle dubitative. Mais je connais cette danse. Vous commencez par vouloir discuter et sous peu, vous me demanderez mon 06 comme les quinze autres types croisés dans la rue depuis ce matin et qui voulaient, je les cite, "me baiser".

Je vous ai déjà mentionné mon goût pour l’assurance et la fierté ? Ça n’avait pas changé. Mon entrejambe me le faisait payer. Pour ne rien arranger, mon étude assidue des mouvements de sa robe m’avait convaincu qu’elle ne portait aucun soutien-gorge. Savoir que seules deux petites bretelles se tenaient entre moi et la poitrine aux pointes fermes qui griffaient le tissu avait le don de me rendre fou. Bon sang ! Je ne pouvais pas rater une occasion aussi belle de tester… « Activation compétence suggestion », appelai-je.

« Suggestion – Niveau 1 : Acquis ».

Alors, comment ce truc fonctionnait exactement ? « Capacité suggestion », tentai-je mentalement. L’Interface afficha : « Envoyer suggestion – Timer 5s ». Je m’empressai de penser aussi fort que possible : < Cette robe est très désagréable contre ma peau, je meure d’envie de l’enlever pour me mettre enfin à l’aise. >

Un léger frisson saisit la belle brune. Elle reposa sa tasse, leva une main et aggripa sa bretelle gauche, prête à la faire glisser le long de son épaule. Je l’observai, incapable de respirer. L’instant sembla se figer dans l’ambre. Juste un tout petit effort de rien du tout. Elle pouvait le faire. Elle allait le faire. Devant tout le bar.

Marie cligna les yeux, et replaça sa main sur la table, l’air un peu confuse. Crotte ! Je notais donc, déçu, que « Suggestion » tenait effectivement plus du coup de pouce mental que de l’ordre direct. Il allait falloir feinter pour l’utiliser efficacement.

Pas grave, je repris le cours tout tracé de ma séduction :

A – Ah mais rassurez-vous, avec moi ça ne risque pas, je ne baise pas, je fais tendrement l’amour. (-35)

B – Vous croyez que je devrais leur faire un procès pour plagiat de mes techniques de drague ? (+5)

C – Parfait, ça augmente mes chances. S’il y a bien un truc que les comédies romantiques m’ont appris c’est que draguer à l’usure, il n’y a que ça de vrai. (-11)

— Vous croyez que je devrais leur faire un procès pour plagiat de mes techniques de drague.

Cette petite blague arracha un rire à la belle brune alors que le cœur s’emplissait doucement. Cela confirma mon impression que l’Interface augmentait artificiellement la réceptivité de mes cibles à mes répliques. Soit ça, soit j’avais la chance d’être tombé sur une femme aussi jolie qu’adepte d’humour foireux. Un combo aussi rare que précieux.

Rendu courageux par le bon fonctionnement de l’Interface, je décidai de m’assoir en face d’elle, sans qu’elle m’y ait conviée. Elle ne broncha pas, et si ce n’était pour l’impassibilité de ses lèvres réduites à une fine ligne, j’aurais presque pu croire que ce geste lui plaisait. Sachant qu’il ne venait pas d’un conseil de l’interface, j’en tirai une certaine fierté.

— Vous devriez vous sentir honteux d’avoir infligé cette méthode sur le monde, dit-elle sans se départir de son air pince-sans-rire.

Ce fut à mon tour de m’esclaffer de bon cœur. Pour ma part, je n’avais vraiment pas besoin de coups de pouce de l’Interface pour être adepte d’humour en mousse. La voir entrer dans mon jeu me grisait. Portée par une légère euphorie, et par la provocation de ses dénivelés à peine masqués par sa robe, je tentai < Je passerais bien une main contre mes seins, ils sont très sensibles aujourd’hui. >

Le sang battant mes tempes, j’attendis une réaction de Marie. Mais en dehors d’un froncement de sourcils, aucun mouvement de ses mains, même infime, ne récompensa ma tentative. Mince. Suggestion me semblait de plus en plus limité. À moins que l’intensité de ce pouvoir soit corrélée avec le niveau du cœur ? Ou qu’il se heurte aux réticences naturelles ? J’allais devoir pousser mes tests pour en être certain.

