Rencontre - Septembre 2008

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DRIIIIIING !

La cloche sonna enfin l’heure du dîner. Enfin. Mélodie n’en pouvait plus. Elle mourrait de faim. Il était long d’attendre jusqu'à midi pour enfin aller retrouver ses amies à la cafétéria et pour manger l’excellent sandwich que sa mère lui avait préparé en plus des petits « à côté ». Mélodie salivait déjà à l’idée de manger tous ces bons trucs qui l’attendaient dans sa boîte à lunch.

Pour le moment, les élèves se bousculaient. Ça faisait deux minutes que les élèves patientait nerveusement auprès de la porte de leur classe, afin de courir en direction de la cafétéria. Ils étaient comme des chevaux qui trépignaient dans les enclos, surexcités et déterminés à arriver les premiers vers la nourriture qu’offrait l’école. C’était sans pitié. Ça se bousculait seulement pour avoir un repas le plutôt possible.

C’est pour cela que Mélodie apportait son lunch. Et c’est pour ça qu’elle laissa le troupeau d’élèves se précipiter en premier, préférant prendre le temps de descendre les escaliers menant au rez-de-chaussée de l’établissement. De toute façon, elle mangeait avec les mêmes personnes depuis l’an dernier. Un groupe de cinq filles. Elle s’était liée d’amitié avec ces demoiselles un peu par hasard, seulement parce que l’une d’entre-elle lisait une série de livres qu’elle avait adoré et qu’elle avait commencé durant l’été. Le groupe s’était donc formé d’amies, d’amies qui partageaient plus ou moins les mêmes classes et qui partageaient le même intérêt pour la littérature.

Au lieu d’aller directement à la cafétéria où tout le monde l’attendait, Mélodie s’arrêta d’abord à son casier dans laquelle elle prit sa boîte à lunch après avoir mis dans son sac les livres nécessaires pour ses cours de l’après-midi. Rien de très stressant, un cours de français et un cours d’histoire. Le planning lui plaisait bien.

Tranquillement, l'adolescente se dirigea vers le milieu de la cafétéria, à l'endroit où ses amies s'asseyaient toujours à la même table. La première moitié de cette dernière était réservées aux demoiselles alors que ce qu'il en restait appartenait à un groupe de garçon un peu plus vieux qu'elles. Aucune des filles ne connaissaient ces garçons et parce qu’ils semblaient tous grands, elles en avaient déduit qu’ils étaient plus âgés. Cependant, elles ne leurs avaient jamais vraiment adressé la parole, comme si les deux groupes se boudaient mutuellement même si, en réalité, ils n’avaient juste jamais pris la peine de le faire.

Les amies de Mélodie lui avaient laissé une place, la place du dernier arrivé, celle qui se trouvait à côté des garçons. Celle où l'on est un peu loin de tout le monde, celle qu’aucune fille ne voulait. Mélodie, ça la dérangeait plus ou moins, à vrai dire. C’est juste un peu ennuyant parce qu’on entend clairement la conversation des garçons aussi fort que celle des filles. C’est un peu trop bruyant et mélangeant.

Mais peu importe, l’adolescente n’avait pas trop le choix.

Mélodie fit un bref sourire au garçon assis en face d’elle, par politesse, bien qu’il ne la regardât pratiquement pas, ses amis lui disaient déjà des bêtises.

Mélodie sortit son repas, mais ne mangeait pas pour le moment. Elle écoutait ce que ses amies racontaient. Elles parlaient beaucoup, tout le temps. Les conversations allaient de bon train.

À l'extrémité de la table, Audrey conversait avec beaucoup d’enthousiasme et un énorme sourire avec Maryse. Elle lui racontait, du moins, c’est ce que Mélodie en comprenait d’où elle était, qu’elle avait encore repris avec son amoureux. Durant l’été, ils avaient dû se laisser au moins trois ou quatre fois, provoquant l’exaspération de Mélodie, ainsi que de ses autres amies.

Mélodie pensait qu’Audrey sortait avec ce garçon uniquement parce qu’il était plus âgé qu’elle, de deux ans. Au moins, il ne venait pas à leur école secondaire. Maryse était très intéressée par les propos de son amie assise en face. Elle voulait connaître absolument TOUS les détails.

Trop de détails selon Mélodie qui délaissa cette conversation pour prêter attention à ses deux autres amies. En fait, de ce côté-là, c’était plutôt silencieuse. Frédérique faisait des yeux doux à son livre qu’elle venait d’entamer durant l’un de ses cours. Elle était bien décidée à manger rapidement, afin de filer tout droit vers la bibliothèque. Caroline elle se levait pour aller faire chauffer son repas. Il y avait un peu moins de personnes devant les micro-ondes, du coup, elle s’excusa et parti dans la foule afin d’attendre son tour pour manger chaud. Un midi comme les autres, en somme.

