Vérités - Février 2017

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Installés dans le restaurant, Ludovick regardait son amie avec un air triste. Il ne trouvait pas les mots pour la réconforter. En fait, il ne savait pas grand-chose sur tout ce qui s’était passé. Pourquoi elle était maintenant chez lui. À plusieurs reprises, il s’était dit qu’il allait lui poser la question, mais il n’avait jamais eu le courage. Il avait l’impression que si elle lui racontait tout ce qui s’était passé, la seule envie qu’il aurait, ce serait d’aller à l’appartement où résidait sa chère amie et son ex-copain plus particulièrement et de le prendre par le collet, de le taper et de l’insulter.

Mais ce n’est pas très gentil tout ça. Ludovick se disait que si elle voulait lui en parler, elle finirait par trouver les mots et elle allait le faire par elle-même, sans qu’il le force. Elle lui parlerait une fois qu’elle serait prête. Il se commanda donc des gaufres qui venait avec une tonne de fruits frais en plus d’un café noir. « Noir comme son âme », aimait bien dire Mélodie pour le taquiner.

Cette fois-ci elle ne fit pas la remarque. Elle commanda, quant à elle, des crêpes aux pépites de chocolat qu’elle accompagna de fraises. Ludo se permit de lui faire un petit extra, en lui commandant un thé, alors qu’elle était déjà de retour dans ses rêveries, admirant depuis la fenêtre les passants aller et venir, le tout accompagné d’un soupir particulièrement déprimé.Il ne savait pas par quoi commencer. Quoi lui raconter. Il voulait la voir sourire, ça le tuait de la voir ainsi. Ça le frustrait également. Comment cet idiot avait pu lui faire autant de mal !? Oui, c’était un idiot, il n’avait pas vu quelle chance qu’il avait d’avoir une aussi jolie demoiselle, remplie de joie et de spontanéité.

De toute façon, depuis que Mélodie sortait avec lui, il le détestait. Il savait pourquoi, mais il n’en avait jamais parlé à son amie. Elle semblait si heureuse avec. Il n’avait pas eu de choix de faire comme si tout allait bien, même si, dans leur dos, Ludovick maudissait cet amour. Mélodie finit par regarder son ami. Un regard triste. Il n’avait pas souvenir de l’avoir vu aussi triste depuis longtemps. La dernière fois cela devait remonter au décès de sa grand-mère, il y a quelques années de cela.

  • Il aime une autre fille…

Voilà. Elle avait enfin ouvert la bouche. Voilà pourquoi tout allait de travers. Il en aimait une autre. Un premier pas de franchit. Le plus difficile. Il voyait bien qu’elle allait pleurer, ses yeux étaient déjà rouges. Elle faisait un immense effort pour rester calme, mais c’était particulièrement difficile. Il lui prit la main. Pour lui dire qu’il était présent pour elle. Il avait toujours été présent pour elle.

  • Il veut une « relation ouverte ». C’est ce qu’il a dit...

Un deuxième pas. Lui aussi était difficile à faire. C’était douloureux pour la demoiselle d’avouer une certaine défaite. Elle qui avait été si fière de son copain, qui l’avait tant aimé, avec beaucoup de passion. Un coup de foudre, qu’elle aimait dire lorsqu’on lui demandait comment ils se sont rencontrés. Des larmes perlaient maintenant ses joues. Elle lui faisait pitié.D’un autre côté, il était nécessaire qu’elle le lui raconte, sinon elle aurait encore l’impression que tout cela n’est qu’un rêve, que cela ne s’est jamais réellement passé.

  • Il a dit qu’il était « polyamoureux ». Il veut voir autant l’autre fille que moi… Que… Il a dit que ça lui ne dérangeait pas si je voulais voir d’autres garçons.

Un nouveau silence. Mélodie détournait le regard. Elle ne savait pas quoi regarder, que faire. Elle voulait de nouveau se cacher. Peut-être qu’ils auraient tout simplement du en parler une fois de retour chez Ludovick. Mais elle n’en pouvait plus. Elle cherchait désespérément une solution, mais n’en trouvait aucune. Raconter tout cela à son ami, lui donnait une mince lueur d’espoir qui lui permettrait de trouver une solution, de savoir ce qu’elle pourrait faire.

  • Mais il n’a pas compris que je voulais seulement être avec lui. Que les autres garçons… Je ne les aime pas autant que… que lui.