En attendant, je déroulai le script suggéré par l’Interface. J’enchainai blagues légères et questions plus sérieuses visant à montrer que mon intérêt pour sa personne n’était pas uniquement de surface. Oui, je sais, l’hypocrisie de la chose ne m’échappait pas.

J’appris ainsi qu’elle travaillait comme habilleuse dans un cabaret burlesque, qu’elle était récemment séparée – d’Émilie de toute évidence, bien qu’elle n’ai pas souhaité s’étendre sur le sujet qui semblait encore à vif – et qu’elle était passionnée de théâtre, une activité qu’elle pratiquait régulièrement. Autant dire qu’elle et moi, en plus de ne pas être de la même ligue, n’étions même pas de la même planète. Cela rendait sa séduction aussi miraculeuse qu’excitante.

Comme prévu, son cœur se remplissait avec l’inéluctabilité de la pluie en Bretagne.

En cours de séduction, je décidai de mettre à nouveau à l’épreuve les capacités pour l’instant décevantes de la compétence suggestion. Cette fois, j’envoyais dans les pensées de Marie une idée très simple qui ne risquait pas de se prendre le mur de ses réticences : < Ma tempe me gratte. >. Après un infime frémissement, elle porta un de ses ongles parfaitement manucurés sur le côté de son crâne, et le frotta doucement.

Bingo ! Le règne de Lord Gratteur de Nez pouvait commencer ! Mouhahahahaha !

Lorsque son cœur fût quasiment entièrement rempli, le chronomètre affichait « 12mn57s ». La belle Marie touillait le fond de son café d’un air rêveur en me lançant des regards très appuyés, sa lèvre inférieure mordillée sensuellement. Je ne résistais pas à un « Lecture de pensées ».

Sa voix douce baigna mon esprit « Qu’est-ce qu’il me fait envie. Mais je suis connue dans ce bar. Si on me voit, avec un homme en plus… Je ne devrais pas... »

— Comme tu as été honnête, dit-elle, je vais l’être aussi. Tu me plais. Beaucoup. Mais, tu tombes vraiment à un mauvais moment. Qu’est-ce que tu dirais de… remettre cela à une autre fois, dans de meilleures conditions ?

A – Et qui va s’occuper de mon érection maintenant ? Tu y as pensé à ça ? (-25)

B – Avec plaisir, voici mon numéro, si tu veux qu'on se revoie. (PAUSE)

C – J'aurais vraiment aimé, malheureusement je ne suis que de passage. J'ai bien peur de passer à côté de quelque chose avec toi, mais je vais devoir retournez chez moi et à mes obligations. (MAX)

Première fois que je voyais l’option pause. Mais malheureusement pour les réticences de Marie, elle se tenait entre mes désirs, et les réponses de Mélissa. Je prononçais donc la réplique qui scellait son sort.

« Sexe Mode – Activé ».

— Oh et puis zut, dit-elle. Tu as raison, on ne vit qu’une fois.

Ok, ok, pas de panique ! Le moment de mon plan que je redoutai, et désirai tout à la fois arrivait. En un peu moins de 12 minutes, j’allai devoir mettre Marie « en condition », avant d’aller séduire aussi vite que possible son ex. La jauge rose au-dessus de sa tête n’était remplie qu’à 5%. Son excitation paraissait encore un peu fragile. Cela ne m’arrangeait pas.

— Vient, dit-elle en agrippant ma main par-dessus la table pour me tirer sans délicatesse, son désir particulièrement apparent à travers le tissu de sa robe. Ca e sera pas très glamour, mais…

— Attends ! dis-je.

Elle me fusilla du regard, l’air vexée. La jauge « Humiliation » clignota en rouge et celle de son plaisir tomba à 3%. Elle n’appréciait clairement pas les refus. Je devais prendre garde à ménager sa susceptibilité.