Mélodie s’ennuyait de la sixième fille qui ne venait plus manger, Noémie. Avec elle, Mélodie avait des conversations interminables! Elles pouvaient délirer pendant de longs moments sur n'importe quel sujet. Mais maintenant, elle dîne avec d’autres filles. Parce que Noémie et Frédérique ne s'entendaient plus trop bien. Noémie se sentait un peu à part, ce qui avait rendue Mélodie plutôt triste. La jeune rousse avait décidé, quant à elle, de rester avec les autres, sans raison particulière. Elles sont toutes gentilles… Mais ce n’est pas la même chose sans Noémie.

Les conversations n’étant pas ce qu’il y avait de plus intéressant ce midi, Mélodie prit son plat de légume afin d’y manger ses carottes. Aujourd’hui, c’était la table des garçons qui attirait son attention.

  • Tiens le piaf ! Voilà quelques miettes pour toi !

Un garçon lança des morceaux de pain en direction de celui qui était assis en face d’elle. La demoiselle fronça les sourcils. Les garçons sont vraiment méchants par moment. Il n’y avait pas de raison pour laquelle il avait à l’appeler « le piaf ». Ce n’était pas très gentil de lui lancer des miettes en plus de cela ! Le pire dans tout cela, c’est que tous les autres garçons riaient. Ils trouvaient ça tellement drôle ! Alors que l’autre avait une mine un peu dépitée.

  • Non, ça va merci bien, mec. Je n’ai pas faim…
  • Tiens d’autres miettes pour toi !
  • Espèce de menteur! Habituellement tu es un vrai goinfre !
  • On sait que tu aimes manger!

Ils rigolaient de nouveau et lui lancèrent des morceaux de pain. S’ils n’étaient pas tous aussi imposants, Mélodie leur aurait bien dit sa façon de penser.

En dépit de cela, Mélodie ouvrit son plat contenant son sandwich. La demoiselle souriait, sa maman l’avait une fois de plus coupé en quatre. Elle fait toujours cela. Sur le couvercle, Mélodie déposa la moitié de son sandwich ainsi que la moitié de ses légumes, des morceaux de fromage et sa pomme.

Les garçons avaient déjà changé de conversation, ne se souciant plus du tout de leur ami qui n’avait rien à manger. Mélodie trouvait cela complètement injuste que l’on n’essaie pas de l’aider à se trouver de la nourriture, au lieu de ça, ils se moquaient.

  • Eum… Excuse-moi… C’est quoi ton nom ?
  • Oh ? Moi ?

Mélodie rougit, mais hocha de la tête. Ce n’était pas dans ses habitudes de s’interposer dans les affaires des autres, surtout lorsque ce sont des inconnus.

  • Je m'appelle Ludovick.
  • Alors, Ludovick, si tu veux… Je n’ai pas très faim, alors je peux partager mon lunch avec toi… C’est seulement si tu veux hein! Peut-être qu’il y a quelqu’un d’autre qui voudra bien te donner quelque chose de mieux… Mais c’est tout ce que j’ai.

Ces phrases étaient sorties rapidement, la gêne avait grandement gagné la demoiselle qui avait soudainement envie de se cacher, tant qu’elle se trouvait complètement ridicule. Et avec ses joues complètement rouges… Mélodie était certaine qu’il allait refuser…

Mais ce fut l’effet inverse qui se produit. Les yeux du garçon s’illuminèrent. Mélodie avait l’impression d’être le Père… La Mère Noël qui venait lui apporter le cadeau le plus chouette qu’il n’avait jamais eu.

  • Nooooon ! Tu es sérieuse !?
  • O… Oui…! Je suis sérieuse, tout ce qu’il y a là, tu peux le prendre ça me fait vraiment plaisir.
  • Pour de vrai !?
  • Oui! Pour de vrai! Et arrête de me demander si c’est vrai, sinon je vais changer d’avis. Alors prends tout ça et mange un peu.

Mélodie lui tendit le petit plat de fortune qu’elle lui avait préparé. Il semblait vraiment heureux, presque trop, qu'on lui ait offert de la nourriture.

  • Et toi, c’est quoi ton nom ? demanda-t-il avant de mordre à pleine dent dans le sandwich.
  • Mélodie.
  • Mélodie, tu es vraiment la meilleure ! Si cette table ne nous séparait pas, je te ferais un ÉNORME câlin !
  • Arrête de dire des bêtises, je n’ai fait que partager mon repas avec toi, ce n’est pas si extraordinaire !