Ludo n’apprécia pas les paroles de son amie. Savoir qu’elle aimait se trou-du-cul plus qu’elle ne l’aimait, c’était frustrant. Parce que lui, il l’aimait. Beaucoup. Il l’aimait encore plus qu’elle ne pouvait l’imaginer. Ludo avait toujours rêvé d’être plus que son meilleur ami. Mais depuis que Mélodie était en couple, il avait un peu abandonné l’idée. Et cette idée mourrait aujourd’hui avec le cœur brisé de son amie qui n’arrivait pas à l’idée que son compagnon de vie puisse voir une autre femme. Rêve que Ludo caressait également. Le coup était difficile à prendre, à encaisser. Il désenchantait bien rapidement. Il continuait de ne rien dire. Il ne pouvait pas ajouter quelque chose, c’était impossible, pas pour le moment. Elle devait continuer sa réflexion par elle-même. C’est ce qu’elle fit après un petit silence.

  • En plus… Ces derniers temps, il passait beaucoup de temps avec elle. Parce qu’ils étudiaient ensemble, parce qu’ils gamaient ensemble. Et moi, je restai à l’appart’ comme une cruche, à l’attendre avec impatience parce qu’il me manquait. Je suis vraiment stupide. Complètement stupide. Je les déteste. Je suis vraiment bête. Une parfaite imbécile. J’aurais dû m’en douter. Qu’est-ce qui me dit qu’ils n’ont pas déjà couchés ensemble ? Qu’est-ce qui me dit qu’ils ne se sont pas déjà embrassés ? Peut-être qu’il m’a caché pleins de choses… Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?

Mélodie avait finalement relevé la tête en direction de son ami. À ce même moment, leurs repas faisaient leur apparition sur la table, les obligeant à se lâcher. Elle méritait un gros câlin, la pauvre. Elle n’avait rien fait. Elle avait fait de son mieux, mais son ex-copain, était l’idiot dans toute cette histoire et cette deuxième fille… Enfin, selon Mélodie. Ludo ne savait pas trop quoi en penser. Il pensait un peu comme son ex-copain. Il savait qu’une relation à plusieurs pourraient fonctionner, à condition d’avoir les bonnes personnes qui soient au courant et qui apprécient ce style de vie.Ce qui n’était pas le cas de Mélodie, malheureusement pour Ludovick.En même temps, Ludovick se disait que pour que la relation de sa meilleure amie soit aussi puissante, dévastatrice, celui qui est maintenant son ex-copain n’a pas dû lui dire de la façon la plus plaisante. Non mais ce n’est pas quelque chose que l’on dit comme ça, banalement, c’est quelque chose qu’il faut quand même prendre avec des pincettes.D’autant plus lorsqu’on parle à Mélodie. Elle est quand même assez sensible. Du moins, selon Ludo. Elle entama son repas tranquillement. Elle réfléchissait. Ça se voyait à ses sourcils froncés, son regard concentré sur de simples crêpes.Après un long moment de silence l’où on entendait seulement les conversations des tables voisines ainsi que les bruits d’ustensiles, Mélodie ouvrit de nouveau la bouche.Mais pour parler cette fois.

  • Ludo… Je ne sais pas quoi faire… Je ne veux pas rester à l’appart. Je ne peux pas rester à l’appart, je ne supporterai pas.

Un nouveau silence. Mélodie n’avait pas trop faim, elle jouait avec ses crêpes. Tous ses soucis lui coupaient l’appétit. Elle prit un morceau de melon qui venait dans l’assiette, le porta à sa bouche, profitant pour en prendre un petit morceau. Un petit morceau, pratiquement dédaigneux alors que c’était l’un de ses fruits préférés.Ludovick, quant à lui, mangeait, mais plus lentement qu’à l’habitude. Les soucis de son amie lui empêchaient de se goinfrer sur le plat qu’il a en face de lui.

  • Mmmh… réfléchit Ludo à voix haute, la bouche pleine.

Il fallait seulement trouver une idée. Une idée toute simple, tellement idiote, parce que Mélodie, habituellement la plus intelligente des deux, n’y avait pas penser. Ou peut-être qu’elle y avait pensé, mais qu’elle ne lui avait pas dit à son meilleur ami. Parce que peut-être qu’elle avait un peu peur de ce qu’il pourrait dire. Il avait cette idée. C’était ridiculement trop facile.Il regarda son ami, avec un grand sourire. L’un de ses sourires rassurants. Il aurait dû lui faire beaucoup plus de ces sourires depuis qu’elle était avec elle. Peut-être que cela l’aurait encore plus rassurée. Peut-être qu’elle irait un peu plus mieux. Tout ce que Ludovick voulait, c’était de rendre son amie heureuse. Et il n’y parvenait pas vraiment en ce moment…Seulement s’il lui offrait cette solution. Peut-être qu’il y aurait un peu d’espoir avec cela…

  • Je sais ce que tu vas faire. Éventuellement, nous allons chercher tes vêtements chez lui et tu vas rester chez moi pendant un bon moment. Si tu veux rester jusqu’à la fin de ta session, tu as amplement le droit. Je t’héberge aussi longtemps que tu le souhaites à condition que tu me fasses à manger. J’ai un assez grand lit pour nous deux et bon, de toute façon, je travaille de nuit, je ne devrais pas trop te déranger. Et quand tu auras un peu de temps libre, nous retournerons à l’appartement, on fera des boîtes et tu pourras ramener ça chez tes parents. Je suis certain qu’ils seront d’accord. Ils t’aiment assez pour bien vouloir t’héberger de nouveau. Et puis s’ils ne veulent pas je demanderais à mes parents, eux aussi, je suis certain qu’ils accepteront, ils t’aiment beaucoup trop. Je suis presque certain qu’ils t’aiment plus que moi!