— Je croyais que… je te plaisais, dit-elle.

— Oui, c’est juste que j’ai une chambre à l’étage. (Je posai la clé confiée par Mélissa sur la table devant elle.) On y sera plus a l’aise.

Elle retrouva son sourire, puis ses yeux s’écarquillèrent, et son expression s’assombrit.

— Je croyais que tu n’étais pas du coin. Comment ça se fait que tu aies une chambre dans ce bar ?

La jauge plongea à 1%. Saleté de petit détail ! J’allai sortir du mode sexe avant même de l’avoir exploré.

— C’est la chambre d’une amie, improvisai-je. Elle me la prête quand je suis de passage.

« Suggestion », beuglai-je. Je projetai mentalement aussi fort que possible < Son explication a du sens, je ne vois pas pourquoi je m’inquiète comme ça. > en espérant que les effets de cette pensée fonctionneraient mieux que mes précédents essais.

La mâchoire serrée, j’observai les traits de Marie. Elle se détendit d’un coup et me sourit. La jauge remonta à 5%. Yes !

— Dans ce cas, je te suis.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Défi
Blackbutterfly207
Réponse au défi "Le Charme Des Larmes".
Chérissez les larmes,
Elles ne sont pas des armes...
Ne jouons pas avec la tristesse
Au risque de flétrir notre délicatesse.
6
12
0
1
POLIX Polix

Du grain de sel au grain de sable
                  
01 – La plage.
Il y a tellement longtemps que je n'ai pas pêché dans cette petite anse du massif de l'Estérel.
Pour être perdue, cette petite plage, elle est perdue, discrète et difficile d'accès.
Ce n'est pas la plage propre qu'on aménage pour les touristes. Elle est encombrée de bois flottés, de vieilles tongs dépareillées, de bouteilles en plastique, de débris de filets de pêche, d'algues qui fermentent en se décomposant dans une odeur de pourri salé, en bref, un vrai désastre écologique.
Je suis là, dans ce petit vent froid et salé, sur une langue de rochers, au cœur des bruits répétitifs des petites vagues qui viennent mourir sur le sable ou s'écraser sur les rochers. Il y a aussi le son incongru de l'air poussé et compressé par la mer dans une petite grotte sous-marine qui souffle un râle surnaturel.
Je suis seul devant l'immensité de la mer et du ciel, une canne palangrotte à la main qui s'immerge dans un trou d'une dizaine de mètres sous les rochers. Mes sens sont aux aguets en attente d'une touche, prêts à réagir immédiatement pour ferrer.
Cela ne pite pas beaucoup, comme on dit ici, il n'y a pas de touche franche.
Je surveille de temps en temps l'accès à la plage, j'ai un rendez-vous avec un gros poisson de la pègre. Il veut me consulter pour avoir mon avis, et sûrement me proposer un coup.
J'ai toujours travaillé seul, discrètement, je ne sais pas comment ni pourquoi, il a besoin de moi.
Je n'ai fait que deux gros coups dans ma vie, ce qui me permet de vivre tranquillement, discrètement, sans flamber, je travaille de temps en temps, en tant qu'artisan électricien pour donner le change et être couvert socialement. Je choisis des chantiers faciles parce que je commence à devenir vieux.
Ah, une touche ! Je ferre. Je sens au bout de la ligne le poids d'un poisson qui se défend, il a l'air beau et lourd. C'est un beau sar qui sort de l'eau. Je tourne la tête, un homme descend vers la plage, avec une canne et un seau à la main. C'est peut-être mon rendez-vous qui arrive.
Il me regarde, porte son index droit sur la bouche en signe de silence. Il s'installe à l'opposé de l'endroit où je suis. Il sort un petit carnet vert et écrit quelque chose dessus. Il se déshabille, se met en slip de bain, puis met ses vêtements en boule. Il vient vers moi après avoir déchiré une feuille du carnet vert. Il refait le signe de silence et me tend le papier. Il retourne à sa place, déplie sa canne à pêche, accroche son bas de ligne et appâte l'hameçon. Je suis interloqué. Je finis par lire son mot. « Mettez-vous en slip, je suis sous écoute, faite comme si vous l'étiez aussi. Rendez-vous loin des portables contre la falaise. Merci »
Il fait froid, je vais attraper la crève avec ses conneries. Il doit se cailler aussi. Je me presse de me déshabiller et de filer au lieu-dit.
Dans quelle merde, je me mets ?
C'est un violent ce type, il faut s'en méfier, obéir et respecter ce monsieur, j’y suis obligé.
Je vais essayer de refuser poliment ses propositions.
Il me rejoint sans sourire après avoir fouillé dans son seau. C'est un petit homme maigrelet et chauve. Il doit être très intelligent et violent pour être un chef de la pègre. Il doit avoir des appuis pour savoir qu'il est sur écoute.