Mais dans les yeux de Ludovick, c’était vraiment extraordinaire ce qu’elle avait fait. En fait, durant l’heure du repas, le garçon et la fille parlèrent de tout et de rien. Ils se rendirent comptent qu’ils habitaient dans le même quartier, même qu’ils résidaient à cinq maisons de différences! D'ailleurs, ils prenaient le même autobus pour aller et revenir de l’école. Malgré cela, ils ne s’étaient jamais remarqués, Ludovick s’asseyant toujours à l’arrière alors que Mélodie s'installait plutôt à l’avant. C’était mieux pour être tranquille et pouvoir lire sans être déranger par les idiots du fond.

Les deux adoraient des séries rigolotes comme « Dans une galaxie près de chez vous » ou encore « Radio Enfer », bien que ces deux séries étaient retirées des ondes depuis quelques années déjà. Ils aimaient, également les films de Disney ainsi que tous les autres films d’animation. Cependant, Ludovick était un peu plus âgé que Mélodie. Il était en troisième secondaire alors qu’elle était seulement en deuxième. Ils parlèrent également des professeurs de l’école, les plus gentils, les meilleures matières, n’oubliant pas de s’attarder longuement sur les méchants professeurs.

Les deux adolescents finirent par se laisser, se promettant de se retrouver à la fin des cours afin de prendre l’autobus ensemble, puisqu’il semblerait que l'alchimie passe bien entre les deux. Ludovick en profita tout de même pour la remercier en lui offrant un immense câlin avec ses grands bras.

***

Le lendemain

Le lendemain, Ludovick avait une belle surprise pour sa nouvelle amie. Il se sentait très reconnaissant qu’elle lui ait permis de manger un petit quelque chose la veille. Maintenant, il était normal pour lui, de la remercier, mais pas seulement avec un câlin. Un câlin, ce n’était pas grand-chose. Il espérait que ce n’était pas seulement qu’une idée loufoque qui était passée dans la tête de la jeune fille hier. Il espérait qu’il puisse la revoir, lui reparler, devenir son ami qui sait.

Le matin, il ne la vit pas. Il en était quelque peu déçu. Mais bien rapidement, ses amis se mirent à lui dire une tonne de bêtises, c’était décidément sa nouvelle amoureuse. Ludovick leur avait bien dit fermement que ce n’était pas le cas, c’était la première fois qu’ils se parlaient, mais les garçons étaient complètement obstinés. Tant pis pour eux, se dit Ludovick en soupirant.

Néanmoins, il fut bien heureux de la revoir sur l’heure du dîner. Cette fois-ci, elle était arrivée plus tôt, pratiquement dans les premières, sa boîte à lunch dans les mains, l'air absolument ravi. Elle vint instinctivement s’asseoir en face de son ami de la veille.

  • Coucou Ludovick !
  • Salut Mélodie !

Ils parlèrent rapidement des cours qu’ils avaient eu durant l’avant-midi comme s’ils étaient amis depuis toujours, puis de certaines émissions de télévision qui passaient actuellement… Mais elles étaient d'un ennui mortel. Du coup, après un petit moment de silence, Ludovick boudant son groupe de garçon, celui-ci sorti une petite boîte de son sac à dos qu’il tendit à sa nouvelle amie.

  • Cadeau pour toi!
  • Mais…
  • Pas de mais ! C’est pour te remercier de m’avoir nourri hier, en plus c’était vraiment bon!
  • Je… Je le dirais à ma maman dans ce cas.
  • Allez ouvre un peu ce petit cadeau, ce n’est vraiment pas grand-chose, mais ça me fait plaisir.

Sans plus attendre, Mélodie ouvrit la boîte de métal afin d’y retrouver des biscuits!

  • NOOOOON!
  • Siii!

Mélodie en prit un et se rendit compte qu’ils étaient moelleux et frais.

  • Comme au Subway !?
  • Comme au Subway.
  • C’est toi qui les a faits ?
  • En fait, c’est ma maman, quand je lui ai raconté ce que tu as fait hier, elle n’a pas pu résister, même qu’elle m’a obligé de te les donner. Mais c’est vrai que tu les mérites amplement!
  • Vous êtes absolument GÉ.NI.AL.

Si la veille Mélodie avait fait la journée de Ludovick, aujourd’hui c’était l’inverse. Mélodie était complètement sous le charme de ces biscuits aux brisures de chocolat qui semblaient être fait par des professionnels, alors que ce n'était que sa maman

  • Il faut absolument que je la remercie !
  • Si tu veux, c’est ta professeure d’anglais, tu n’auras qu’à le lui dire quand tu auras un cours avec elle.
  • NOOOON !? C’EST TA MAMAN!
  • Chut, pas si fort, je ne veux pas que tout le monde le sache non plus, dit Ludovick en rigolant.

Une amitié c’était donc liée autour de deux repas. Bien rapidement ils étaient absolument devenus inséparables, se promenant parfois avec le groupe de gars de Ludovick, d’autres fois allant magasiner avec le groupe de fille à Mélodie. Parfois on pensait qu’ils étaient en couple, bien qu’ils ne se soient jamais embrassés en public.

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