Mélodie échappa sa fourchette. Elle tomba dans l’assiette. Ce fit un bruit sourd. Comme si le temps venait de s’arrêter pour la demoiselle. Impossible. Elle le regardait avec des grands yeux, pratiquement ahurie. Non.Impossible.Il ne pouvait pas faire ça. C’était beaucoup trop. C’est spontanément qu’elle lui répondit :

  • Mais Ludo! Je ne peux pas accepter…Je vais te déranger et tout ça! Je…
  • Chut.

Mélodie regarda de nouveau Ludovick avec de grands yeux. Non. Mais quoi. Il venait de lui dire « chut » !? Avait-elle vraiment bien entendu ce qu’il venait de dire ? Oui, il venait vraiment de lui dire « chut ». Non avec quels doits pouvait-il se permettre une telle chose !? Quelle impolitesse !La demoiselle ouvrit la bouche pour lui dire sa façon de penser, rattrapant sa fourchette au passage. Mais son ami fut un peu plus rapide qu’elle.

  • Pour une fois, c’est toi qui va m’écouter, Mélodie Laberge. Si tu refuses. Non En fait, tu n’as pas le droit de refuser. Je le fais parce que j’en ai envie et tous tes « non mais je ne veux pas te déranger » et tout ça, ne tiennent pas. Je sais que, jamais. Mais jamais tu ne vas me déranger. Du coup, tu vas m’écouter et faire ce que je viens de te dire. Et tu sais quoi ? Faire tout cela va me faire grandement plaisir. Alors, s’il te plaît, accepte ce cadeau, pour toute la nourriture que tu as pu me faire.

Avait-elle vraiment le choix ? Mélodie était certaine qu’elle ne voulait pas retourner dormir dans cet appartement. Elle ne pouvait plus. Déjà, juste l’idée de penser à celui qui était aujourd’hui son ex-copain, ça l’angoissait. Elle ne pourrait pas y rester. Dormir chez Ludo était une option très intéressante, sachant qu’il habitait près d’une station de métro et donc, ce ne serait pas trop mal pour aller au travail où encore à l’école, les deux étant près de l’un et de l’autre. C’était faisable.Du coup, Mélodie ne savait plus trop quoi faire. Devait-elle pleurer de joie, rire ? Elle ne savait pas trop. Elle se leva. Comme ça. Ludovick pourrait penser que c’était pour une raison quelconque, mais en vérité, c’est qu’elle se levait pour lui faire un immense câlin. Elle pleurait encore un peu. Mais de soulagement cette fois.Du soulagement. Un sentiment qu’elle ressentait pour la première fois depuis qu’elle était partie. Elle le serrait fort. Ludo était plutôt content de son effet. Il la serrait doucement. Profitant de ce câlin. Elle l’avait manqué. Ses câlins, son odeur lui avait manqué. C’était peut-être mesquin, mais il était heureux de tout ce qui lui arrivait, comme ça il pouvait un peu « profiter » de son amie qui s’était éloignée, bien malgré elle.

  • Souris un peu ma belle, je sais que c’est difficile, mais dis-toi qu’il n’est pas fait pour toi et que tu vas pouvoir mener une nouvelle vie! Maintenant mangeons, parce que sinon, ça va être super froid.

Mélodie ne bougea pas vraiment, en fait, ce fut Ludo qui la repoussa légèrement. C’est avec un petit sourire que Mélodie finit par se rasseoir. Finalement, ça allait s’arranger. Elle avait un bon ami pour régler ses problèmes.

  • Merci Ludo.

Pour la première fois depuis les dernières heures, Mélodie fit un sourire sincère à son cher ami, rempli d’un espoir que tout allait pouvoir se régler facilement et qu’il y avait que des jours meilleurs qui pouvait l’attendre. Parce que l’autre n’était pas assez bien pour lui. Et finalement, ça la rassurait de savoir qu’elle serait avec Ludo. Ludo était une valeur sûre. Une personne de confiance, une personne sur qui elle pouvait compter. Et avec cela, elle se sentait plus légère et confiance quant aux prochains jours.

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