— bonjour Astri,
— bonjour Monsieur.
— appelle-moi Eugène, faisons vite, je me pèle.
— oui Eugène.
— je vais monter un coup, j'ai besoin d'un bon électricien pour le préparer et agir. Plus qu'un électricien, un électronicien et un bricoleur de génie. Tu ne risques rien dans ce coup, si tu ne laisses pas de trace. Tu n'es jamais tombé, tu n'es pas répertorié pour sur ADN, ni sur tes empreintes. C'est ta force, et notre force.
Tu auras les plans et instructions dans une boîte aux lettres. Tiens voilà la clef, l'adresse est sur l'étiquette.
— je touche combien ?
Si ça réussit, tu auras un demi-million d'euros, sinon rien.
— pourquoi m'avoir choisi ? Comment savez-vous que j'ai fait un coup ?
— c'est mon secret, et tu as fait deux coups. Tu vois, tu ne me balades pas, je suis bien renseigné.
— je veux bien étudier la faisabilité. Je donnerais ma réponse après. Ne me dites pas où ça se passe. Je ne veux rien savoir.
— c'était prévu. On communiquera que par courrier, à l'ancienne, une enveloppe, un timbre, l'adresse du nom écrit sur la boîte aux lettres. Ce sera toujours la même boîte aux lettres.
— ok, Eugène.
—le courrier doit se relever le lundi à 5 heures du matin. Les flics dorment ou sont repérables à cette heure. J'ai confiance, tu n'es jamais tombé parce que tu es prudent, discret, très méfiant. Et ça me plaît.
—combien de gens seront au courant de mon existence.
—personne, si on se débrouille bien, il n'y aura que moi. Ce sera mon dernier coup.
—ok, Eugène. Le demi-million sera payé comment ?

Eugène me regarde, se met à ricaner, me tape sur l'épaule.
—l'argent est déjà dans un paradis fiscal. Tu auras un compte informatique et tu auras des bitcoins. Tu les vendras pour les transférer sur un compte à toi.
C'est là que tu peux te faire coincer. À toi de bien jouer.
Bon, je te laisse, j'attrape la crève à poil. Ciao Astri. Ne perds pas la clef, passe lundi à la boîte aux lettres à 5 heures. Soit rigoureux, et pas de téléphone pour aller à la boîte.
—ciao Eugène, merci. Je te tiens au courant. Je jouerai serré.

Eugène va se rhabiller et continue sa pêche. Je fais de même de mon côté en rangeant bien la clef de la boîte aux lettres. Je me repasse la conversation, pour ne pas oublier un détail.
Il ne s'appelle pas Eugène cet animal, je ne dois même pas penser à son vrai nom, pour ne jamais me couper plus tard, on ne sait jamais. Il faut que je me renseigne pour ces bitcoins, j'y comprends rien à ce truc, j'ai lu quelque part, que la pègre s'en servait pour blanchir de l'argent ou pour transférer des fonds sans trace.

Bien, je vais laisser venir, et savoir ce qu'il veut que je bricole en électricité. Que puis-je faire de miraculeux en électricité, en électronique ou en bricolage ? Pas aller au compteur et le couper bêtement pour un demi-million d'euros. Non, il y a un truc. C'est quoi l'embrouille ?.
Tient, ça pite, hop ! Une girelle sort de l'eau. Dommage, il fait trop froid, il n'y a pas de daurade au bord. C'est une jouissance à pêcher cette bête, quand on la ramène, il semble au pêcheur, qu'il remonte un fer à repasser.
Je ne pêche pas souvent, alors que c'est bien sympa. Dommage que cette plage soit si sale, et ce souffle de cette grotte finit par lasser et irriter. J'en ai marre, je vais rentrer, je n'ai même pas acheté à manger pour pique-niquer ici.
Mais avant je vais tester ma nouvelle trouvaille, mon invention. Je prends mon téléphone, je compose un numéro, j'attends de passer sur la messagerie, et je raccroche. Normalement dans les cinq minutes, un autre téléphone va me rappeler, me dire des phrases enregistrées, je vais répondre et dire tout haut que j'arrive de suite.
ÇA devrait bien marcher, je teste ce mécanisme depuis une semaine.
Je laisse mon téléphone sur la boîte de pêche, je relance ma ligne. Il suffit d'attendre 5 minutes et je pourrais partir avec une excuse valable.
Voilà ça sonne, c'est bien le numéro de mon téléphone robot. Je parle fort pour que monsieur Eugène entende. Je raccroche et je range ma canne et je m'en vais, sans un regard au soit-disant Eugène.
C'est beau le massif de l'Estérel, en couleur chaude, en végétation, en odeurs, en silence. C'est sauvage, grandiose, beau comme un premier matin du monde.
Je roule doucement pour rentrer chez moi, j'ai faim, mais je prends mon temps pour réfléchir. Je n'ai pas pu dire non, quand il m'a parlé du demi-million d'euro. Ma cupidité a été la plus forte.
Devenir demi-millionnaire en Euro, je n'y avais jamais pensé. J'étais multimillionnaire en francs. Mais, depuis les euros, j'ai perdu le titre de millionnaire. Bon, on va voir et peser la faisabilité de ce coup, ne nous emballons pas.
Trouver une affaire, c'est toujours un coup de chance, ou de hasard. Là, ça me tombe du ciel sans raison. Comment a-t-il su pour mes anciens coups ?
Je ne vois qu'une fuite de la banque, j'ai toujours travaillé en solitaire, la seule faiblesse, c'est de blanchir l'argent pour le remettre dans le circuit légal. C'est incompréhensible qu'il soit au courant.
Je vais rentrer, cuire et déguster mon sar. Il y a longtemps que je n'en ai pas mangé. Celui-là, je sais d'où il sort. Même s'il n'y aura pas grand-chose à manger, le plaisir de la pêche doit finir devant une assiette pour la récompense.
Dans un plat allant au four, un peu d'huile d'olive et des tranches fines de tomates au fond, on met dessus le sar vidé truffé de basilic, on décore de tranches de citron, on verse un grand verre de vin blanc au fond du plat. On arrose le poisson d'un filet d'huile d'olive et hop ! 25 à 30 minutes à four chaud.
Je n'ai pas de vin blanc, ni de belles tomates, ni de citrons non traités. Il faut que je m'arrête en route.
La girelle sera pour le chat.
Mais à quelle heure ça va me faire manger tout ça ?

Au fait, lundi, c'est dans cinq jours, cinq jours de vacances avant les emmerdes. Profite de ces cinq jours Astri… Profite !
Je n'ai aucune idée de ce qui m'attend, ma cupidité va me mettre dans de sales draps, mais un demi-million d'euros cela ne se refuse pas.
Jamais deux coups sans trois, l'adage se vérifie.
Putain, ça me rajeunit, et ça me donne un coup de jeune cette affaire.
 
1
0
0
104

Vous aimez lire Ben Clover ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0